‹ Saint Paul [microform]Chapitre 77 sur 86 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Htf

1-2. Invité par une révélation, Paul va exposer son évangile aux notables a Jérusalem.

1) ëneiTa comme les deux précédents « ensuite » (i, 18 et i, 21) se rapporte évidemment à ce qui précède immédiatement; ici le séjour en Syrie et en Gilicie. Sur ce point aucun doute. Mais à quel intervalle se rapporte oià 8ïxaTsao<i(pu)v Itwv? le point de départ est-il celui du début du récit, c'est-à-dire la conversion, ou la première visite à Jérusalem? Loisy allègue pour le premier système que « les « ensuite » s'enchaînent dans la narration de Paul, mais non les indications de date ». Au lieu d'additionner trois ans (i, 18) et quatorze ans, il ne compte que quatorze ans en tout depuis la conversion qui domine l'horizon. L'addition de trois à quatorze, même si l'on n'aboutissait qu'à seize années complètes, serait embarrassante pour la chronologie paulinienne. On s'accorde à fixer au début de l'an 44 le martyre de Jacques (Act. XII, 1-2), et Loisy fixe à la même année le martyre do Jean son frère. C'est après ce martyre que Pierre se rendit à Antioche. Or, dans son second voyage, Paul trouva encore Pierre et Jean à Jérusalem, et il rencontra peu après Pierre à Antioche. Il est donc venu au plus tard avant le commencement de l'an 44, et sa conversion, si l'on remonte de seize ans en arrière, tomberait au plus tard en l'an 29 qui paraît être la date indiquée par Luc (m, 1) pour la mort du Christ.

Celte argumentation repose- sur un fait erroné, et le texte est contraire. On suppose avec raison dans les deux systèmes que 8tà indique un espace de temps complètement écoulé (Me. n, 1; Ditt. OG. 56, 38; Act. xxiv, 17), « après », et non « pendant » (comme dans Act. i, 3). Le nouveau point de départ est un nouveau voyage (TîàXtv àvé6r]v) à Jérusalem; l'ancien était donc le premier voyage à Jérusalem {Jér. Chrys. Siejfert, Zahn, les modernes en général mais non Ramsay ni Schaefer). Cet intervalle de quatorze ans manifeste combien de temps Paul a missionné sans revoir les Apôtres, comme les trois ans de i, 10 marquaient la première période dans laquelle il ne les avait pas même vus. La conversion domine tout, mais ce n'est pas une raison pour que chaque date y remonte directement. La chronologie paulinienne doit simplement se plier aux textes; la mort prétendue de Jean en l'an 44 est une fiction téméraire, non un fait. On trouvera les textes dans notre commentaire de s. Marc, p. 262. Alors nous n'avions à nous occuper que de la thèse du martyre de Jean. Mais c'est vraiment une distraction un peu

* Ensuite, après quatorze années, je montai de nouveau à Jéru-

forte de le faire mourir en 44 avec son frère, car Papias, à supposer qu'il ait tenu pour le martyre, ne pouvait évidemment le faire remonter à cette date, lui qui était censé avoir vécu avec Jean : aÙTénxYiç toijtou yevrffAEvoç, de sorte que [«t» -coîi àSeXçoîî (s'il ne faut pas lire [xExà xbv (JSeXçôv) doit signifier « aussi bien que son frère ». Papias n'a pas dit, ne pouvait pas dire que Jean (qu'il avait connu) était mort avec son frère, mais tout au plus qu'il avait accompli avec son frère, lui et son frère, la prédiction du Seigneur. Qu'on relise le texte de Georges Hamartolos : Eomiaç yàp ô 'IspartdXsajç himomi aùxcJm;r)ç i;oi5tou yEVo'iAevoç âv xfi SsuTspw Xo'Yto xwv y.upiay.Gv Xoyi'tov çdtorxsi 8x1 Ojïb 'lou- 8a(uv àvrjpÉOyi, TtXvjpoSaaç 8y)XaSr) [j.Exà xoîj àBsX^ou xy)V Xptaxou Tcep^ aiixàjv npoppriaiv cf. Mg"" Ladeuze, dans RB. 1907, p. 565 s.) [cf. Gomm. du IV« évang. p. xxxix ss.]

— nâlut àvé67jv et? 'l£pO(j6Xuji.a.

Les Actes énumèrent cinq voyages de Paul à Jérusalem.

Nous avons identifié le premier avec celui de Gai. i, 18. Le second dont parle Paul ici ne peut être le second des Actes (xi, 30), qui a dû avoir lieu au temps du martyre de Jacques, fils de Zébédée, en l'an 44 ap. J.-G. Or entre cette date et la conversion de Paul, on ne peut guère placer seize à dix-sept ans, comme M. Loisy l'a noté. Au surplus la raison principale pour éliminer ici la concordance avec le second voyage des Actes, c'est que le second voyage des Galates coïncide avec le troisième des Actes (xv, 4), comme nous le verrons. Pourquoi donc Paul n'a-t-il pas parlé de son second voyage? N'était-ce pas fournir des armes à ses adversaires ? Ils pouvaient objecter : vous ne parlez pas de ce voyage dans lequel vous avez précisément reçu l'instruction des Apôtres. Mais Paul ne se soucie que des difficultés réelles. Ce second voyage avait été une simple course conduite par Barnabe (Act. xi, 30; xn, 25) pour porter les collectes aux anciens. Après le martyre de Jacques, Pierre fut en prison, puis en fuite, et les Apôtres probablement dispersés. D'ailleurs, après la prédication en Syrie et en Cilicie, la preuve était faite que Paul n'avait reçu son évangile d'aucun homme. S'il parle maintenant encore d'un voyage à Jérusalem, c'est pour en venir à l'approbation positive des Apôtres qui lui fut donnée. Entre le troisième voyage des Actes et celui que Paul va raconter, il y a accord fondamental qui ne va pas sans des divergences de détail. Nous notons les points de l'accord; la solution des divergences suivra pas à pas le texte, i. Les personnes en scène sont les mêmes : a) Paul vient avec Barnabe, et à ce qu'il semble d'Antioche où il se retrouvera plus tard (ii, 11), d'après l'épître aux Galates (ii, 1) comme d'après les Actes (xv, 2) ; b) les judaïsants poussent à la circoncision de la même façon (Gai. II, 4 et Act. xv, 5) ; c) à Jérusalem Pierre et Jacques sont les représentants principaux de l'apostolat chez les Juifs (Gai. ii, 9 et Act. xv, 7 ss., 13 ss.). 2. La question principale est la même : nécessité de la circoncision pour les gentils ou liberté (Gai. ii, 4; Act. xv, 5). Elle est résolue de la mêm» façon, avec plus d'ampleur dans les Actes (Gai. ii, 5; Act. xv, 6 ss.). Ce ne fut pas cependant sans des difficultés indiquées dans les Galates (ii, 5) et sur lesquelles les Actes insistent davantage (xv, 2. 5. 7). De la solution du principe dépendait le jugement sur la mission de Paul chez les Gentils : même

24 ÉPITRB AUX CALATES, II, 2.

récit de cette mission, même approbation dans les deux sources (Gai. ii, 2. 9; Act. XV, 12. 23).

Après ces points décisifs, on peut noter que l'époque concorde, autant que les dates peuvent être précisées. La dix-septième année après la conversion de Paul peut être tout près de l'an 49, date qui convient pour le concile de Jérusalem. C'est ce qu'a noté saint Irénée (III, 13, 3) : Si quis igitur diligenter ex Actibus Aposiolorum scrutetur tempus de quo scriptum est, Ascendi Hiorosolymdim, propter praedictam quaestionem, inveniet eos, qui praedicti sunt a Paulo, annos concurrentes.

L'accord presque unanime des commentateurs catholiques et protestants sur ce synchronisme a été quelque peu troublé parmi les catholiques allemands par l'intervention du D»" Valentin Weber [Die Abfassung des Galaterbriefs vor dem Apostelkonzil, Ravensburg, 1900). M. Steinmann [Die Abfassungszeit des Galaterbriefes, Munster, 1906) a remis les choses au point.

