L'incident d'Antioche
Les faits sont exposés en quelques mots très expressifs, sans aucun commentaire sur la gravité de la situation. Le danger apparaît clairement dans l'énergique apostrophe de Paul. Des concessions d'ordre pratique, qui paraissaient fort légitimes, mettaient en question le principe môme de la liberté des gentils.
11) YJXeev KrjçSç, on ne sait ni pourquoi Pierre vint à Antioche, ni à quel moment précis. Gomme Barnabe s'y trouvait aussi en même temps que Paul, et qu'ils ne tardèrent pas à se séparer (Act. xv, 36 ss.), il est probable que la visite de Pierre eut lieu peu après la réunion de Jérusalem (Act. xv, 35). Paul le nomme Géphas, comme i, 18 et ii, 9. Les anciens ont trouvé tout le rôle qu'il joue dans cet épisode peu digne du prince des Apôtres. Les uns, comme Origène, Jérôme, Ghrysostome, Théodoret, n'ont vu dans les reproches qu'il essuya de Paul qu'une scène concertée. Gette opinion à laquelle Jérôme, vivement pressé par saint Augustin, finit par renoncer, n'a pas reparu chez les modernes. Une autre échappatoire qui date de Glément d'Alexartdrie (dans Eus. H. E. I, xn) a eu la vie plus dure; elle consiste à dire que Géphas était un disciple, et non Pierre (encore Vallarsi, Hardouin, puis Vincenzi en 1875). Aujourd'hui personne ne conteste l'identité de Géphas et de celui que Jésus a choisi pour être le fondement de son Église. Son importance dans l'église primitive ressort nettement du récit qui est si peu obligeant pour lui. L'ancienne tradition ecclésiastique lui attribuait la fondation du siège d'Antioche, qu'Eusèbe [Chron.) plaçait en l'an 44. — xatà itpootojtov « en face », et non pas « en apparence », comme si Pierre avait joué le rôle de celui qui fait des objections au conférencier, et ne se lasse jamais de se faire battre dans l'intérêt des auditeurs. Gette scène de comédie ne parut point à des Orientaux indigne de si graves personnages. Augustin en jugea autrement et montra qu'en tout cas la reprehensio dispensatoria s'accordait mal avec le verdict si net de Paul, inspiré par l'Esprit-Saint qui ne peut mentir [Ep. LXXXV, 6). — xa-ceYvuapvos n'est pas « répréhensible », qxii serait x«T«YV'^''f^°^ ^^^ ^® participe ne peut être pris pour î'adj. verbal. On traduit « condamné » {Light., Zahn, Loisy), la conduite de Pierre portant en ellemême sa propre condamnation, ce qui est plus que subtil. S'il était condamné, pourquoi le convaincre de ses torts? D'autres [Luther, etc.. Corn.) entendent « repris », « accusé ». Mais ce ne serait donc pas Paul qui aurait pris l'initiative? or il semble bien se donner tout l'honneur de l'épisodo. Le seul sens acceptable est celui de coupable : « parce qu'il s'était mis dans son tort » [Loisy, dans sa traduction). xaTE^vioofilvoç peut avoir ce sens par l'intermédiaire de « trouvé en faute ». — Paul ne dit pas encore qu'il a repris Pierre devant tout le monde. 11 donne en quelques mots la clef de tout ce qui va suivre. Il résiste à Pierre, ce qui suppose que celui-ci était investi de l'autorité et passait dans l'opinion des fidèles pour lui être supérieur, et il résiste en face, sans s'arrête'r à l'ascendant qui devait lui imposer plus de déférence ou même l'obéissance. S'il est, pour ainsi dire, sorti de sos gonds,
<7Tviv, oTi 54(XT6yvwc(xévoç ^v. ^'^Tcrpô Tou y«p èXôeîv Tivàç «tco 'Iax<6é'ou [/.exà Tôv eôvôiv (juvtîcîGisv oTe «^è -/iT^Oov, ÛTcé<rTe>>>>£V )cal à(p(j)pi(^ev éauTov, <poêou(AÊVO(; Toùç hx, TC6piT0(/.vî(;. ^^xai cuvuTrexpiG'flffKV aÙTÛ ycod ot Xoitfoi
prenant vis-à-vis de Pierre une attitude anormale, c'est parce que celui-ci était coupable. D'après Cornely, cette circonstance a fourni à Paul une excellente occasion de démontrer qu'il n'avait pas seulement été reconnu dans le concile l'égal des Apôtres, mais qu'il s'était comporté en égal avec le prince des Apôtres lui-même, égal dans l'apostolat, sinon dans le gouvernement de toute l'Église qui n'était pas en question. Le texte indiquerait plutôt que Paul, confiant dans la sûreté de son évangile, n'a pas hésité à affronter l'ascendant de Pierre qui entraînait tous les autres, se réservant de lui prouver à lui-même, et par lui aux Galates, que c'était avec raison. Plus la personne de Pierre était haute et supérieure à son interlocuteur dans l'opinion, plus l'avantage était, signalé.
