XIV. INTRODUCTION
d’Aphrodite. Les Actes sont malheureusement très brefs sur les diverses péripéties de cette conquête; ils se bornent à mentionner la vision divine qui . réconforta l'Apôtre, l'épisode très important de son accusation devant le pro-
consul Gallion, qui tourna contre ses ennemis juifs, et qui permet de dater son
séjour à Corinthe de 51-53 (ou 50-52), enfin le temps qu'il demeura dans cette
ville. Il n'est cependant pas facile de décider si la donnée de « un an et six mois »
(Act. xvur, 41) convient à la durée totale de l’évangélisation, ou seulement au
temps qui s'était écoulé depuis l'arrivée de Paul jusqu’à celle du nouveau
proconsul; en cette seconde hypothèse, qui nous paraît la plus probable, comme il est dit que Paul, après l'incident de Gallion, demeura encore « assez
longtemps » (Ër... fuépas ixavés, bd. 18) dans la ville, nous pourrions fixer
approximativement à deux ans son séjour à Corinthe.
Mais les Épîtres elles-mêmes, surtout la Première, enrichissent considérablement notre connaissance de cet apostolat.
Le sentiment de malaise et de dépression que Paul avait apporté à Corinthe dut se prolonger assez longtemps, même après l'encouragement des premiers succès (voir Î Cor. 11, 3), jusqu'à la révélation rassurante que rapportent les Actes, xvur, 9. Tandis que Paul disputait à la synagogue sur les Écritures familières à son auditoire, il devait, tout au long de cette première phase, se demander avec anxiété comment il aborderait directement la plèbe païenne. de cette ville dissolue. Ce fut la mauvaise foi et les injures de ses coreligionnaires qui l'y contraignirent. « Désormais je vais aux Gentils! > Grande résolution! l'Apôtre dut prendre beaucoup sur lui-même pour se décider à un changement si hasardeux. Mais ses auxiliaires éprouvés étaient là, et le Christ, en vision, lui prédit le succès. Il fut éclatant. Encore une fois Paul fit l’expérience de sa force dans la faiblesse, et se vérifia d’autre part, sur le terrain grec, cette parole de l'Évangile que les publicains et les femmes perdues en précèdent beaucoup d'autres dans le Royaume des cieux. Dans cette foule apparemment si mal préparée, Paul obtint vite de bien autres résultats que parmi les « sages » d'Athènes. La communauté fondée devint irès vaste, et déborda même sur les régions avoisinantes, puisque la Il° Épître parle des « églises d'Achaïe »; il y en avait une à Athènes, au moins en germe, il y en eut une à Cenchrées (Rom. xvi, 1), mais très probablement d'autres encore.
L'apôtre avait recouru d'emblée aux grands moyens surnaturels. Délaissant les travaux d'approche qu'il avait employés très logiquement ailleurs (à Lystres, Act. xiv, 15-ss., à Athènes) en prêchant une théodicée purement rationnelle, il avait mis dès l’abord ces gens légers, superstitieux, dissolus, en face du fait prodigieux de la Rédemption par La Croix. Il estima que le « langage de la Croix » (I Cor. 1, 17) était seul capable de saisir et de fixer ces âmes mobiles, et que la hardiesse du « scandale » et de la « folie » divine couperait la voie à tous les faux-fuyants de la « sagesse » humaine, dont toutes les théories, fussent-elles ordonnées à préparer la Révélation, auraient pu ne fournir qu'une pâture à leur esprit de dispute. La conviction du prédicateur, son saint désintéressement et son inspiration visible, peut-être accompagnée de quelques miracles ([ Cor. 11, 4, cf. fom. xv, 18-19), étaient les signes de la puissance de cette Croix. Pour inculquer aux Corinthiens ce « scandale » et cette « folie » qui est le fait central du salut, et pour leur en