‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 113 sur 192 · EXC. I. — LE DÉFAUT D’«.ÉLOQUENCE » CHEZ PAUL ET SON &« STYLE ONAL · texte numérisé non relu

EXC. I. — LE DÉFAUT D’«.ÉLOQUENCE » CHEZ PAUL ET SON &« STYLE ONAL

En lisant les pages qui ouvrent notre épître, chacun se demande avec stupeur : quels étaient ces gens au jugement de qui Paul manquait d’« éloquence ».

C'est que les acceptions de ce mot sont variées et relatives La mode, Îles préjugés, les déformations du goût en certaines écoles, peuvent en faire dominer de très fausses et artificielles. Or, à cette époque où des cercles grecs qui se croyaient les plus cultivés réservaient encore leur admiration aux rythmes savants et creux des rhéteurs asiatiques, et ne voulaient pas soupçonner le pouvoir de « l’éloquence qui se moque de l'éloquence », l'Apôtre, qui n'avait certes rien de commun {quoi qu’en ait pensé Blass) avec ces rhéteurs (Deissmann, Paulus, p. 56; ÆK. L. Schmidt, Bibl. Warburg, Vorträge 1924-25, p. 46), devait passer à leurs yeux pour un parleur assez fruste, à peu près semblable à ces harangueurs de carrefour qui agitaient le peuple avec leurs « diatribes », genre de parole puissant, maïs qui n'avait pas encore acquis droit de cité dans la société cultivée, avant d’y être mis en honneur par Arrien ou Dion de Pruse.

Paul le savait bien, et ne s’en faisait pas souci. Il dédaignait la oogix Adyou et connaissait assez la puissance que Dieu donnait à sa parole spontanée. Depuis que les simples habitants de Lystres l'avaient pris pour Hermès le grand interprète divin (Act. xiv, 12), les succès oratoires l'avaient accompagné tout le long de ses courses. [l avait, suivant les milieux et les circonstances, usé de tous les genres, depuis le discours composé d'Athènes (Acë. xvn), jusqu'aux instructions et remontrances les plus familières et les plus décousues, et constaté que si des gens difficiles feignaient de le dédaigner comme un onepudhoyos (Act. xvnr, 18), nul au fond ne demeurait indifférent à ce qu'il pouvait dire; tous, après l'avoir écouté, tendaient à devenir ses amis ou ses ennemis; comme il le dira dans la Deuxième Épiître, il les forçait à respirer, tous, « le parfum du Christ », pour les uns odeur de mort, pour les autres odeur de vie (IT Cor. x, 16). Même les fortes inégalités que son état maladif introduisait parfois sans doute dans son élocution n’empêchaient pas l'Esprit de parler toujours par sa bouche : « Cum infirmor, tunc potens sum » (IL Cor. xr, 10).

Aussi faut-il regarder comme une ironie — ironie de lion — les passages où il paraît se déprécier lui-même comme orateur. S'il est iôwrne, « non inilié » aux recettes d'éloquence où excellent ses brillants contradicteurs (II Cor. xx, 6) — dont il fait d'ailleurs le cas qu’on sait — il veut être tel, et y sent une supériorité. Saint Jérôme n'a pas compris cette ironie calculée et mordante {v. infra), qui est si bien dans le ton de la polémique paulinienne. Ailleurs l’Apôtre rapportera comment les mêmes adversaires disent que ses lettres sont fortes, à vrai dire,

mais que sa présenee corporelle est celle d'un homme sans énergie, et que sa

parole est nulle, sans effet (é£oudevnuévos), ou mieux (à cause du temps grec), qu’on a pu lui enlever tout effet. C'est bien étrange pour nous (IL Cor. x, 10). Il s’agit là sûrement d'un incident particulier, survenu au milieu des troubles qui devaient agiter plus tard l'église de Corinthe, et que nous étudierons ailleurs. Paul

souffrait peut-être alors de cet abattement que lui causait de temps en temps

son état corporel; ou plutôt, la douceur, l'humilité, la réserve qu'il avait

montrée d'abord avant d’être tout à fait au clair sur la situation, en face de gens

arrogants, coutumiers des paroles et des actes de violence (cf. xr, 20 s.), l'avaient

fait passer, devant ces intrus qui ne le connaissaient pas encore, pour un homme

qui ne sait ni répondre ni réagir. Le moment veau, il saura bien les détromper;

ils peuvent s'attendre à ce qu'il se montre tel en face, et dans l’action, qu'il est

dans ses lettres [II Cor. x, 11), et à le voir abattre d’un revers de main toutes leurs orgueilleuses forteresses dregsées contre la science de Dieu {cfr. bid., 4).

Nous pouvons l'en croire sur parole.

L'éloquence agissante de Paul, en dépit de ses réserves el de ses ironies, ne peut donc être mise en question. Lui-même en avait conscience — sans s'en attribuer le mérite — et la caractérisait d'un mot, quand il écrit, par exemple, aux Galates (Gal. ur, 4) qu'il a dressé devant leurs yeux (xur’ éplaluoës) Jésus cloué à sa croix. Dans notre épître même (I Cor. xr, 4), il se rappelle comme ses discours, si peu didactiques ou rhétoriques qu’ils fussent, constituaient «une démonstration d'Esprit et de puissance ».

Pour nous en faire une idée, nous n'avons qu’à lire ses lettres, en les replaçant bien dans leur ambiance historique; car chez lui, le style écrit (sauf, évidemment, par la moindre abondance des arguments et des exhortations) devait différer à peine du langage parlé. Nous savons qu'il dictait toutes ses lettres à un secrétaire, au milieu de dérangements, de soucis de toute sorte, parfois sans doute en plein travail manuel. “Elles ne sont donc pas de la littérature, et rarement même des compositions à tête reposée. Leur caractère le plus marquant est La spontanéité. À peine Paul a-t-il commencé sa dictée qu'il se figure ses correspondants présents à ses yeux, il suit les divers mouvements qui les agitent, il les prévient ou les apaise, il les provoque au besoin, comme dans une discussion passionnée. Parfois au contraire il fait des exposés doctrinaux et synthétiques, résume tout un enseignement, dont ils connaissent déjà les éléments, en quelques mots concis dont chacun doit leur rappeler tout un développement entendu autrelois; et, par des rapprochements inattendus, indiqués à peine, il élève à une sublime unité des vérités qu'il ne leur avait encore données qu'à l'état de dispersion. Il arrive que le lyrisme constant de sa vie intérieure l'entraîne alors, ainsi quand il parte de la sécurité dans l'amour du Christ (/2om. vi), de la transcendance de la charité (ici, xux), ou de la folie de la Croix (supra). Ou bien il s'indigne contre l’incompréhension de ses enfants (Gal., I Cor.) pour s ‘épancher aussitôt après en des confidences tendres et mâles. Rien n’est moins monotone que ce style, et ne porte davantage, habituellement, le caractère sensible de l'improvisation.

Telle est certainement la note qui domine; ce n'est pas un « auteur » ni un « orateur », c'est un « homme », tel qu'il n'est guère donné d'en trouver d'aussi « homme ». Une âme pleine d’une vie surabondante, dont elle laisse

échapper ce qui convient, dans la circonstance, à ceux qui écoutent ou lisent.

Mais l'improvisation la plus spontanée n'empêche pas l'Apôtre d’être toujours maître de lui, et très conscient de ses moyens. On peut donc se demander si cette inspiration jaillissante laissait quelque place au « procédé », et laquelle. En mettant de côté, si c'était possible, ce que le style de Paul a d’absolument personnel et inimitable, retrouverons-nous en lui certains genres d'élocution connus par ailleurs, et dont il aurait plus ou moins consciemment et volontairement subi l'influence ?

Le contraire serait étonnant. L'Apôtre devait certainement quelque chose, d'une part à son éducation rabbinique si poussée dans sa jeunesse, . d'autre part à l'ambiance de la prédication populaire florissante dès lors, à la « diatribè >» cyaico-stoïcienne qu'il pouvait avoir connue déjà à Tarse. Nous avons montré dans l'Ixrrop. (ch. v) ce qui le rattache dans la forme à chacun de ces deux courants d'esprit et d'enseignement. Les exégètes diffèrent seulement d'avis sur celui qui a dominé, et Paul est essentiellement, aux yeux des uns (bien plus rares aujourd'hui), un raboïin, aux yeux des autres, un causeur hellénique de génie.

Comme l'essence de la diatribe consistait à ramener autant que possible la parole publique au ton de la conversation, nous pourrions presque dire que Paul l'aurait inventée s’il n’en avait déjà trouvé des modèles. Cependant, pour le choix de certaines images, certains tours d’argumentation, il est possible et naturel qu'il ait suivi instinctivement des habitudes de parole popaiaire q qui répondaient à ses goûts {v. nrnon ch. v).

La part du sémitisme est plus malaisée à établir. Nous ne saurions y ramener purement et simplement le goût de l'Apôtre pour les antithèses, qui forment. une si grande partie de ses développements paralléliques. Il faut, ainsi que le note J. Weiss (Urchr. p. 312 s.), après Norden (Die griech. Kunstprosa, p. 507 s.), se rappeler que, depuis Héraclite, cette figure était fort goûtée dans l'hellénisme, et penser aussi (J. Weiss) à la forme de l'expérience religieuse de Paul {v. Exc. Il, infra). Le même auteur accorde toutefois que l’apocalyptique du judaïsme tardif avait fort contribué à en généraliser la tendance chez les Israélites; mais on cn trouvera chez les Grecs de la même époque des spécimens tout aussi marqués, et qui même, comme dans les xepéhaux de Stobée qu'il cite (Corp. Hermet., Stobée, 1, 41, 1), sur l'opposition des choses célestes et terrestres, sont plus proches du style de Paul que n'est celui de ses prédécesseurs juifs. Quant au fréquent développement de sa pensée par coordination (parataxe) plutôt que par subordination régulière d'idées, et surtout. que par périodes, il appartient au langage parlé de tous les peuples, et ne fournit donc pas une marque d’origine ethnique; seulement il convenait encore mieux aux parleurs de langues sémitiques, qui n’en connaissaient guère d'autre. D'ailleurs, Paul enchevêtre ses phrases plus qu'aucun Sémite.

L'hébreu et l’araméen n'ont pas laissé, nous le savons, beaucoup de traces. certaines ni dans le vocabulaire ni dans la grammaire de l'Apôtre, et le peu qu'on en découvre est dû à l'influence de la Bible grecque dont sa mémoire était pleine. Où sa formation sémitique se ferait spécifiquement sentir, ce serait, à notre avis, d’abord en quelques passages dialectiques, en quelques façons d'utiliser l'Ecriture où réapparaît le disciple de Gamaliel, et puis dans la tendance qu'a saint Paul, aux moments où il est le plus ému, où sa pensée et son

cœur sont soulevés par l'enthousiasme, et le plus libres des soucis de raisonnement et de controverse, à revêtir ses épanchements d’une forme lyrique que gouverne le parallélisme cher à sa race; nous en trouverons des exemples aux chapitres xr1r, xv, et ailleurs. Il chante alors des espèces de cantiques, et l’on parle couramment de son « hymne à la charité » (ch. xux). Il se pourrait quelquefois que ces morceaux, dont la forme est admirable, aient été longuement médités, et composés à l'avance en des heures recueillies. Toutefois nous ne croyons pas qu'il faille le ‘poser en règle; car « l'hymne à la charité », entre autres, est si adapté dans le détail aux préceptes et aux reproches spéciaux convenant à la situation de Corinthe, que, malgré son universalité, il n'a nullement l'air d'un morceau passe-partout, mais paraît encore bien dicté par les circonstances (v. ad loc.). Ce n’est point d’ailleurs chez les seuls Sémites que l'improvisation lyrique jaillit spontanément des grandes émotions; mais c'est parmi eux, et les peuples de « style oral », qu’elle revêt d'elle-même les formes du parallélisme. Et par là Paul se rattache aux grands écrivains de sa race.

Mais il reste Paul, le Tarsiote cultivé, qui pense certainement en grec au moins aussi souvent qu'en araméen, surtout quand il doit parler à des Grecs, mais également, croyons-nous, dans ses méditations intimes. Nous ‘venons d'écrire cette expression de « style oral », mise à la mode par le P. Jousse, et nous ne nions pas que Paul, comme les autres lettrés juifs, s'y fût assoupli dans les études scripturaires et rabbiniques de son adolescence. Mais le rabbinisme n'avait été qu’une partie de sa formation, et non point celle qui se montre le plus souvent dans ses lettres, — ni qui, sans doute, se montrait le plus en ses discours. Le style oratoire de Paul ne ressemble pas le moins du monde, dans son ensemble et son allure ordinaire, à une succession de récitatifs, pas plus qu’à des « traductions-décalques ». Nous trouvons — comment dire? — énorme l'opinion de quelques auteurs récents qui cherchent à découper ‘en « récitations cultuelles {1} », avec leur régularité qui les rend faciles à retenir, les exposés si chargés et si concis de sa doctrine, ses discussions où les pensées se pressent et, pour ainsi dire, se bousculent, où les éclaircissements, les parenthèses, les anacoluthes, les allusions obscures pour nous, les sous-entendus, les sautes de pensée, l'afflux de réalités concrètes, complexes, nuancées, ressemblent si peu à la limpidité du « style oral » comme on l'entend au sens technique, avec ces balancements d'images qui ne servent généralement qu’à faire valoir sous des mots variés, aussi longtemps que se maintient le souffle du « récitateur », une pensée qui aurait pu s'exprimer en deux lignes. Nous ne voulons certes point déprécier le « style oral », et le déclarer indigne de Paul, puisque le Christ l'a trouvé digne de lui, et, en des-développements tels que ceux du « Sermon sur la Montagne » en saint Matthieu, l’a porté au plus haut point de simplicité, d'une sobriété significative qui ne lui était pas ordinaire, de perfection, d'effet pénétrant. Mais, dans les villes hellénistiques évangélisées par saint Paul, les auditoires n'étaient pas les mêmes qu'en Galilée. Ils étaient habitués aux rhéteurs, à la diatribe, à la lecture privée et au « style écrit ». Le « style oral » de Jousse fleurit dans les sociétés qui lisent peu ou point, restées

(1) Rien d'étonnant si Couchoud, guidé par la sûrelé de son instinct, a donné dans cette théorie. :

« primitives » par la nature de leurs occupations, et où des intervalles de longs loisirs permettent de remuer dans les palabres non des idées analytiques ou abstraites, mais une foule de mots ingénieux cherchés pour eux-mêmes, pour la variété et l'imprévu de leur applicalion, et qu’on puisse au besoin reprendre en chœur. Ce sera l'évêque de Qouss, que Mahomet admirait tant, déclamant. du haut de sa chamelle, au milieu des marchés arabes, ses lieux communs sonores sur l'instabilité des choses terrestres; ce sera Mahomet lui-même, qui ne savait peut-être pas lire, ressassant sans prouver, sans discuter, en état de transe parfois, ses versets de menace aux incroyants, ou ses exhortations à la confiance dans le Clément et le Miséricordieux; souvent l'abondance de l'expression n'a alors d'égale que la pauvreté, ou du moins l'extrême simplicité, de l'idée. Il y a bien encore les écoles de rabbins, qui, par tradition, appliquèrent cette méthode primitive à à leur casuistique; mais ce ne sont qu'énumérations d’ opinions, redites, jeux et associations de mots, le raisonnement proprement dit n’y abonde pas. Qu'est-ce que ces procédés-là ont de commun avec la profondeur subtile des argumentations de Paul, et ses méthodes qui ne deviennent parfois obscures et chaotiques que par excès de pensée et enthousiasme concentré non pour les mots, mais pour les choses ? Chercher en lui un « simple », un « primitif », une sorte de Bédouin ou de rabbin exalté par le génie ct la foi, c'est ne pas comprendre le premier mot à cette personnalité si cultivée, — capable de séduire les professeurs d'Athènes et le roi Agrippa.

À tout prendre, Paul n’est que Paul; son style et son éloquence ne peuvent se ramener, même de loin, ni aux procédés des rhéteurs classiques, ni à ceux des « verbo-moteurs ». Ils restent, malgré des défauts tenant à la négligence de la forme et à la précipitation occasionnelle de la dictée, aussi actuels dans leur ordre pour des Occidentaux modernes que pour des Orientaux d'il y a deux mille ‘ans. Paul n’a pas vieilli, et il n'est pas « exotique ». Ce privilège est dti sans aucun doute au Saint-Esprit, et puis à l’universalité du génie de l'Apôtre, mais aussi à son style direct, dégagé plus qu'aucun autre de toutes les passagères conventions littéraires ou rhétoriques. Il est, humainement parlant, de la race des indépendants comme Épictète. On ne peut à vrai dire le classer; mais, s'il fallait à tout prix le rapprocher d'une classe d'écrivains, c’est entre lui et les instructeurs populaires grecs de cette époque que nous trouverions encore le moins de dissemblance de formes; les passages « rabbiniques » tranchent sur l’ensemble de son œuvre.

Îl nous paraît donc hors de propos de parler avec Jousse de « traductionsdécalques » faites par quelque « metourdjeman », Tite ou un autre, et « parfois peut-être aussi; Paul lui-même », d'un original de phrases araméennes que Paul aurait dans la pensée. Rienn ‘indique qu'il ait pensé autrement qu’en grec quand il parlait grec. Tout ce qu'on lit encore chez certains critiques du « tour hébraïque » de la pensée paulinienne date d'une époque où le grec n'était encore connu que par ses classiques, ou la littérature d'apparat. Paul parlait grec — génie à part — comme tout le monde autour de lui, et depuis le temps de son enfance en Cilicie. On a pu s’y méprendre dès l'antiquité. Au rv° siècle, où, sous l'influence de l'éducation rhétorique latine, on ne comprenait plus qu'un grand écrivain püt s'exprimer autrement que selon un art conventionnel et scolaire, des auteurs aussi grands que saint Jérôme (souvent bien rhéteur

lui-même) ont pu donner dans cette erreur. Jousse ne manque pas de citer l'illustre exégète avec complaisance; mais c'est un appui fragile dans le cas présent. Jérôme, en effet (Ep. oxx ad Hedibiam, PL 22, col. 1001-1002) commente ainsi f Cor. u, 18 et vi, 6, le passage où Paul dit que, parvenu en Troade, il n'eut pas de repos à cause de l'absence de Tite : « Quae autem fuit tanta consolatio et quae requies spiritui in praesentia Titi, quem quia non invenit, valefaciens eis, profectus est in Macedoniam? Aliquoties dirimus Apostolum Paulum pirum fuisse doctissimum, et eruditum ad pedes Gamalielis.… Cumque haberet scientiam sanctarum Scripturarum, et sermonis diversarumque linguarum gratiam possideret, divinorum sensuum majestatem digno non poterat graeci eloquii explicare sermone. ZJabebat ergo Titum interpretem, sicut et beatus Petrus Marcum, cujus Évangelium, Petro narrante, et tllo scribente, compositum est. Ergo et Paulus Àpostolus contristatur quia pracdicationis suae in praesentiurum fistulam, organumque per quod Christo caneret, non invenerat ». C’est là une interprétation subjective et erronée, provenant de ce que Jérôme n’a pas scruté les rapports de l’Apôtre avec l'Eglise de Corinthe, et le rôle tout à fait spécial et temporaire que Tite avait eu à jouer, — comme nous le verrons en son lieu — pour raccommoder Paul et ses fidèles. [1 tardait à revenir de sa mis&ion, et c’est là ce qui remplissait d'inquiétude l'Apôtre et l’empêcha, dans sa hâte de retrouver son messager et d'avoir des nouvelles, de demeurer à prêcher en Troade; ce n’est nullement qu'il eût besoin de cet « interprète » pour bien expliquer à des Grecs la parole de Dieu; il ne l'avait pas davantage auprès de lui, un peu plus tard, dans les premiers temps de son séjour en Macédoine, et pourtant c’est à cette date qu'il faut rapporter les succès de prédication dont le souvenir dicte les accents triomphaux que nous avons entendus (II Cor. xx, 14. 16) sur « la bonne odeur du Christ » qu'il a le secret de répandre. D'ailleurs Jérôme n’a pu vouloir comparer que très approximativement les rapports respectifs de Pierre et de Marc, d'une part, de Paul et de Tite de l’autre. Personne n’a jamais pensé que Pierre connût le grec aussi bien que Paul. Nous pouvons concéder que Tite a été plus d'une fois, notamment à Corinthe, l'interprète de Paul, mais un interprète de ses intentions, comme messager « diplomatique », et non comme « traducteur » de son langage araméen en grec; on ne voit pas d’ailleurs que Tite ait jamais servi de secrétaire à Paul dictant ses épîtres, et il est bien certain que plusieurs de leurs plus belles pages, par exemple IL Cor. x-xur, ont été dictées quand il n'était pas là.