12) Dans èXeeïv Ttvàç àno 'Iaxt)56ou, il faut joindre èXGeî'v et non tivocç avec &nà 'Iaxo55ou [Chrys. et Aug.). Ce sont probablement des personnages envoyés par Jacques (cf. Me. v, 35; Mt. xxvi, 47; I Thess. m, 6). Si c'étaient seulement des gens de l'entourage de Jacques {Corn. Za/m), leur arrivée n'eût point fait tant d'effet. Cornely s'efforce de mettre Jacques hors de cette affaire; il n'avait pas, comme évêque de Jérusalem, à envoyer des visiteurs dans l'Eglise d'Antioche. Et en effet nous ne savons pas quel était son but. Mais, outre que la juridiction n'était pas alors si strictement délimitée, Jacques, sans faire acte de juridiction, tenait sans doute à s'informer de ce qui se passait là-bas, sinon chez les gentils convertis, du moins chez les chrétiens d'origine juive {Belser). Il va sans dire que ses mandataires ont pu, comme il arrive souvent, dépasser ses instructions (cf. Act. xv, 24). Avant l'arrivée des envoyés de Jacques, Pierre mangeait (ouvYJaOtev) habituellement avec les gentils convertis. — auvsa9ieiv signifie simplement prendre son l'epas (Le. xv, 2 ; î Cor. V, 11). D'après Loisy : « comme les fidèles d'Antioche n'avaient pas accoutumé de prendre ensemble leur repas de chaque jour, les repas dont il s'agit ici sont les repas de la communauté, « le repas du Seigneur ». Sans être aussi exclusif, Cornely incline dans le même sens, car il lui paraît peu probable que les Apôtres aient perdu leur temps en acceptant des invitations à dîner. Mais précisément dans ces occasions plus apprêtées, on aurait pu prendre des précautions pour ne pas choquer les judéochrétiens, si la chose eût été possible. On ne s'y arrêtait pas, parce que dans les rencontres, dans les maisons et sur les routes, les judéo-chrétiens et Pierre à leur tête n'hésitaient pas à manger avec les gentils, au risque de se contaminer, d'après la Loi et les coutumes pharisaïques. Sans même aller jusqu'à manger du porc ou des viandes étouffées, ils auraient contracté comme Juifs une grave impureté en prenant part à un repas d'où ces mets et beaucoup d'autres n'auraient pas été exclus, sans parler du Jfcivage des plats, etc. Cette difficulté n'avait point été réglée par le concile de Jérusalem, dont les dispositions alimentaires, imposées aux gentils (Act. xv, 20 et 29), étaient loin de rendre légitime pour des Juifs la manducation en commun avec des gen-
parce qu'il s'était donné tort. ^^En effet avant que certains fussent venus d'auprès de Jacques, il mangeait avec les gentils; mais lorsqu'ils furent venus, il se déroba et se sépara, craignant ceux de la circoncision. ^^Et les autres Juifs aussi dissimulèrent avec lui,
tils, s'agît-il de consommer des provisions de route au bord d'un fossé. La séparation était encore plus sensible dans l'ordre religieux, puisque des chrétiens n'auraient pu commémorer ensemble la mort du Seigneur par le repas eucharistique.
— 8-ce 81 ïjXGov (et non ^X9ev) s'entend des envoyés de Jacques. Dans le doute sur la qualité des aliments, la pureté des plats, etc., un juif n'avait qu'une attitude à prendre, s'abstenir absolument de manger avec les gentils. C'est sans doute ce que firent les Juifs venus de Jérusalem, où les judéo-chrétiens se croyaient tenus d'observer la Loi. Leurs exemples, et peut-être leurs paroles, déterminèrent une réaction. D'après le texte, elle commença par Pierre, ce qui l'end bien vraisemblable une démarche des envoyés de Jacques auprès de lui.
— ÔTîéaTeXXev Koà dçtiptÇev éauT:(5v, les imparfaits (comme auv^aOtsv) prouvent que la situation dura quelque temps. Pierre se retirait, dans les occasions où il eût été exposé à manger avec les gentils, et même se mettait à l'écart ouvertement si l'occasion ne pouvait être évitée d'avance. Il le faisait par crainte (çpoSoupvo?) de ceux qui étaient originaires de la circoncision (tov)? èx 7ïepiTO[jL9îç), c'est-à-dire des Juifs convertis, non point spécialement de ceux d'Antioche, qui suivaient une pratique large, mais des judéo-chrétiens en général, que les envoyés de Jacques auraient pu ameuter contre lui. fo6oii(A£voç ne signifie pas nécessairement une crainte servile, la peur de la mort ou des mauvais traitements, mais ne suggère pas que Pierre voulut seulement éviter de scandaliser les nouveaux venus. Plutôt redouta-t-il leurs réclamations, dénonciations, indignations, clameurs. C'est que, s'il a été éclairé sur le fond des choses par la vision relative au centurion Corneille (Act. x,
14 ss.), il ne paraît pas avoir cessé, étant à Jérusalem, de pratiquer la Loi. Sa nouvelle attitude devait susciter des commentaires. Estime-t-il donc, depuis qu'il est à Antioche, qu'elle ne lie plus les Juifs, ou agit-il contre sa conscience ? Pierre évita de s'expliquer et crut devoir éviter la lutte en se retirant. Mais un Pierre ne pouvait se retirer sans bruit.
13) Le moment vint où, sa conduite étant connue, il y eut comme un moment de déclanchement dans l'attitude des autres Juifs convertis («juvunsxp(8r)aav [à l'aoriste]) et Barnabe lui-même fut entraîné à s'associer à leur dissimulation, à celle des Juifs et à celle de Pierre.
Il ne nous semble pas possible que tî) Ono/tpt'crei soit un datif instrumental, comme si Barnabe avait été entraîné par la dissimulation des autres [Sieff. Lietz.), car il fut plutôt entraîné par l'autorité de Pierre et des autres. On ne peut pas dire non plus qu'il fut entraîné vers leur dissimulation, ce qui serait EÎç TTjv Gndxptoiv.. Il faut plutôt (avec Zahn) tenir compte du aiiv du verbe composé et qui exerce son influence sur xfj {JTOxpfaei (cf. Rom. xii, 16 et Gen. xix,
15 ouvandXvj xaîs (icvo[j.iaiç irjç TtdXewç).
oTe elSov oTi oOx ôpGoiço^oQciv orpoç t^v «XyfQeiav tou sùûtyyeXiou, ewov tSî Rviça ^(XTçpocôev tcoIvtwv El où 'lou^aïoç tJTrapj^wv éOvuwç v.cd oùx
Le mot de Onoxpiatç ne doit pas être traduit par « hypocrisie », où il entre une idée basse : feindre un sentiment qu'on n'éprouve pas pour «n retirer avantage. Ce n'est pas le mobile de Pierre. Il demeure cependant que Pierre n'a point conformé sa pratique à ses convictions. Il se croyait affranchi de la Loi, puisqu'il mangeait avec les gentils, et Paul ne suppose pas un instant qu'il l'a fait contre sa conscience. Il avait donc pris parti, et il n'a pas le courage de se défendre. Si maintenant il se retire, il donne à croire qu'il n'a pas agi délibérément, il se rétracte en fait, et la conclusion était naturellement soulignée par les judéo-chrétiens stricts qui n'ont pas laissé sans aucun doute de contribuer au revirement, en alléguant auprès des retardataires l'autorité de Pierre. Quand Barnabe, qui avait défendu si énergiquement à Jérusalem les droits des gentils, qui sans doute longtemps avant Pierre avait mangé avec eux, se fut laissé entraîner, la scission devint complète. Aux gentils converLis il ne restait que Paul. Et peut-être l'amertume d'être abandonné par son ancien compagnon explique-t-elle le peu de soin qu'a pris l'Apôtre de relever le rôle de Barnabe auprès des Galates. Paul seul était demeuré inébranlable. Aussi se décida-t-il à intervenir.