— [xe-uà Bapv<£6a. Paul dit qu'il est venu avec Barnabe, il ne dit pas qu'il l'a amené. Loisy lui reproche d'avoir « grossi son propre rôle aux dépens de Barnabe », et « il semble ne nommer ici Barnabe que par l'impossibilité de faire autrement ». En l'éalité Barnabe n'était point ici en cause, il n'était point un des anciens Apôtres, et Paul n'avait ni à le mettre en relief ni à prouver son indépendance par rapport à lui. Il le nomme comme le témoin principal de Ja scène de Jérusalem du côté de l'apostolat des gentils. Il semble que c'est à ce moment même que l'ascendant de Paul commença à l'emporter. Dans les Actes Barnabe est nommé le premier lorsque l'auteur se place plus strictement dans la situation historique, récit de la mission (xv, 12), lettre des Apôtres (xv, 25), mais Paul est au premier rang quand l'auteur parle pour son compte (xv, 2. 22). Ils se séparèrent aussitôt après (Act. xv, 37 ss.). On pourrait s'étonner que Paul ait laissé Barnabe dans l'ombre si les Galates étaient ces populations de la Lycaonie et de la Pisidie qu'ils avaient évangélisées ensemble, mais non s'il s'agit des vrais Galates que Paul seul avait amenés à la foi.

— ffuv7tap«Xa6tt»v se dit de deux personnes qui en prennent une troisième comme compagnon; il vise directement Tite, mais indirectement Barnabe. Si Paul avait regardé Barnabe comme étant parfaitement son égal dans l'initiative du voyage, il aurait écrit auvnapaX«56vTeî (cf. Act. xii, 25). Cependant le consentement de Barnabe dut être requis pour prendre Tite (cf. Act. xv. 37 s.). L'avantage que Paul semble se donner est d'ailleurs conforme aux Actes. Si Barnabe demeurait le premier à Jérusalem, c'est Paul qui était à Antioche le principal controversiste (Act. xv, 2). On objecte une divergence avec les Actes : Paul pai'le seulement de Tite, les Actes disent xtvàs âXXouç. Mais rien n'empêche de comprendre Tite (que les Actes ne nomment jamais) dans ce groupe indéterminé. Paul le nomme seul à cause de la difficulté que fera naître sa qualité de gentil.

2) ivéSïiv U reprend le thème principal pour y ajouter une explication importante ; sur cet emploi de Se, cf. Rom. m, 22.

salem avec Barnabe, emmenant aussi Tite avec moi. ^Or j'y montai

— xaià à7îoy.dcXui{»tv se rapporte directement à wiSt\v. La démarche de Paul a été déterminée par une révélation, une manifestation surnaturelle de la volonté de Dieu, quel qu'en ait été le mode. Gornely note la fréquence dans la carrière de l'Apôtre de ces interventions de l'Esprit-Saint (Act. xxii, 17; XI, 27; XIII, 2, 4; xvi, 6. 9; xviii, 9 ss.; xix, 21; xx, 20 s.; xxi, 4. 11; xxiii, 11; XXVII, 23). Paul n'oppose pas ici tacitement cet ordre de Dieu à un ordre des Apôtres, pour bien établir que ce ne sont pas eux qui l'auraient amené à Jérusalem. Il explique simplement aux Galates pourquoi il s'est départi de sa pratique déjà longue, et inaugurée par une vision. Ses réflexions ont pu lui suggérer l'opportunité de s'entendre avec les Apôtres, et il va en dire la raison. Mais au moment de prendre une décision, il eut l'avantage d'être assuré, comme à sa conversion, de la volonté divine. Ceux qui, d'après les Actes, réglèrent de l'envoyer à Jérusalem avec Barnabe (Act. xv,- 2) n'étaient pas précisément ses supérieurs; ils avaient l'autorité de leur nombre. Leur intervention n'était point en contradiction avec le motif intérieur qui détermina Paul. Le sentiment de l'union qui s'imposait à tous suggéra cette démarche. Ce qui importe au caractère de la mission de Paul c'est qu'elle fut, spécialement par rapport à lui, ou suggérée ou ratifiée par Dieu.

— àv£Oé[xriv, cf. sur I, 16. Ici la Vg. traduit contuli, approuvé par Jérôme dans son commentaire comme une bonne correction au latinus interpres au lieu du traditionnel exposai. Paul ne se contente pas d'exposer, il expose avec le désir d'avoir un avis conforme; Jér. : quiim scilicet ea quae novimus conferimus cum ainico et quasi in sinum eius et conscient iam reponimus, ut pari consilio vel probanda sint vel iinprobanda quae novimus... Aliud autem est con ferre, aliud discere; inter conferentes aequalitas est, inter docentem et discentem minor est qui discit.

— aÙToî5 ne peut s'appliquer qu'aux habitants de Jérusalem, en tant que la chose les intéressait, c'est-à-dire aux fidèles du Christ. On s'imagine aisément Paul, ardent pour sa cause, s'adressant à tous, en particulier et en public. Les Actes parlent d'une première réunion dont l'objet est conçu en termes très généraux (Act. xv, 4), puis d'une réunion solennelle (xv, 22), Il ne faut point chercher si Paul fait ici allusion à l'une d'elles, car il ne se propose pas comme les Actes de faire un récit suivi, mais seulement de prouver qu'il a été approuvé par tous, avec ou sans réunions, quand il a exposé sou évangile. On voit d'ailleurs qu'il attachait surtout de l'importance à l'avis des notables (ii, 6 ss.), et il s'abstient de dire qu'il a traité la question en assemblée délibérante (SYiixouta) avant de la traiter avec les notables en particulier (xat' îBi'av). Rien n'indique une constitution démocratique de la communauté;

. tout au contraire, la décision vient d'en haut, et cependant l'accord de tous était souhaitable avant la décision définitive.

r— xb eùaYY^^'ov '/c.x.X. est l'objet sur lequel Paul souhaite cet accord. Ce n'est pas seulement l'évangile en tant que prêché joar/ni les gentils; il est entendu que cet évangile prêché spécialement aux gentils comporte l'affranchissement

26 KPITRE AUX GÀLATES, II, 3.

àvÉO^^xTiv aÙToTç rh eùayy^Xiov ô xyipu<r(r<o èv toîç ïôvecriv, xôct' î^iôcv ^'e

de la Loi ; c'est celui que Paul prôch* encore (xï)pu<xca), au présent) et qui est bien connu de ses amis et de ses ennemis.

— xax' t'ScKv (ou chez les classiques plus souvent tSfa) ne signifie pas « spécialement », mais « en particulier ». Chez un peuple où la pure démocratie était inconnue, xai' (Siav indiquait (cf. Me. iv, 34) un groupe plus capable de lumières que la foule amorphe d» l'Orient, qui était Ô^Xoç et non Srjpç. Les fidèles ne sont jamais nommés Srip; dans le N. T. et 87](aooî« y signifie simplement « en public » (Act. xvi, 37; xviii, 28; xx, 20), et non « par l'autorité du peuple »; sur ce sens de coram populo, cf. Ditt. Syll. 807 [MM,].

Donc l'opposition entre les deux sortes d'entretiens suppose bien des discussions animées de Paul avec des groupements nombreux en plein air, mais ne conduit pas à la précision de réunions solennelles de toute l'Église. Il ne les nie pas, évidemment, mais ce n'est point son objet de les raconter.

— oî SoxouvTEç d'après ii, 9 semble désigner seulement Pierre, Jacques et Jean. Gornely dit « les Apôtres et les presbytres » (évoques) d'après Act. xv, 6. Il faut se garder de mettre Paul en contradiction avec les Actes, mais on doit l'expliquer par lui-même, avant de recourir aux Actes dont le point de vue est difi'érent, — L'expression de SoxoîJvteç signifie les notables, et s'entend fort bien de personnages dont l'avis a une autorité particulière; cf. Eur. Ilec. 294 Acfyoç yàp ïtk. t' iSoÇouvTwv îcôv xàx twv 8o-/.ouvtùjv ; Hérodien, VI, 1 t^ç uuyxXtJtou pouXrSç Tobç SoKouvtaç x«\ i^Xixia cr6(i.>ioTdt-couç. Le terme avait donc perdu dans l'usage l'apect ambigu qu'il tenait de son étymologie, car « ceux qui semblent être quelque chose », ne sont peut-être pas de mémo en réalité. Nous reviendrons sur ce point au v. 6.