Ce mythe mort-né de « traductions-décalques », faisant passer le prétendu araméen de Paul dans le grec de Tite ou de n'importe qui, est inconciliable avec tout ce que nous savons des allures de Paul, par l’histoire ou la philologie. J. Weiss, un des critiques qui ont parlé du style de Paul avec le plus de sens et de goût, accorde même trop, à notre avis, quand il admettrait que des secrétaires comme Timothée ou Sylvain ont pu avoir une part {très secondaire) à la variété d'élocution des lettres de l'Apôtre; celui-ci attachait trop de valeur à la propriété de chacun de ses termes pour les laisser inventer ou retoucher par un secrétaire. Saint Jérôme, du reste, — malgré sa comparaison sans bonheur avec Pierre et Marc, — n'avance nulle part que Paul ait confié

la rédaction de tout ou partie de ses lettres à un secrétaire quelconque, comme

Pierre, croit-il, celle de ses écrits à Marc ou à un certain Glaucias. Dans une autre épître (ad AZgasiam, cxxt, PL 22, col. 1029 s.), il dit bien, à propos des difficultés d'élocution de Col. 1 18-19, que Paul se trouvait parfois embarrassé pour donner une expression à ses pensées profondes, et qu'il était sincère dans sa modestie en se déclarant « émperitus sermone » (II Cor. xr, 6), puis, que cet embarras devait se présenter moins dans sa propre langue ancestrale (sermone. quem cum in .vernacula lingua haberet disertissimum, quippe Hebraeus ex Hebraeis, et eruditus ad pedes Gamalielis..) qu'en langue grecque, quoiqu'il y fût aussi très expert (SZ autem in graeca lingua hoc ei accidit, quan nutritus in Tarso Ciliciae a parva aetate imbiberat, quid de Latinis dicendum est, etc.)\; mais il ne dit nullement qu'il ait pensé à faire alors appel au secours d'un traducteur. La vraie raison du fait qu'il signale n’est pas un moins parfait usage du langage hellénique, mais celle qu'il paraît lui-même exprimer plus haut : Profundos enim et reconditos sensus (de l'Esprit) Zngua (la langue humaine en général) non explicat.

C'est donc bien Paul en personne, Paul seul et directement, qui se révèle à nous dans le grec de ses lettres. Il a été grand orateur et grand écrivain en grec, — plus qu'il ne leût été, peut-être, en araméen. Il excite à ce titre extérieur l'admiration des meilleurs connaisseurs en hellénisme. Norden (Die gr. Kunstpr., p. 509, cité aussi par J. Weiss), l’égale à Platon dans le Phèdre (terme de comparaison bien éloigné mais qui forme pour lui le sommet) pour la hauteur de la diction en des passages comme Rom. vu et I Cor. xmi. On ne saurait surtout trop citer, contre les opinions attardées qui habillent Paul en rabbin se sentant demi-étranger en face des Hellènes, l'appréciation du grand philologue classique que fut Wälamowitz (1) : « Certainement l’hellénisme est une condition prérequise pour lui (pour l'activité littéraire de Paul); il lit seulement la Bible grecque (2 ) ainsi Ÿ pense également en grec. Certainement il exécute sans le savoir le testament d'Alexandre, en portant l'Évangile aux Hellènes, pourtant il est taillé dans un tout autre bois, il est juif, comme Jésus est un Juif. Mais que ce Juif, ce chrétien, pense et écrive en grec, pour tout le monde et en premier lieu pour les frères qu'il interpelle, que ce grec n'ait rien à faire avec aucune école, aucun modèle, mais. jaillisse directement du cœur, et cependant soit du vrai grec (pas de l'araméen traduit comme les sentences de Jésus), cela fait de lui un classique de l’hellénisme. Enfin, enfin voici revenir quelqu'un qui discourt en grec du fond d'une expérience vivante, fraîche, intime, qui est sa foi... C'est en remplacement de son action personnelle qu’il écrit ses lettres; ce style épistolaire, c'est Paul, personne autre que Paul; ce n'est point une correspondance privée, ce n'est point de la littérature, c'est une chose intermédiaire inimitable... »

Tenons-nous en à ce jugement si qualifié, et croyons bien que Paul était très éloquent, sans aucun besoin de truchement, pour tous les Grecs chez qui les préventions ou la rhétorique pédante n’avaient pas faussé jugement et goût. C'est d'ailleurs peine perdue que de vouloir ramener cette éloquence à un genre qui s'enseigne, malgré quelques rapports indéniables avec les prophètes ou les

(1) C’est nous qui soulignons.

(2) Fort douteux; il lisait aussi l'original.

ÉPITRE AUX CORINTHIENS, Il, 1-5. 33

casuistes juifs, et surtout avec la diatribè grecque. Quant aux procédés £echniques du style oral des Sémites, ou à la « récitation cultuelle », il n'y faut certainement pas songer. Je ne connaîtrais pas de divagation scolaire, de lubie de professeur, aussi artificielles que la prétention de forcer en cadres symétriques une pensée comme celle de Paul, si dédaigneuse de la copix X6you, si individuelle, si passionnée, emportée par un souffle si véhément du génie et de l'Esprit.

(Voir particulièrement J. Wxiss, commentaire, et l'ouvrage posthume Das Urchristentum, 1917, pp. 302-ss., 312-318 — Ed. Nonrpen, Die griechische Kunstprosa, loc. cit. — M. Jousse, Le style oral rythmique et mnémotechnique chez les verbomoteurs, Arch. de Philosophie, vol. Il, cahier IV, 1925, pp. 71, 87, al. — K. L. Scumir, Der Apostel Paulus und die antike Welt, Bibl. Warburg, Vorträge 1924-1925, pp. 46, 56, al. — Ü. von Wiramowirz-MæœLLenporr, dans Kultur der Gegenwart, 1, 8?, p. 159).

EXCURSUS II. —— « UT NON EVACUETUR CRUX CHRISTI ». LA MORT DU CHRIST ET LA MORT DES DIEUX.

Paul expose sa doctrine de la Croix avec une hardiesse provocante. Il sait qu'elle choque à la fois les Juifs et les Gentils; mais, loin d’en être intimidé, il tient à mettre dans une lumière crue ce qui est le grand paradoxe et de son apostolat, et de tout le christianisme. Ün lutteur comme lui ne recule point. Pourtant ce n'est pas à l'instinct combatif de l'ancien pharisien qu'il faut attribuer cette atlitude, mais à la conviction que rien n'est aussi puissant que ce paradoxe pour éclairer et convertir Juifs et Hellènes.

C’est son expérience à lui d'abord qui l'avait renseigné.

Quand on l’appelait Saul, c'était un jeune Israélite fervent et fort instruit, merveilleusement doué pour la science et pour l’action de propagande, et qui s'était justifié par des réflexions rationnelles toutes les préventions de sa race (Gal. 1, 14). Si son éducation grecque de Tarse l'empéchait de professer à l'égard des Gentils l'aversion irraisonnée et brutale d’autres rabbins, s’il voulait peut-être déjà travailler au salut des Hellènes, il croyait fermement, comme tant d’autres intellectuels de la Diaspora, que cette guérison du monde dépendait de la domination parfaite d'Israël sur le terrain de la politique et des idées tout ensemble, prédominance que les Prophètes avaient promise à son peuple. Le « Règne de Dieu » ne pouvait s'établir que par le « Règne des Juifs ». À cette époque, tous les malheurs de la nation n'avaient fait que surexciter l'espoir messianique, temporel et spirituel à la fois. Que le Messie dût être le grand roi pacificateur des Psaumes de Salomon, ou l'être céleste d'Hénoch, cet « Elu » ou ce « Fils de l'Homme » qui allait venir mettre fin au monde présent, son rôle n'était jamais conçu que comme un pur triomphe. On insistait beaucoup sur les souffrances des justes, on les peignait avec des couleurs parfois presque désespérées, mais la gloire du Messie devait leur servir de compensation et les transformer en bonheur. Jamais un théologien ou un visionnaire de cette époque n'aurait admis que ce Messie devait lui-même expier d'abord les fautes du monde, ni même celle du peuple israélite (voir Lagrange « Le Judaïsme avant Jésus-Christ », pp. 384 suiv.). La prophétie si claire et impressionnante

ÉPIYRE AUX CORINTHIENS. 8 |

d'Isaïe sur le « serviteur de Yahweh » (/s. cr), et les quelques autres qui s'en rapprochent, étaient soit appliquées aux épreuves historiques du peuple ou de ses grands personnages, soit complètement détournées de leur sens. Rien de plus significatif, par exemple, que le Targum du Pseudo-Jonathan (+. Lagrange, loc. laud.) sur les chapitres du « Serviteur » : bien loin d'être un agneau qu'on immole, c’est lui qui mènera à la boucherie les nations! Au Messie ne pouvaient appartenir que des manifestations de puissance, des onuei . (Mat. xu, 38; xvr, 1) ou des victoires. Quand ces ambitions trop terrestres se furent modérées plus tard, Tryphon dira encore, au nom de tous ses coreligionnaires (Justin, « Dialogue », Lxxxix, 1, 2) : « Sache bien que notre race entière attend le Christ, et que, toutes les écritures que tu as citées, nous reconnaissons qu'elles ont été dites à son sujet. De plus le nom de Jésus, qui fut donné en surnom au fils de Navé, me touche... Mais, sur la question de savoir si le Christ doit être déshonoré jusqu'au crucifiement, nous doutons; car dans la Loi il est dit du crucifié qu'il est maudit (cfr. Deut. xxr, 23, et Gal. x. 18), et, pour l'instant, je ne croirais pas facilement la chose. C'est un Christ souffrant que les Écritures annoncent, évidemment; mais, que ce soit d'une souffrance maudite dans la Loi, nous voudrions savoir si tu peux nous le démontrer ainsi » {traduction Archambault).

Il n'est pas impossible que l' intelligent j jeune rabbin de Tarse ait toujours été un « modéré » à la manière de Tryphon (nous ne l’affirmerions pas, toutefois). Mais il y'avait l'échec du Messie des chrétiens, son échec et son déshonneur du calvaire! Qu’'importait ensuite que tels de ses disciples, fanatiques hallucinés si on ne pouvait les croire imposteurs, aient prétendu l'avoir vu ressuscité? Cette résurrection aurait dû être plus certaine et plus éclatante si elle devait servir au « Règne de Dieu » par Israël. Saul, s’il n'avait pas vu Jésus, connaissait les chrétiens, Etienne entre autres, par les discussions des synagogues hellénistiques. C’étaient peut-être à ses yeux d'honnèêtes gens, mais d'autant plus dangereux alors, avec leur « Messie crucifié », qui n'avait pu être, lui, qu'un doux illuminé malfaisant. Quand on voit de nos jours des savants israélites aussi modérés et consciencieux que le D' Klausner (1) chercher à établir qu’il était logique et inévitable pour les chefs du Judaïsme orthodoxe de se débarrasser d'un prophète comme Jésus, qui faisait sans doute honneur à leur race et ne voulait pas détruire leur religion, mais énervait ce qui avait toujours fait la force de résistance de la nation en la détournant, par son idéal purement éthique, de l'attachement à ses cadres religieux, au matériel de sa Loi et, par là, de ses espérances de durée et de domination, on comprend alors les raisonnements et les dispositions du jeune Saul, — à qui d'ailleurs la proximité des faits fournissait sur la nouveauté de l’enseignement de Jésus et son opposition aux aspirations nationalistes une appréciation plus exacte que celle de Klausner. Supposé, se disait-il, que le peuple se mette à suivre ces rêveurs, c’est la fin de notre vocation de Juifs, et par conséquent de l'espoir du monde. Dieu ne pouvait permettre pareille banqueroute; mais il fallait avoir des hommes, de vrais fidèles, qui coopèrent avec la Providence. « Salus populi suprema lex », se disait ce rabbin et ce citoyen romain avec plus de bonne foi que Caïphe. Donc Jésus avait été

(1) Joseph KLAUSNER, Jésus de Nasareth, traduit de l’hébreu en français, 1933.

justement crucifié, Étienne justement lapidé; il y allait de l'avenir de la religion, et de la conversion promise des Gentils au Dieu d'Israël. Avec toute la décision, la violence aussi et l’orgueil de son fort tempérament, puis toute sa conviction religieuse, sa science de rabbin initié aussi à l'hellénisme, sa logique et sa générosité même mal employée, Saul devint — croyant bien faire, voir I Tim. 1, 13, — le persécuteur que l’on sait, Ce fut par épouvante et horreur de la Croix; résultant non pas certes, d'une faiblesse de timide ou de sensuel, mais d’un zèle aveuglé pour les intérêts de Dieu, d'Israël et de l'humanité entière.

L'événement du chemin de Damas bouleversa d'un seul coup tout ce système de pensée et de conduite. Saul vit que le Messie des chrétiens était vraiment ressuscité, donc que Dieu avait approuvé son œuvre, et que tout ce qu'il avait dit et promis était juste, le véritable accomplissement des prophéties, tandis que les autorités de son peuple s'égaraient dans leur interprétation. Bien plus, Jésus était le Fils de Dieu, lui-même le Tout-Puissant égal à son Père. Comme homme, il était devenu le chef du monde, dans le présent et dans tout l’avenir. Et cette exaltation de son humanité, il l’avait gagnée, comme Saul, devenu l'Apôtre Paul, l'écrira un jour aux Philippiens (PAël. 11, 9-11), par son échec apparent, par l'infamant supplice qui paraissait le condamner, lui et ses prétentions et son œuvre, à un opprobre et à un oubli éternels. En disant : « Saul, pourquoi »e persécutes-tu? », [l avait déclaré qu’il vivait dans ceux qui croyaient à Lui, et que, malgré leur humiliation, malgré les persécutions qu'ils subissaient, et, bien plus, par leur moyen même, Il les associait à sa grandeur et à sa puissance. Rien ne pouvait être plus fou; maïs cette folie était vraie, elle était « la Vérité », puisque c'était une folie dont Dieu lui-même était atteint, et qui était le dernier mot de sa révélation aux hommes. Alors, au pharisien complètement « converti », c'est-à-dire « retourné » d'un seul coup dans le fond de ses pensées et de ses sentiments et de sa volonté, Dieu, capable d'atteindre ses buts par de tels moyens, apparut encore beaucoup plus miséricordieux, plus grand et plus sage qu'il ne se l'était représenté jusqu'alors. Toute sagesse et toute puissance humaine s'évanouissaient devant celle-là, capables de réaliser la gloire et le bonheur jusque par les moyens qui, de leur nature, ne sont bons qu'à les détruire. Saul se mit à vénérer et aimer la Croix autant et plus qu'il l'avait méprisée et haïe. Et désormais, ce fut toujours sous cet aspect, le remplissant toujours d’une confusion, d’une admiration et d'une reconnaissance nouvelles, que lui apparut le Dieu Sauveur : Celui qui règne, Celui qui sauve et qui glorifie PAR LA CRoIx.

Il se dit assurément que l'argument divin qui avait pu, en un éclair, transformer un homme tel qu'il se souvenait toujours d'avoir été, serait le plus puissant de tous pour convertir Juifs et païens. Et il se décida à prêcher partout Je « scandale » et l’ « ineptie ». La « sagesse » normale, proportionnée à l'esprit naturel, dont Israël avait reçu le dépôt et les Gentils quelques lueurs, n'était pas entièrement détruite, mais complètement insuffisante à saisir le plan de Dieu; elle conservait bien une valeur de préparation, maïs son plus haut effort portait les esprits sincères au bord d'un mystère, d'un abîme, où ils devaient, pour être vraiment sages, se précipiter en devenant « fous » avec la Sagesse incréée. Paul a prêché à Lystres, à Athènes, les arguments de la théodicée naturelle, en attendant mieux; partout il dut reconnaître qu'il fallait faire autre chose

pour saisir à fond les âmes, et proclamer carrément la « folie de la Croix », pour détruire la fausse suffisance des arguments humains. C’est ce qui avait déterminé sa conversion qui devait déterminer celle des autres. Si, aux débuts de sa garrière d’apôtre, et jusqu'à Thessalonique, il semble avoir insisté de préférence sur le retour futur du Christ comme roi glorieux, il vit que, plus les auditoires étaient matériels ou plus ils se targuaient de sagesse, plus alors il fallait insister avant tout sur ce que Dieu avait établi comme la préparation nécessaire de eette gloire, la Passion. Devant les yeux des Galates, il dresse, dans les plus vives couleurs, le Christ en croix (Gal. ur, 1). Et, dans la ville perverse et prétentieuse de Corinthe, il comprit du premier coup qu'il n'y avait que ce moyen-là d'arracher les âmes à leur sensualité, à leur vanité intellectuelle, à eur bassesse; il ne voulut, dit-il, connaître parmi ces gens, païens grossiers et subtils tout ensemble, que « Jésus-Christ, et encore crucifié » (1x, 2). En les plaçant, brutalement pour ainsi dire, en face du paradoxe qui devait leur paraître te plus insensé, il réussit aussitôt beaucoup mieux qu'avec ses acheminements prudents à l'Aréopage d'Athènes. Evitant tout ce qui aurait pu paraître, à des regards superficiels, « évincer la croix du Christ » (x, 17), en la voilant plus ou moins sous des moyens humains de conviction, il la présente toute nue, dans toute sa puissance de séduction divine. Tout ce qui aurait pu faire illusion aux dépens de son efficacité unique était ainsi écarté.

Et c'est la base essentielle de toute apologétique « convertissante », celle que les plus profonds défenseurs de la vérité chrétienne, comme Pascal, n’ont pu que s'approprier dans leur mesure. On ne touche le fond de la théodicée que quand on en est arrivé là. Autrement, le « problème du mal » reste toujours un problème plus ou moins oppressant, et les chrétiens pieux, ou même penseurs, mais dont la pensée pieuse répugne au tragique, et qui ne sont pas assez sensibles à cette démonstration suprême de la nécessaire « voie de la Croix », subiront toujours, par moments, la tentation de se demander si Dieu n'a pas manqué son œuvre.

