‹ Saint Paul [microform]Chapitre 76 sur 86 · Relations de Paul avec les Apôtres · texte numérisé non relu

Relations de Paul avec les Apôtres

Apôtre par la grâce du Christ, Paul n'en avait pas moins conscience d'appartenir au nouveau royaume de Dieu, prêché par les Apôtres après le départ du Christ, et à cette communauté des fidèles qu'il avait d'abord voulu détruire. Il voulut donc se rapprocher de ses chefs et surtout do Pierre. Mais ce qui le préoccupe ici n'est pas d'insister sur l'unité des membres de Jésus- Christ. Poursuivant l'exposé de sa situation personnelle et de son rôle comme apôtre, il laisse entrevoir clairement que ses relations avec Pierre et les autres apôtres n'avaient pas été assez étroites pour changer le caractère de sa mission qui avait commencé avec la révélation de Jésus-Christ.

18) 'ketia, « ensuite », c'est-à-dire après son retour à Damas où Paul séjourna sans doute quelque temps.

— (ASTà ïx-f\ -cpfa, « après trois ans », non pas depuis son départ de Damas, car nous n'aurions aucune indication sur la première période après sa conversion, mais depuis sa conversion. Il veut dire qu'après sa conversion il demeura trois ans sans voir aucun apôtre qui pût l'instruire sur l'Évangile. Ces trois ans se partagent entre Damas et l'Arabie, sans qu'aucun indice permette de fixer la durée relative des deux séjours. Les Actes mettent un temps assez long (îjjAÉpai kavai) entre la conversion et le départ de Damas.

— - îoTop^aat ne veut pas dire « s'informer auprès d'une personne », mais c'est plus que « voir »; c'est faire la connaissance directe d'une personne importante. On cite dans ce sens Jos. Bell. VI, i, 8 : oùx m-(\^q<; dJv àvTjp, Ôv l-^w xai' èmvov i(iTdpri<j« tov tïo'Xe^jiov (cf. Ant. I, XI, 4, et les Homélies Clém. viii, 1 passim). Le terme vient probablement des visites rendues aux lieux et villes illustres, qui avaient le caractère d'un hommage. Paul rend donc hommage à l'autorité que Pierre exerçait sur la primitive Eglise, sans lui faire honneur de sa propre connaissance de l'Évangile. Et en elîet il n'aurait pu s'informer auprès de Pierre, puisqu'il n'est resté que quinze jours auprès de lui, npbç aÙTo'v (cf. I Cor. xvi, 7). A la rigueur, en quinze jours on eût pu régler bien des questions ; mais il ressort de tout le récit qu'alors elles ne furent même pas posées. Paul a écrit, semble-t-il, tantôt Krjtpaç, tantôt n^ipoç. La version syriaque devait naturellement mettre partout la forme araméenne, et les manuscrits grecs ont parfois remplacé indûment Kvjtpas par Uéipoç.

Paul appuie seulement sur ce qui va à son but. Son départ de Damas fut

û(AÎv, îSoù èv(à77iov ToO OeoO oTt où 4'ey^op''*'' ^^'éTïsiTOC y1>^9ov eîç toc )t7^(-

hasard6ux, comme il est dit II Cor. xi, 32 s. et Act. ix, 24 ss. Le voyage à Jérusalem e^t le premier, raconté dans les Actes, ix, 26 ss. La physionomie des deux récits n'est pas la môme, parce que les narrateurs avaient des buts différents, mais les faits concordent. Les Actes, qu'on accuse d'avoir fait de la conciliation entre Pierre et Paul, ont précisément omis le trait de la visite respectueuse à Pierre, qui aurait si bien convenu à leur but présumé.

19) gtepov ne signifie pas ici « différent », comme au v. 6, mais simplement ; « un autre »; en dehors de Géphas, Paul n'a vu aucuiî ;?utre des apôtres, et [ATÎ...

Le sens de d [/.ri est ardemment controversé. Les critï.jiues indépendants (mais non Lipsius ni Lietz.) lui donnent en majorité le sens de « mais seulement »; donc : « je n'ai vu aucun autre apôtre; j'ai seulement vu Jacques », qui par conséquent ne serait pas apôtre. Les critiques catholiques (et Loisy) traduisent : « si ce n'est »; donc : « je n'ai pas vu d'autre apôtre en dehors de Pierre que Jacques ». .