14) ôp9orto8ïtv n'a pas été retrouvé ailleurs : il ne peut signifier que marcher droit (le classique eûOujropetv), par opposition à ceux qui dérobent leur marche à la façon des bateaux qui louvoyent. Au moral, c'est agir avec droiture et loyauté. Le présent historique donne de la vivacité à la narration. — Dans rcpbç TTjv «Xr50£iav tou eu., la prép. npoç doit être pour xaïa. La vérité de l'évangile était la norme qui devait régler les démarches. Ce doit être la même vérité de l'évangile que ii, 5, le point essentiel de la liberté des consciences par rapport à la Loi, Paul ne reproche aucune erreur à Pierre, comme on le verra plus clairement, il lui reproche de ne pas se tenir ferme dans la pratique du principe qu'il reconnaît.
TertuUien a déjà dit le mot décisif (De praescr. xxiii) : conversationis fuit vitium, non praedicationis . Les chrétiens, Juifs ou gentils d'origine, n'avaient pas cessé de tenir des réunions fraternelles. Paul choisit une de ces occasions pour frapper le coup décisif, et il s'adresse à Pierre, qui est la principale autorité reconnue de tous, dont la conduite avait servi de règle.
— Ijj.7:poa9ev nàvTtov est entendu d'une réunion des Juifs et des gentils convertis. Cependant ce qui suit a plutôt l'air d'une explication entre Israélites. Peut-être « tous » doit-il s'entendre de Pierre, des autres Juifs, de Barnabe, de « tous » ceux qui viennent d'être nommés.
— IQvixôîç et 'IouS"aïy.Gç, d'après le contexte, signifient évidemment en gentil qui n'est pas tenu à suivre la Loi mosaïque, et en Juif obligé à ses observances. Le présent K^i est très difficile, car en ce moment Pierre observait la Loi, et sa conduite antérieure à Antioche n'avait pas été celle de toute sa
si bien que Barnabe lui-même se laissa gagner à leur dissimulation. ^^Mais lorsque je vis qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'évangile, je dis à Céphas en présence de tous : « Si toi, qui es Juif, tu vis en gentil et non en juif, comment obliges-tu les gentils à judaïser ? ^^Nous sommes nés Juifs, et non point des pécheurs
vie. Mais elle prouvait qu'à roccasion Pierre vivait sans observer la Loi et par conséquent ne s'y croyait pas obligé; sa conviction, sinon sa pratique, était permanente.
— àvaY^aÇetç doit être pris dans le sens adouci qu'il a quelquefois ; cf. Le. XIV, 23, et, dans Moulton et Miiligan, un papyrus du Fayoùm (110, 4) de 94 ap. . J.-C. Si Pierre avait vraiment obligé par ses paroles les gentils à observer la Loi, il aurait manqué formellement aux conventions de Jérusalem, et Paul aurait su le lui dire. Il lui reproche seulement d'exercer une contrainte morale par son exemple. Encore faut-il tenir compte des circonstances et du lieu. Paul ne songeait nullement à empêcher les chrétiens de Jérusalem de vivre à la juive ; les gentils n'avaient rien à en conclure, puisqu'on les laissait libres et qu'on leur promettait le même salut. Mais à Antioche les gentils étaient chez eux; les Juifs convertis avaient montré par leur conduite qu'ils ne se croyaient pas obligés à la Loi. Leur volte-face avait l'air d'une rétractation et c'était en tout cas une rupture. Si cette rupture n'était pas exigée par les principes, elle était condamnée par la charité.
Et tout porte à croire qu elle avait fortement troublé les gentils convertis. Paul ne le dit pas, mais on comprend assez leur étonnement, leur inquiétude quand Barnabe lui-même affecta de ne plus manger avec eux par scrupule religieux. Il semble donc que à.^oL-^xi'CsK; n'est point seulement dit en droit, mais en fait. C'était un fait que Pierre obligeait les gentils à judaïser puisque ceux-ci étaient en train de se soumettre aux observances pour ne pas se séparer de Pierre, le prince des Apôtres, l'ami de Jésus, qui depuis la résurrection avait tout dirigé dans l'Eglise. Le terme de àv«YxaÇ£ts pourrait paraître exagéré, si l'exemple, venu de si haut, n'avait une vertu singulière pour entraîner. — îouSafÇetv, vivre à la juive, terme employé par Plutarque, Vit. Cic. vu 'évoy^oç Ttô îouBaiÇetv.
15-21. Les Juifs convertis au christianisme ne doivent pas revenir a la Loi.
C'est une question toujours controversée de savoir si cette péricope est la suite du V. 14, un discours prononcé à Antioche après l'apostrophe à Pierre et s'adressant à Pierre, ou si c'est un exposé de principes qui s'adresse surtout aux Galates. On s'est demandé aussi si le changement de ton et de thème ne s'était pas produit entre les vv. 15 et 21. Mais il serait impossiblede trouver un point de départ ailleurs qu'au v. 15. Théodore de Mopsueste a dit : incipit vero hinc ipsa dogmata examinare; cf. Cat, t«ut« yàp XoiTtbv 8t8«(ixovT(5ç laxt, x«\ oixért sic IHxpov xô nctv Tceptiaxïiatv, dXXà xotvoï xbv Xoyov. Zahn a soutenu cette opinion par de nombreux arguments (avec Schaefer). Ce qui ferait incliner dans ce sens, c'est que, surtout à la fin, Paul semble viser des judaïsants beaucoup plus déterminés que Pierre. Lightfoot a pensé que, iu-
^vOptoTCo; 5^ epytùV v6p.ou eàv fxvi ôià xtCTecoç XpiCTOu 'I'/igou, x.ai v)[/.eî'ç sîç XpwTov 'Iviffouv STTtcTeucaiJisv, i'va Six.ai.(oOwiX£V èx, tvictecoç XpicTOu x,al oÙ3t è^ 'épywv vo^ou, ôti è^ 'épywv v6[/.ou où ^(./'««icoO'/iG'eToti icàffa càp^.