L'expérience de Paul explique seule, de façon nécessaire et suffisante, comment cet ancien pharisien a pu devenir « l'Apôtre de la Croix » par excellence, et l'incomparable « Docteur des Gentils ».

Oui, mais à en croire des écoles modernes, Paul ne faisait qu'aller ainsi audevant des aspirations religieuses que ces Gentils, — à la différence des Juifs — professaient de longue date, du fait de leur mysticité spéciale. Eux aussi, dans les Mystères qui étaient la quintessence de leurs religions, ils avaient l'habitude de placer leur confiance en des dieux morts et ressuscités. Paul n’a eu qu'à concrétiser ces rêves dans la personne historique de Jésus pour obtenir audience de toutes les âmes helléniques sincèrement religieuses. Leur psychologie explique tout sans miracle.

Contre ces théories, il faut affirmer avec assurance que l’Apôtre de la Croix n’a rien emprunté aux païens. Le jeune Tarsiote, fils de pharisiens, avait trop appris dès son enfance à mépriser les erreurs des Gentils, et ce n’est pas le culte de sa ville natale, le bûcher de Sandan, ou la tauroctonie de Mithra, qui aurait pu adoucir cette répulsion. S'il fait quelquefois allusion aux Mystères, comme on peut le croire en analysant les chapitres x1r et xrv de notre épître (v. ad loc.), c'est pour les déprécier et faire honte à ses fidèles d’avoir conservé quelques

manières qui rappellent celles des mystes. Dans l'Épitre aux Éphésiens (v, 11-42), les Mystères ou les cérémonies gnostiques qui s’en rapprochent sont qualifiés d’ « œuvres infructueuses des ténèbres ».

L'idée d'une mort divine subie volontairement pour le salut des hommes n'a d’ailleurs jamais existé en aucun culte antique. Si l'on ne veut parler que de mythes concernant des souffrances, une mort et une glorification subséquente de divinités ou de héros, qui pouvaient servir aux hommes, non pas de rédemption, mais de modèle et d'encouragement à supporter leurs peines et le trépas, il faudrait prouver, — et on ne le peut — que ces mythes tenaient une place importante, avant le n° ou le mi° siècles, dans la religion des païens. Le résurrection de la chair surtout était une idée fort impopulaire. Aucun des « dieux morts », ni Attis, ni Adonis, pas même Osiris, n'avait, à proprement parler, retrouvé vivant son corps après qu’il avait été mis au tombeau; seule leur essence immortelle avait été glorifiée, on s'était munie d'un corps céleste et nouveau. L'idée d’une résurrection corporelle faisait rire sans politesse les intellectuels d'Athènes (Act. xvu); si elle avait été si répandue, Paul n'aurait pas eu ces difficultés que nous révèle le chapitre xv de notre épître à la faire entrer dans la conviction de tous les baptisés.

Mais la mort qui avait dû précéder la glorification, et surtout ce genre de mort, voilà qui devait être pour tous les païens objet de scandale ou de dérision. « Dans aucun mystère hellénistique », dit K. L. Schmidt (1), « il ne se rencontre d’analogie avec la Croix ». Le nom seul faisait horreur; dans son plaidoyer « pour Rabirius », 5, Cicéron (cité par Meyer-Heïnrici), s'écrie : « Nomen ipsum crucis absit non modo a corpore civium romanorum, sed etiam a cogitatione, oculis, auribus! » En Grèce, des païens vraiment pieux et de sens rassis, comme Plutarque, trouvaient déjà inconvenant d'attribuer aux dieux des mésaventures tragiques; mais qu'auraient-ils pensé d’un supplice déshonorant comme le crucifiement réservé a ux esclaves, aux rebelles, aux bandits de grand chemin? Saint Justin (« Apol. » r, 53, 2), demande : « Par quel raisonnement nous ferait-on croire à un homme crucifié,…. si nous n'avions trouvé. des témoignages? », et ailleurs il constate (22, 3), que les païens accusent les chrétiens de folie (paviav fp&v xuvapaivovra:) pour ranger après Dieu un homme crucifié. Ce sera encore le sarcasme de Lucien dans son « De morte Peregrini » contre ces gens qui « adorent leur sophiste empalé »; et bien d’autres textes, chez Celse ou ailleurs, montrent assez ce que pensait du Dieu des chrétiens, à cause de sa mort en croix, l'opinion publique des païens comme leur opinion cultivée. C'est qu’il ne s'agissait plus dans leur cas du malheur privé d’un être mythique, d'une aventure tragique arrivée entre dieux et héros, laquelle n'avait rien de déshonorant et que l'apothéose avait tout de suite réparée; le supplice du Golgotha signifiait l'échec et l'infamie d'un personnage public, qu'on avait pu voir il y avait moins de trente ans, qui avait été mêlé aux hommes, et dont toutes les espérances, toutes les promesses, pouvait-on croire, avaient été démenties, abimées dans un effondrement ridiculement lamentable.

Voilà ce que l'opinion païenne ni juive ne pouvait tolérer, et à quoi on

(1) Voir K. L. Scnmipr, Der Apostel Paulus und die anltike Tell, p. 56-s. (Bib. Warburg, Vortr. 1924-25).

38 ÉPITRE AUX CORINTHIENS, Il, 1-5.

n'aurait certainement trouvé rien de pareil en aucune mystique contemporaine de renoncement. Voilà ce que Paul se mit à précher — comme les autres, mais en insistant plus qu'eux tous sur cette croix odicuse; parce qu'il y montrait la preuve de ce fait stupéfiant que Dieu, pour nous sauver, était descendu en personne au plus profond abîme de nos misères, « ut impleret omnia » (Eph. 1v, 10), de sorte que nul n'était si bas qu il ne Le trouvât à sa hauteur, et ne fût invité à monter jusqu'à Lui.

C'était la révélation d’une Sagesse et d’une Puissance dont n'auraient pu rêver les hommes les plus sages, puisqu'elles avaient su utiliser, pour mener les créatures au bonheur et à la gloire, ce qui devait, de sa nature, avec le péché, les faire choir le plus loin de la gloire et du bonheur.

Paul avait eu de cette vérité inouïe l'expérience plus directe que personne, lui qui paraissait en être moins capable que personne; il s'en souvint toujours en frissonnant et exultant, et c'est pourquoi il fut si pressé de communiquer aux autres, avec une telle chaleur de conviction et d’éloquence, la science de la Croix, Sagesse de Dieu et Puissance de Dieu.

IV. Paul ne méprise pourtant pas toute sagesse, car il travaille à en répandre une, la « Sagesse de Dieu » (11, 6-16 [irr, 2]).

Inrropucrion. — L'Apôtre aurait cependant bien pu (et même voulu) leur précher une « sagesse », mais celle-là que donne l'Esprit-Saint, et qui n'est accessible qu'aux « parfaits ». Toute cette page contient la plus haute philosophie religieuse, et déborde de conséquences pour la justification de la mystique et de la théologie, science de Dieu communiquée à qui en. est rendu capable, mais incommensurable aux spéculations de l'hellénisme, comme à la pénétration naturelle des gens les plus pratiques et les mieux informés du monde profane. On voit assez l'importance et la permanente actualité de set enseignement; mais ce n'est pas sans peine qu'on arrive à bien définir la portée de chaque terme, et il faut en outre détruire toute confusion possible entre celte « sagesse » préconisée par saint Paul et tous les « ésotérismes » ou gnosticismes qui étaient en vogue dans le monde grec, et le sont redevenus souvent depuis. La suite montrera sans aucune ambiguité que la &« sagesse » dont il est question ici est tout autre chose qu'une dottrine ésotérique différente pour le contenu de la foi commune des chrétiens ordinaires.

S = = À NS el , CH. II, 6. Zoptay DÈ AxAobpey ëy voïc “rehelouc, coplay DÈ où toù “aidvos robtou,

NS = — * S « OÙDÈ Tüv Gpyovrwy Toù œiüvos Toirou Tüv “xarapyoupévwy. 7. ‘ANG Azhoëbev

Cu. 11, 6. De sagesse, nous [en] parlons bien entre Les parfaits, mais d’une sagesse [qui n’est| pas de ce siècle, ni des chefs de ce siècle, qui sont réduits au silence. 7. Toutefois nous parlons d’une sagesse de Dieu,

A. II, 6. La principale difficulté est de bien rendre téheor, fort diversement inter-

prété; le sens générique du mot est « achevé », « accompli », mais cela peut s'entendre en‘ bien des sens. Heureusement tout le pissage indique assez que téketos, ici, équivaut à nveupatiés, et nous avons plus bas le v. nt, 1, où « pneumatique »

s'oppose à viros, « enfant en bas âge » (cir. xIV, 20); il faut donc rendre téAetos, par « adulte », « parfait » quant à l'âge — ici dans le sens métaphorique (v. Excursus v) — pour conserver au mieux l'harmonie des figures.

Aakéw, « parler », « causer », « converser », pourrait être ici en opposition intentionnelle avec xnp6sow, la proclamation solennelle de l'Évangile (Guijahr).

Karagyéw, « réduire à l’inaction », doit ici s'entendre de la récusation des dirigeants, des instructeurs reconnus du monde (&pyovres); silence est imposé à leur « sagesse », vu qu'elle a été, par la Groix, démontrée impuissante à trouver les voies du salut; le « destruuntur » de la Vulgate, qui paraît signifier la ruine générale de leur puissance, est trop étendu et moins « ad rem » dans le contexte.

B. 6. L'Apôtre méprise-t-il donc les droits de l'intelligence, et tout le devoir des convertis se bornerait-il nécessairement à enregistrer les faits évangéliques qui leur ont été transmis, avec le minimum d'explications qu'il faut pour en saisir la portée essentielle, bref à apprendre une sorte de catéchisme, transmis d'autorité? Non, l'enseignement chrétien laisse place pour une sagesse, faite de réflexions plus personnelles et plus profondes sur l'objet de la foi. C'est un champ ouvert à l'ambition légitime des Corinthiens, puisqu'ils veulent être des sages. Maïs saint Paul leur dit

40 ÉPITRE AUX CORINTHIENS, ul, 6-16.

Oeoû coplay Ev pusraplo Thv àroxexpupmévny, y mpowproev 6 dedc mpd Tov aiovwv

els Débay nuoy, 8. hv obdels Tv &pyovrwv Toù alüvos Toûrou Éyvwnev. Et yàp 2 N , œ , 2 : \ , A Éyvooav, oùx &v rdv xproy Th DoËnc Écraipuoav, — 9. SAXG xabwç Yéyparror” « à

qu'elle n’est pas faite pour tout le monde; elle est réservée à ceux qui sont devenus « parfaits ». C’est en des cercles restreints, entre pairs, qu'il convient de s’en entretenir.

Ce que sont ces « parfaits », ces « adultes », les premiers versets du chapitre qui suit vont l'indiquer suffisamment. Le terme peut être emprunté aux écoles philosophiques, il se rencontre chez Philon, chez les pythagoriciens, pour désigner les « avancés », les disciples à l'esprit müri, capables de s’assimiler tout l’enseignement, en regard des commençants. Mais nous verrons (Exc. v) qu'il ne s'agit pas d'une caste, d'une classe d'initiés comme dans les Mystères ou dans la gnose. D'autre part, les anciens Grecs, Chrys., Theodt., Dam., Œc., Théophylacte, se sont certainement trompés en croyant que Paul comprenait sous ce nom de « parfaits » tous les fidèles, tous les initiés du christianisme ; cette exégèse est en contradiction ” avec int, 1-8. (v. infra), où il est clairement dit que les baptisés de Corinthe sont bien loin d'être tous des réa; et autrement, la marche de l’idée de Paul deviendrait tout à fait confuse et presque incohérente. Nous devons donc, avec tous les modernes du reste, suivre les Latins, Prim., Pélage, s. Thomas, etc., qui voient dans les « parfaits » des chrétiens élevés à un degré supérieur de science religieuse. (Cfr. x1v, 20, infra).

Paul, en apportant cette restriction, se défend peut-être indirectement contre les critiques du parti d'Apollos ou des autres, qui l’auraient accusé de ne pas répandre assez la « sagesse »; mais quand il dit fueis Aalouev, ce pronom « nous » s'applique aux autres prédicateurs, y compris Apollos, aussi bien qu'à lui-même (J. Weiss); tous réservent la « sagesse » — si les Corinthiens comprenaient ce que cela veut dire — pour des entretiens particuliers avec ceux qui y sont préparés. On voit donc bien, d'ores et déjà, que cette « Sagesse » ne peut s'identifier adéquatement avec les énonciations des' glossolales, des prophètes, etc., dont il sera question aux chapitres x1r et xiv, et que tous les baptisés pouvaient entendre, puisqu'elles se produisaient en des assemblées publiques, où des païens même étaient admis à l’occasion (v. xIV, 23-s.).

Qu'est-ce donc que cette « sagesse » réservée ? Ce ne peut être une doctrine ayant un objet plus haut que le mystère du Christ, pareille prétention serait inconcevable chez Paul; ce n'est pas — du moins pas essentiellement ni uniquemeñt — une révélation charismatique; ce n’est pas un ésotérisme quelconque, car le Christ et sa doctrine, saint Paul le répétera assez, sont les mêmes pour tous. Il reste donc que c'est une intelligence plus profonde des mémes vérités, sous une lumière spéciale de Dieu, qui n’est accordée, parmi les chrétiens, qu'à ceux qui sont des « hommes faits », non des commençants. La suite éclaircira ce que cela signifie; mais ces adultes, disons-le déjà, ont l'avantage de voir s'opérer dans cette lumière une synthèse de leurs croyances, qu'on pourrait appeler déjà une « théologie » (Sales, Callan, al.), une théologie inspirée. Saint Paul, dans ces chapitres magnifiques, commence déjà à nous en montrer un haut spécimen, concernant les rapports de la raison et de la foi. Nous en trouverons bientôt de plus sublimes encore, et l'on verra que ce n'est pas du tout un ésotérisme de théosophie ou de Mystères.

Mais cette sagesse est étrangère à « ce siècle » et « aux chefs de ce siècle », qui, en pareille matière, n'ont plus rien à dire (tv zatapyouyévuv), Le mot aïby n'a pas encore ce sens personnel et « gnostique » qui transparaît (peut-être) Ep. n, 2 d'un esprit exerçant sa domination sur une période de l’histoire (le « Prince de ce monde »)

mystérieuse, de celle qui est cachée, que Dieu a prédéterminée, avant les siècles, pour notre gloire, 8. de celle que nul des chefs de ce siècle n’a reconnue — car, s'ils l'avaient reconnue, ils n'auraient pas crucifié Le Seigneur de La gloire, — 9. mais (comme il est écrit), « de ces choses qu'œil

Ici aiiv signifie à la fois le temps, la durée présente (757 noir des Juifs), et l'univers dans son cours visible. Jusqu'où faut-il étendre la notion de « chefs de ce siècle »? Les avis sont fort partagés, et nous devrons en disserter plus longuement au verset 8. Ici, en tout cas, Paul pense aux marchands humains de « sagesse », qui dirigeaient intellectuellement l'humanité non soumise à l'Évangile, philosophes, etc., (opinion de Chrys. et de son école) — en y joignant d’ailleurs les gouvernants politiques et tout ce qu'il y avait d'influent chez les Juifs infidèles et les païens /7héodoret, Rob.-Pl., Sickenberger, Gutjahr, Bachmann, Toussaint, etc.) — plutôt qu'à des « puissances angéliques », comme veulent Marcion, Origène, beaucoup de Pères, Estius, Schmiedel, Lietzmann, J. Weiss, et d’autres modernes; Paul cependant, indirectement, pouvait regarder aussi du côté des démons, en tant que les guides de l'humanité, avec les iniquités de leur gouvernement, et le faux mysticisme, la morale altérée, la superstition de tant d'intellectuels (cfr. Rom, 1, 22, 32), pouvaient étre dits les vassaux du « Prince de ce monde » (ainsi Ambrr, Thomas, Calmet, Cornely, Gut- Jjahr, al.). Ne peuvent estimer, ni même comprendre intellectuellement, la « sagesse » de l'Évangile, tous ces « hommes psychiques » (v. 14), pour qui la Croix ne sera jamais que folie et scandale.

A. ‘7. Il faut joindre &v puotnplw à copiav (Cornely, Rob.-Pl.; Bachmann le préfère aussi}, et non à Axhoëuer (J. Weiss; Gutjahr; Lietzm. hésite); cependant Théodoret relie ëv pust. au participe dxozexpuuuévnv, ce qui n’est pas non plus impossible. Pour copiav Ev puot., Cfr. Bwpeë Ev yépere, Rom. v, 15 (probablement), et, plus lointain, Col. 11, 44 : Xeipéypagov rois Déypaotv,

B. 7. Les « parfaits » ne s’entretiennent pas de cette sagesse en mystère, en secret, c'est-à-dire dans des réunions cachées. Que Paul ait pensé ici aux mystères païens, cela n’a point de probabilité; d'autant plus, comme dit Bachmann, que le mot pusthotov, « secret », pouvait provenir rien que de la Bible, des Apocryphes et de l'Évangile; il signifie une connaissance qui est la propriété de Dieu, non point l'apanage d'une catégorie d'initiés. C’est ici, comme la suite le montre, l'économie du salut; de sa nature, elle est toujours quelque chose de « caché » (àäroxerp.) et le demeure, sauf pour ceux-là à qui Dieu la révèle. Dieu a fixé ce plan de toute éternité « pour notre gloire », c'est-à-dire pour la gloire de tous les fidèles /Cornely); (roowotosv, c'est-à-dire 11 en a éternellement déterminé l’objet, et décrété la communication à qui Il voudra). C’est la vie éternelle, qui commence par la connaissance de la révélation. Cette vie consistera à devenir conformes au Christ, même dans notre corps (Phil, 11, 21), mais elle n'est cependant pas purement eschatologique, car on la possède ici-bas initialement, dès qu'on commence à être régi par la grâce (cfr. Lietsmann), — Il ne s'agit donc point de l'ostension de quelque spectacle sacré, un ôpuuevor, comme dans les Mystères, et Lietzmann le concède; mais ce n'est pas non plus, quoi qu’il en pense, une tradition communiquée aux parfaits seuls de vérités ou de dogmes que l'on dissimulerait aux débutants, un ésotérisme; ce ne sont que des vues plus liées et plus profondes sur Jésus-Christ et son œuvre, « mystère » déjà révélé en substance à tous ceux qui viennent au baptême : ro ustiprov 10 àroxexpuusévoy and tüv aitivwvy xat nb Tv yevetv — vüv 0 épavepÜn toi &yiots adrod, ofs DéAnoev 6 Deds yroplou ti rù mhodtos ths DéEns Toû puornpiou tobtou êv vos Éveov, Üs Eatuv Xptatds y div, 4 EAr\e vas dns (Col, 1, 26-27). Celle union au Christ, cette présence du Christ dans les rachetés,

bphañpds obx eidev, wat obs oÙx fuougey », xat Ent xapdlav avhpwrou oùx àvé6n,

« à hrolmasev à Geds roc œyardoty abrbv ». 10. ‘Huty yap émexdhudey à Jeds dix ed a Tè ; = À x > k \ 4 ! = 1{ T{ \

TOÙ mvebparocs. Lo yap mvebpa mavra épauva, xt 10 Pan voù Oeoû. 11. Lis Yap

forme l'idée centrale de toute l'Épître: on peut donc être certain que l'étude plus approfondie de sa nature et de ses conséquences était l’objet de la « sagesse » des tékerot, D'autant plus que le Christ est celui « en qui sont cachés (èxdxpuoor) tous les trésors de la sagesse (révres où Onoxuoot ts oovlas, Col. 11, 8). Aux parfaits comme aux imparfaits les Apôtres n'avaient à prêcher que « le Christ, et encore crucifié! »

(supra, 11, 2).