— [jirf nwç X. T. X. Deux questions : a) sur le sens du fond, b) sur l'exégèse grammaticale, a) Les modernes sont d'accord pour rejeter l'opinion de Tertullien [Adv. Marc. I, 20; IV, 2; V, 3) exprimée ainsi pars. Jérôme : (se) non habuisse securitatem praedicandi Evangelii, nisi Pétri et ceterorum Apostoloruin, qui cum eo erant, fuisset sententia roboratus. Il se trouve encore des prédicateurs pour noter cette angoisse de Paul qui ne se sent pas assuré de sa doctrine s'il n'a pas l'assentiment des autres Apôtres, tant il est vrai que les inspirations personnelles dans l'Église doivent être réglées par l'autorité extérieure. Et la thèse est juste en elle-même, seulement Paul avait la certitude de la révélation, et de l'autorité qu'elle lui avait conférée. Aussi les exégètes notent-ils qu'un pareil scrupule de la part de l'apôtre serait contraire à tout le contexte. Il n'avait aucun doute sur la véracité de son évangile qu'il tenait de Dieu. Mais comment concilier ce sens avec les termes employés? b) Les uns entendent jj-yJ :twç au sens final, comme s'il y avait Yvot [xrl, Vg. ne forte, ainsi Lightfoot qui compare I Thess. m, 5 fjLrJmoç iTcet'paaev û[iiaç TtetpdtÇwv '/«\ e!ç xevbv Y^VYjTai 6 xijïoç ■}\\t.m. Dans cette façon, TpÉy^io est au subjonctif, et 'EÔpcfjLov à l'indicatif s'explique parce que le passé est dans les choses acquises et donc nécessaires. En français : « afin de ne pas courir

d'après une révélation, et je leur exposai l'évangile que je prêche parmi les gentils, en prenant à part les notables, [pour savoir] si je ne courais pas ou si je n'avais pas couru en vain? 3 Mais Tite, lui-môme, qui était avec moi, et bien qu'il fût gentil, ne fut point

ou de n'avoir pas couru en vain » (Leisy). La crainte de Paul ne serait pas de s'être trompé, mais de se hieurter, s'il n'obtenait l'assentiment des notables, à une hostilité fatale à ses eflbrts présents et même destructrice des résultats obtenus. Seulement on peut objecter que, dans celte hypothèse, Paul, ayant fondé des communautés, n'aurait pas tout de même couru en vain, à moins qu'il n« doute d'avoir assuré leur salut, ce qu'on suppose loin de sa pensée; si bien que cette explication grammaticale en revient à lui supposer une préoccupation personnelle. On peut ajouter que la finalité s'accorde mal avec un imparfait qui suppose un fait acquis, à moins précisément que ce fait ne soit incertain, ce qui derechef suppose l'incertitude dans la pensée. — Il vaut donc mieux regarder (j.iÎ7îwç comme une interrogation indirecte, en sous-entendant : leur demandant ainsi de me dire si etc. Paul a loyalement posé la question, toute la question, dans ce qu'elle avait en elle-même d'angoissant. Mais il était d'avance sûr de la réponse. Elle ne pouvait être que négative.

De toute façon, deux points sont acquis. Paul était certain, aj'ant toujours suivi un guide divin, de n'avoir point failli; et cependant il comprenait la nécessité de marcher d'accord avec les Apôtres. Sentiment très juste dans Ambrosiaster : nec enim aliquid ab eis discere poterat; quia a Deo fuerat instructus; sed propter concordiam et pacem Dei nutu factum est; ut tolleretur scrupulus aut suspicio fratribus et coapostolis eius, et ut gentibus pro~ ficeret, cognoscentibus quia concordabat Evangelium eius cum apostolis. Déjà l'Église formait un corps qui conservait l'unité de doctrine en suivant à la fois les instructions des chefs et les inspirations de l'Espi'it- Saint.

— eî? xevov, « pour du vide, pour rien ». L'expression est très forte. Si l'évangile de Paul avait dû être dénaturé à ce point qu'on imposât la circoncision aux gentils, son labeur eût été perdu.

3-10. Gomment la question de l'apostolat des gentils fut résolue a Jérusalem.

La question de l'évangile de Paul a été posée nettement devant tous les chrétiens de Jérusalem et devant les notables en leur particulier. Le point le plus brûlant était bien connu des Galates, c'était la circoncision. Paul nous apprend comment il fut résolu dans le cas topique de Tite. Il ne se jette pas « sur une idée accessoire » [Loisy), mais il résout la question de principe par un exemple décisif. Il avait donc eu gain de cause devant tout le monde, les fidèles et les autorités (3-5), car c'est bien à eux tous qu'il avait demandé s'il avait couru en vain? Puis il revient aux notables seuls et expose les résultats de l'accord qui intervint (6-10).

3) Ce verset est la réponse à l'interrogation indirecte du v. 2. Paul a demandé pour la forme s'il a couru en vain? — Ce serait assurément le cas,

si la circoncision avait été nécessaire au salut. Or l'assemblée et les notables de Jérusalem étaient si peu de cet avis qu'ils n'ont pas même obligé Tite à la circoncision. « Pas même », àXX' oièé. Dans cette locution, àXkd n'est pas adversatif, mais exprime plutôt une gradation (cf. Jo. xvi, 2; II Cor. I, 9), supposant une première négation qui est ici sous-entendue; cf. Le. xxiii, 15; Act. XIX, 2; I Cor. m, 3.

— "EXXrjv ôv, « quoiqu'il fdt grec », c'est-à-dire gentil ou païen d'origine. C'était la condition nécessaire pour que la question de la circoncision obligatoire se posât, mais le seul fait d'être gentil ne rendait pas l'exemple de Tite spécialement probant. Aussi Paul a-t-il mis d'abord ê aùv l}j.of, Tite qui était non seulement un gentil et peut-être un missionnaire, mais encore un compagnon de voyage de l'apôtre dans la cité sainte. On eût pu fermer les yeux sur ce qui se passait chez les gentils, mais un incirconcis à Jérusalem, dans l'assemblée des fidèles !

Et cependant il ne fut point obligé à la circoncision ! Quelques anciens et même des modernes ont pensé qu'il n'y fut pas contraint, mais qu'on crut devoir l'y amener par prudence, avec l'approbation de Paul. Cette opinion a trouvé son appui dans la construction embarrassée qui suit.

Notons seulement en ce moment qu'elle est contraire au contexte antécédent. Si Tite avait été circoncis pour des raisons d'opportunité, comme Timothée (Act. xvi, 3), les principes seraient demeurés saufs, mais ce n'était pas la réponse à la question posée au v. 2. Le àXXa du début de la phrase est nettement contraire à cette interprétation.

— TjvaY'AaoQï) peut s'entendre d'une contrainte absolue ou d'une invitation instante (Le. xiv, 23). Il y eut évidemment (v. 4) des voix ardentes qui réclamèrent la circoncision de Tite; mais ici il s'agit du verdict qui prévalut : Tite fut-il invité à la circoncision sans y être contraint, ou ne fut-il pas mémo in-vilé par ceux qui décidèrent? Si àvaY^àÇEiv peut avoir les deux sens, il semble que dans les autres cas de l'épître il a uniquement celui d'exercer une pression morale qui ne va pas jusqu'à la contrainte proprement dite (ii, 14; VI, 12). Ce sens convient très bien ici, et donne plus de poids à l'argumentation de Paul. Ce ne fut pas ad duridam cordis qu'on laissa Tite tranquille; on ne lui imposa nullement la circoncision. Et c'est aussi en parfaite conformité avec la décision rapportée par les Actes.

4-5. Ces versets soulèvent une importante question de critique textuelle. D'après Zahn {Excurs. I, p. 287), quatre leçons sont représentées : I. wpès ôpav (sans oTç oùSé); II. où8è Tipbç &pav (sans oîç); III. oTç npôç c3p«v (sans oùBi); IV. oTç 0Ù8È npôç ôipav x. -c. X. De ces quatre leçons Zahn révoque en doute par de mauvaises raisons les autorités qui tiennent pour la troisième. C'est bien plutôt la seconde qui nous paraît mal appuyée, car ceux qui citent le texte sans oîq l'ont probablement omis pour ne pas introduire dans leur contexte une anacoluthe assez dure. Au surplus le point important est de savoir s'il faut lire ou non la négation oùSé. La leçon oTs ohU est celle de tous les mss. grecs, sauf D*, manuscrit très latinisant, et de toutes les versions (sauf

obligé à se faire circoncire; *or [la question se posait] à cause des

qutt la Peschilto n'a pas rendu oTç) si ce n'est l'ancienne latine. De plus elle a pour elle Marcion, et tous les Pères sauf ceux qui seront cités pour l'omission. Cette leçon est donc certaine, autant qu'il y a des règles de critique textuelle.

Zahn qui est très résolument pour l'omission de oTç o^U cite D*, d (anc. lat.), Irénée, Tert., Vict., Ambrst., auxquels il faut ajouter Pelage {HB. 1915, p. 390), et, d'après Victorin, plurimos mss. grecs et latins. L'assertion de Victorin étant isolée, on peut dire que cette leçon est purement occidentale, latine même, si l'on admet que le latin a pu réagir sur le grec.