sensiblement, le thème s'était un peu transformé, sans qu'on puisse marquer le moment où le discours direct fait la place à des considérations générales. Mais une chose est certaine : c'est que la question traitée est celle des judéo-chrétiens. Elle n'était pas sans intérêt pour les Galates ; mais elle ne se posait pas pour eux. Le vrai terrain de cette discussion était Antioche. Nous admettons donc, avec Éphrem, Chrysostome, Victorin, Jérôme, que le discours que Paul reproduit ici est, jjour la substance, celui qu'il a prononcé à Antioche ; pour la substance, car aucun auteur ancien ne se fût cru obligé de reproduire un discours dans les termes précis. C'est peut-être seulement un l'ésumé. Et d'autre part il est évident que tout ne s'applique pas à Pierre, et même il n'y a que le v. 14 qui lui soit adressé directement. Aussitôt après, Paul parle au pluriel, comprenant dans son parti Pierre, du moins quant aux principes, et d'autres judéo-chrétiens. Et il ne faut pas oublier qu'à Antioche il y avait des judaïsants déterminés, peut-être des judaïsants qui n'admettaient pas la liberté des gentils, en tout cas des judaïsants qui croyaient les Juifs tenus d'observer la Loi, et d'après l'argumentation de Paul, pour y trouver la justice. Il leur démontre qu'ayant cherché la justice en Jésus-Christ ils ne sauraient, sans inconséquence, la chercher dans la Loi. Le discours peut très bien avoir été prononcé à l'occasion de l'inconséquence pratique de Pierre, et poursuivre dans son principe l'inconséquence logique des judaïsants. Le premier effet voulu sur les Galates était de leur pi'ouver l'inflexibilité de Paul sur la question de principes, et en même temps leur servir de raisonnement a fortiori. Si les judéochrétiens ne doivent pas chercher leur justice dans la Loi, à plus forte raison des gentils convertis.
15) Cette phrase est-elle bien de ce Paul qui écrira aux Romains que « Juifs et gentils, tous sont sous le péché » (Rora. m, 9)? Rien ne prouve mieux avec quelle netteté il sait, non seulement exprimer l'idée qui lui tient à cœur, mais se mettre dans l'état d'esprit des autres. Ici tous les mots portent, et jamais rabbin n'exprima plus fortement les privilèges d'Israël. Augustin : Peccatorum nomen gentibas ludaei imposuerunt iatn vetusta quadam superbia... Secundum eorum morem locutus Apostolus... (blâmé à tort par Corn.). Pierre, Paul, et les auti'es judéo-chrétiens sont juifs par nature, c'est-à-dire placés par leur naissance, en vertu des privilèges de leur race, dans une atmosphère de pureté morale qui les distingue de ces gentils qui sont pécheurs au contraire par le fait même de leur origine, i% iOvGv «[a«ptw- Xo{, tant il leur est difficile d'échapper à la contagion du péché. De fait k]m^xtx>\oi, « les pécheurs », c'étaient les gentils; cf. I Macch. i, 34; ii, 48. 62; Tob. XIII, 7, et Le. vi, 32, 33 comparé à Mt. v, 47. •— Et sans doute dans cettô^ déclaration superbe y a-t-il un peu d'ironie, car il faudra déchanter.
venus de la gentilité ; i^ or sachant que l'homme n'est point justifié par les œuvres de la Loi, mais plutôt par la foi du Christ Jésus, nous aussi nous crûmes en le Christ Jésus, pour être justifiés par la foi du Christ et non par les oeuvres de la Loi, car, par les œuvres
Ces Juifs, purs par leur race, ont aussi besoin d'être justifiés par la foi. 16) XptoToG 'lY)aou {Nestlé), 'I. X. (Soden). Le privilège des Juifs concédé aux judéo-chrétiens, et largement, néanmoins la vérité chrétienne reconnue par tous les chrétiens demeure, à savoir que l'homme ne trouve paS sa justice dans les oeuvres de la Loi, mais bien par la foi, et cette conviction est présentée comme la raison pour laquelle on croit, afin d'être justifié.
— 8É ne suppose pas l'omission d'un [a^v dans la phrase précédente. Il y a entre les deux une pause qui ne va peut-être pas jusqu'au point, comme dans la Vg., mais qui dépasse une simple virgule (Nestlé), et U marque l'opposition entre le point de vue purement juif et la foi chrétienne. D'ailleurs clSoTEç se rapporte à Pierre et à Paul, qui reviennent sous la forme xal %etç, sorte d'apodose pour la protase eî8({t6«.
— oh Six«toî5T«i. Le présent indique clairement qu'il ne s'agit pas d'une déclaration de justice au jour du jugement, mais d'une justice acquise actuellement, non par les œuvres de la Loi, mais par la foi en Jésus. C'est pour acquérir cette justice que Pierre et Paul ont cru, comme cela résulte, premièrement du rapport entre e^Ôo'teî et éTîtaTeùaajjiJv, deuxièmement de la phrase qui commence par îva, en indiquant le but. Mais ce raisonnement, dont l'expression du moins est paulinienne, a-t-il vraiment déterminé la foi de Pierre? Sans doute quand il a cru en Jésus n'a-t-il point raisonné en cette rigueur, mais Pierre avait sûrement un vif sentiment du péché (Le. v, 8), et les sentiments que Paul lui prête ici conformément aux siens propres sont précisément ceux qu'il exprime dans les Actes : impossibilité de porter le joug de la Loi et recours à la grâce : àXXot 8iàt tyîs y^d^noi xou Kupiou 'Irjaou jttaTEÛo[XEv (ïw6T)vat (Act. XV, 11). — àÇ 'ép^wv vo[aou, « en vertu des œuvres de la loi », par une vertu qui sortirait de l'exercice des œuvres de la Loi; cf. Rom. III, 20 et le Commentaire.
L'épitaphe de Regina, récemment découverte dans la Catacombe de Monteverde (cf. iî5. 1917,p. 319), exprime 'E'pya par facta. Voici l'énumération des vertus qui font espérer à son mari qu'elle a mérité le paradis : Hoc tibi praestiterit pietas, hoc vita pudica, \ hoc et amor generis, hoc observantia legis, 1 coniugii meritum, culus tibi glovia curae. \ Horum factorum tibi sunt speranda futur a. On aura remarqué parmi ces vertus l'attachement à la race juive et l'observance de la Loi.
— êàv [17Î dépend de où SwaiouTat (on n'est pas justifié si ce n'est par la foi); il a donc bien le sens exclusif. Il ne faudrait pas entendre que les œuvres ne justifient que si elles sont accompagnées de la foi, et ce ne fut jamais le système catholique (contre Sieffert). — Entre 8tà nfoiews et ix tcîotewç (môme verset) il est impossible de faire une distinction réelle quant à la substance de l'acte; Stà désigne la foi comme le moyen de la justification, IÇ comme
l'acte d'où elle procède. Cf. pour le rapprochement des deux prépositions dans la même phrase Rom. m, 30 et le Commentaire, p. 138.