—— À. 8. Ce verset peut être considéré, à partir de ei yép, comme une parenthèse; ñv (comme ci-dessus devant rpowetcev) se rapporte à coplav, et non à Ôd£av, contre Tertullien, « Adv. Marc. » v, 6, et quelques autres.

B. 8. Les « chefs du siècle » ignorent tellement cette Sagesse, qu’ils ont cru se débarrasser du Christ en le crucifiant; si grand et si gênant qu'il leur part, ils ne savaient point qu'il était « le Seigneur de la gloire », qui la possède tout entière et de toute éternité en droit, l’a acquise pleinement pour son humanité après son supplice, en dispose pour la communiquer à qui il veut, et avait justement choisi la Croix comme instrument du rachat et de la glorification des hommes. J. Weiss note à bon droit toute la lumière que ce passage (joint à tant d’autres) projette sur la christologie paulinienne : « Seigneur de la gloire »! mais c’est un prédicat tout à fait propre à Dieu; l’auteur protestant parle ici même contre la « kénose », car il faut entendre, naturellement, que le Christ était « Seigneur de la gloire » dès avant la Crucifixion. En effet, son humilité n’empêchait pas qu'il fût toujours « in forma Dei » (Phil. n, 6.).

Ces chefs, ces « archontes » ne soupçonnaient donc pas quel parti Dieu allait tirer de cette Croix dressée par eux-mêmes. Nous pouvons maintenant préciser tout à fait quels étaient ces « archontes ». A côté des téketxu du monde, guides politiques et religieux comme les princes des Juifs et Pilate, directement responsables du supplice de Jésus, et ensuite des guides intellectuels, pharisiens, docteurs de la loi, philosophes, etc., qui furent leurs complices ou les approuvent encore, Paul a dù penser aussi au « Prince du monde » et à ses anges, qui leur ont inspiré cette méconnaissance et ce crime. Ainsi s. Thomas et tous les autres nommés au v. 6. Les démons, à un point de vue, étaient les vrais gouverneurs du monde humain, qu'ils tenaient captif par sa faute (cfr. les orosie de Col.). Mais comment ont-ils pu ignorer à quoi ils s’exposaient par leur attentat? Certainement il ne suffit pas ici d'évoquer le thème folklorique du « diable attrapé », ni de recourir au mythe de f'Ascension d'Isaïe et de beaucoup de gnostiques {v. Dibelius, « Geïisterwelt ») dans lequel le Christ, en descendant du ciel sur la terre, cache sa dignité divine aux Puissances angéliques gardiennes des sphères; l’Apôtre (contre Zietzmann) ne s'est pas servi de ce conte, même dans un but pédagogique. Il faut comprendre son idée comme saint Thomas : les démons (ainsi que beaucoup de leurs suppôts humains, dans leur mauvaise foi) voyaient bien que Jésus était un être extraordinaire, celui qui réalisait les prophéties messianiques en sa personne, mais ils ignoraïient le mystère de l'Incarnation, et ne comprenaient pas, avant l'événement qui les a surpris, et a déjoué tous leurs calculs, dans quelle plénitude de sens il se disait « Fils de Dieu ». Ils croyaient bien attenter à un prophète, au plus grand des prophètes et des hommes, mais sans savoir encore qu'ils s’attaquaient à l'Invincible en personne, qui fait tourner tout ce qui arrive, même les triomphes les plus insolents du mal, à la réalisation de ses plans de miséricorde et de justice. — Voilà comme il faut répondre à Bachmann, à Rob.-PI., et à tous

n'a vues, et qu'oreille n’a entendues », et qui n’ont pas monté au cœur de l’homme, « que Dieu a préparées à ceux qui l’aiment ». 10. À nous en effet Dieu [l’] a révélée par l'Esprit. Car l'Esprit scrute toutes choses, même les profondeurs de Dieu. 11. Qui, en effet, des hommes, sait Les

ceux qui objectent que les Anges mauvais connaissaient Ja dignité de Jésus; Dieu ne leur avait pas livré ses plans.

C'est naturellement ici que Delafosse peut triompher avec son interprétation marcionite ; mais les « Archontes » ne sont pas le Dieu créateur et ses Anges, ce ne sont que les esprits damnés et les hommes qui leur obéissent (1). LL

—— A, 9. Au lieu de 6ox (A, B, I Clem. 34,) on trouve aussi la leçon &, que choisissent Tischendor/f, Soden, J. Weiss, maïs qui peut être une simple assimilation au membre précédent; 604, contre J. Weiss, ne fait aucune difficulté de grammaire ni de construction. |

Tout ce verset peut et doit être considéré comme une apposition au v. 7, soit à coiav, dont il donne l'objet, le contenu, soit à ddEav qu&v, qu'il explique. ’AM4 pourrait être une répétition oratoire du premier mot du v. 7, ou continuer odûets.….. £yvwuev, marquant la transcendance du contenu de la « Sagesse » chrétienne par rapport à la science des « archontes » et à toute science naturelle. Ka0àx yéypartar est une parenthèse. |

“A ôplaluds TA, jusqu'à #xoucev, est donc à notre avis — malgré la dureté de la construction troublée par la parenthèse — régime de Axhoûuev et apposition à #v, à coplav Üeoë, comme objet et contenu de cette sagesse. Nous n'y voyons pas, avec Bachmann (qui est obligé de préférer d à yèp au v. 10, v. infra), le premier membre d'une phrase dont le second serait futv yap [dè] ämexthubev. — L'Apôtre a certainement voulu faire une citation canonique, et xaûs yéyoantat ne peut être pris dans un autre sens; mais elle est difficile à retrouver exactement. Il y a intercalé, comme glose personnelle, pour l'ampleur oratoire, les mots xai Ent zapâlar &vp. oùx dvé6n. Quant aux deux autres membres, ce doit être une citation libre et résumée d’Zsaïe Lxiv, 4 dans les LXX (héb. 8) : &xô voë aiéivos odx roboauey oddè oi dplakuot quëiv etdov Debv rAñv ooù xat Tà Épya cou à nowoeus vots bropévouotv ÉÂcov. Cet emprunt approximatif à Isaïe serait quelque peu confirmé si les mots ënt tv #. av. o. «v. étaient eux aussi une réminiscence littéraire du même prophète, zxv, 47 : Éotat yèp 6 oûpavôs zatvôs xai à Y tou, za 08 ph uvnolüoiv T@v mpotépuv, oùd’ où uÀ ëx7l0e aûrdy ënt Ty xaodtar (Rob.-PI., Bachmann). 1 faut sans doute reconnaître que la teneur littérale est bien éloignée, pourtant c'est l'opinion qui nous satisfait le mieux. Elle est celle de s. /érôme (v. infra) « ad Pammachium », ep. 57, 9, qu'ont suivi Osiander, Neander, Godet, Hofmann, Cornely, Rob.-Pl., Bachmann, Sales, Lemonnyer [deux textes d'Isaie), Strack-Billerbeck, Loisy même, qui renvoie simplement à Js. Lxiv, 3 [4]. D’autres opinions anciennes catholiques, toujours dans la même ligne scripturaire, peuvent être mentionnées; ainsi s. Ephrem a pensé à Mat. xm, 17 : « Beaucoup de prophètes ont désiré voir ce que vous voyez, etc. », rapport certainement bien plus lointain; Chrys. proposait comme source soit quelque livre prophétique détruit lors de la ruine de Jérusalem par les Chaldéens (en se référant à IL ChAron. xxxvi, 18-s.), soit Is. Lu, 15 : of oùx àvnyyéAn mot aûroë ddovrar, aa o! obx &xnxbact auvfoouar. On a pensé aussi à Æccli 1, 9 : éyopfynoev adrv (thv ooplav) vois ayarüoiv atév, combiné avec plusieurs passages d'isaïie dans une anthologie scripturaire (Vollmer, « Die alttestamentlichen Citate bei Paulus » : d'après Bachmann). À partir de Clem. Rom.

(1) Les curieux connaissent la fantaisie de Gouchoud sur ce passage : les Archontes célestes crucifiant (au ciel) le Christ (céleste), avant la création.

s) 3 ’ \ 2 ’ 9 Ê NS ee ? ‘Fr \ 3 3 1e oidey avOpuTruwy Ta TOU a0owrov, Et bn To NWYEU VU. zoÙ ayDpwTou TO EYV QAUTU) ns A]

oÙtug nai Ta Toù Üeoÿ obdelc ÉVyunev, et ph To mvedma voù Oeob.

(I Clem. xxxiv, 8 : seulement Üox froiuacev toïs bropévouotv adtév, au lieu üox ht. 6 Oeds toïs dyax. aûtov), beaucoup d’anciens auteurs ecclésiastiques, et d’apocryphes, de gnostiques jusqu'à la Pistis Sophia et aux « Liturgies mandéennes », ont donné le même texte, ou des textes proches, généralement comme de l'Écriture; il n’est pas toujours établi qu’ils l’aient emprunté à Paul, ce qui pourrait donner quelque probabilité à l'opinion de Vollmer (v. Bachmann, p. 126, n. 3).

D'autre part, Resch a pensé à un « agraphon »; Grotius évoquait rabbins et vieilles traditions. Mais l'opinion qui a eu le plus de retentissement dans la critique est celle d'Origène (comm. à Mat. xxvni, 9). Le docteur alexandrin, après avoir hésité (Catena) entre Is. Lu, 15, et quelque écriture perdue, se prononce enfin ainsi : « Zn nullo enim regulari libro hoc positum invenitur, nisi in Secretis Eliae prophetae ». S. Jérôme {in Zs. Lx1v, 4 cfr. ep. 57), note que le texte de Paul se lit encore dans l'Apocalypse d'Élie et l'Ascension d'Isaïe, (4sc. Is. xt, 34, partie chrétienne, texte latin, éd. Dillmann); mais il se prononce pour Zs. zxrv, 4. L'opinion d’Origène, — dont nous ne pouvons plus vérifier la cause, — a été suivie par Æuthalius, l'Ambrosiaster, et beaucoup de modernes, Bleek, Meyer, Heinrici, Schmiedel, al.; J. Weiss n'aurait rien à objecter contre un apocryphe.

La question n’est pas très claire. Il semble pourtant indiscutable que Paul a voulu citer les Écritures (240; yéypantæ); si l'on dit qu'il pouvait prendre comme inspiré un apocryphe, pareille opinion, outre sa difficulté doctrinale, ne peut s'appuyer sur aucun autre exemple; car le texte d'Eph. v, 14 : Éyeupe 6 2a0ebdmv, «té (avec dio Aéyer} semble plutôt un fragment d'hymne chrétienne primitive, répandue dans les églises d'Asie, après avoir été produite sans doute par l'inspiration charismatique d’un « prophète », et d'après les Écritures. Encore moins invoquera-t-on l'exemple de « Jannès et Jambrès » de II Tim. 11, 8, personnages d’une légende populaire et d'un livre apocryphe sur Ærode vn, 11, 22, qui ne sont pas dits empruntés à l'Ecriture. Nous croyons donc plus scientifique de nous en tenir à l'opinion de saint Jérôme; Paul a pu donner le sens de diverses prophéties, exprimées dans Isaïe spécialement; de la même manière, par exemple, que $. Mathieu (Mat. 1, 23) attribue aux « Prophètes », (avec une approximation moins stricte encore, qui est plutôt une interprétation, une application quoad sensum) la prédiction que Jésus serait traité de « Nazaréen ».

B. 9. Les « parfaits » s'entreliennent donc entre eux-de choses qui sont invisibles, ivaudibles, incogitables même pour toutes les facultés nalurelles non élargies par la grâce, mais que Dieu a préparées comme récompense de l'amour qu'on a pour Lui. Le texte d’Isaïe qui est la source {au moins probable) de ces belles expressions pouvait être interprété déjà couramment, au temps de Paul, des joies promises dans le « moude futur » (qui suivra les « jours du Messie » ; voir Sérack-Billerbeck, pp. 328- 829, les opinions des rabbins, depuis R. Khiya ben Abba, rapportant un dire de R. Jokhanan, mort en 279, &r. Sanh. 99, lequel devait reproduire une opinion bien plus ancienne). Il s’agit donc du bonheur céleste, de la rédemption parfaitement consommée; mais aussi des moyens mystérieux de miséricorde, inaccessibles en soi aux spéculations des hommes ou des esprits, par lesquels Dieu y conduit les fidèles, l'Incarnation, la Croix. C'est donc à la fois la grâce et la gloire (Cornely Toussaint, al..). Théophylacte dit fort justement : « Qu'a préparé Dieu à ceux qui l’aiment? La connaissance du Christ, et le salut par l’Incarnation ». C’est bien là tout saint Paul. Les « parfaits » savourent déjà plus que les autres, dans leur « sagesse » et dans la mesure où ils aiment, ce plan admirable, et la gloire commencée, et la

choses de l’homme, si ce n'est l'esprit de l’homme qui est en lui? de même aussi les choses de Dieu nul ne les reconnait, si ce n’est l’esprit de Dieu.

béatitude finale dont ils ont déjà un avant-goût, — puisque dès à présent ces choses sont dévoilées (v. suivant), assez pour que Les « parfaits » sachent en converser. À. 10. Ce verset commence une phrase et un développement nouveaux, car il faut plutôt lire yép après fui, avec B, 87, al., sak., boh., toute la tradition alexandrine, et non pas dé, quoique Weymouth, Tischendorf, Vogels, Bachmann, etc., préfèrent cette dernière particule; il est vrai qu'ils ont pour eux N, À, C, D, E,F, al,

vulg., syr., arm., eth. Aussi ne sommes-nous pas trop assuré. — airoë ajouté après mvebuatos D, E, al. — éoauv&v, pour éseuvév, forme alexandrine attestée dans les papy-

rus, se retrouve Apoc. nu, 23; et (peut-être) Jok. v, 39 et vu, 52, d'après K et B.

B. 10. Après avoir parlé de la « Sagesse » en elle-même, Paul passe à la communication de cette sagesse faite aux hommes par l'Esprit de Dieu. La pensée, après une digression très naturelle, rejoint donc le v. 6 « oopilav BE Axlobpev êv rots teAelots » Ils ont pouvoir d'en parler, car elle leur a été révélée surnaturellement.

L'interprétation des vv. 10-18 présente cependant quelque difficulté, parce qu'il n'apparaît point, par les termes eux-mêmes, de quelle « sagesse » ou de quel degré de sagesse il s’agit ici précisément. Serait-ce uniquement celle qui fait le sujet des entretiens réservés aux tékao:? ou bien tout l’ensemble de la révélation commune? Nous croyons qu'il faut y voir tout l’enseignement du christianisme, c.a.d. les mystères de la grâce et de la gloire dont il était question au verset immédiatement précédent. Ainsi le uiv du v. 10, le ue et le fuiv du v. 12 représentent tous les fidèles; ce n'est qu'au v. 13, avec Aalobuev, que Paul reviendra à la catégorie spéciale des « parfaits », ceux qui savent « parler » de ces biens spirituels. C’est parce que cette distinction n’est pas mise en relief d’une façon tranchée, que Chrysostome et d'autres Grecs ont pu commettre l'erreur d'identifier les véketor à la masse des croyants (v. supra, au v. 6).

La révélation des secrets du salut a bien été donnée, en effet, à tous les croyants, « par l'Esprit »; c’est-à-dire que l’Esprit-Saint — sans l'opération duquel nul ne peut dire avec foi : « Jésus est Seigneur », voir infra, xu, 8 — leur a fait comprendre la vérité et la portée des récits évangéliques sur « Jésus-Chrit, et celui-ci crucifié » (v. 2). Ainsi le Christ disait aux disciples, dans l'Évangile de saint Jean : « L'Esprit-Saint.… vous enseignera toutes choses, et vous remettra en mémoire tout ce que moi je vous ai dit » (Joan. xiv, 26, cfr. xv, 26 et xv1, 13); Paul, ayant reçu cet Esprit, avait préché à tous les Corinthiens « dans la puissance de l'Esprit » (supra, v. 4), Il ne s'agit donc pas ici proprement ni premièrement des révélations charismatiques dont traitent les chap. x11 et suivants.

Que cet « esprit » soit le Saint-Esprit personnel, il n’y a pas à en douter, d'après la théologie générale de l’Apôtre (voir spécialement le comm. de x11, 4-14, infra, et Exec, v). Mais on ne pourrait encore l’établir par le seul verset présent, où l'Esprit n'est présenté, d'abord que comme l'intermédiaire par lequel se fait la communication de la Sagesse, et ensuite si l'on rapproche 10bc de 41, comme un principe intérieur de connaissance en Dieu lui-même. (D'où l'addition de adroÿ à rwebuaros en certains témoins, supra). Voir le commentaire du verset suivant.

Cet esprit « scrute toutes choses jusqu'aux profondeurs de Dieu », c'est-àdire que ce principe de connaissance est adéquat à toute l'essence divine, par conséquent il est Dieu. Il s’agit bien de l'opération propre de cet esprit, comme le prouve le v. 41, et non pas seulement de la communication qui en est faite aux hommes, Comme s'il y avait « serutatur » pour « scrutari facit » {de même que « gemit »,

19. ‘Husic dE où xd mvedma Toù xôouou ÉAdbomev, QAAX Td nvEbpa Td EX Toù Oeob, G = e " - £ - a = " iva elduev Ta dro voù Oeoù yaprobévræ uiv. 13. À za Aakodmev, oùx év idaxtots ! * > * " avBpurivns coplas Adyots, XX’ Ev “Adaxtois TVEULATOS, “RYEUMATILOÏS TVEUHLATIAG

« postulat » de Rom. vin), ainsi que le voudrait Cornely, avec la Glose ordinaire, Estius, De Wette, al.

L'Excursus montrera que cette communication de l'Esprit aux fidèles ne ressortit d'aucune théorie des intermédiaires, à la Philon, ni d'aucun panthéisme émanatiste.

—— A, 11. oidev au lieu de éyvwuev, dans L, par conformation au premier membre, oîda signifie, comme nous l'avons dif, « connaître jusqu’à pénétrer », et yryvésxw « connaître » au sens de « reconnaître », « discerner ». Il y a là une fine nuance; l'homme peut « pénétrer » ce qui est en lui, mais nul, hormis l'intelligence divine, n'est capable même simplement de « discerner » ce qui est en Dieu.

B. 11. Paul explique par une comparaison comment l'« Esprit » seul peut connaître les profondeurs des desseins de Dieu, et par conséquent les révéler aux croyants, Les secrets cachés dans le cœur d’un homme, d'un simple homme, ne sont accessibles qu'à sa propre intelligence, et pas à celle des autres hommes; de même, les choses intimes de Dieu — comme son plan éternel de salut — sont, en soi, inconnues à quelque être que ce soit, si ce n’est à l'intelligence divine. C'est un argument a fortiori.