Elle semble être née soit à cause du 81 du v. 4 qu'on entendait au sens adversatif, ce qui semblait annoncer une restriction à la phrase absolue du V. 3, soit parce que les Actes disent que Paul avait circoncis Timothée; on ne voulait pas faire mentir l'Apôtre !

C'est ce qui ressort de plusieurs des textes allégués comme témoignages de cette leçon, et ce qui réduit la portée de ces témoignages.

Irén. III, 13, 4 cite Gai. ii, 1-2 et continue : Et iterum ait : ad horam ceS' simus subiectioni, uti vevitas evangelii perseveret apud vos (ou nos).

Tertullien (C Mare. V, 3) cite la leçon de Marcion : « propler subinductitics, inquit, falsos fratres, qui subintraverant ad speculandam libertatem nostram, quam habemus in C/iristo, ut nos subigerent servituti, nec ad horam cessimus subiectioni ». Puis il la rejette pour un motif rationnel : Intendamus enim et sensui ipsi et causae eius, et apparebit viliatio scripturae. Cum praemittit « sed nec Titus qui mecum erat, cum esset Graecus, coactus est circumcidi », dehinc subiungit « propter superinductitios falsos fratres » et reliqua; contrarii utiquc facti incipit reddere rationem, ostendens, propter quid fecerit, quod nec fecisset nec estendisset, si illud, propter quod fecit, non accidisset. Donc, d'après Tert., Paul n'a pas d'abord cédé pour Tite, et il explique pourquoi il a adopté une solution contraire, sans citer d'autorité manuscrite.

Victorinus : Quidam haec sic legunt : « nec ad horam cessimus subiectioni, et est sensus integer cum superiori, ut neque Graecus Titus compulsus sit circumcidi, nec tamen nos cessimus vel ad horam subiectioni, id est ut in aliquibus cederemus. Quoniam tamen in plurimis codicibus et latinis et graecis ista sententia est « ad horam cessimus subiectioni », i, e. fecimus quae mis facienda videbantur, sed non ut semper sequeremiir, multis modis probatur legendum ita esse « ad horam cessimus subiectioni ». Primum quia vere cessit, nam et Timotheum circumcidit propter ludaeos, ut ait in Actibus Apostolorum. Ergo mentiri non debuit apostolus. Victorin choisit l'omission de ohU pour ne pas faire mentir l'Apôtre. Cette considération n'a-t-elle pas contribué à répandre cette leçon, sinon à la faire naître?

Quant à ces mss. grecs dont parle Victorin, qui omettent oùSé, ils ne sont connus ni de l'Ambrosiaster ni de Jérôme.

Ambrosiaster cite la leçon latine qu'il défend comme s'appliquant à Timo-

thée, mais il ajoute : Graeci e contra dicunt : « nec ad horam cessimus », les Grecs, sans restriction.

Le texte de Jérôme est encore plus clair, exposant la divergence entre les Grecs et les Latins : Itaque aut iuxta Graecos codices est legendum : quitus neque ad horam cessimus subiectioni », ut consequenter possit intelligi « ut Veritas epangelii permaneat apud vos »; aut si latini exemplaris alicui fîdes placet, secundum superiorem sensum accipere debemus, ut ad horam cessio non circumcidendi Titi sed eundi lerosolymam fuerit; quo scilicet idcirco subiectioni cesserint Paulus et Barnabas eundi lerosolymam, seditione ob legem Antiochiae concitata, ut per epistolam apostolorum sua sententia fij'maretur et maneret apud Galatas evangelii çeritas etc. Pelage a encore suivi l'ancienne leçon latine, mais, à partir du v^ siècle, elle cède, même chez les latins, à la leçon grecque, malgré sa valeur de concordisme avec les Actes, sûrement parce que les manuscrits grecs ne laissaient aucune place au doute, quoi qu'en ait pensé Victorinus.

Zahn, qui soutient l'omission, explique le texte de la façon suggérée par Jérôme comme nécessaire. On suppose une pause entre les versets 3 et 4. Tite ne fut pas contraint à la circoncision. Un point, c'est tout sur ce sujet. Puis Paul expose que s'il a cédé, c'est-à-dire s'il a consenti à venir faire examiner son évangile à Jérusalem, c'est dans l'espérance que l'approbation des Apôtres serait utile à la cause de son évangile. Au lieu de subiectioni, Zahn lirait subiectione, expliquant tîJ &7:oTaYîî du moyen choisi : « nous cédâmes par la subordination ».

Et en effet le texte ne peut pas signifier que Paul a laissé circoncire Tite pour une raison quelconque, mais il le dit encore moins d'après la leçon authentique ofç oùSé.

Le V, 5 est un obstacle absolu à l'hypothèse d'une concession faite par Paul. Personne ne nie qu'il se soit à l'occasion plié aux circonstances, regardant l'observance de la Loi dans certains cas comme une chose indifférente ou louable dans l'intérêt de la charité, mais encore fallait-il que les principes fussent saufs et l'avantage de l'évangile en jeu. On pouvait passer outre pour éviter les persécutions des Juifs comme dans le cas de Timothée, ou bien à cause des scrupules de frères angoissés, mais si l'on avait cédé à Jérusalem à cause de l'insistance des faux frères, comment Paul pouvait-il exiger des Galates une résistance absolue, et, ce qui est plus fort, les encourager à la résistance en leur citant sa capitulation à Jérusalem ?

Aussi les Pères grecs, Jérôme, Augustin qui suivent la leçon oTç oiU et l'immense majorité des modernes ne Aï'oient dans les vv. 4 et 5 aucune trace de concession. Mais ils diffèrent sur l'explication grammaticale. Les uns admettent le sens adversatif de Si et par conséquent n'essaient pas de souder le V. 4 au v. 3, mais comme ce verset 4 n'a pas de verbe et ne peut dépendre de jl'Ça[jiev, puisque ce verbe gouverne oîç qui reprend la phrase au début du V. 5, ils aboutissent à une anacoluthe très dure. Lightfoot l'accepte et voit dans l'embarras de la construction l'indice d'une situation difficile. Les

lÉPÏTRB AUX CALATES, II, 4. 3l

faux frères intrus qui s'étaient glissés pour épier la liberté que nous avons dans le Christ Jésus, dans l'intention de nous réduire en

anciens Apôtres auraient insisté pour la circoncision ; c'est ce qu6 Paul allait dire ; mais il ne le dit pas parce que, en définitive, ils se sont rendus à ses raisons. La phrase s'est rompue sur l'écueil caché de ce conseil de conciliation, qui enfin n'aurait pas abouti. Mais ce sont des subtilités qui manquent d'appui dans le texte, suffisamment clair si l'on prend U non pas dans son acception normale d'opposition, mais dans le sens explicatif qu'il a quelquefois ; cf. Rom. m, 22, etc.

C'est ainsi que l'ont compris les Pères grecs, bons juges de la langue. Théodore et Sévérien dans les Catenae vont même jusqu'à juger le U superflu : Tivè; TÔv « M w o\3v8£a[j.ov, Tcepidabv ïipadav elvat... îj y«P ixoXouOfa Iot{v, 8ti oùSl Tkoç "EXXvjv ûv ^v«Yxàa9r) ■KtpiX[i.f\^^ai 8ià toùî TcapEiaaxTOuç t{»6u5«8Açouî. Ce point acquis, le v. 4 fait suite au v. 3 comme une explication, mais on peut derechef l'entendre de deux manières. D'après l'opinion commune {Corn. Schaefer, etc.), l'explication porte sur les raisons qui déterminèrent l'assemblée et ses chefs à ne pas obliger Tite à la circoncision. On y aurait consenti si c'eût été pour ne pas froisser de bonnes personnes, mais on s'y refusa absolument pour ne pas céder à de faux frères qui en faisaient une question de principe. Cette conduite aurait eu sa raison d'être; mais à quoi bon suggérer ici que la circoncision, sur laquelle on- n'insista pas, aurait été conseillée dans d'autres circonstances ? On l'aurait concédée à des judaïsants modérés, on la refusa à des judaïsants fanatiques ou suspects. Il eût certes fallu s'expliquer plus clairement. Les Galates ne pouvaient rien comprendre à ces sous-entendus, et les exégètes eux-mêmes n'auraient pas vu ici tant de âhoses sans le cas de Timothée, que les Galates avaient sans doute moins présent à l'esprit que les lecteurs des Actes. Au point de vue de la construction, ce système exigerait que le v. 4 fût très étroitement lié au v, 3, puisqu'il en indiquerait la cause. Or le U, tout en n'étant pas adversatif mais explicatif, suppose tout de même une certaine pause dans la construction (I Cor. 1, 12; VII, 6. 29; Jo. m, 19; vi, 39, etc.). Je crois donc (avec Loisy) que le v. 4 donne simplement l'indication des circonstances. On peut sous-entendre : « ceci se passa », ou « je m'explique » (cf. I Cor. i, 12 X^yw Se toûto). Les Galates pouvaient se demander : pourquoi iious parler de Tite? Réponse : parce qu'il y avait des faux frères qui exigeaient la circoncision de tous les païens convertis et qui crurent avoir la partie belle à propos de Tite. Mais nous ne cédâmes pas.

