‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 10 sur 192 · CHAPITRE II. XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. XV

faire comprendre la portée, il était du reste évidemment nécessaire d'exposer la vie du Christ, sa divinité, la révélation mosaïque et prophétique qui l'avait annoncé, la résurrection, le second Avènement, les fins dernières, la transformation de la vie requise pour avoir part à la gloire, et les moyens de sanctification, baptème et sacrements. C'était le Credo ou le catéchisme réduit à l'exposé le plus concret de la doctrine, ce que saint Paul appelle le « laït » (1 Cor. r1r, 2), mais qui contenait virtuellement toute la nourriture que pouvaient désirer les « parfaits » qui grandiraient sous l’action de la grâce.

Et ces Méditerranéens, si sensibles aux doctrines nouvelles et à l'action des personnalités puissantes, furent en effet séduits par la nouveauté radicale comme par l’immense portée de l'enseignement, ainsi que par la grandeur du maître; il leur apparut tout autre que ce Démétrius le Cynique ou les prédicateurs errants qui avaient pu un moment flatter leur curiosité. Un soufle d'enthousiasme les souleva; car Corinthe était dépravée, maïs non irréligieuse. Les conversions furent nombreuses et sincères, et la foi des néophytes s'épanouit en multiples « dons de l'Esprit », comme en aspirations aux vertus les plus hautes, par juste réaction contre l’ancien laisser-aller des mœurs. Si l'Apôtre dut, plus tard, opérer un sévère triage parmi les manifestations des « charismes » (I Cor. ch. xvi), il est incontestable qu'il y reconnut, dans l'ensemble, l’action authentique de l'Esprit-Saint. .

Le mouvement avait entraîné des hommes de toute sorte, jusqu'à des pécheurs très décriés naguère (1 Cor. vr, 11). Leur sincérité avait paru telle que les collaborateurs de Paul n'avaient pas dû leur imposer un long temps d'épreuve avant le baptême. Aussi, quand baissa l'enthousiasme, y eut-il de périlleux retours du « vieil homme » chez plus d’un converti encore insuffisamment exercé aux vertus chrétiennes. La communauté était très mêlée, non seulement au point de vue de la valeur morale de ses membres dans le passé, mais pour la race (Juifs, Grecs, Romains, Orientaux et Occidentaux venus de partout), pour les origines, la culture, l'état social; au milieu de beaucoup d'esclaves et de plébéiens des plus modestes se rencontrèrent, sans parler d'autres notables, un ancien chef de synagogue comme Crispus, et le « trésorier de la ville », Eraste (Rom. xvr, 23; Acé. x1x, 22), personnage que, dans une pareille cité d’affaires, sa fonction semble désigner comme étant fort riche lui-même. Les femmes, attirées par leur religiosité naturelle et leur aptitude au sacrifice généreux, prirent un rôle qui demanda plus tard à être réglé (I Cor. xr).

L'âge d'or de l'église corinthienne, où tout paraissait foi confiante, générosité, et transformations merveilleuses, doit avoir duré aussi longtemps que Paul y demeura. Les obstacles extérieurs, dans la ville d'Aphrodite, demeuraient grands sans doute. Mais les païens, habitués à voir parmi eux tant de sectes paradoxales, montraient aux fidèles peu d’hostilité. On dirait même que certaines réunions chrétiennes étaient ouvertes à tous ceux qui voulaient y entrer, comme nos églises en temps pacifiques ([ Cor. xiv, 23-25). La plus forte opposition venait des Juifs, qui couvaient leur rage depuis que, ayant chassé Paul, ils l'avaient vu s'établir chez Titius Justus, à leur porte, et leur enlever même de leurs chefs. Quand L. Junius Gallio vint remplir à Corinthe son office annuel, ces Juifs tentèrent d'exploiter l'ignorance où le proconsul nouveau venu devait être des aflaires locales, et ils traînèrent Paul à son tri-

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