Ce verset a été donné comme un passage classique pour prouver la divinité du Saint-Esprit /Rob.-Pl, ali); et cela très justement. (V. supra, à 10). Mais il n’en établit pas encore la personnalité distincte; car ici nveüu« peut vouloir dire simplement la conscience divine.

C'est d’ailleurs ce qu'il faut remarquer avec soin pour des discussions ultérieures (v. Exc. v et chapp. xu-xiv). Ici, tant chez l'homme que chez Dieu, le mot nveëua est équivalent à voÿs, « intellect », et, pourrait-on dire, /chez l'homme), à guy#. Car, dans |a comparaison, cet « esprit » de l’homme qui connaît les secrets de l’homme n'est que son âme naturellement intelligente, et le mot xveëue n’a donc encore, en.ce premier membre de la phrase, aucun sens mystique ou religieux. Id. Lietsmann.

À. 12. cidGuev, subjonctif de otÿa, à prendre ici dans toute sa force de signification {v. supra) — Ô£ marque la reprise de l’idée — «or ».

B. 12. L’Apôtre, après sa digression sur la puissance de l'Esprit, revient à l’idée exprimée au v. 10 :'« Dieu nous l’a révélé par l'Esprit ». Nous, c'est-à-dire tous les croyants, tous les baptisés, nous avons reçu — ajouté à notre intellect naturel, (non « substitué », contre Reitzenstein, v. Exc. v) — un « esprit » qui n'est pas de l’ordre des choses naturelles, qui n'est pas « l'esprit du monde », cet esprit encore si actif, malheureusement, chez les Corinthiens, maïs +d rveüua vo x voë 0eoë, « l'esprit qui est de Dieu », « qui vient de Dieu ». La particule &: marquant une dérivation, il nous paraît difficile d'entendre ces mots, in recto, du Saint-Esprit personnel, comme pour Cornely, Gutjahr; c'est plutôt le don divin, la grâce qui trans- . forme l'âme et illumine l'intelligence. Il est vrai, Paul l'enseigne ailleurs, que le Saint- Esprit réside dans les âmes justifiées, et que « la Personne est dans le don » (Rob.-P1.); mais si l'on voulait trop presser ici cette idée de l'habitation en nous d’un étre personnel, on serait tenté, à cause du parallélisme, d'entendre « l'esprit du monde » au sens de « Diable » comme y incline J. Weïss, et n'a pas hésité à le faire Cornely ; mais pareille interprétation paraît fort exagérée, Gutjahr n’a pas tort d'y objecter que ce n’est point le démon qui est la source de la sagesse naturelle; quoiqu'il ait bien réussi à l'égarer et à l'obnubiler dans la nature déchue; Paul admettait une vraie sagesse naturelle {v. 1, 21 et Rom. 1, 20-s.), tout en proclamant, dans ces chapitres notamment, à quel triste point elle est insuffisante.

12. Pour nous, ce n’est pas l'esprit du monde que nous avons reçu, mais l’esprit qui est de Dieu, afin que connaissions bien ce dont Dieu nous à gratifiés. 13. Choses dont aussi nous parlons, non en [paroles] apprises d'humaine sagesse, mais en [paroles] apprises de l’Esprit, montrant l’accord

L'effusion de cet esprit qui de Dieu passe en l’homme doit mettre tous les croyants

en état de bien connaître et apprécier (stdüuev) la valeur de tout ce que Dieu leur a accordé pour leur salut (rù yapiolévra fuiv). Il ne s’agit pas de l'octroi des grâces essentielles, extérieures ou intérieures (celles-ci venant pourtant du Saint-Esprit), . mais de la conscience, de la connaissance que cet esprit doit nous en faire prendre. Les Corinthiens, puisqu'ils sont rachetés et possèdent La grâce divine, ont bien sans doute un rudiment de cette connaissance; mais leur conduite montre, hélas! qu'ils ne l'ont pas poussée très Loin. L'Apôtre pense, en leur écrivant ces lignes : « Ah! s'ils connaissaient mieux le don de Dieu! », sa nature et ses exigences! Mais une juste appréciation spirituelle n'appartient qu'aux « parfaits »; et on va bientôt leur dire qu'ils ne le sont guère.

A 18. rveuparuüx se rencontre B, 17, au lieu de xveunaritoïs ; l'adjectif est certainement la bonne lecture; mais la grosse question surgit de savoir si c’est un neutre ou un masculin. Pour le masculin, { « les hommes spirituels ») se prononcent les anciens Latins, Ambr', Pélage, et à leur suite s. Thomas, Lyr., Estius, Gübel, Heinrici,Godet, J. Weiss, Gutjahr, Loisy; Sickenberger le préfère également; mais le neutre (doctrines ou formules « spirituelles ») a pour lui l'autorité des Grecs, et la plupart des. modernes, Cornely, Lightfoot, B. Weiss, Bachmann, Reitsenstein (« Hellenist. Mysterienrel. »), Sales, Lemonnyer, Callan, qui tous le jugent ou certain ou plus probable. Le solution dépend en partie du sens qu'il faut donner à ovyzpivetv. Ce verbe signifie d'abord « comparer », « égaler », chez Aristote, Polybe, Diodore de Sicile, Denys d'Halicarnasse, Epictète, Ptutarque, Philon, Josèphe, etc.; mais il veut dire aussi « composer », « réunir », « combiner », depuis Æpicharme, et chez Platon, Aristote, ou « interpréter » (interp. les songes, Gen. x1, 8, 6, 22, al; sens que Théodore de Mopsueste rejelte expressément pour notre passage, Sévérien Cat. 46, 10 suiv., v. Lietzmann). Gutjahr propose « relier » (verbinden).

L'embarras de choisir est assez grand; Rob.-Pl, et d’autres ne se prononcent pas. Paul, en effet, aurait pu vouloir dire : « Nous comparons données spirituelles à données spirituelles » (ainsi à peu près Reïtsenstein, Bachmann, Liet:mann) ou « nous expliquons, interprétons, le spirituel par Le spirituel », aussi bien que : « pour les hommes spirituels nous interprétons les choses spirituelles », ou « nous faisons voir aux hommes spirituels le bien, l'harmonie, des choses spirituelles ». Mais la portée générale de toute cette péricope, qui tend à distinguer suivant leurs dispositions plus ou moins « spirituelles » deux catégories de chrétiens (non quant à la croyance objective, mais quant à la perfection subjective de cette croyance), et l'identité qui en ressort entre les nvevuatuoi et les tékeo aux privilèges desquels tout le morceau est consacré, nous font incliner à la deuxième interprétation, qui, ainsi que le note Sickenberger, va mieux au contexte général; elle met plus d'unité dans la pensée. Nous croirions donc (comme Gutjahr) que Paul veut parler d’une synthèse approfondie (ouyapivev : verbinden) de tout l'enseignement chrétien, opérée à la lumière de l'Esprit, mais accessible aux seuls parfaits, ou « pneumatiques ».

Si l'on tient à faire nveunatuaots neutre, alors il n’y aurait là qu'une justification ou une explication des mots précédents : èv Gidantois nvebuatos, et la distinction des croyants (que Paul a pourtant bien l'intention de mettre en plein jour) ne serait pas encore impliquée dans ce verset: l’'Apôtre appuierait seulement sur cette idée (con-

“ouyuptvovres. 14. Tuyxds dE dvOpwros où déyerar Ta To mvelmatos +00 0eod. Mupia yap abro éotiv, at où düvarar Yvüvar, Ott mveuparumüs avaxpiverar. 15. ‘O

Ps

tenue déjà dans ëv daxvoïs rvebuaros), que l'enseignement spirituel exige un langage

spécial, des formules spirituelles aussi, qui y soient adéquates et que l'Esprit suggère ;

ce n’est que plus bas, au ch. m, 4, après avoir parlé des « psychiques », que Paul

envisagerait l’impuissance actuelle des « Corinthiens moyens » à saisir ce langage.

C’est fort possible, évidemment; mais le verset aurait l'air plus abstrait, et son adap-

tation au but concret de cette apologie, ou controverse, ou réprimande en serait quelque : . peu affaiblie.

B. 18. Non seulement l'Esprit de Dieu doit procurer une juste appréciation intellectuelle des dons reçus (lva eidäuev 1à yaprolévra), mais il enseigne un langage capable d’en exprimer la valeur. C’est un degré encore plus élevé de son action; (ô #at Aukodyev : « nous allons jusqu’à savoir en converser »). Paul ne pense évidemment ici qu'à un privilège des tél, les seuls à même de se livrer à de pareils entretiens (v. 6); mais comme il écrit Aaloëwev simplement (sans ajouter encore aucune expression qui restreindrait le sujet, comme par exemple ueîe où véhetor), il présente peut-être ici cette faculté d’élocution spirituelle comme un don fait à la communauté des fidèles, en général, sans préciser encore qui sont ceux qui peuvent l'exercer, — l'exercer, en fin de compte, pour le profit de tous. C'est comme si ce don de savoir exprimer les plus profonds secrets révélés par Dieu était le point d'aboutissement normal en soi des enseignements donnés par l'Esprit à nos esprits; ce qui montre bien qu'il ne s’agit pas principalement de charismes extraordinaires, prophéties, glossolalies, etc. Le sens est : « IL nous est même donné de savoir en parler; mais ce n’est pas dans les termes. de cette sagesse profane que vous ambitionnez, c'est avec une terminologie qui s'apprend, sans doute, mais non près des philosophes et des rhéteurs; le « Maître » qui l'enseigne aux « spirituels », c'est l'Esprit ». Il s’agit d’une « théologie », si l'on veut, mais d'une théologie inspirée jusque dans la forme, comme Paul nous en a fourni lui-même, en cette lettre et ailleurs, plus d'un frappant spécimen (v. Exc. v). Le charisme de Adyos covlas (v. infra) peut répondre à La forme la plus haute de cet enseignement qui est systématique et transmissible, quoique purement surnaturel dans sa source.

———— À, 14. où Üeoù manque 2, 61, pes. — ävaxpivw, « questionner » (au sens courant et au sens juridique), prend, ici et au verset suivant, le sens également usuel de « examiner », « apprécier avec compétence. »

B. 14. Aïnsi il y a une sagesse qui saisit le sens profond des dons de Dieu, une sagesse qui s’est même, sous l'influence de l'Esprit, créé son langage à elle, langage dont Paul, les Apôtres et quelques autres au moins, savent se servir. Mais il est une trop nombreuse catégorie d'hommes qui ne peut rien y comprendre : «les psychiques », l’« animalis homo » de la Vulgate. Cela ne leur paraîtra jamais que « folie » (cfr. 1, 18, 23), parce qu'ils manquent de la faculté spirit uelle qu’il faut avoir pour juger des choses de l'Esprit.

Qui sont ces « psychiques »? Le mot à lui seul les désigne comme des individus caractérisés par l'opération de leur guy, et par rien d'autre. C'est-à-dire qu'ils ne concçoivent et ne recherchent d’autres connaissances que celles qui sont accessibles à leur raison naturelle; ils ignorent ou dédaignent celles que fournit l'Esprit de Dieu, Ils s'opposent aux « pneumatiques » que cet Esprit éclaire. Pour eux la Croix, et tout l’enseignement qui en sort, n’est que « sottise ». Les « hommes animaux » ne sont donc pas les croyants, même imparfaits, car ceux-ci sont tous « spirituels » à des degrés variables; ce sont tous les incrédules, y compris les « sages de ce monde ».

des choses spirituelles pour des spirituels. 14. Quant à l'homme psychique, il ne reçoit pas les choses de l'esprit de Dieu; pour lui c'est ineptie, et il ne peut s’y connaitre, parce que c’est spirituellement qu'on en juge. 15. Mais le spirituel juge de toutes choses, et lui-même n'est jugé par

Dans l'Excursus, nous approfondirons ces notions davantage. Qu'il nous suffise

d'indiquer déjà, contre les théories récentes de Reitzsenstein et d'autres, que la duy# et le rveüua ne sont nullement deux principes dont l’un exclurait l’autre, comme si, à l'arrivée du zrvedua, la dux4 était chassée pour lui faire place. Saint Paul est très éloigné de cette conception qui fut peut-être en vogue dans certaine gnose païenne. Pour lui, la duyx et le rveëue coexistent toujours chez les régénérés; le second est venu seulement informer et surnaturaliser la première, non la remplacer ; et ceux qui l'ont reçu sont dénommés « spirituels » non parce qu'ils n'auraient plus l’âme qui les animait quand ils étaient « psychiques » seulement, mais en raison du principe . supérieur qui désormais gouverne cette âme. Il y a là deux mystiques absolument différentes : l’une dérivée du panthéisme, l’autre du monothéisme d'Israël, perfectionné par l'Évangile. .

À mesure qu'on avance dans la lecture de ce$ pages croît l'admiration pour la hardiesse de Paul, qui maintenant, à ces gens épris de supériorité intellectuelle, présente tous les arguments qu'on peut opposer à la foi apostolique comme le résultat de la misère humaine, d’une indigence mentale, d’un arrêt dans la marche à la connaissance.

—— B. 15. Le « pneumatique » peut juger de toutes choses, car il n’est nullement privé des lumières naturelles de la buy, et, considérant choses et événements de plus haut, à la clarté de l'Esprit, il en perçoit mieux les proportions et les rapports, — au moins quand il s’agit des choses de la religion et de La conscience. Lui, par contre, « n'est jugé par personne », c’est-à-dire par aucun des « psychiques » (Bachmann, al.), pour tout ce qui est de son domaine propre, où les psychiques sont totalement incompétents, jusqu'à n'en pas même reconnaître l'existence, Les commentateurs aiment à citer à ce propos l’excellente comparaison de s. Chrysostome : « Celui qui voit, peut voir tout, même ce qui se rapporte à l'aveugle ; mais ce qui se rapporte au voyant, cela aucun aveugle ne Le voit. »

Il serait tout à fait abusif de conclure que, selon Paul, tout « homme spirituel » est au-dessus de toute critique. Outre qu'il n'est ici question que des connaïssances religieuses et morales, le spirituel, même en cet ordre-là, est toujours soumis au jugement de ses pairs et tout d'abord à la règle de la foi commune; nous verrons, au chapitre des charismes, comment l'Apôtre entend que l’on traite les « inspirés »; cet homme d'ordre et d'autorité n’est pas l'initiateur de la « conception prophétique » de l'Eglise, chère aujourd’hui à bien des protestants. Nous le démontrerons en son lieu. S. Paul, si inspiré qu'il fût lui-même, se croyait tenu par la’ tradition » qui était celle de tout le groupe des apôtres, et remontait au seul maître indépendant, au Christ. Il ne faut pas exagérer l'« individualisme » du converti de Damas, ni arguer de ce passage contre l'autorité ecclésiastique.

—— À. 16. Au lieu de Xototoë, on lit xvptou B, D*, F, G, a, Aug., Ambr'; mais ce doit être une assimilation à la citation qui précède, et qui est d'Zsaie, x1, littéralement d'après les LXX; par exception voëv y traduit n11, Le mot ouu6tdtw, « rapprocher », «ajuster », (de éd « faire aller » et oév) Hérodote, Thucydide, Platon, cfr. Eph., iv, 46 et Col. u, 2, 19, signifie au figuré « réconcilier » ou « amener à un arrangement »; il s'emploie au sens diplomatique ou dialectique, et se lit fréquemment dans

ÉPITRE AUX CORINTHIENS. Le

Sè mveupariadc Gvaxolver dèv mévra, œbrèc D Dm obdevoc avaxoiverar, 16. « Tic yap Éyvw “voÿv xuplou, dc aumbtbdoe abrov; » mueis DÈ voëv Xpuoroë Éyomev,

la Rhétorique ou les Topiques d'Aristote. — Loisy traduit assez bien par « en remontrer ».

B. 16. Personne ne peut en remontrer à l'intelligence de Dieu, comme le déclare Isaïe, ni discuter avec lui pour l’amener à composition, ni lui imposer des compromis; or les Apôtres, et les « spirituels » en général, possèdent, communiqué par l'Esprit de Dieu, le sens (vulg. : sensum), le « jugement » du Christ lui-même. Qu'est-ce que les autres, les « psychiques », pourraient dresser en face qui compte tant soit peu?

Très important nous paraît ce verset pour bien comprendre la doctrine générale de

Paul sur la connaissance surnaturelle et l'expression que les hommes peuvent lui donner. Il faut bien remarquer qu'il emploie ici le mot voës et non rveïue — quand nvedua, dit J. Weiss, eût pourtant été plus commode. Oui, si Paul n'avait pas voulu exprimer quelque chose de nouveau, que les versets précédents n'avaient pas encore dit, ou du moins pas encore mis en relief. Nous verrons ailleurs (Exc. v et ch. xiv) quelle est la distinction, chez Paul, du voës et du nvsëua humains. Anticipant nos conclusions, nous jugeons que, dans le présent passage, l’auteur montre l’origine de ces « termes didactiques » (supra, v. 13) enseignés par l'Esprit, dont se servent les pneumatiques, ou les parfaits, pour « converser » (Askoüuev) entre eux de sagesse, et que l’« homme animal » n’a aucune compétence pour critiquer. Le « système » — car on peut l'appeler ainsi — de la sagesse nouvelle s'inspire du « sens du Christ », des jugements qui existaient dans les facultés rationnelles de l’homme Jésus, et pouvaient se rendre en langage humain pour expliquer les plus hautes expériences données par l'Esprit. Car le: Christ vit en eux, et leur communique sa science, dans le mode humain. Ce n’est pas une science de philosophes et de rhéteurs, comme celle qui peut sortir du vois des « psychiques », mais elle est exprimable quand même — à la différence de certaines intuitions mystiques, cfr p. ex. IT Cor. xu, 4 — en termes du langage humain; donc elle peut se communiquer par enseignement. La possède et peut en parler à autrui celui qui a « le don de sagesse » .(v. S, Thomas), et surtout ces charismes qui sont le Adyos oopius, « le langage de sagesse », et « le langage de science » yvüoews (v. infra, xut, 8). . Nous devons nous rappeler, en effet, le but de l’auteur en tout ce passage : il veut, pour faire honte aux Corinthiens de leur médiocre ambition de « sagesse » encore à moité profane, leur montrer qu'il est une plus haute sagesse qu'on leur enseignerait . S'ils en étaient dignes. C’est donc un enseignement lié, fruit du voës, qui interprète rationnellement révélations et intuitions; un enseignement qui se trouvait à l'état parfait dans la raison discursive du Christ et dont les croyants, de par leur union à Lui, participent; c'est un système de pensées qui sont disiinctes, au moins quant au mode intellectuel, des illuminations intermittentes, et souvent indicibles, du Pneuma ; car le Noùs discerne, classe, ordonne, et cela il peut le faire sûrement et divinement. quand il est conforme au Noûs du Christ.