De cette façon le v. 4 est comme une espèce de parenthèse, et ce qui le prouve aussi, c'est que la phrase est reprise au v. 5 par oTç.

4) 8tdc « à cause de », non pas à cause de leurs dispositions et pour y répondre (cause fondamentale), mais à cause de leur intervention (cause occasionnelle). L'article (tg\5î) suppose que ces faux frères étaient connus des Galates ; ce sont partout les mômes , quoique en fait ceux-ci aient opéré à Jérusalem. — TcapsidixTouî, « introduits furtivement ». Le mot n'est pas usité dans le grec profane, sauf dans Strabon, XVII, p. 794 napefaaxToç liHxXr)66t5 nToXeiJ.aïoç,

32 ÉPITRE AUX CALATES, lî, 5-6.

£Y0{X6V èv XpKTTfi) 'ItkioO, iva in[Jt.ôcç )taTa,Wl<o<îOUQriv, ''ol<; w^ï icpoç cSpa,<« flî5a[xev T^ ÛTTOTayy), iva -fi dcV/î9sia, toO eùotyyeT^iou Si«{A£tvvi irpoç ûjxàç, '«TCO ^à Twv ^oxouvTwv elv«t Ti, ÔTVoïot ivoTe Tiffav où^év [aoi ^locfpspei —

où il est pris comme surnom. Le sens de l'adj. n'est pas douteux d'après celui du verbe ntupnuâyta. Ces personnages vont être qualifiés de faux frères. Ce terme pourrait à la rigueur désigner des espions juifs se faisant passer pour chrétiens, mais on voit par le contexte qu'ils font profession ordinaire de christianisme ; ce sont des judaïsants que Paul ne peut considérer comme de véritables frères à cause de leur animosité contre les communautés des gentils convertis et parce qu'ils ne cherchent pas leur salut en Jésus seul. Mais dans quel groupe se sont-ils introduits subrepticement? Est-ce dans une église quelconque, quand ils ont embrassé le christianisme, ou bien dans une église de gentils?

Dans le premier cas, napetaaxTouç ne ferait pas absolument double emploi avec (l/euSaSiXçouç, mais l'épithète serait peu caractéristique, et peu conforme aux allures des judaïsants, Pourquoi seraient-ils entrés furtivement dans le christianisme? ils le regardent plutôt comme une suite du mosaïsme, ils demeurent chez eux, dans leur maison. Donc napetgaxTouç indique plutôt que ces personnages se sont glissés dans une communauté do gentils convertis; il est vrai que, avec cette acception, le verbe Ttapeto^XOov revient sur la même idée, mais c'est pour la préciser.

— oïnvEs quippe qui, « à savoir qui » ; ce pronom indique bien qu'une explication va suivre.

— irapstonXOov, « pénétrèrent secrètement », terme employé dans l'art mili' taire, « se faufiler » (Polybe, I, 7, 3, etc.). L'aoriste indique une circonstance particulière passée. Mais où? à Jérusalem ou en Syrie, par exemple à An»» tioche? Antioche [Sief. Loisy) semble indiquée par le contexte prochain. Ces faux frères ont fait les espions dans une communauté où Paul (et ses compagnons) jouissaient de la liberté dans le Christ; il parle avec insistance de « notre «liberté, î^v 'ey.ojj.Ev, « que nous avons ». Cette opinion a sa probabilité, mais alors pourquoi ne pas écrire la liberté « que nous avions » ? En disant ï^oiiev au présent, Paul entend que cette liberté appartient toujours à ses fidèles; elle leur appartenait, même à Jérusalem. C'est Jérusalem qu'indique tout le contexte général; rien ne sort de cette perspective. En Orient les <;ompagnons de voyage forment un groupe assez compact. On voyage en caravane, on s'installe ensemble dans une maison ou dans un quartier. Le groupe des compagnons de Paul pouvait très bien conserver sa physionomie qui provoquait la curiosité des judaïsants. C'est là qu'ils sont venus espionner et qu'ils ont soulevé le cas de Tite.

— vc\^ IXeuOeptav ^|j.£3v est donc notre liberté à nous qui ne nous croyons pas assujettis à la Loi, h Xptsxw 'Iï)<iou, dans la foi au Christ, principe suffisant du salut. — y.aT«^ouXù5cToufftv, indicatif futur après Yva, comme assez souvent dans le N. T. Cet esclavage est celui de la Loi, le même qu'on a essayé d'imposer aux Galates. — ^ji-àî répond à ^jfjitov et désigne toujours le groupe des chrétiens pauliniens.

servitude, ^[gens] auxquels nous n'avons fait aucune concession, pas même pour un temps, afin que la vérité de l'évangile soit sauvegardée pour vous. ^Et de la part de ceux qu'on tient pour

5) A supposer qu'on entende le v. 4 d'Antîoche, il faudrait convenir que le v. 5 ne peut s'entendre que de Jérusalem {Sieffert), théâtre de toute cette action. — Jtpoç ôpav indique un temps très court; cf. II Cor. vu, 8; Philém. 15; Jo. V, 35. NalureHcment la circoncision aurait eu des conséquences durables, aussi veut-il dire sans doute que pas un instant il ne fléchit au cours de la discussion, dans cette circonstance, ni lui ni ses compagnons, dont le plus important était Barnabe. Le pluriel eïÇ«[j.ev est entendu par Cornely des Apôtres qui, en effet, n'ont pas cédé, mais ceux qui n'ont pas cédé sont avant tout ceux dont on attaquait la liberté ; les Apôtres leur ont enfin donné raison, mais c'est i«t groupe paulinien qui a soutenu l'effort de la lutte. Il s'agissait de la vérité de cet évangile que Paul était venu exposer à Jérusalem. C'était la compromettre qu« d'admettre la nécessité de la circoncision, même dans le cas du seul Tite qui devenait un cas-principe, si bien qu'ici il s'efface comme fait individuel dans la portée de la lutte entre deux principes contraires, celui de la liberté qui était la vérité, et celui de l'esclavage. — On a vu plus haut que Victorinus, suivant probablement l'opinion latine, expliquait npbç ôp«v « pour une fois », accusant le texte grec de faire mentir Paul puisque, du moins dans le cas de Timothée, il avait cédé.

— npbç CiiSs fournît le principal argument en faveur de la Galatie du sud. Si Paul, pensant aux Galates à Jérusalem , a voulu sauvegarder « pour eux » la vérité de l'évangile, ces Galates étaient ceux de Lycaonie et de Pisidie où il avait déjà fondé des églises, non ceux du pays des Gaulois où il n'avait pas encore pénétré. Mais est-il vraisemblable qu'en soutenant son évangile Paul l'ait fait spécialement dans l'intérêt des Galates? L'argument prouverait trop. D'autre part il n'est pas exact de dire que npôç 6[j.âî signifie tous les gentils convertis. Paul les avait tous en vue à Jérusalem, mais, écrivant aux Galates, il leur fait l'application spéciale de ce qui s'est passé alors comme pour dire : en ce moment même je travaillais pour vous.

6) Comme souvent dans Paul, le sens général est clair, quoiqu'il soit très difficile de s'entendre sur la construction grammaticale. Ce sens, en termes un peu vulgaires, paraît être : « revenons aux notables, ou qui passent pour tels, et ce qu'ils étaient m'est indifférent (d'autant que Dieu ne tient pas compte de la situation extérieure), car ils ne m'ont rien imposé ». La construction est interrompue (anacoluthe), puisque la phrase commencée par : « de la part des notables » devrait se continuer par un passif : « rien ne m'a été imposé », tandis qu'elle est reprise par l\i.oi et un verbe actif. C'est que dans l'intervalle une réflexion sur ce que pouvaient être alors les notables les a fait figurer au nominatif, d'où le verbe actif. De plus, sans parler de la réflexion pieuse qui forme une parenthèse, Paul ayant dit que la situation des notables lui était indifférente à lui, cette indifférence

34 JÉPITRE AUX GALATBS, II, 5-6.

est justifiée (ydcp) puisque rien ne lui a été imposé à lui-même (Ipl en vedette) ; il n'avait donc pas à la discuter ou à l'apprécier. L'embarras de la construction découle de l'embarras de la situation. Paul tenait à dire que les notables n'avaient rien trouvé à redire à son évangile, n'avaient rien voulu changer à la condition de ses églises de gentils convertis. D'autre part, ayant maintenu dans tout le premier chapitre l'indépendance et l'origine divine de son apostolat, il ne voulait pas paraître attacher trop de prix à l'approbation des anciens Apôtres. On lui opposait leur autorité et l'on prétendait qu'il s'en écartait. Non, ils ont été d'accord, et par conséquent il est inutile de déterminer exactement la situation extérieure de chacun dans l'Église. Paul ne désire nullement ébranler cette situation des notables, sur lesquels il s'appuie, mais il ne veut pas paraître grandir leur autorité pour s'en faire une arme, comme si toute son autorité dépendait d'eux, alors que les notables eux-mêmes ont reconnu son évangile et sa mission d'apôtre.