— xa\ TiiAEtç « nous aussi », renonçant à nos privilèges de Juifs. — 8-ct introduit la citation du Ps. cxlii (cxliii), 2, comme Si6ti dans Rom. m, 20. Il est impossible que Paul n'ait pas eu conscience qu'il alléguait l'Ecriture. D'ailleurs il le fait librement. Dans les deux endroits il ajoute iÇ k'pyuv v6[i.ou qui met le verset du psaume dans la situation voulue ; tîô!? Çwv est remplacé par «Sera oticpÇ, tandis que Ivt&iïiov ai-cou (aou dans le ps.) est omis dans Galates, où le nom de Dieu ne précède pas la citation. Ce qui a paru décisif à Paul dans cette autorité c'est le nSi i^ffiv « tout vivant » ou, comme il transcrit, « toute chair » : si personne absolument n'est justifié devant Dieu, les Juifs non plus môme avec les œuvres de la Loi. — SixaitoOrfaeTai n'est point eschatologique. Le futur demeure tel qu'il était dans le verset cité ; dans le texte de Paul il signifie qu'une pareille justification ne se produira jamais (futur logique, cf. sur Rom. m, 20).
17) Sens général. Ce verset est extrêmement difficile. Les versets 15 et 16 sont clairs : ils expriment les raisons pour lesquelles un Juif est devenu chrétien. La suite exigerait une affirmation comme celle-ci : « or il ne faut pas revenir en arrière », et on aurait la conclusion au v. 18 : « car revenir à ce qu'on a abandonné, c'est confesser qu'on a eu tort ». Au lieu de cela nous avons le V. 17 qu'il est très difficile de faire rentrer dans l'argumentation. M. Loisy l'a tenté de la sorte : « Mais si, après avoir ainsi cherché à être faits justes devant Dieu en entrant dans le Christ par la foi... les Juifs chrétiens « se trouvent aussi pécheurs », s'avouant tels en ayant l'air de chercher dans la pratique de la Loi un autre mode de justification, comme si la foi avait laissé encore subsister le péché, ce sera donc que le Christ aura été « ministre de péché », produisant dans l'homme ce péché dont on espérerait se dégager par la Loi ! Hypothèse injurieuse au Christ et à son œuvre » ! — Cette interprétation est très séduisante comme rentrant parfaitement dans la situation et dans le contexte. Mais il ne paraît pas possible de l'adopter. Les mots Ç>]TouvTeî (au présent) et eôpieïjixev ne peuvent signifier: « après avoir cherché... nous avons reconnu »; 7>.a,\ aitol ifiaptcoXo^ n'est pas : « que nous sommes encore pécheurs », mais « que nous sommes aussi pécheurs ». On ne peut dire en même temps que le péché subsiste seulement, et que le Christ le produit. De plus après : « nous reconnaissant pécheurs », il faudrait sous-entendre : « nous retournons à la Loi », — Il faut donc en revenir à la solution qui a prévalu jusqu'à ce jour, et regarder le v. 17 comme se rattachant à ce qui précède, exprimant en manière d'objection une conséquence qui est rejetée. Mais cela peut être entendu de bien des manières différentes, qu'on peut réduire à deux principales (Lig/it. Sieff.) : a) On peut supposer d'abord [Chrys. et son école, etc. Corn.) que la phrase conditionnelle d U est une supposition absurde, d'où apa tire une conséquence juste comme déduction, mais qu'il faut rejeter puisqu'elle émane d'un principe faux. A savoir : « Si nous avons commis un péché en cherchant la justice dans le Christ, le
(le la Loi, « aucune chair ne sera justifiée ». ^'''Que si, alors que nous cherchons à être justifiés dans le Christ, nous sommes nous aussi
Christ est donc ministre de péché : or il ne peut pas l'être, nous n'avons donc pas commis de péché par notre démarche vers le Christ ». Dans cette manière, il faudrait lire «pa, sans interrogation, puisque la conclusion est rigoureuse, ce qui est contraire à la pratique de Paul, qui fait toujours précéder (x^ Y^^o'""^" d'une interrogation. De plus la pensée, juste en elle-même, est trop évidente pour des chrétiens, et n'est point en situation. Enfin elle donne à àfxapTwXof le sens vague de pécheurs, tandis que l'expression xa\ aùiol ijj-ap-cwXot se rapporte au sens donné plus haut à &;a.apTtùXoi (v. 15). Cornely a essayé de parer l'objection en paraphrasant : « des pécheurs semblables aux gentils », ce qui est bien le sens du texte, mais les gentils n'ont rien à faire dans son interprétation où il s'agit seulement de savoir si l'on commet un péché en renonçant à la Loi.
b) Il faut donc (avec Light. Sieffert, Lipsius) expliquer la tournure selon le mode paulinien ordinaire, d'une proposition en apparence plausible, et qui a même un sens vrai, mais qu'un esprit mal fait entend mal, et dont il lire une conséquence fausse. De ce qui précède on pouvait conclure dans le sens de Paul qu'en cherchant la justification dans le Christ un Juif renonçait à sa situation privilégiée et se mettait au rang des pécheurs. Paul admettrait parfaitement ce sens, assuré de trouver dans le baptême la rémission des péchés. Mais la proposition pouvait être mal prise : « Si nous, judéo-chrétiens, nous trouvons tout à coup, ayant renoncé à notre justice légale, être aussi des pécheurs, c'est donc que le Christ est ministre du péché ». A cet abus de ses prémisses, Paul répond : à Dieu ne plaise! Et il réplique au V. 18 : C'est bien plutôt en revenant à la Loi que je me montrerais transgresseur!
Ce sens du v. 17 ressortira des explications du détail.