Si l'on objecte que le mot voëv était déjà dans les LXX et quo Paul n'a fait que copier ceux-ci sans réflexion spéciale, nous pouvons répondre que l'emploi de vois pour n1 était dans cette version grecque une anomalie; et que si Paul, qui prend

facilement ses libertés avec Le texte des LXX, l'a transcrit ici à la lettre, quoique cela introduisit un terme nouveau dans son développement (et un terme qu'il oppose ailleurs à rveüpa, voir x1v, 44, 15, 19), il devait avoir un bon motif pour cela; chez lui, le choix des termes était toujours très conscient, il ne craint pas de les répéter

personne. 16. « Qui en effet connaît l'entendement du Seigneur, pour lui faire La lecon »? Mais nous avons, nous, l’entendement du Christ.

autant que lui semble l’exiger la clarté de sa pensée, et il ne juxtapose pas volontiers de simples synonymes, comme un rhéteur riche en mots et pauvre en idées.

En fin de compte : certains Corinthiens font reproche à Paul de ne pas les avoir instruits d'une manière assez savante; illeur répond qu'il aurait pu le faire, qu’il l'aurait fait très volontiers même, laisse-t-il entendre, puisqu'ils ont reçu l'Esprit, et que la qualité de « spirituels » donne droït à recevoir pareil enseignement. Si seulement. car il y a un « si »! Et Paul, après cet exposé élevé et objectif, revient à la réprimande.

V. Cette « sagesse » des parfaits, Paul en a jugé les Corinthiens incapables (11, 1-4),

Inrropucrion. Après ces beaux aperçus sur les profondeurs de l'enseignement chrétien, qui ont dû exciter l'envie des lecteurs, Paul en revient au reproche que d'aucuns faisaient à sa prédication commune, d'avoir été trop simple pour des auditeurs si épris de sagesse. Il ajoute une raison ad hominem — dure à entendre pour ces prétentieux — à la grande raison de principe du ». IT, & : si son enseignement est resté si humble, c'est que, en réalité, tous ces « sages » étaient incapables de s'en assimiler un autre, plus relevé. Ils montraient trop peu d'aptitude à devenir du premier coup des « parfaits »; la triste preuve, c'est que, après plusieurs années de profession chrétienne, ils font voir qu'ils ne le sont pas encore (dans la majorité), à beaucoup près. Ces versets montrent avec une parfaite netteté ce qu’il faut entendre par « parfait » dans le christianisme, et permettent donc d'interpréter sûrement la péricope précédente.

Cu. 111, 1. Kéyw, &dehqoi, obx mouviônr haÂfoar duiv ds Tveupamuoïs, AN’ be “oaprivos, ds “vamlois Ev Xproro. 2. T'édo buac Emôriou, “où Bpüpa cbrw yap Édbvade. AXN ObdE Ere vüv Düvace. 3. "Ex yap “ouprinoi ëore. “Orou ya

A. 4. oapxivors se lit B, N, À, C, D, etc., donc en des familles différentes; ailleurs il y a oapxuxoï, E, F, G, L, P, al, en général dans les textes récents; les Pères grecs sont partagés. Nous préférons l'adjectif cépxivos, non seulement parce qu'il se trouve à la fois dans B et D, mais à cause de son originalité et parce qu'il s'accorde très bien avec Le various qui suit immédiatement; capot lui aura été substitué comme plus commun. Zdpzivos, en effet, formé avec le suffixe -1vos des adjectifs désignant la matière dont une chose est faite (Abel, p. 114), signifie « fait de chair », « tout en chair », comme des poupons (= virios, « enfant en bas âge », mot dont nous avons forcé la traduction en « nourrisson », comme s'il y avait tpdouos, afin de faire mieux ressortir l'image). Zapxxds, par contre, est éthique et dynamique, il importe un blâme, et doit se rendre par « charnel », « soumis à la chair » quand on ne devrait pas l'être. Or, ce n'est point parce qu'un être a des instincts charnels qu'on le nourrira de lait. Bachmann explique très bien ce verset pittoresque.

B. 1. Paul revient tout à coup, avec sa souplesse de grand orateur mouvementé, au sujet des versets 2-5, où il était question des conditions de sa parole, quand il commença d'évangéliser Corinthe; sorte d'apologie dans la forme, sérieuse réprimande au fond. Le début de la phrase est encore le même : Käyé, « et moi ». « Et moi, je n'ai pas pu vous parler comme à des spirituels ». « Je n'ai pas pu! » on dirait une déception, ou des ménagements imposés contre son intention première ou ses désirs. C’est comme si sa pratique, de faire une simple catéchèse sur la Rédemption, avait été moins moins volontaire chez lui que voulue par la Providence afin que la vertu de la Croix toute nue ressortit davantage {cfr. v. 5). En effet, nous savons bien que Paul n'était pas un homme à systèmes ; s’il avait trouvé des auditeurs mieux disposés à comprendre, il n'aurait pas donné à tous indistinctement une instruction purement rudimentaire. La grâce de la régénération a sans doute fait de tous les baptisés des « pneumatiques », spirituels, à qui il eût fait volontiers

ÉPITRE AUX CORINTHIENS, It, 1-3. 53

comprendre toute la valeur du don accordé par Dieu (voir n. 12), car cela est le but normal de l’enseignement chrétien. Mais, comme « spirituels » ils avaient encore tant de chemin à faire, pour devenir des « spirituels » parfaits, rés! Au lieu de cela, la masse de ses convertis lui a paru formée de vrais bébés, au point de vue du développement moral (et aussi intellectuel), et qui devaient être traités en bébés encore à celui de la vie nouvelle intérieure. On voit ici très clairement que la qualité de nveuuaruxds (commune à tous ceux qui vivent, ne fût-ce qu'initialement, de l'Esprit), et celle de téketws, qui semblent s'équivaloir d'après l'opposition de ce verset (où rveuparirots est contraire à capzivous, vnxlots, dont l'opposé naturel est téketos, « adulté »), et dont l’équivalence est impliquée dans toute la péricope 1, 6-16, ne s'équivalent en réalité que en droit, en expectative. Parmi les régénérés, il y en à qui sont spirituellement des enfants, d'autres de grandes personnes. (Voir Exc. v). Nous trouverons du reste plus loin rvevparwés employé en un sens plus restreint et plus technique, celui de fidèles qui possèdent les charismes (ch. xn et suivants).

Aux yeux de l'Apôtre, ses nouveaux auditeurs de Corinthe pouvaient faire contraste avec d'autres Hellènes qu'il avait connus, et près desquels il n'avait du reste trouvé qu’un succès modique. Aussi, comme on le voit aux versets 11, 4-4, il prit très. volontiers son parti de ne leur parler que d’une manière aussi simple : la puissance de la Croix, présentée comme un simple fait, sans aucune spéculation qui y préparät ou en adoucit l’austérité, le scandale, la folie, éclatait ainsi davantage. Et rien ne

Cu. mr, 1. Et moi, frères, je n’ai pu vous parler comme à des spirituels, mais comme à des êtres encore tout en chair, comme à des nourrissons dans le Christ. 2. C'est de lait que je vous ai abreuvés, [ce n’était] pas les morceaux solides: car vous n’étiez pas encore capables. Mais à présent même vous n'êtes pas encore capables. 8. Encore, en effet, vous êtes charnels. Car, du moment qu'il y a en vous jalousie et discorde, n’est-

convenait mieux à l'instinct profond du converti de Damas (voir Exc. II). Cependant l'incapacité relative des Corinthiens avait été une cause déterminante de cette simplification de sa parole; et comme ils s’enorgueillissaient, et trouvaient là, quelques-uns, un grief contre Paul, qui ne les aurait pas traités selon le mérite de leur intelligence, il était juste de les amener à une modestie dont l'absence était la cause de leurs chicanes peu charitables, "

A. 2. Avant où fous, si ces mots ne constituent pas à eux seuls une courte phrase elliptique, il faudrait sous-entendre quelque verbe comme idomoa; ce serait la figure de langage appelée zeugma (Abel, p. 364 s.).— Pour l'image du « lait », cfr. Aeb. v, 12-138 et I Per. n, 2,

B. 2. Ce fut donc une nécessité pour l'apôtre de leur donner l'Evangile sous la forme qui nécessitait pour être comprise le moins de culture intellectuelle et mystique : du « lait », le lait qui « fait grandir pour le salut », une fois que l'on a « goûté que le Seigneur est doux » (1 Per. 11, 2). Il ne faut d’ailleurs pas se tromper à cette. image, qui, d'après Heb. et Is Pet, devait être courante dans le langage paternel’ des apôtres. C'était déjà, sous la forme la plus facile à comprendre et à retenir, toute la substance de l'Évangile, les vérités surnaturelles les plus nobles et les plus difficiles à croire pour la courte raison humaine. L’Æpitre aux Hébreux, qu'on doit tenir pour paulinienne au moins d'inspiration, nous énumère les principaux chefs : « la pénitence des œuvres mortes (conversion morale), la foi en Dieu {et au message du Dieu-Homme), la doctrine des baptêmes (celui de Jésus et sa supériorité sur le baptême de Jean et, a fortiori, toutes les pratiques de l'Ancien Testament), l’imposi-

"ee D 2 * 3 mn .

Ey duty CHAos nat Epic, odyt caprinof être, al “xarà dvBpwmov reprareire ; #. "Orav va Réyn mic’ Eyo pév eux Tlabhou, Etepos dé ’Eyn ’Axokw, oùx &vBpwmof z

QTE;

tion des mains (le don du Saint-Esprit, la hiérarchie, tous les moyens de sanctification postérieurs au baptême), La résurrection des morts (causée par la Passion et la résurrection du Christ, plus la rémission des péchés aux morts spirituels), et Le jugement éternel (toute l'eschatologie »). (Æeb. vi, 1-2, cfr. v, 12). En un mot, le catéehisme primitif dans son intégrité, Paul, une page plus haut, a condensé le tout dans sa formule saisissante : « rien que le Christ, et le Christ crucifié » (supra, 11, 2); mais tout cela enveloppé dans la douce assurance de la paternité de Dieu et de l’amour du Ghrist, prouvé par son sacrifice (I Pet, n1, 2). C'était beaucoup, pourrait-on dire, c'était bien assez, et il fallait que la grâce de Dieu opérât puissam ment, pour en convaincre des païens, ou même des Juifs. On ne pouvait imposer plus, pour leur entrée dans la vie nouvelle, à ceux qui n'étaient encore que « des petits enfants dans le Christ »; car « ils n'étaient pas capables encore », surtout ceux qui n'étaient pas d'une élite morale et intellectuelle. Mais il aurait fallu que cette initiation, une vraie « renaissance », rendit leur âme transformée capable de progrès indéfinis.

———— A. S. On lit encore cépxvo deux fois, dans D‘, F, G; c'est une erreur par assimilation au verset précédent, mais cette erreur même montre que oapxivous, au v. 2, était bien la vraie leçon. — xatà &y0pwrov et repinareïy sont des expressions favorites de Paul; le second signifie l’ensemble des allures morales, et x. &v0o. (cfr. xv, 32; Rom. - 3H, 5; Gal, 1, 11; nt, 45), opposé à zac 0e6v (Rom. vir, 27 ; II Cor. vu, 9-11), caractérise le mode des connaissances, des jugements, des sentiments, des actes, qui demeurent au niveau purement humain; cette expression apparaît chez Platon, Diodore, Athénée, Plutarque; cfr. äv0pwrot ëote du v. suivant.

B. 8. Paul ne pouvait leur en vouloir de l'incapacité relative qu’il a trouvée chez eux au début de sa prédication; mais, après le long séjour des apôtres et tout le soin qu'ils ont pris d'eux, ils ne devraient plus être, en matière de science et de vie chrétienne, des « enfants en bas âge ». (L'Epttre aux Hébreux adresse un reproche semblable à ses lecteurs, Heb. v, 11-13). Cependant il est trop clair, en dépit de leurs prétentions, qu'ils le sont encore, qu'ils n’ont même pas bien digéré leur « lait ». Aussi l'Apôlre ne les appelle-t-il plus, avec une certaine tendresse rétrospective mêlée à l'ironie, comme au v. 1, des « tout petits » ou des adoutvor, mais des capxrxof, des « charnels ». C’est en effet parce qu'ils ont gardé beaucoup des défauts et des ignorances de leur ancien état de « psychiques », détruit cependant virtuellement par le baptême, qu'ils ne grandissent pas, qu'ils « ne sont pas encore capables » d’assimiler la nourrituré de « sagesse » ; et la preuve trop manifeste de cette stagnation, ce sont leurs discordes mêmes, nourries, comme Paul l'avance déjà, par des jalousies (t#Aos) d'hommes vulgaires. Théoriquement, avec les préceptes de leur foi, ne sont-ils pas obligés de reconnaître que Paul voit et frappe juste, et que, à bien des points de vue, ils en sont encore au niveau « charnel », c’est-à-dire bas et vil, des « psychiques » aon convertis ?

Ce verset jette une vive lumière sur toute la page qui précède. Nous comprenons maintenant que, pour n'être plus un « petit enfant », un vénios, un odpwvos, ce qui est requis, c’est de n'être plus un « charnel », capaxds, livré aux impulsions de la nature corrompue ou vulgaire. Les téksor, ou « parfaits », ou « adultes », les « pneumatiques » au sens plein de ce mot (car les deux termes s'équivalent dans le sens exposé ci-dessus), sont donc ceux-là que le Saint-Esprit fait monter toujours vers le sommet de la vertu chrétienne, accroissant ainsi de jour en jour leur connaissance expérimentale de Dieu, et leur capacité d'approfondir la doctrine; ce n'est pas une

il pas vrai que vous êtes charnels, et que vous marchez selon l’homme? 4. Car, lorsque quelqu'un vient dire : « Je suis, pour moi, [l’homme] de Paul », et un autre : « Moi, d’Apollos! », n’êtes-vous pas [rien que] des hommes? ;

catégorie d'initiés qui auraient reçu quelque enseignement de « mystère » refusé aux autres (v. Exc. v).

B. 4. capauxoi, à tort pour &vowra, dans su, L, P et les versions syriaques. — Dans l'interrogation, simplement oûx au lieu de l’emphatique oôyl, si commun dans cette épitre. — Pour Le uév et le à, voir le commentaire philologique de 1, 12. — Etepos est pris ici dans son sens propre, puisque Paul se borne à deux exemples.

B. 4. Nous voici ramenés en plein dans l'actualité concrète. Leurs dissensions à base de jalousie « charnelle » se manifestent dans ces préférences passionnées pour Paul lui-même ou pour Apollos. Cela montre bien qu'ils sont des hommes, c'est-à-dire «rien que des hommes » agissant encore d'une façon purement naturelle, comme si l'Esprit n'était pas venu en eux pour les élever au-dessus de la condition purement humaine. Il ne faut pas prendre cela trop rigoureusement, et en tirer des conclusions gnostiques, comme Reitzenstein et Lietzmann (v. Exc. v); le contexte total des idées de Paul les réfutera.

Ainsi Paul, avec une brusquerie qui est une habileté oratoire, est revenu à son point de départ, les contestations à propos des prédicateurs. Il va en prendre occasion pour expliquer ce qu'est le ministère apostolique, afin que nul ne s’y méprenne plus, et ne s'éloigne ainsi de l’esprit des apôtres eux-mêmes, et de l'Esprit de Dieu. : Mais pourquoi n'a-t-il nommé que lui et Apollos? Que sont devenus « ceux de Céphas » et « ceux du Christ »? IL faut croire, ou que les tenants respectifs de l’'Apôtre et de son ami alexandrin étaient les plus disputeurs, ou mieux encore, que c’étaient les moins dangereux, et qu'il craignait moins d'avoir à les blesser que d’autres — par exemple ceux du Christ? — à qui ilse serait vu obligé, peut-être, de dire des choses trop dures (voir Exc. rv).

G. Ch. III, 5-IV, 16. Paul apprend aux Corinthiens ce qu'est le ministère apostolique.

Inrrooucrion. Les Corinthiens doivent être édifiés désormais sur leurs prétentions à la « sagesse ». Restait le point fort délicat de ramener à la règle de la sagesse chrétienne leurs jugements concernant les divers apôtres, puisque c’est à leur occasion — pur prétexte d’ailleurs, on le leur dira — qu'ils compromettaient la charité par leurs divisions. Au lieu d'entrer en des questions de personnalités, toujours irritantes, Paul, à son habitude, monte d'un coup d'aile aux plus hauts principes; et sans comparer sa manière à celle d'Apollos ou d'un autre, il fait sentir à ses lecteurs qu'ils n’ont pas le droit de juger; il réclame pour lui-méme cela seulement que personne ne peut lui refuser, d'avoir été l'initiaiteur et le « père ».

Il procède d'abord selon le rythme a-f-ax que nous avons déjà trouvé : I. Lui ‘et Apollos n'ont été que des ouvriers de Dieu, auxquels onne peut attribuer l'œuvre principale (5-10); — IT. Graves responsabilités qu'on affronte quand on veut ainsi coopérer avec Dieu; c'est un avertissement aux prédicateurs sans mandat, comme il semble qu'il y en ait eu beaucoup dans cette église (11-20); puis un splendide verset sur l’ordination de tout et de tous, y compris les apôtres, aux fidèles (ce n’est pas l'inverse), et de ceux-ci au seul Christ et à Dieu (21-23); — TIT. revenant à l'idée des vo. 5-10, Paul détermine en quoi seulement peut consister le mérite respectif des évangélistes, que Dieu seul connaît et fera connaître, en un jour qui n'est pas encore venu (iv, 1-5). .

(Toute cette partie, très éloquente et fort bien équilibrée, est d'une haute portée doctrinale; elle offre d'une section à l'autre de frappants parallèles dans l'idée, mais avec des mots si différents que rien n'y ressemble aux répétitions du « style oral »).

Enfin, IV, Paul arrache le voile qui couvrait d'une apparente émulation pour la sagesse ou leurs maitres de sagesse l'orgueil et l'esprit de chicane des disputeurs de Corinthe; dans une fougueuse apostrophe, il leur fait honte de comprendre si mal le véritable esprit et la mission des apôtres et le peu qu'ils gagnent dans le monde terrestre, tandis que, comme disciples, ils devraient désirer de les imiter, surtout celui qui est leur père, afin de conformer aïnst leur vie à celle du Christ (6-16).

Pour en finir avec cette affaire des dissentiments dans l'église, il ne restera plus que certains avertissements pratiques à leur donner.

I. Ce que furent à Corinthe les rôles respectifs de Paul et d’'Apollos (1, 5-40)

INTRODUCTION. — Voir ci-dessus pour quelles raisons possibles Paul ne parle que de lui-même et d'Apollos; on peut y ajouter que le parti d'Apollos était sans doute le plus en vue, ou qu'Apollos seul (Céphas n'ayant pas préché à Corinthe) était désigné pour étre mis en parallèle avec l'Apôtre.

A. 5. Le {de N, À, B, boh., sah., vulg., lait.) à été changé sans doute pour. l'élégance (Lietzmann) en rl par CG, Der, Eer, Fer, L, P, pe, Chrys. — La vulgate a modifié un peu le sens en écrivant : « ministri ejus cui credidistis ». — +i oùv éotw est socratique (Rob.-PI.).