Gornely comprend le début de la même façon : Qualescumqiie, i. e. quamvis alta in auctoritate, /we/'i/iï in concilio aestimati ierosolymitani, quos adversarii mei semper iactant mihique praeferre et opponere volunt, in hac quaestione nullius est momenti et nihil mea inierest. Seulement, au lieu de regarder ïcpdduTtov — X«[A6àvet comme une parenthèse, il y voit la raison de l'indifférence de Paul : siquidem ad externam hominis conditionem Deus non attendit, puis, ayant déjà ajouté ce siquidem, il suppose encore une idée intermédiaire pour amener l\i.<n 7ap : qui interna eius dona considérât; iamvero quod interna dona attinet, aestimati ierosolymitani me superiores non sunt (comment trouver ces dons intérieurs dans le texte?); mihi enim nihil contulerunt, etc.

Ceux qui ne veulent pas reconnaître l'anacoluthe ont eu recours à diverses combinaisons, par exemple Sieffert : « être quelque chose (de grand) de par les autorités, quelle qu'ait été leur situation (élevée), est pour moi sans valeur », .etc.; ou M. Weber [Katholik, 1900, I, 481 ss.) : « Quelle importance avaient (les faux frères) auprès des notables, cela m'importe peu ». A ces deux solutions on doit répondre que d^i ti km tivoç ne peut signifier « avoir de l'importance auprès de quelqu'un » [Lietz,).

D'après M. Loisy, Paul « entend bien signifier que le crédit dont ils (les notables) jouissent est de nulle valeur, parce qu'il est d'ordre humain ». Son dédain de « spirituel » est un peu affecté, « il témoigne plutôt de mauvaise humeur que de paisible ironie ». Paul tient « pour néant » les raisons qui fotident l'autorité des notables. — Après cela il est aisé de le mettre en contradiction avec lui-même ; « Qu'est-il donc venu faire à Jérusalem? Et pourquoi se couvre-t-il devant les Galates du témoignage que lui ont rendu ces « notables », etc.? — Il suffit, pour répondre à ces questions, de prendre les termes de Paul pour ce qu'ils sont, et non pour 1' « écart d'un esprit agacé ». Car, s'il est agacé, c'est que ses adversaires ont toujours affecté de lui opposer les Apôtres. Il n'était pas juste de les porter toujours aux nues comme si lui n'avait rien fait de bon. Qu'on laisse donc au Seigneur de juger seul! Et, quoi qu'il en soit, puisque ces grands notables ne lui avaient rien demandé! S'il y a de l'ironie, elle porte moins sur les notables que contre les judaïsants et leurs dupes, les pauvres Galates {Liglit. Corn. Thomas).

— Twv 8oxo(5vTa)v eTvat ti rappelle l'entretien particulier de Paul avec les Soxoîîvcsî, V. 2. La discussion sur la circoncision n'a pu se terminer sans leur autorité. Mais en plus de cette solution reconnue de tous, il y avait le résultat des entretiens x«t' Î8iav (ii, 2). C'est ce résultat négatif et positif cfui va être mentionné. Les 8o)touvT£ç, au présent, ont toujours leur autorité aux yeux des Galates; la Vg. traduit encore au passé : qui videbantur, traduction agréée on ne sait pourquoi par M. Loisy : « Quant à ceux qu'on tenait pour notables ». — e?vai xt ne peut être séparé de 8o/.o\3vt;wv. C'était une expression toute faite : Plat. Apol. 41 E èàv 8oxc3a( xi eTv«i \i:f\lh ovteç, cf. Euthyd. 303 C ; Gorg. 472 A, et Paul la connaissait si bien qu'elle revient dans cette même épître sous une forme équivalente : e! yàp Boxa tiç eTvaf xi [;.ï]8îv ôSv (vi, 3). Ce rapprochement est décisif contre Sieffert qui rapporte eTvaî xi à Paul : « être quelque chose de par les notables ». — notlpris isolément pourrait évidemment s'entendre du temps, mais, uni au relatif indéterminé, il étend en quelque sorte l'indétermination, de sorte que ÔTtoïot izoxz équivaut à qualescumque tandem. Il n'y a aucune raison de penser que Paul s'écarte de l'usage de la langue. D'ailleurs à quel temps ferait-il allusion? Ce ne pourrait être qu'au temps de la réunion de Jérusalem, déjà indiqué par le contexte. D'après Lightfoot, etc., c'est une allusion au temps où les Apôtres ont vécu avec Jésus. De la sorte, Paul ne mettrait pas en question l'autorité des Apôtres, mais l'avantage qu'ils pouvaient prétendre d'avoir connu le Sauveur, avantage qu'il ne considérait pas comme appréciable par rapport à celui qui connaît le Christ dans l'esprit (cf. II Cor. v, 16). Mais outre qu'il faudrait donner à r.oxi un sens inusité, cette allusion au temps de la vie de Jésus n'est vraiment pas indiquée dans le texte; il faudrait la deviner, — Sca^iépet, impersonnel : cela ne fait pas de différence pour moi, cela m'importe peu.

— Ttpo'aojjtov Oeôç àvOptinou où )va[;.6dtve[ (cf. Lc. XX, 21). Le sens des termes est clair. 7:pdaw7cov Xa[;.6diV£iv est l'équivalent de l'hébreu D*i35 iiW2, « lever (pour le

voir) le visage de quelqu'un ». L'hébreu peut se prendre en bonne ou en mauvaise part, mais la doctrine constante de l'A. T. est que Dieu ne tient pas compte dans ses appréciations de la situation privilégiée des hommes, qui n'est qu'une apparence. Or comme npdawTïov en grec indique le masque aussi bien que le visage, Xa[x5aveiv ou pXéjrstv et? (Mt. xxii, 16; Me. xii, 14) 7i:pôatoTOV a dans le N. T. le sens défavorable de se régler d'après la situation extérieure, ce qui est contraire à la pratique de Dieu. Mais pourquoi le dire ici ? Cela s'entend très bien dans le système de Sieffert : Paul dirait : il m'est indifférent d'avoir été relevé en dignité par les Apôtres, car Dieu ne tient pas compte des avantages extérieurs. Dans l'opinion commune, on ne peut voir dans ces mots qu'une réflexion, une parenthèse sans portée spéciale. Quelle qu'ait été la situation prééminente des autorités, cela n'importe pas à Paul, puisqu'elles ne lui ont inen imposé; et, d'une façon générale, cela importe peu de posséder ces avantages extérieurs, puisque Dieu ne juge pas d'après cela.

— ê[Ao\ yap. L'importance donnée à.£(jLof, mis en vedette, ne s'explique que s'il reprend le (io{ placé devant Btaip^pEi, Gomme yip ne peut guère être synonyme de Q^v, il ne marque pas simplement la reprise de la phrase : « donc » ils ne m'ont rien imposé. Il ne peut avoir son sens naturel que comme expli-

TCûo'ffWffov [6] Ôe6<; âvôféicou où >,a,p.€àvei — IjaoI yàp oî ^0)touvT8ç ôùSàv TfûOffaveSeVTO, '^«.XXà toùv<xvt(ov J^ovtsç ô'ti iceirtcrTÊup-ai to eùatyysliov ttîç à)taoêûffTi<x(; jtaGwç nérpo*; T'^ç irepiTO^a'^ç, *6 y*? èvepY'/fffaç TïeTpw eîç. à'nro(yTO>.'^v ttiç irepiTOfAÎiç évvfpyviffev xal epl sic Tot eôvvi, 'xoù yvovTsç

cation de Siayipsi, car il ne peut avoir aucune attache avec la réflexion générale sur l'attitude de Dieu. Quant à supposer une idée sous-entendue : les autorités ne me sont pas supérieures pour les dons intérieurs {Corn.), c'est tomber dans l'arbitraire.