Il faut concéder que eî (j.ïf peut avoir le sens adversatif et il l'a certainement dans Mt. xii. 4; Le. iv, 26 ss. ; Apec, ix, 4; xxi, 27, ainsi que dans Aristophane (cf. Dittenberger, OG. 201, 20), mais alors il ne saurait y avoir aucune équivoque sur la pensée de l'auteur. Rom. xiv, 14 est aussi parfaitement clair, et si el [iïf n'y a pas purement le caractère d'une exception, c'est parce que les quantités comparées ne sont pas purement du même ordre : « rien n'est impur, si ce n'est pour celui qui tient une chose pour impure ». Exactement de la môme façon dans Gai. i, 7 nous avons vu que le sens d'exception est atténué par un changement dans les quantités comparées. Sauf ces cas, ù p-rj signifie « si ce n'est », « à l'exception de »; c'est son sens normal en grec, celui qu'on doit adopter ici, puisqu'on oppose aux apôtres une personne qui pouvait très bien être un apôtre, et on ne peut tout de même pas regarder le sens de « mais » comme évident ici. D'ailleurs ÉTÊpov, s'il se rapporte à Pierre pour le sens (nul autre en dehors de Pierre), est cependant déterminé en fait par eî [xrî : « je n'ai vu nul autre apôtre, si ce n'est ». Autrement il faut sous-entendre avec Zahn : « je n'ai vu aucun autre apôtre que Pierre, et je n'ai vu non plus aucune personnalité ecclésiastique émînente, aucun des chefs de la communauté primitive, auxquels j'aurais pu alors me montrer soumis, en dehors de Jacques, le frère du Seigneur ». On voit s'il est naturel de supposer un sous-entendu aussi compliqué 1 La vraie raison pour donner à sî ^t-i le sens adversatif « mais seulement » est qu'on ne veut pas reconnaître Jacques comme apôtre, ce qui est une pétition de principe. Si bien que Lietzmann qui admet le sens d'exception {ausser) déclare la phrase inexacte, parce que Jacques n'était pas apôtre l Sur ce personnage, cf Commentaire sur S. Marc, p. 78 ss. D'ailleurs la tradition ancienne n'était pas absolument fixée. D'après Victorinus : Ergo hic Paulus negavit lacobuni

ÉPITRE AUX CALATES, I, 19-21. 19

avec Céphas, et je restai quinze jours auprès de lui; ^^mais je no vis aucun autre des Apôtres, sinon Jacques, le frère du Seigneur. 2° Or ce que je vous écris là, c'est devant Dieu, je ne mens pas. 21 Ensuite

apostolum... Il prête à Paul ce commentaire injurieux : vidi ergo nominatim quid lacobus tractet et evangelizet, et quoniam cognita mihi est ista blasphemia, repudiata est a me, et a vobis, Galatae, repudianda. Ambrosiaster ne suit pas cette étrange opinion, mais il ne semble pas tenir Jacques pour un apôtre : lacohum vidit Hierosolymae, quia illic erat constitutus ab apostolis episcopus, qui et ipse prius fuerat incredulus... Au contraire dans les Catenae : Ivîjv yûcp... eîrteïv -cèv tou KXojta, Sîtep xal i eixYYe^Kn^^S à'XeYev. C'est l'opinion qui a prévalu depuis s. Jérôme.

Les Actes des Apôtres disent que Paul à son premier voyage fut conduit vers les Apôtres, wpès tobç àTtoatdXooî, expression vague qui n'exige pas que Paul ait vu plus de deux apôtres.