ÇrjToÎJVTej, c'est l'effort supposé par l'acte de foi (èmaTÊuaajAev v. 16); le participe est au présent parce que Paul se reporte par la pensée au moment du baptême; plutôt « au moment où » que « par le fait de chercher ». — 8ixatw0îiv«i èv Xpt<iT(ï) la justification dans le Christ doit être entendue d'après le verset précédent, par le moyen de l'acte de foi. Au moment où l'on devrait posséder la justification, il se trouve qu'on s'est rangé parmi les pécheurs ! •/a\ aitot à la première personne du pluriel répond à ^^fxetç du v. 15, nousmêmes qui étions et qui sommes encore Juifs de naissance; Eupé8ïip.ev « nous avons été trouvés », et non pas « nous nous estimons », il se trouve que nous sommes, à[j.«pTwXo(, l'antithèse de ce que nous étions, c'est-à-dire rangés parmi ceux qui n'ayant pas la Loi sont dépourvus de l'espérance propre du salut, les pécheurs sortis do la gentilité, comme au v. 15. Si l'on entendait «[iap-twXot dans le sens vague de pécheurs, tout le rythme de la phrase serait détruit. L'expression a quelque chose de paradoxal, elle rend bien ce que le Juif regarde comme une déchéance, elle peut être mal comprise. Si vraiment nous en étions là, ne faudrait-il pas conclure que le Christ est cause du
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50 ^PITRB AUX CALATES, ÏI, 18-19.
ap« Xpi<TTÔç â{A«pTiaç ^idcxovoç; [j/h yévoiTO' *®ei yàp « jcaréXucot TaOra TCdlXiv oixoSo[Aw, iTotpotSotTïiv éfAauTov ffovMJTô^w. ^"èyà) yàp ^l« vd(AOl>
péché? La tournure équivoque de la protase donne quelque vraisemblance à cette conclusion, en elle-même blasphématoire.
— Faut-il lire Sp« « est-il » ou ôtpa « donc »? La seconde manière est exclue, parce que p-îj y^vo'to est toujours précédé d'une interrogation à laquelle il s'oppose avec force. Cependant «p« indique bien ici une déduction. Sieffert écrit ifpa et donne cependant à la phrase le mode interrogatif. Il semble plus naturel de donner à l'interrogatif apa le sens déductif : « est-il donc ? »
— {A^ Y^voiTo. Pour cette locution cf. sur Rom. m, 4. Sauf le cas de I Cor. vi, 15 qui est un peu différent, Paul emploie cette formule pour réprouver une doctrine qu'on pourrait être tenté de lui prêter d'après ce qu'il vient d'enseigner. II s'est servi d'expressions très fortes, et son interlocuteur factice cherche à en faire sortir une conséquence monstrueuse contre laquelle il proteste aussitôt; cf. Rom. m, 4. 6. 31; vi, 2. 15; vu, 7. 13; ix, 14; xi, 1. 11; Gai. m, 21.
Dans le cas présent c'est que la justification par la foi sans la Loi réduit les fidèles au rang des pécheurs : le Christ est-il donc ministre du péché? — Non certes! Dans le système de Chrysostome, etc., ceux qui prétendraient taxer de péché l'abandon de la Loi (d'où il résulterait que le Christ est cause d'un péché) ne pourraient pas, même en apparence, feindre de s'appuyer sur l'enseignement de Paul. Il est dans la nature des choses que {xr| Y^vot-ro, protestant contre l'interrogation captieuse qui précède, proteste contre la fausse conséquence, non contre une supposition fausse d'où l'on tirerait une conclusion juste.
18) Si l'on revient aux observances après y avoir renoncé, on reconnaît qu'on s'était trompé en les abandonnant, ce qui est se reconnaître transgresseur de la Loi [Sieff. Loisy, etc.). La liaison s'entend ainsi : Vous m'objectez que, avec la seule foi au Christ, nous nous mettons parmi les pécheurs. Oui, mais c'est pour être justifiés ! Le Christ n'est donc pas cause de péché, car c'est bien plutôt dans le cas où je reviendrais à la Loi que je me montrerais transgresseur, napaSccTï)?, c'est-à-dire violateur d'une loi positive. On ne viole la Loi que si elle oblige : après avoir reconnu qu'elle n'obligeait pas, et m'être comporté en conséquence, je lui rends le pouvoir de m'obliger. Alors oui, si je viole ses ordonnances, je suis non seulement un pécheur comme les gentils, mais même un transgresseur: seulement ce n'est pas le fait de la foi au Christ, c'est le fait de mon inconséquence. Ces paroles, dans l'un ou l'autre sens, sont en situation à Antioche, mais dépasseraient le but si elles visaient Pierre, qui n'a évidemment pas eu l'intention de rétablir comme un principe l'autorité de la Loi. Pourquoi Paul n'aurait-il pas eu en vue les judaïsants purs qui sûrement sa trouvaient dans l'assemblée ?
— <juvtffT«vw (ou (juvtaTyjjxi) n'a pas le sens de « se constituer » [Loisy avec Vulgale), mais plutôt de se montrer, se convaincre soi-même. Cf. II Cor. vi^ 4; VII, 11 (où la Vg. a exhibere), et Rom. m, 5; v, 8 (Vg. commendare)
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rangés parmi les pécheurs, est-ce donc que le Christ serait ministre de péché? Non certes! ^^Car si je bâtissais à nouveau ce que j'ai détruit, je me donnerais comme transgresseur. *^Quant à moi, je suis mort à la Loi par une [autre] loi, afin de vivre à Dieu. Je suis
A partir de ce verset et jusqu'à la fin du discours, Paul ne parle plus au nom des judéo-chrétiens, mais en son nom propre, au singulier. C'est peutêtre parce qu'à Antioche il avait surtout voulu préciser la situation de principe des judéo-chrétiens, qui lui était commune avec Pierre, mais, reproduisant son argumentation pour les Galates, il est revenu plus directement à son but qui était d'établir la position personnelle qu'il avait prise.
19) D'après Gornely, revenir à la Loi ce serait transgresser la Loi ellemême ; tel serait le sens du v. 19. Car c'est par la Loi (8tà v6po) qu'on est mort à la Loi, donc on la viole en y revenant. C'est pousser à l'extrême cette pensée déjà difficile à expliquer que l'on est mort à la Loi en vertu de la Loi ellemême. Il suffit pour expliquer le lien de ce verset avec le précédent (y«p) de les entendre ainsi : Je ne suis transgresseur de la Loi que si je la rétablis dans ses droits ; en effet je n'ai pas à le faire, car je suis mort à la Loi...
Mais comment est-on mort à la Loi en vertu même de la Loi?