— îcpoTOvéOevTo. Go verbe dans i, 16 signifie « consulter ». Ce ne peut être le sens ici (contre Aug. Klostermann, Problème im Aposteltexte, Gotha, 1883, p. 117), à cause du complément oiBlv et à cause du contexte. Quel avantage aurait Paul à dire qu'on ne lui a demandé son avis sur rien? On traduit « communiquer », auquel on donne arbitrairement le sens de communiquer pour imposer quelque chose. Le plus simple est de prendre le verbe dans le sens d'imposer (cf. Xén. Mém. II, 1, 8 jtpoaavdlOïffBaî ti « s'imposer une nouvelle charge ».

On n'a pas d'exemple du moyen au sens purement actif, mais le mot qui signifie « s'imposer à soi-même » a dû signifier aussi « imposer aux autres » (Sieffert). D'après le contexte, il s'agit des observances légales, car la question de doctrine, l'orthodoxie théologique, comme on dirait aujourd'hui, n'était point en cause. Le christianisme était, d'après Paul, avant tout une délivrance, mais il avait ses obligations qu'on pouvait avec Jésus (Mt. xr, 29 s.) regarder comme un fardeau. Les Apôtres n'y voulurent pas ajouter le fardeau beaucoup plus lourd de la loi juive.

7) Toùvavxfov « tout au contraire », au lieu de m'imposer quoi que ce soit, ils ont pleinement reconnu ma mission. — côdvxeç les Apôtres ont pu se rendre compte par un ensemble de circonstances. Une sorte d'évidence se dégageait des conversions nombreuses opérées par Paul, des grâces spirituelles accordées à ses communautés, confirmant les communications divines qu'il avait reçues lui-même. — Ttenfateujjiai aU parfait, d'une façon permanente; cf. Rom. iii^ 2; I Cor, ix, 17; la leçon «£jcîaTEUT«( [Aot de F G est une traduction du latin, creditum est milii. — tîJs ixpo6u<rrfas désigne les incirconcis comme objet de l'apostolat (cf. ii, 8-9), non un évangile qui leur fût propre : Tert. De praescr. xxiii : inter se distributionem ofpcîi «rdinaverunt, non separationem evangelii, nec ut aliud alter, sed ut aliis alter praedicàrent (ou praedicei). — x«0t6ç indique l'égalité. Si Paul cite Pierre seul comme chargé d'évangéliser les Juifs, c'est à cause de sa prééminence reconnue parmi les Apôtres; il ne songe pas plus à contester la vocation des autres Apôtres parmi les Juifs qu'à contester la vocation du Barnabe parmi les gentils. Sa pensée n'est pas de constituer deux églises, non plus que deux évangiles, ni de faire deux parts dans le gouvernement de l'Eglis». Il entend simplement que l'office qui lui est confié d'évangéliser les gentils est du même ordre que celui qui est confié à Pierre, ce qui n'est pas limiter strictement l'activité de l'un et de l'autre. Ce n'est pas non plus s'attribuer le titre de chef de l'apostolat chez

notables, quelle était leur situation, peu m'importe, — Dieu ne fait pas acception de la personne humaine, — car les notables ne m'ont rien imposé, 'mais au contraire, ayant constaté que j'ai reçu mission pour l'évangile des incirconcis comme Pierre pour la circoncision, ^car celui qui a donné sa force à Pierre pour l'apostolat de la circoncision m'a donné aussi sa force pour les gentils, ^et

les gentils; jamais Paul n'a émis, même de loin, une prétention semblable. Loisy : « On remarquera que Paul ne présente pas son idée des deux chefs, mais celle des deux apostolats comme ayant été la base de l'entente conclue à Jérusalem ». Mais alors où est la théorie des deux chefs? Si Paul met sa personne en avant, c'est dans l'intérêt de sa cause. Dieu ayant pourvu en sa personne à l'évangélisation des gentils, cet apostolat avait ses principes, sa méthode, ses résultats, que les judaïsants n'avaient pas le droit de tenir pour non avenus. Dans ce sens on eût pu parler d'un évangile des circoncis.

8) C'est ce qu'explique encore le v. 8. Le sujet sous-entendu est Dieu, déjà omis I, 6. 15. L'omission du Christ serait moins naturelle, d'autant que l'appel de Paul à l'apostolat vient de Dieu, i, 15. — néxpo) est un dat. commodi (Zahn, Lietz.), et en effet le sens n'est pas que Dieu a travaillé dans Pierre, auquel cas âv serait exprimé comme dans Mt. xiv, 2, etc. Mais l'opération divine peut être utile à Pierre soit en fournissant un cadre à son activité (« celui qui a procuré à Pierre l'apostolat » [Loisy]), soit en l'aidant, comme c'est le sens ici, puisque le secours est donné « en vue » de l'apostolat, do même que dans le texte qu'on cite des Proverbes (xxxi, 12), où la femme collabore avec son mari èvepYEÎ* yàp xw àv^pl eiç àyaOà ndcvta tov pfov. — etç xà 'éOvrj, construction abrégée pour ne pas répéter « dans l'apostolat des gentils ».

9) ■^'id'iizt; complète ?8dvx£ç. Après avoir constaté la mission de Paul par les faits,. les autorités reconnaissent et apprécient en elle-même la grâce à lui conférée, comme apôtre, convertisseur, fondateur d'églises chez les Gentils. — 'WxuSoç est sans doute le Jacques de i, 19, qu'il n'était pas besoin de désigner une seconde fois comme frère du Seigneur, d'autant que Jacques, fils do Zébédée, étant mort dans l'intervalle, il n'y avait plus de confusion possible. Il est nommé le premier, car les mss., surtout latins, qui ont mis Pierre avant lui, ont corrigé pour ménager la primauté de Pierre. Soin superflu, car elle résulte assez de i, 18 et ii, 7. 8. Chacun savait que les rapports de Jacques avec le Seigneur durant sa vie, et comme son disciple, avaient été moins intimes que ceux de Pierre. Même à Jérusalem, ce dernier avait toujours tenu le premier rang, comme le prouvent les Actes et même Gai. i, 18. Si donc Jacques est nommé le premier au moment où les autorités se décident en faveur de Paul, c'est que son adhésion, sans être plus importante, était plus cai'actéristique. Jacques même ! les judaïsants devaient se le dire. — oî BoxouvxEç n'est plus dans le sens du v. 2, mais s'entend vz'aisemblablement des mêmes personnes. Le verbe est toujours au présent; au moment où Paul écrit, Jacques, Pierre et Jean sont encore tenus pour des colonnes sur

(TTuXoi elvat, ^e^ioci; 'e^wxav I(jlo1 >tal Bocpvciêa xoivcovt'aç, tv« •«(Jt.eî'ç eJç t«

lesquelles repose l'édifice de l'Église (I Cor. m, 9); la métaphore, très naturelle, se trouve chez les anciens et chez les Juifs; dans le N. T., cf. Apoc. m, 12. Loisy, qui fait mourir Jean en l'an 44, a dû changer encore ici le présent en passé : « ceux qu'on regardait comme colonnes ». — SeÇiàç ïSwxav. S'il fallait prendre ce geste à la lettre, on croirait voir les « colonnes », après une longue conférence, se décider enfin, sur un mouvement d« Pierre, le plus spontané, et tendre les mains droites à Paul et à Barnabe. Mais l'expreBsion était devenue depuis longtemps métaphorique, puisqu'on disait d'une seule personne : « tendre les mains droites » (I Macch. xi, 50; xiii, 50; Light.). Il s'agit donc d'un accord qui eut quelque solennité, mais qui n'a pas nécessairement pour antécédent la défiance ou le désaccord. Donner sa main droite pour engager sa toi est un usage qui vient probablement des Perses [Light.), mais qui avait pris racin« dans Israël (Esdr. x, 19; I Macch. vi, 58 etc.). L'accord est celui du lien très étroit (xotvwvf«) qui unit les chrétiens (II Cor. IX, 13; Act. Il, 42), unis entre eux comme ils le sont avec Jésus-Christ (I Cor. 1, 9) et avec l'Esprit-Saint (II Cor. xin, 13). Or le but de l'accord était naturellement de continuer à prêcher l'évangile; Paul l'insinue clairement sans mettre avant « chez les gentils » un verbe que 1« lecteur aura à suppléer, « aller » ou « s'adresser à » ou plutôt « porter l'évangile ». Il maintient ici la séparation des domaines : d'un côté Paul et Barnabe pour les gentils, de l'autre les « colonnes » pour les Juifs. Quand il écrivait aux Galates, Paul savait par sa propre expérience que la distinction n'avait rien d'absolu. S'il s'exprime si nettement, et par trois fois, c'est qu'à Jérusalem on régla vraiment ainsi les choses, prenant le passé pour type et mesure de l'avenir, mais sans prétendre enchaîner la liberté apostolique ni la grâce de Dieu. Il n'y a aucune raison de croire que Paul ait imaginé plus tard, contre sa propre pratique, « l'idée de deux apostolats radicalement distincts, indépendants l'un de l'autre, et sans autre rapport que celui d'une lointaine (?!) charité » [Loisy] . Aussi bien la jtepiTO(;.ï{ n'avait pas alors le même sens qu'aujourd'hui.