Il faut noter pour la notion de l'apostolat dans la pensée de Paul son affirmation qu'il n'a vu aucun autre des Apôtres, si ce n'est Jacques. S'il avait eu de l'apostolat une idée vague, si ce titre avait été commun à un grand nombre de personnes, il n'eût pu dire si nettement : <c aucun autre des apôtres ». Il avait donc la notion d'un groupe déterminé, celui des anciens Apôtres, quoique ce titre ait pu être donné par extension à des missionnaires,

20) Paul s'interrompt pour affirmer solennellement sa véracité. C'est donc qu'il attache une importance spéciale à ce qu'il vient de dire de sa visite à Jérusalem; si sa protestation s'appliquait à tout le récit, elle devrait être au début ou à la fin. Et on ne voit pas de raison qu'elle s'applique à tout ce qui précède plutôt qu'à tout ce qui suit. Le voyage à Jérusalem avait cet intérêt particulier que c'était alors ou jamais que Paul aurait reçu investiture et mission apostolique des Apôtres. Peut-être avait-on insisté auprès des Galates sur le besoin qu'il avait eu d'être approuvé par le corps entier des Douze avant de commencer ses missions en Syrie. D'où cette interruption dans la trame du récit. Il est bien évident d'ailleurs qu'il prétend ne jamais rien dire que de véritable. La construction est interrompue, elle aussi (anacoluthe), puisque fi Ypicpu n'est le régime d'aucun verbe, exprimé ou sousentendu. Elle est trop concise, puisque èvtiTctov toQ Ssou suppose le verbe 5ia|AapTiîp£a0at (cf. II Tim. Il, 14; iv, 1) : « J'atteste devant Dieu ». Elle est irrégulière, puisque 8ti dans le sens de « que » dépend de î5oû qui n'est pas un verbe, mais une interjection. Le style porte donc l'empreinte de la vivacité de la protestation.

21) Ce verset énonce d'un mot des missions fort importantes, qui ne devaient pas être inconnues aux Galates. Mais Paul se soucie moins de parler de ses travaux auprès des gentils que de sa situation par rapport aux autorités de Jérusalem. Ce n'est point elles qui l'avaient envoyé en Syrie et en Gilicie. La Syrie, comme province romaine, comprenait môme la Judée, dont le procurateur était parfois placé sous l'autorité du légat d'Auguste. Ce n'est point le sens ici, d'autant qu'il y a xà xXi'iiata, terme plus vague que province. La région syrienne était par excellence Antioche, résidence du gou-

20 ÉPITRE AUX CALATES, I, 22-24.

Taîç êîtxXviciaiç t^ç 'lou^at'a; tocïç èv XpiCT^. ^^p,dvov ^è «xouovTe; yi(X«v 5ti 'O ^téxwv •fl[Aaç iTOxè vuv eùayyeXfCeTat t'/iv maxiv riv wots è-rcopôei, ''^/tai é^o^a^ov èv éj^ol Tèv 9e6v.

verneur, et ses environs. Mais on se demanda comment concilier l'ordre « Syrie et Cilicie » avec le récit des Actes. Paul, persécuté à Jérusalem par les Juifs hellénistes, a été envoyé par les fidèles à Césarée, la capitale de la procuration de Judée, puis de là à Tarse (Act. ix, 30), donc en Cilicie. Pour retrouver l'ordre des Galates on a fait remarquer qu'il avait pu suivre la côte par terre, en passant par la Syrie. Mais de Césarée à Tarse, le voyage par mer est tout indiqué, et Paul ne fait pas ici un itinéraire. S'il nomme la Syrie la première, c'est comme la province principale et le principal théâtre de son apostolat. D'après les Actes (xi, 25 s.), il fut amené à Antioche par Barnabe. Mais ce n'était sans doute pas la première fois qu'il venait en Syrie (cf. Act. XV, 23, où Antioche est distinguée de la Syrie). D'après Ramsay, Paul, suivant fidèlement la terminologie administrative, a voulu parler de diverses régions de la province Syrie-Cilicie (en supprimant t^î devant KiXwi'aç avec K, WH. le mettent entre crochets). Mais, outre que la suppression de xTiç est peu justifiée par les mss., l'expression serait bien étrange; l'union des deux provinces n'était pas normale.

22-24. Impression produite par l'activité de Paul dans les églises de Judée.