D'après l'opinion commune, 8ià v6[j.ou même sans l'article no peut être que la Loi mosaïque, mais moins comme le corps des Écritures sacrées que comme une loi, ayant le caractère de toute loi. Le sens n'est donc pas que, comme corps d'Écritures prophétiques, la Loi, annonçant le Christ, aurait sonné elle-même son propre glas {Chrys. Théod., etc.). Le contexte prouve d'ailleurs que mourir à la Loi par la Loi est une conséquence de l'union du baptisé à la mort du Christ. On l'explique ainsi : le Christ est mort sur la croix pour expier les péchés afin de satisfaire à la Loi qui les punissait de mort, mais en même temps il épuisait ses exigences, la Loi n'avait plus de droits sur celui qui avait accepté la peine. Dans ce sens on peut dire qu'il est mort à la Loi par la vertu même de la Loi qui s'est exercée sur lui. Le chrétien, uni au Christ, est dans la même situation, Paul en a pour son compte un sentiment profond. Cette formule serait assurément très concise, et demeure obscure même après les développements de l'Épître aux Romains (vi, 4 ss.; vu, 1 ss.).
Je suis donc tenté de préférer l'explication très simple d'Ambrosiaster : hoc dicit, quiaper legem fidei mortuus est legi Moysis, qui est aussi proposée par les Catenae^ avec un renvoi très ingénieux à Rom. vin, 2, où nous retrouvons les deux lois, celle de l'esprit qui délivre de l'autre. Et l'on ne doit pas oublier que dans Gai. vi, 2, Paul parlera de la loi du Christ. Il est de la plus haute importance de constater que sur ce point capital d'une nouvelle loi il est d'accord avec le principe du sermon sur la montagne.
— ïva ôeS) Çtîctw. Sur l'idée, cf. Rom. vi, 11. Ici c'est la meilleure r/^ponse à l'argument captieux du v. 17. Le chrétien n'a renoncé à la Loi, ne s'est mis au rang des pécheurs que pour s'unir au Christ vainqueur du péché et vivre à Dieu. Les développements de l'épître aux Romains seront plus clairs, mais rien n'égale la densité et la chaleur de ces premières formules, si
èvto, ^'/i Se £V èjxol XpicTOç* ô Se vuv ^w âv (rapxi, èv iriaTEi ^û t^ tou uvou ToC ôeovi tou âyixiryfcaVTdç (Jt,e xal içotpotSovTo; éauTOV ùirèp spO. "' Oùx âOeTÔ Tviv Yocpiv Toù ôeoî)* et y^P ^'* vopiou ^ixaioutjviri, «pot XpiaTOç ^œpeàv
pleines de sens et d'amour. — XpiaTôî (n)veaT«ijpa)|ji«t. Paul est mort à la Loi par l'acte de foi qui l'a tourné tout entier vers le Christ et par l'acte du baptême ((îjîéôavov aoriste), mais il lui plaît de demeurer crucifié (au parfait) avec le Christ ; il continue à recevoir le salutaire effet de cette mort qui le fait vivre en Dieu; cf. Ignat. Rom. vu h èji.ôç ?pws saTaiptoiai.
20) Le trait caractéristique de ce rythme est l'emploi du « moi » de Paul, Quand il s'agit de mourir à la Loi, il le met résolument en avant (v. 19), puis quand il s'agit de sa vis nouvelle, il efface ce moi devant le Christ; pourtant c'est bien lui qui vit dans cette vie en tant que mortelle, mais il vit dans la foi du Christ qui l'a aimé et s'est livré pour lui, comme s'il était seul l'objet de cet amour. Assurément ce rythme n'est pas calculé, mais comme tout dans ce « moi » se règle sur le Christ !
— ça 8È oméxi èyti. La vie nouvelle en Dieu est une vie divine; de cette vie Paul confesse qu'il n'est pas le principe premier. Le 8i rectifie donc le Çïîaw du
V. précédent. La ponctuation de Vg.-Clém. civo autem,iam non ego, rend mal la nuance; Paul ne dit pas qu'il vit, et que cependant ce n'est pas lui qui vit; ayant dit « pour que je vive en Dieu », il continue : « mais ce n'est plus moi qui vis ». — îCyi 8^, ce second U explique ce qui précède par une opposition : « c'est bien plutôt ». Sur la vie spirituelle dont le principe est le Christ, cf. Rom. viii, 9 ss. — ô Se vuv Çôi h aapxî. Les modernes sont d'accord (contre plusieurs anciens, Aug. Tliéodoret, etc.) que vuv ne signifie pas la vie présente par oppositipn à la vie future, mais la vie de Paul depuis sa conversion. L'idée de vie présente est suffisamment contenue dans èv dapxt qui ne signifie pas, comme dans Rom. viii, 9 ss., la vie de la concupiscence opposée à la vie de l'esprit, mais la vie physique dont il faut tenir compte, car Paul n'est pas un faux mystique imaginant que la vie spirituelle a tout absorbé, tout transformé. D'autre part cette vie physique n'est plus tout pour lui; quoi qu'elle soit en elle-même, elle est vie par la foi. C'est ce qu'exprime d'abord 8 relatif accusatif, plus vague que î^v vuv Çû Çwrfv, cf. Rom.
VI, 10 yàp à3ïÉ9«vEv.., ô Se !;^ et Plut. Mor. p. 100 F & XKÔeiSouori, tou ffc5[j.aT0{ Cnvoç l(si\ x«\ àvoénauai? (cité par Light,). Cette vie quelconque que Paul mène dans la chair est vivifiée par la foi, mais comment ne serait-ce pas une foi animée par la charité, quand cette foi a pour objet le Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi ? — Au lieu de tou uIou tou ôeoîî, la leçon tou eeoîî xa\ XptaTou peut se prévaloir de l'autorité de B, mais parfois B latinise (cf. Rom. I, 32), et les autres autorités D F G, «^ et g- de l'anc. lat., le comm. de Victorin ne sortent pas de l'influence latine.
21) àÔETw « rejeter, déclarer impropre à l'usage ». Noter èv àOlTo) dans un papyrus d'environ 346 ap. J.-C, à propos de grains que l'inspecteur avait
crucifié avecle Glirist; ^Oce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi du Fils de Dieu qui m'a aimé, et qui s'est livré pour moi. 21 Je ne tiens pas pour nulle la grâce de Dieu; car si [on acquérait] la justice au moyen de la Loi, c'est donc que le Christ serait mort pour rien.
refusés comme aliments (MM.). Revenir à la Loi, c'est refuser ce don incomparable de vie divine qu'est le christianisme. Paul ne peut s'y résoudre. Et telle serait bien la conséquence d'un retour à la Loi pour y chercher la justice. La dernière proposition, conditionnelle, expliquant la précédente (ydcp) est conçue comme un argument bref et décisif. Si l'on cherche la justice dans la Loi avec la conviction qu'elle s'y trouve, on juge donc que le Christ est mort sans raison. — BwpEàv ne signifie pas « sans effet », « en vain », mais sans une cause suffisante. En réalité. cette cause était d'obtenir de Dieu la justice que les oeuvres de la Loi ne pouvaient procurer (Rom. m, 21 ss.).