Pour nous qui voyons les Juifs dispersés dans le monde entier, « la circoncision » indique uniquement la race unie par un lien religieux. Mais alors il existait une nation juive, sinon un État indépendant, comme centre de la diaspora répandue dans le monde romain, et c'est à la nation que s'appliquait surtout le terme •îi7tepii:o[j.rf comme terme de i'évangélisation distincte des gentils. Paul renonce résolument à prêcher aux Juifs chez eux, et il n'a jamais entrepris sur le domaine de Jacques; les apôtres de Jérusalem, surtout en tant que Jacques est à leur tête, concentreront leur activité sur la Palestine. Mais la vocation de Pierre est universelle, et Paul ne s'étonnera pas de le trouver à Antioche, tandis que lui-même prêchera aux Juifs répan-

ayant reconnu la grâce qui m'a été donnée, Jacques et Géphas et Jean, qui passent pour les colonnes, donnèrent la main à moi et à Barnabe [en gage] d'union, de façon que nous fussions pour les gentils, et eux pour la circoncision; i^nous devions seulement nous souvenir des pauvres, ce que j'ai toujours eu à cœur de faire.

dus chez les gentils. Qu'il y ait eu dans l'accord un sentiment de cette distinction géographique, c'est ce que prouve le v. 10.

10) Vva est parallèle à cva du v, précédent, et par conséquent se rattache à l'accord qui y est annoncé, sans qu'on soit obligé de sous-entendre un verbe. Les mots [j.dvov tûv nTcoy^Giv sont placés en avant pour leur donner plus de force (cf. I Cor. vu, 29; II Cor. ii, 4 mais non Rom. xi, 31). On ne demande à Paul que cela, on n'impose pas d'autre condition à son zèle, mais on le lui demande comme gage d'union. Ce « souvenir des pauvres » est une manière délicate d'expi'imer la collecte des aumônes, mais il s'agit bien de pauvres, c'est-à-dire de communautés spécialement dans le besoin, où les pauvres sont plus nombreux et ne peuvent être soulagés par les ressources locales. — âarto<58(xo«, au singulier, parce que Paul ayant quitté Barnabe peu après ne répond que pour lui; à l'aoriste pour indiquer une ou plusieurs occasions. — «ÙTb TouTo insiste sur la prestation ponctuelle.

Qui sont ces pauvres, et pourquoi se souvenir d'eux spécialement? — Il est clair qu'ils appartiennent au judaïsme, et que les dons seront demandés aux gentils. En fait nous savons par la pratique de Paul (Rom. xv, 26 s. ; I Cor. XVI, 3; II Cor. ix, 1 s.; Act. xxiv, 17) que ces pauvres sont ceux de Jérusalem. Gomme rien n'indique une restriction par rapport au v. 9, il faut donc que ce verset lui-même ait en vue surtout les Juifs de Palestine quand il nomme la circoncision. L'Église de Jérusalem fut dès le début très préoccupée du soin de ses pauvres. Comme les Juifs de la cité sainte s'étaient fait une habitude de recevoir les dons de la Diaspora, les juifs convertis, habitant un pays dénué de ressources, trouvaient sans doute naturel que les riches chrétiens des villes opulentes leur fissent parvenir des secours. C'est encore la situation aujourd'hui, où les chrétiens latins reçoivent les aumônes du dehors par l'entremise des Franciscains, les orthodoxes par les soins du couvent grec. De plus, Paul lui-même voyait dans ces collectes un hommage rendu à la cité sainte qui avait été pour les gentils le point de départ des bienfaits spirituels (Rom. xv, 27; II Cor. ix, 12 ss.).

Rien n'indique que les Apôtres aient voulu lui concilier les chrétiens de Jérusalem, et Paul lui-même ne savait pas trop comment ils recevraient ses dons (Rom. xv, 31). Mais il est impossible d'aller plus loin et de voir dans les aumônes une preuve de dépendance vis-à-vis de l'Église de Jérusalem. Cette opinion de Keim, Hilgenfeld, Pfleiderer, a été reprise par M. Loisy avec une certaine atténuation : « Nul ne songeait à un rapport de d<épendance hiérarchique », mais « l'apostolat chrétien restait coordonné en fait et, jusqu'à un certain point, subordonné à son point de départ comme à son centre actuel », La communauté de Jérusalem n'aurait point été dans une telle

40 ÉPITRE AUX CALATES, H, 11.

**"OTe 5è '^>.Gev Rvicpaç clç 'AvTtoyeiav, xaTOt nrpocroTTov aùrS àvré-

indigence : « Paul lui-même, dans la seconde aux Corinthiens (ix, 12-13), dira que la collecte ne se fait pas que pour le besoin des « saints », mais aussi « en obédience de confession évangélique » et en acte de « communion » ecclésiastique ». Si le raisonnement tiré de II Cor. ix, 12-13 était concluant, il faudrait conclure à une véritable dépendance des gentils, car, que signifie « en obédience de confession évangélique », si l'obédience va des Corinthiens aux saints de Jérusalem, comme Loisy l'insinue assez clairement? Il est vrai que ce n'est point le sens de ce texte, où èjt\ t^ OnoTaY^ dépend de SoÇci^ov-ceç. Ceux de Jérusalem sont heureux de l'obéissance des Corinthiens à la doctrine de l'évangile, et, quant à la communion, elle est eîç aiiobç xa\ e?s jtivtaî, car ce bienfait particulier s'étend aussi à tout le christianisme. Et il s'agit bien vraiment non pas de la communauté des saints comme telle, qui lèverait une contribution pour exercer son droit, mais des pauvres de cette communauté. De même qu'il n'est ici question que des pauvres, dans Rom. xv, 26 Paul dit expressément : « pour les pauvres des saints qui sont à Jérusalem ». Il est donc très injuste de dire de notre verset : « Cette façon de présenter les choses dissimule une bonne partie de la vérité ».

11-21. Troisième point de la discussion personnelle : Paul défend les principes DE l'évangile, sur LESQUELS IL EST d'ACCORD AVEC PlERRE, CONTRE LES CON- SÉQUENCES qu'on pourrait TIRER DE LA PRATIQUE DE PlERRE A AnTIOCHE.

A Jérusalem, on avait résolu seulement la question posée : fallait-il obliger les gentils à la pratique de la Loi et spécialement à la circoncision? On l'avait décidée d'après les lumières répandues par l'action de l'Esprit-Saint. Il paraissait sans inconvénient d'avoir deux régimes pour les judéo-chrétiens et pour les gentils, puisque les apostolats étaient distincts. Mais, en dehors de Jérusalem où l'élément juif était absolument dominant, les communautés étaient mélangées, ou plutôt les chrétiens d'une ville ne pouvaient former une communauté qu'à la condition de s'entendre sur la pratique de la Loi. La décision de Jérusalem supposait que la Loi n'était pas nécessaire au salut, que tous cherchaient dans la foi au Christ. Il paraissait équitable que dans une communauté composée en grande majorité de gentils, comme à Antioche, les chrétiens juifs d'origine renonçassent, en faveur de la fraternité, à des pratiques qui ne leur étaient point indispensables pour être sauvés.

C'est ce que pensa Pierre, qui n'hésita pas à partager le repas des gentils. Mais les Juifs pouvaient-ils se dispenser de la Loi? D'autres ne l'admettaient pas, et vinrent à Antioche le dire au nom de. Jacques, probablement sans en avoir reçu mission. Pierre céda. Mais Paul lui résista en face. Apôtre qui tenait sa mission de Jésus-Christ, dont l'évangile avait été reconnu par les chefs de l'Église, il était aussi celui qui savait tirer des principes les conclusions pratiques. Si les pseudo-apôtres des Galates l'ont accusé d'opportunisme, comme il est très vraisemblable (i, 10; v, 11), quelle apologie plus décisive de sa conduite que son attitude en face de Pierre, après la défection de Barnabe I

*^ Mais quand Géphas vint à Antioche, je lui résistai en face,

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