B. 5. Ce nouveau développement sort droit du précédent {v. 4). {1 faut bien qu'ils soient des hommes « allzu menschlich », des hommes très bornés, pour se quereller comme ils le font à propos de Paul ou d’Apollos. Que sont-ils, ceux-ci? Pas des

ÉPITRE AUX CORINTHIENS, Il, 5-10. 57

Cu. ut, 5. Tloëv Eottv AmoMwes té dé omiv Iladhoc ; idxovor D” ov Érioreboure, ra Exdoru ws à xüptos Edwxev. 6. ’Eyu égüreuca, ’AmoAbe Eméricey, GAA& 6 Peds fubavey* TT. oÙre à ourebwv Éotiv 11 otre 6 motiéwv, A4 à abEavwv eos. 8. ‘O ouredwy Où a 6 motltwv “Ev elouv, Énaoros DE Tov Ldtov puobdy Afpberat aura to Uroy xômov. 9. Peoë yép Éomesv oœuvepyol® Osoù yebpyuov, eoë “oixoÏour Èote.

10. Kara rv yapu Ton 0205 Tir Scsiséy or Ds o29bs Goyiréuruwy Oeéhuov ZOnna, AO

Où émouxodouet. ‘Euxaoros dE Pheméru Tûs émorrodomet.

CH. 11, 5. Qu'est-ce donc qu’Apollos? et qu'est-ce que Paul? des serviteurs, par [l'entremise de] qui vous avez cru, et à La facon dont le Seigneur . le leur a donné à chacun. 6. Moi j'ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a donné la croissance. 7. En sorte que ni celui qui plante n’est quelque chose ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance, Dieu. 8. Celui qui plante et celui qui arrose, c’est tout un, mais chacun recevra son propre salaire suivant sa propre peine. 9. Car nous sommes les coopérateurs de Dieu; vous êtes la culture de Diew, la bâtisse de Dieu.

10. Suivant la grâce de Dieu qui m'a été donnée, comme un architecte expert j'ai posé un fondement, et un autre bâtit a dessus. Que chacun regarde bien pourtant à la facon dont il bâtit dessus!

maîtres dont on ait à se faire les féaux, mais les serviteurs (Giéxovor, non Boÿhot) qui travaillent à la tâche assignée à chacun par un Seigneur, un plus grand qu'eux (Képtos, ici, n’est certainement pas à rapporter à Dieu, mais au Christ).

À. 6. a«ikävw était surtout intransitif, depuis Aristote; mais la langue ancienne l'employ ait souvent au passif, Hérodote, etc., et il apparaît encore transit comme ici, à la forme active, Hermas, inscriptions, papyrus.

B. 6. Les Actes, ch. xvin, décrivent cette activité d'Apollos, sur le terrain ensemencé par Paul et ses premiers collaborateurs — qui avaient fait mieux d'ailleurs qu'ensemencer, car Paul, à son premier départ de Corinthe, y avait laissé une communaulé très nombreuse. Mais, modestement, il ne se donne ici que le rôle d'initiateur, et l’on a plaisir à voir qu'il reconnaît pleinement la légitimité et le succès de l'activité d'Apollos. Qu'importe au reste? Ni l’un ni l'autre n'ont pu rien faire que parce que Dieu, le seul qui donne la vie, faisait pousser le plant.

A. ‘7. Ocds est une apposition; le sens est : « Celui qui est quelque chose, c’est celui qui donne la croissance, c'est-à-dire Dieu ».

B. ‘7. L'action humaine la plus féconde n’est rien, en effet, si on la compare à celle

de la Cause première, qui donne tout être et tout mouvement. Et cela apparaît surtout dans le domaine surnaturel, où aucun homme ne pourrait prétendre être proprement l'auteur des résultats de son travail. B. 8. Planteur et arroseur « ne font qu'un», c’est-à-dire que leurs actions sont coordonnées (« ratione ministerii », Cornely), ou inséparables (Lietsm.). Ils sont donc de même condition, — comme si Paul ne prétendait à aucune préférence. Il n'est donc pas raisonnable de les mettre en opposition, comme deux compétiteurs, ou deux chefs d'entreprise (ce que font pourtant les Corinthiens).

L'un et l'autre peuvent avoir, bien entendu, leurs mérites, mais c'est à Dieu de les mesurer et de leur donner le salaire qui leur convient. Les catholiques (Cornely, etc.) invoquent avec justesse ce passage en preuve de la réalité du mérite de l'homme

58 ÉPITRE AUX CORINTHIENS, tr, 5-10.

devant Dieu; par contre, beaucoup d'exégètes protestants, de Bengel à Heïnrici ou Bachmann, jugent indispensable pour leur théologie de tourner plus ou moïns le sens de uuoûds, où de ouvepyoi du verset suivant (v. ad loc.). Pour Bachmann notamment, cette « récompense » (ou ce « salaire ») ne pourrait être la béatitude éternelle, et il cherche à réfuter son coreligionnaire libéral J. Weiss, lequel a bien vu que tout autre sens n'était pas à sa place ici; seulement, de son côté, Weiss croit voir un dualisme dans l'esprit de Paul, qui malgré sa doctrine de la grâce, n'aurait pas su renoncer franchement à la théorie juive des mérites. Maïs Paul ne se contredit pas, et il était bien conscient de l'unité de sa riche et cohérente doctrine, que ces exégètes, par la faute de leur théologie, ne peuvent saisir. La grâce n'exclut pas Îles mérites, mais elle donne seule le pouvoir d'en gagner, comme tout étudiant catholique le sait.

A. 9. oixodour est hellénistique ; ce mot autrefois dialectal a passé dans la langue commune depuis Aristote; cfr. IT Cor. v, 1. Loisy le rend bien par « 6dtisse ». — Oeoë ouvepyol ne peut signifier que « coopérateurs de Dieu » (Bachmann, p. 157, . n. 4), car le ou marque toujours un rapport avec le génitif suivant. Il n’y a donc

‘aucun compte à tenir des scrupules protestants d'Evans, Heinrici, et quelques autres, qui voudraient comprendre : « [entre eux] au service de Dieu ». 7. Weiss, Roëb.-Pl., et la plupart ont d’ailleurs compris cette expression au sens naturel, qui s'impose. L’Ambrn, lisait ouvepyov voë Geoù au lieu de Gtéxovov vo Geoù I Thess. ur, 2, avec D*,B, F, G. On peut comparer (avec Gurjahr) Marc xvi, 20, Rom. xvi, 3, 9, 21, Phil. 1, 25. Rob.-Pl, notent que cette expression remarquable n'apparaît qu'ici.

B. 9. La coopération de Dieu et de l'homme est une doctrine que saint Paul exprime un peu partout en d’autres termes, et qui ne nuit aucunement à celle de la grâce.

Tandis que Paul, Apollos (et les autres apôtres) ne sont que des ouvriers au service de Dieu, les fidèles, l’église de Corinthe, sont le champ même ou l'édifice auquel Dieu et eux travaillent ensemble. Or, dans l'ordre de la finalité, l’œuvre est quelque chose de supérieur à l’ouvrier (humain) en tant que tel. Ceci prépare les beaux versets 111, 21-23.

Paul, citadin, passe instinctivement, ici comme ailleurs, de la métaphore agricole à celle du bâtiment, qui lui fut toujours plus familière.

ms À, 10, Lie parfait tébeuxa (-nxa) pour Édnxa, dans Clem. N°, C3, D, (L, P), al. — Le « fondement », image fréquente chez Philon et dans la diatribe.

B. 10. Paul est bien obligé, malgré tout, de mettre à part son ouvrage à lui. C'est lui qui a fait le plan de tout l'édifice spirituel de Corinthe, comme un « architecte » habitué par une vocation divine très authentique et très spéciale à construire des églises; ici copéçs (peritus) pourrait bien se rendre par « professionnel », et certes l’Apôtre ne se décerne pas une louange excessive. D'ailleurs, comme chaque fois qu'il doit parler de lui-même, il attribue tout à la grâce de Dieu. Il a donc posé un « fondement » auquel devra s'adapter toute structure postérieure. C'est réserve et humilité de sa part de ne pas prétendre avoir fait plus. Mais au moins il a fait cela, et d'une manière garantie par Dieu (voir 11, 4-5), Il admet qu'on puisse perfectionner son ouvrage; n'a-t-il point parlé lui-même des entretiens entre « parfaits », destinés à approfondir la doctrine plus qu'il ne l’a fait de prime abord à Corinthe ? certainement il admettait (contre Molsten) qu'Apollos au moins s'en était bien acquitté. Mais il y en a eu d’autres que l’évangéliste alexandrin; Paul n'est peut-être pas encore parfaitement renseigné sur le caractère de leur enseignement, mais le résultat qu'il connaît, ces chicanes entre Corinthiens, peut déjà le lui rendre au moins suspect,

De là vient le grave avertissement à la fin du paragraphe : « Qu'on prenne bien garde à la façon dont on continue l'édifice ». IL va s'expliquer.

IT. Avertissements à ceux qui veulent perfectionner l’œuvre de l'Apôtre (11, (10) 11-23).

IvTropucrion. — À Corinthe, dans le moment, beaucoup se mélent d'enseigner; il est possible que certains le fassent correctement, mais d'autres peuvent se livrer à un sport doctrinal qui n'ajoute que d'inutiles futilités à ce que les fidèles possèdent déjà; certains même, dans leur désir de faire du nouveau et de passer pour des architectes indépendants, ébranlent peut-être le fondement. À tous Paul rappelle le grand jour des comptes, où l'on verra ce qu'a valu le travail de chacun, et où les sanctions seront réparties.

Puis (18 suivants), par un mode de développement très ample et synthétique qui est bien dans sa manière, il conclut dans un seul élan, s'adressant aux instructeurs et à tous les autres, ce qu’il a dit soit à propos de « sagesse et folie », soit contre les divisions qui se font à propos des instructeurs. Les derniers versels reprochent éloquemment aux factieux (qui croient se grandir ainsi les uns aux dèpens des autres) de méconnaître en fait leur vraie dignité.

Au point de vue doctrinal, il faut particulièrement noter le ». 11 (sur le Christ fondement nécessaire de tout enseignement chrétien), les vv. 14-15, à propos de peines temporelles, et les vo. 20-21 sur la hiérarchie de la « nouvelle création ».

Cu. tt, 11. Oeuéhioy yap GARov obdelc Dévarar eivar, map Toy “xelpevoy, dc Eotiv ‘Inooës Xouoréc. 12. Et 36 ris Emouxodouet mi tdv Bepélioy [roërov] ypuotov, # 4 / , f 1, (a £ 3 L nn ns doyéprov, Aifous tunlouc, EUX, "yéprov, naAduny, 13. Exdorou Td Épyoy pavspdv yevhoetar, à Vap hmépa nor, Ori Ev mupt Amoua)ÜTTETOL, nat Exdorou td Épyov,

Cu. 11. 11. De fondement, en effet, nul ne peut en poser d’autre que celui qui est là, qui est Jésus-Christ. 12. Et si quelqu'un, en bâtissant, superpose au (ou à ce) fondement de l'or, de l'argent, des pierres de prix, des pièces de bois, de l'herbe, de La paille, 18. l'ouvrage de chacun sera mis en évidence, car le « Jour » [le] montrera, parce que c'est au feu que se fait cette révélation; et l'ouvrage de chacun, ce qu'en est la

A. 11. Tov aelpevoy, celui qui se trouve là, qui a été posé, établi, une fois pour toutes.

B. 11. Ce verset montre bien que Paul n'admettait pas qu’on allât chercher de révélations en dehors des faits évangéliques, par exemple dans des philosophies, des religions, des ésotérismes païens ou étrangers au Christ; ce n’est point de cela qu'il nourrissait les « parfaits » (v. supra).

À. 12. Toÿrov est ajouté à Oeuélov seulement D, &, L, P, oulg. syr., al., — L'asyndèse dans l'énumération des matériaux donne au style, surtout dans l'original grec, une grande vivacité.

12. B. Un fondement est là pour qu’on y construise un édifice. Que peut être un édifice bâti sans le Christ ? Si on entendait le mot « Christ » seulement de la croyance

au Christ, ce seraient des doctrines, des rites, des œuvres; ainsi le préjugé de Luther

le fait amener ici ses « œuvres mortes », Erasme parle de « froides cérémonies », etc. Mais, avec son réalisme mystique, Paul entendait encore autre chose : la personne

motor éoruv, 70 rüp “adrd “douméoer. 14. IT mivoc rù Épyoy mevet, à Erorxodépmoe, *probèv Ajubera 15. ET mivos rd Épyov “xataxañoerar, “Enutwôhoetar, .abros DE ouÔoetar, otus dÈ üs d1ù mupbc. | ù

16. Oôx oïdare, ot vads Oeod Écte aai vo mvedpa vob Oeoù ëv div oinet; 17. Hi mig Toy vadv toù Oeoùd pheiper, phepet roërov 6 Bs0c. ‘O Yap vads 0eoë dyids Ecru, oirivés Êote Ümetc.

même du Christ, qu’il a comparé ailleurs à la pierre angulaire, à la tête du corps. La superstructure signifie donc tous les résultats du travail des instructeurs qui prétendent faire l’œuvre du Christ, l'accession des nouvelles recrues, les doctrines qu'elles reçoivent, les œuvres qu'on leur fait produire, etc. Voir Bachmann et Gutjahr. Car cet édifice, c'est l'Église, avec ses membres, et la foi et la charité qui les unissent (voir ch. xn). Il doit être homogène et harmonieux, parfaitement adapté au fondement.

Or, ces matériaux énumérés sont de qualité bien diverse. Guyjahr dit justement qu'ils mêlent ceux des palais et ceux des huttes misérables (Srr.-Bill. p. 334). Paul envisage qu'il peut y avoir de vrais continuateurs de son œuvre qui n’y ajoutent que de l'or, de l'argent, des pierres précieuses ou excellentes (Apollos ?); puis d’autres qui n’y ajoutent que des matériaux légers ou vils; quelques-uns enfin, peut-être, qui mêlent le précieux et l'inutile, l'or et la paille. C'est, pensons-nous, trop de précision, que de vouloir fixer avec Cornel, y trois catégories d'œuvres, et de regarder, par exemple, le bois, la paille, comme l'apport déterminé du « parti de Céphas » qui eût voulu maintenir d'inutiles prérogatives israélites. Dans l'ordre moral et intellectuel, s. Thomas compare les matériaux inférieurs aux doctrines curieuses ou mal établies, aux péchés véniels, aux soucis temporels trop exclusifs, mêlés à la vraie foi et à la vie régénérée. oo.

=——— À. 13. airô devant Doxuéeur est dur; mais, pour cette raison même, des scribes ne l'auraient pas ajouté (7, Weiss); il manque K, D, E, L, oulg., syrh, sah., arm., éth. — donuétw (cfr. encore chez Paul déxpos, doxux) signifie « éprouver », « contrôler », et se dit de la vérification des monnaies, de l'épreuve éliminatoire dans les jeux et les concours, etc.; Paul aime ce verbe technique, qui revient chez lui dix-sept fois, et six fois seulement dans le reste du N. T. (dos 6 fois Paul, 1 fois Jacques; doxu, 7 fois, rien que chez Paul; Goxipuov, absent chez Paul, 1 fois Jac. et 4 fois I Pet.). — Au lieu de Éxéatou yevfserau, on à 6 noufous tobro 10 Épyov oavepôs yevA[oe]tar, D“, e, Ambr,

B. 18. Après l'intervention de tant d'ouvriers qui ont suivi Paul, la cité de Dieu à Corinthe peut donc présenter un aspect assez composite. Maïs un jour, « le Jour », viendra où l'on pourra voir, dans ce mélange de bien et de mal, quelle est la part de responsabilité de chaque maçon, et la consistance de son travail.

Le ton de l'avertissement est grave, et même tragique. Le contrôle se fera par le feu, qui éclaire tout, mais en détruisant tout ce qui n’est pas incombustible, c'est-àdire n'ayant pas la solidité et la noblesse du fondement, le Christ. Paul emprunte cette image à la tradition apocalyptique (qui se rencontraïit ici avec le zoroastrime, et l'éxrépwars des stoïciens); le feu de la conflagration dernière était une conception courante dans le monde païen, juif et chrétien ; cfr. IT Pet. 1, 7 et, chez Paul lui-même, II Thess, 1, 8 : Ev ti axoxaAGber voù xvplou ’Incoë.…. èv rupt oloyds. L'Apôtre s’en est servi au moins comme d’un symbole. Mais que veut-il dire exactement par le « Jour »? . Gette expression solennelle et mystérieuse était consacrée dans l'Ancien Testament, les Apocryphes, les rabbins, pour la grande manifestation de Yahweh, qui viendrait récompenserses fidèles et punir ses ennemis, etelle avait passé de Yahweh au Christ- Juge. Le verbe äroxakirtw est régulièrement eschatologique (ici on ne voit pas clairement si c'est le « Jour » de justice ou la qualité respective du travail des évangélistes

qualité, le feu l’éprouvera. 14. Si l'ouvrage de quelqu'un, qu il a superposé en bâtissant, subsiste, il recevra une récompense; 15. si l'ouvrage de quelqu’ un est consumé, il subira un dommage : lui, il sera bien Sauvé, mais ainsi qu'à travers le feu.

16. Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? 17. Si quelqu'un ruine le temple de Dieu, Dieu ruinera celui-là! Car le temple de Dieu est saint, [ce temple] que vous êtes tous.

qui sera « révélé » ; mais les deux vont ensemble). Le « feu » était l'accompagnement presque obligé des théophanies. |

Le « Jour » est-il donc celui de la Parousie (cfr. Rom. xt, 12; I Thess. v, 14; Heb. x, 25, v. infra), et cela exclusivement, Paul ayant admis encore à cette époque la proximité possible du retour de Jésus? Telle est l'opinion de la majorité des exégètes, J. Weiss, Rob.-Pl., Cornely, Toussaint, Gutjahr, etc. Les Grecs et les Latins les plus anciens (Ambr', al.), sans parler de cette proximité (que Paul, selon nous, n’admettait pas, voir surtout au ch. xv, in/ra) n’ont pensé qu'au Second Avènement. Cependant quelques autres comprennent le « jour » en un sens plus large, ou même tout différent. Pour Lightfoot, c'est la ruine de Jérusalem {qui n'est guère à sa place ici); pour Augustin, les jours de tribulation, pour Cajetan celui de La mort; pour Grotius, un jour indéterminé; pour Erasme, Bèze, celui de la claire lumière de l'Évangile.

Ce peut être, en réalité, presque tout cela à la fois. On voit au chapitre suivant (1v, 8, v. ad. loc), que Paul pouvait donner à fuépx le sens très général de jugement ou de séance judiciaire. Or le Christ exerce ses jugements, et peut avoir son « jour », de bien des manières. La principale, la décisive, est évidemment celle de la Parousie ; mais Jésus (Luc, xvir, 22) a parlé d' « un des jours du Fils de l'Homme », comme s'il pouvait y avoir plusieurs de ces « jours », où il manifeste sa puissance suivant tel ou tel mode, dans tel ou tel événement. Quant aux textes de Rom. et de I Thess. indiqués

ci-dessus, ils paraissent entendre le « jour » de cette parfaite illumination spirituelle dont un commencement est apporté déjà aux fidèles par la présence mystique du Christ, mais qui n’a pas alors tout son éclat, qui n’est encore qu'une aurore, Au cours de cet « Âge messianique », comme on pourrait l'appeler (v. au ch. xv), le Christ-Roï exerce déjà ses sanctions, avant le règlement de comptes universel.