Il est évident que ce dernier trait ne saurait s'appliquer à Pierre, dont Paul vient de dire qu'il savait très bien que la justification est dans le Christ. Mais il ne s'applique pas non plus, si les termes doivent être pris pour ce qu'ils sont, à des Juifs convertis qui auraient cherché dans la Loi une justice plus parfaite que celle de la foi. Paul vise donc ici des judaïsants purs, ceux qui ont voulu prêcher à ses Galates un autre évangile, qui n'est pas l'évangile. C'est pour ceux-là que le Christ serait mort sans raison, il ne leur donnerait même pas la moitié de la justice.
Paul ne dit pas comment se termina l'incident d'Antioche, et son récit n'a pas de conclusion. D'après M. Loisy : « Sans doute avait-il plutôt intérêt à passer sous silence cette conclusion, un insuccès qui n'autorisait point sa parole auprès des Galates » (p. 136). Cette conjecture est assurément peu flatteuse pour Paul. On ne nous dit pas qu'elle soit fondée autrement que sur son silence. Si l'on tenait l'Apôtre pour un galant homme, ce silence pourrait être au contraire la réserve délicate d'un vainqueur qui ne veut pas accabler son adversaire. Et peut-être Paul n'a-t-il pas terminé son récit simplement parce qu'il n'écrivait pas pour raconter, et que sa démonstration à Antioche était déjà dans sa pensée tournée vers les Galates. L'image de Jésus-Christ évoquée avec une telle chaleur d'âme lui rappelait son apostolat, et lui permettait de revenir à eux au point qui était le centre même de son évangile.
Quant à l'Église d'Antioche, tout indique qu'elle ne souffrit pas longtemps de l'influence judaïsante. Pierre avait les mêmes principes que Paul; nous les retrouvons dans la prima Pétri. Comment aurait-il soutenu mordicus une pratique dont l'inconséquence lui était clairement montrée? D'après Bousset, tout ce que nous savons de la suite de sa vie nous le montre de plus en plus sous, l'influence de l'apôtre des gentils. Cela est sans doute exagéré, mais se rapproche plus de la vérité que le prétendu insuccès de Paul à Antioche.
DEUXIEME PARTIE : L'EVANGILE DE PAUL EST CONFORME AUX PROMESSES DE L'ANCIEN TESTAMENT (m, 1-v, 12).
La premièra partie de l'épître a la foi^me d'une discussion historique et personnelle. Elle fixe la position de Paul et de son évangile dans le christianisme, par rapport à Jésus-Christ et par rapport à ses apôtres. Et incontestablement il en résultait une conclusion dogmatique. — Mais on avait fait accroire aux Galates que l'évangiie de Paul était incomplet. Le christianisme était bien une nouvelle alliance, mais qui n'abrogeait pas l'ancienne. Au contraire Jésus-Christ était le descendant d'Abraham, les bénédictions avaient été promises à Abraham, et toute la Révélation faisait ainsi une seule religion. Ne fallait-il pas en conclure que la Loi donnée à Moïse n'était pas moins sacrée que les prophéties, et qu'il était nécessaire de la pratiquer pour trouver son salut, même si l'on croyait au Christ?
Cette manière de voir contenait une part de vérité, l'origine divine des Écritures et de la Loi elle-même, vérité que Paul n'abandonna jamais. Dans l'épître aux Galates, il ne se prononce pas sur ce point aussi nettement qu'il fera dans l'épître aux Romains. Mais il est clair qu'il le suppose acquis. Dès lors il lui faudra tenir compte des Écritures. Il fait plus, il leur empruntera des arguments.
Les chrétiens gentils convertis ont un argument de fait, confirmation de leur croyance, et c'est le don du Saint-Esprit. On peut même admettre que c'est par le Christ qu'ils ont reçu les Écritures. Peut-être cependant se sont-ils convertis parce qu'ils ont vu les promesses réalisées en Jésus. Paul n'en dit rien et suppose que les gentils ne sont pas moins dociles que les Juifs à l'autorité de Dieu qu'elles représentent. Cependant il est dans la nature des choses que pour ces gentils chrétiens, les Écritures sont avant tout la promesse du Christ.
L'Apôtre s'empare de cette idée qui lui fournit la distinction suprême sur laquelle il appuie sa doctrine. Oui, les gentils doivent rentrer dans l'économie du salut contenue dans l'Écriture, mais comme héritiers de la promesse et de la bénédiction. Or la promesse remonte à Abraham, avant la Loi, avant la circoncision. La Loi ne fut qu'un intermède, propre au peuple juif, une mesure adaptée à l'état inférieur où se trouvait alors l'humanité par rapport à Dieu, et en somme un état de servitude. Les Galates, devenus des fils par le don de l'Esp rit-Saint, veulent-ils retourner en arrière ?
Cette argumentation comprise, la division de cette partie se retrouve aisément. Il y a d'abord la base, en peu de mots, mais très importante, dont on n'apprécie pas toujours la valeur : le fait chrétien (m, 1-5). Ensuite les arguments scripturaires : 1) La comparaison entre la foi d'Abraham, cause de bénédiction, et la Loi qui procède par malédiction (in, 6-12), le Christ nous délivrant de la malédiction pour nous donner la bénédiction (m, 13-14). 2) La comparaison entre la promesse, testament scellé par Dieu et d'autre part la Loi, é/:onomie temporaire qui ne pouvait ni annuler ni compléter la promesse (m, lî-29). 3) La comparaison entre la Loi, régime de sujétion, qui
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devait s'effacer au temps voulu, et l'adoption des fils (iv, 1-11). A ce point l'Apôtre épanche son cœur auprès de ses chers Galates (iv, 12-20).
L'harmonie entre l'Écriture et le fait chrétien est esquissée dans une allégorie : l'ancienne Jérusalem qui est esclave est représentée par Agar, la nouvelle et libre Jérusalem par Sara (iv, 21-30).
Enfin la conclusion pratique mêle aux considérations dogmatiques des allusions à la situation telle qu'elle est (iv, 31-v, 12).