Quel est le but de cette péricope? D'après Loisy, Paul tient surtout à prouver qu'il demeura un inconnu pour la communauté de Jérusalem. Mais il parle de la Judée, et ne s'en tient pas à un résultat négatif. D'après Gornely, il prépare son affirmation sur l'identité de sa doctrine avec celle des Apôtres. Mais c'eût été devancer ce qu'il dira plus tard. Si l'on veut rester dans le thème de cette partie, sans rompre le fil des idées, on verra dans nos versets l'impression produite en Judée par cette mission en Syrie et en Cilicie qui n'a été rappelée que d'un mot. Relever l'indépendance de cette mission et la nouveauté' d'une prédication aux gentils, c'eût été .encore se rendre témoignage à soi-même. Combien plus impressionnant ce témoignage venu d'églises qui ne devaient rien à Paul, auxquelles il ne devait rien, et dont on affectait de lui opposer l'autorité! Tant que de faux frères ne se mirent pas de la partie, l'œuvre de Paul entreprise parmi les gentils, comme chacun U savait, était regardée en Judée comme l'œuvre même de Dieu. Ces chrétiens authentiques, venus du judaïsme, confirmaient à leur manière ce que Paul vient de dire : sans l'intervention de personne, le persécuteur était devenu un Apôtre. Dieu avait tout fait, à lui la gloire !

22) ri\j.r\w àYvooij|/.evo{ imparfait de continuité, comme (Jxoûovteç îjoav au v. suivant. Pendant que Paul demeurait personnellement (x^ Ttpoacûnto, cf. Act. xx, 25; Col. Il, 1; I Thess. ii, 17) inconnu, sa réputation se répandait au moyen de nouvelles apportées de temps en temps par des frères.

— T^î 'louSat'as doit être distinct de Jérusalem nommée au v. 18. Paul n'était sûrement pas très connu à Jérusalem, mais il n'a pas voulu dire qu'il

É PITRE AUX CALATES, I, 22-24. 21

Je me rendis dans les régions de la Syrie et de la Gilicie. 22 Or je n'étais point connu personnellement des églises de Judée qui sont dans le Christ. ^^ Ils avaient seulement entendu dire : « Celui qui naguère nous persécutait prêche aujourd'hui la foi qu'il voulait alors détruire », '^^et ils glorifiaient Dieu en moi.

y était venu en cachette, seulement pour voir Pierre et y rencontrer Jacques. Il ne pouvait donc écrire sans une apparence de contradiction qu'il était inconnu à Jérusalem. Pour les autres églises de Judée, aucune difficulté, c'est pourquoi il a choisi ce terme qui n'inclut pas nécessairement la capitale, du pays (Mt. IV, 25; Jo. m, 22; Act. i, 8; viii, 1; x, 39; xxvi, 20). L'apostolat de la Judée dont Paul parlait au roi Agrippa (xxvi, 20) ne contredit pas ce qui est dit ici, car l'époque n'en est pas déterminée, non plus que dans le texte Rom. xv, 19, où Jérusalem est plus probablement un point de départ exclu.

23) 8ti est vraisemblablement récitatif, simple indication du discours direct. — ^(x«s ne prouve pas que ceux qui parlent sont de Jérusalem où Saul avait persécuté; c'est seulement un indice de la solidarité des chrétiens. — TTiv 7t(aTi'< n'est pas précisément un corps de vérité, car si ce sens convient à eùaY^eXiCeTai, il ne convient guère à èTïopOsi. Ce n'est pas non plus la foi subjective, pour la même raison. C'est donc la doctrine en tant que professée par des fidèles, car détruire les communautés c'était détruire la foi, et prêcher l'évangile c'était fonder des communautés.

24) èv èp.ot, non pas simplement « à cause de moi », mais : « à cause de ce qui se passait en moi et par moi ». Paul était un miroir où se reflétait l'action de la grâce divine ; son œuvre était l'œuvre de Dieu seul.

Deuxième point de la discussion personnelle : l'évangile de Paul a reçu l'approbation des anciens Apôtres (ii, 1-10).

Jusqu'à présent Paul a prouvé le bon droit de son apostolat par son origine divine; c'est de Dieu seul qu'il tient son évangile, prêché en divers pays avant que les anciens Apôtres aient eu l'occasion de lui rien enseigner. Désormais, sans abandonner son thème principal, il donne une preuve de son autorité d'apôtre qui est plus facile à constater pour tous et qui est topique contre ceux qui lui opposent les anciens Apôtres : c'est que ces mêmes Apôtres ont parfaitement reconnu sa mission à l'apostolat des gentils, sans lui demander de rien changer à son évangile. Ces deux points sont coordonnés, le premier demeurant le principal, dont le second n'est que la confirmation (avec Sieffert contre Corn.),

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