Aussi pouvons-nous croire, avec s. Thomas, que, dans ce verset, il s’agit du triple jugement de Dieu, le jugement général, le jugement particulier à la mort de chacun, et les jugements durant cette vie mortelle. IL faut toutefois bien remarquer (avec Lemonnyer, al.), que ce verset 13 ne vise (expressément) que le jugement qui sera porté sur l'œuvre extérieure de ministère. Le « feu », ce sont toutes les activités destructrices dont l'édifice spirituel de Corinthe (et l'Église en général) subiront l'assaut, Dieu l'ayant ainsi ordonné pour en faire l'épreuve (doxuése) et la purification. Si cette épreuve est

différée jusqu'aux derniers jours pour certaines « superstructures », la Parousie au moins, épreuve suprême, montrera ce qui valait quelque chose ou ce qui ne valait rien pour l'établissement du « Règne de Dieu » éternel. Il ne faut donc point penser ici déjà au « feu de l'enfer » (contre Chrysostome, al.) puisqu'il ne s'agit pas encore expressément du sort des individus. Pour le purgatoire, v. infra.

A. 14. puodov Afubetu, voir au v. 8.

B. 14. Ce qui subsistera du travail spirituel à travers les épreuves de tout genre, c'est cela qui est approuvé de Dieu. Paul fait donc appel au jugement de la

Providence. En quoi consistera la « récompense » ou le « salaire » de celui qui l'a

18. Mmnôeis Eauroy Ééarardru. It ris ouest copèc eîvar iv buiv Ev Tù ave , S A c e € ne roûtw, mupds yavéclw, iva vévatar o0p5c. 19. TE Jüp copix où niopou Toûrou a J . x A = opla rapa tû Bec éoniv. l'éyparrar yäp* 6 "Spassémevos Tobs sopodc Ev Th Tavoupyia abrwv, 20. ai manu Kôpioc yivwoner Tobs Ouahoyispods Tv coobv, Ott eiotv

LATœLOL.

accompli? À voir subsister son œuvre? II semble bien que le mot signifie quelque chose de plus, étant donné surtout qu'il n'est pas dit que l'ouvrier vive jusqu’au jour du jugement de son œuvre. La récompense signifie quelque chose de relatif à son sort personnel, comme au v. 8, et ceci est très important pour l'intelligence du verset qui va suivre.

À. 15. Korazañoetu, forme hellénistique (et épique, Abel, p. 70) pour xata- . xavÜñosrar,. — Dé, au sens spatial et classique de « à travers », « par le milieu de », v. infra. |

B. 15. Ce verset, par son premier membre, est exactement parallèle au précédent. Si la récompense, uto@és, de 14, était accordée à la personne du bon travailleur, il doit donc en être ainsi du dommage que subira (Cnutwô#foetu) celui qui n'a fait que des choses inutiles en matière d'apostolat, et destinées à brûler.

L'image est celle d’un incendie (voir v. 43); il éclate tout d'un coup, quand arrive le « jour », et l'ouvrier médiocre, qui s'était confortablement installé dans sa construction, doit fuir en toute hâte à travers la flamme, et quand, une foïs sauf, il se retourne, il a le chagrin de voir son œuvre s’y abîmer (Rob.-Pl,, Toussaint, Sickenberger, Gutjahr, al.; Lietszm. compare Amos 1v, 11; Zach. 1x1, 2). Mais n’a-t-il à souffrir que cela? J. Weiss veut entendre « comme à travers le feu » au sens que son salut « ne tiendra qu'à un cheveu ». C’est vrai, maïs ce n’est pas tout; dans sa course éperdue, il a été atteint lui-même par la flamme. Autrement dit, à l’anéantissement de son œuvre s’ajoutera un châtiment personnel, opposé à la « récompense » du bon travailleur (v. 44); Lietzmann : il sera sauvé après quelque punition, cfr, v, 3; x1, 32; Loisy de même, avec sa traduction — bien plate — : « à l'amende il sera ».

On voit bien que, dans aucun cas, ce « feu » d'incendie ne saurait être celui de l'enfer, puisqu'on peut se sauver en le traversant, et que du reste il attaque aussi l'œuvre des bons ouvriers, pour l’éprouver (v. 13) ; il ressemblerait plutôt au « fleuve de feu » eschatologique des Parsis, qui tourmente les méchants, et ne fait aucun mal aux bons qui le traversent. Mais Paul n'a pas emprunté à l'Iran l’idée de cette sorte d’ « épreuve judiciaire », il lui suffisait de se rappeler le « feu » des théophanies bibliques, ou peut-être la « conflagation » stoïcienne, transformée par sa puissante imagination en un incendie moral. Il faut donc absolument rejeter l'opinion si forcée de Chrys., qui entend : « il sera sauvé, mais comme à travers le feu » de la conservation du corps des damnés au milieu des flammes de l'enfer. La menace de l'enfer n'apparaîtra qu'au v. 16, contre une catégorie dont Paul n’a pas parlé encore; et d'ailleurs, comme Sickenberger le dit fort bien, Paul ne sort pas (à la différence de certains prédicateurs) « la menace de l'enfer là où elle ne correspondrait pas à la vérité »,

Mais, comme il s'agit certainement d'une punition personnelle, ne pourrait-on penser au purgatoire ? Ce texte est souvent employé pour justifier la doctrine catholique d’un lieu ou d’un état d'expiation après la mort, pour les fautes légères.

Nous verrons plus au long, dans un petit Excursus, si cet enseignement dogmatique peut s'appuyer sur Paul. L’Apôtre, à coup sûr, n’en parle pas ici directement, attendu que ce feu, dont souffre le fugitif, s'attaque sur la terre, à des œuvres terrestres, et que, si l'on voulait y voir exclusivement ou premièrement la conflagration jointe à la Parousie, cette Parousie ne doit faire qu'un avec le jugement général,

18. Que nul ne s’]y] trompe! Si quelqu'un estime être sage parmi vous, dans ce siècle, qu'il devienne inepte pour devenir sage! 19. Car la sagesse de ce monde-ci est ineptie près de Dieu. Il est écrit en effet : « Lui qui met La main sur les sages dans leur astuce ». 20. Et encore : « Le Seigneur connaît les calculs des sages, qu'ils sont vains ».

après lequel il n’y aura plus de place pour un état de transition comme le Purgatoire. Mais, ainsi que Cornely, entre autres, (cfr. Ambr, Messmer, beaucoup de catholiques modernes, Prat, al.) l'expose en un raisonnement fort juste — la doctrine du purgatoire est contenue d’une certaine manière implicite en ce verset, elle y trouve au moins un appui très sûr; Paul, en effet, y assigne des peines temporelles ({nutw0.) aux fautes légères, qui ne méritent pas la damnation ; il les compare à l'atteinte du feu. Or, pourquoi la faute des docteurs négligents ou futiles serait-elle seule punie de la sorte avant la consommation de leur salut? Les autres, les simples fidèles, qui, par leurs péchés véniels, ont mêlé aussi de la paille et du foin à la construction de ce « temple de Dieu » qu'est leur âme régénérée (voir Les vv. 16 et 17), ne devront-ils pas aussi l'expier temporellement? Si ce n’est pas dans la vie présente, ce sera dans l’autre. On peut donc tirer de ce verset de Paul un argument légitime pour la doctrine du Purgatoire, — qui en est une spécification, une conclusion assez prochaine. $. Thomas dit que le feu du jugement est celui « du jugement général, du purgatoire, de la tribulation ».

À. 46. Otôare, pour l’attique et classique lote, d’après la flexion ionienne et hellénistique de otôe. — vads 0. cfr. vi, 49. — Aucune raison, malgré J, Weiss, de voir une glose dans ce verset.

B. 16.11 y a beaucoup à observer ici. D'abord, que chaque croyant est un « temple de Dieu », ce qui sera encore plus précisé au ch. vi (v. ad loc.). Puis, que « l'Esprit de Dieu » apparaît ici clairement, beaucoup plus clairement qu’au ch. , comme le Saint-Esprit personnel (v. Exec. v); en effet, il fait l’acte d'Aabiter ,ce qui appartient à une personne, et c’est parce qu'il habite les âmes que celles-ci sont un « temple de Dieu »; Vahweh (au moins représenté par sa Slekinal, conception qui n’a point passé chez les chrétiens) habitait le temple de Jérusalem; ainsi l'Esprit qui est dans le régénéré est identifié, non pas à un' effluve, à une äxéppoux de la Divinité, mais à la Divinité elle-même.

Des stoïciens, comme Sénèque, faisaient aussi habiter un dieu dans l'âme des « boni viri » (Lietzm.); mais dans leur système panthéiste, ce dieu, l’« orthos Logos », était simplement leur conscience.

Le « temple » peut bien être d’abord la communauté prise dans son ensemble, et cela cadre avec les versets précédents et le suivant; mais Le sens plus personnel n'en est pas exclu pour autant; c'est parce que l'âme qui vit en charité possède le Saint- Esprit que la communauté entière est un temple de Dieu, comme ensemble des « membres du Christ » (voir ch. vi et chap, xn).

———— À, 17, Vulg. : « Templum enim Dei sanctum est, quod est vos ». Les Latins traduisent comme s'il y avait &n au lieu de ofmves; mais ce dernier pronom se rapporte à la fois à chacun et à la catégorie toute entière; il faut donc traduire : « (ce temple de Dieu) que vous êtes tous ».

B. 17. Le ton change, et devient bien plus menaçant. Il ne s’agit plus de peines temporelles précédant le salut, mais de « destruction », o0eçei, où l'on ne peut voir que le sort des damnés, dans toute la terminologie de Paul.

Prat explique fort bien cette gradation : l'Apôtre a parlé des bons ouvriers qui seront récompensés, puis des ouvriers médiocres qui seront pardonnés et sauvés,

21. *"Qote pndetc xavydodu ëv av0pwmots. ITévra yap duüiv Ecru, 22. etre ITadhoc % , \ w ” — % ! [2 4 12 u Y , = w etre ‘Amos etre Kmoës, elre —xhoœuoc elre Cu etre Pévaros, elre veorüta etre DéNhovta, mévra bpüv, 23. bpets D Xptoroë, Xprordc DE Beod.

mais après une peine; maintenant il menace ceux qui n'ont fait, par leur faute, que du travail coupable, au détriment de l'Église. Ainsi trois catégories : les récompensés, les damnés, et, entre eux, les élus qui auront à expier (l'homogénéité qui doit être celle de l'énumération confirme l'application légitime du v. 15 au purgatoire, v. supra). |

Justement et éternellement punis seront ceux qui ont violé le caractère sacré (&ytos)

du temple de Dieu, qui est la communauté animée par la vraie doctrine. Quels sont ces « destructeurs »? Non pas les travailleurs bien intentionnés mais imparfaits, qui ont fait des « superstructures » trop légères; mais ceux-là qui auront « ruiné », ou voulu ruiner, le temple, en ébranlant, disloquant le fondement qui‘est la croyance « au Christ, et encore crucifié », ou en prétendant construire sur un fondement qui ne serait pas celui-là. Paul soupçonnait donc qu'il pouvait y en avoir de tels à Corinthe, ou qu'il en viendrait; (cela n'est peut-être pas inutile pour fixer ce qu'était le « parti du Christ », sur lequel l'Apôtre s’est tu en toute cette section). — D'ailleurs, il savait qu'il y avait des corrupteurs moraux (v. chap. 1v et suivants), qui violaient en euxmêmes ce « temple de Dieu » que le baptême les avait appelés à être. Par ce grondement: précurseur d’un orage, il prépare les reproches très graves qui rempliront la seconde partie de l'Épître, pour des fautes que les dissentiments des Corinthiens, si contraires à la charité chrétienne, ne pouvaient que favoriser, en affaiblissant l'union au Christ, cause de l'unité et de la sanctification. B. 18. Jusqu'ici, Paul a retenu l'explosion d’une colère, qui s’accumulait en lui à mesure que, dictant, il se représentait plus au vif la légèreté de ses Corinthiens, et les dangers auxquels elle pourrait un jour exposer leur foi et leur salut. S'en apercevant peut-être, il remonte alors brusquement aux principes généraux et énonce, du v. 18 au v. 28, des prescriptions qui pourraient servir à clore toute cette longue discussion; il le fait avec une vigueur qui montre bien comme il a déjà commencé à s'émouvoir.

La première, dans ce verset et les deux suivants, est relative à cette « sagesse »

dont le zèle mal entendu les divise (ch. 1-1). Que tous les instructeurs, les chefs de groupe dont il vient de faire la classification l’entendent bien une fois pour toutes, et « que nul ne s'y trompe! » (formule de diatribé). S'ils se réputent ou si on les répute sages suivant la mesure humaine, cela ne sert à rien tout seul et peut même entretenir en eux des préjugés contraires à l'Évangile; pour étre des vrais sages devant Dieu, il faut qu'ils embrassent cette « sottise de la Croix » dont il leur a parlé d’une manière si ardente, et par conséquent qu'ils renoncent à passer pour « sages » aux yeux du monde. J. Weiss voudrait joindre ëv r& ai@v tour& à pwpés qui suit, et traduire : « Gelui-ci doit devenir un fou au jugement de ce monde ». Ce n’est pas la construction la plus naturelle, mais le sens reste exact. A. 19. La citation est de Job, v, 12-18. Elle est indépendante des LXX, qui ont xatalaufBévwv au lieu de Gpacoéuevos, hap. leg. dans le Nouveau Testament. et très rare dans l'Ancien (cfr. Eccli., xxvi, 7; xxx1v (xxx1), 2, et Ps, 11, 12); il signifie saisir vivement avec la main, « attraper ».

À. 20. &0pwruwv (d'après LXX) pour copüv, dans Marcion, 3, 17, al. — Kal xduw peut être un hébraïsme, 21 (J. Weiss). Celte fois la citation est de Ps. xcrv (xau), 41.

B. 19-20. Ces deux versets rappellent seulement que, en jugeant de si haut la

sagesse humaine, Paul n'invente pas une théorie paradoxale, mais qu'il a l’Écriture pour lui. |

24. Ainsi, que nul ne se glorifie dans les hommes. Car toutes choses sont à vous, 22. soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie soit La mort, soit le présent, soit le futur, toutes choses sont à vous. 23. Mais vous au Christ, et le Christ à Dieu.

= À, 21. "Qore ainsi employé, conséquence logique présentée sous la forme d’un ordre, serait, d'après Viteau, une construction presque exclusivement paulinienne. — Le double zivre buüv, en ce verset et à la fin du suivant, encadre une belle construction rythmique toute spontanée, comme il peut en apparaître dans tous les temps et les pays où il y a de vrais orateurs, et où il n’y a donc pas à reconnaître un « genre particulier ».

A. 22. Des énumérations semblables étaient cependant surtout fréquentes dans la diatribé. Ici, on pourrait comparer le passage célèbre de Rom. vin, 37-39, sur l'impuissance de toute créature à soustraire les fidèles à l'amour du Christ; mêmes mots en partie, Oévaros, Guy, éveatüire, péAovra ; mais ici toutes ces choses sont présentées sous un autre aspect, positif, non comme des obstacles surmontés, mais comme des moyens d'acquérir la gloire; cfr. Rom. vit, 28 : toïç &yandorv tov Üeov méyra ouvepyet els dyaldv.

B. 21, 22, 23. Dans la pensée de l’auteur, cette tirade, ainsi que le marque &ore, sort directement de l’idée précédente. C'est leur fausse appréciation, leur mesure trop humaine de la « sagesse », qui pousse les Corinthiens à s’enorgueillir d’être les disciples de tel ou tel maître. Mais tout ce qu’ils montrent par là, c’est qu’ils ne comprennent pas leur vraie dignité. Les maîtres, que Dieu leur a envoyés, doivent travailler pour eux, et sont donc plutôt leurs serviteurs. $. Tomas interprète : « Ne plorientur de rebus quae sunt sibi subjectae (done, sous ce rapport, inférieures à eux en quelque sorte), de hoc quod ordinantur ad eos, quin talibus subjiciantur ; non ordinantur ad Paulum, etc., sed Paulus, etc., ad ipsos ». Id. Estius, al, Se griser d’appartenir à un maître humain, ce serait un abaissement servile pour eux qui ne doivent avoir qu’un Maître, lequel est divin.

Dans un magnifique élan comparable à celui de Rom. vi (supra), saint Paul associe aux instructeurs humains tout ce qu'il y a dans le temps et dans la création : le monde, qui leur parle de son Créateur; la vie, qu’ils peuvent consacrer tout entière à se rapprocher de Dieu; la mort, qui les unira définitivement à Lui; le présent, qui leur fournit tant d'occasions de mériter et de progresser; l'avenir, qui assurera l'œuvre du présent et consommera la gloire des élus de Dieu. Tout cela, hommes, choses, événements, est mis par Dieu à leur service. Et, au lieu de s'en apercevoir, ils iraient mettre toute leur gloire à être un peu plus lié avec tel ou tel prédicateur!

En exaltant cette grandeur de la vocation chrétienne, Paul semble oublier tout à fait ses propres mérites et les égards spéciaux auxquels il a droit comme fondateur de l'Église: il s'en souviendra cependant bientôt, par devoir. Pour l'instant, il n’ envisage que sa qualité d’ouvriér au service des fidèles, comme l’est Apollos, comme l'est Céphas. La mention de ce dernier nous semble indiquer qu'il n'avait pas plus d'hostilité contre le « parti de Géphas », elfacé dans les pages précédentes, que contre celui d'Apollos. Il n'est pas étonnant qu'il ne fasse point ici d’allusion au « parti du Christ », et on ne peut rien en conclure contre l'existence d'un tel parti; le nom du Christ ne pouvant être mis sur la même ligne que celui des apôtres (v. Exc. 1v).

Cette domination des « sages » ou des « saints » sur le monde entier est une idée qui se rapproche non seulement du rêve stoïcien, mais qui trouve aussi quelques correspondances dans la tradition juive; ainsi Pirke Aboth, 6, 1, Rabbi Meïr assigne à celui qui s'occupe de la Thora pour l'amour d'elle-même le gain d’un droit sur le monde entier. (7. Weiss, p. 90, n.). Mais Paul s'élève bien au-dessus des rabbins, et se distingue aussi tout à fait des stoïciens, quand même une de leurs sentences

(rävra buüv) aurait contribué à lui suggérer La présente affirmation; il l'a transformée (J. Weiss), parce que cette domination, pour l'Apôtre, n'est pas ce règne illusoire que le sage du Portique pensait acquérir par ses propres forces, mais un don du Dieu tout puissant. .

Car, si tout est à eux, eux « ils sont au Christ », et c'est ce qui fait leur noblesse, leur force, leur sécurité. Et « le Christ est à Dieu »; donc, en obéissant au Christ, ils entrent pleinement en participation du pouvoir de Dieu. Leur « liberté dans le Christ » ne peut être qu'une soumission parfaite à la loi de Dieu, comme on le verra aux chap. vi et suivants. Quelques auteurs ont cru que Paul voulait ainsi réprimer certaines licences du « parti du Christ » (v. Exc. 1v); rien ne l'indique dans un passage qui est d’une hauteur si sereine, d’une portée si universelle, bien au-dessus de toute polémique spéciale; (mais il est aussi très gratuit de croire, comme J. Weiss, que ce due Xptoroù aurait été l'occasion, pour un copiste ou un lecteur, d'introduire les mots iyà àë Xptoroë comme glose à 1, 12).

Tout est aux Corinthiens, parce qu'eux-mêmes sont à Dieu, dans le Christ. En face de cette grandeur, commune à tous les fidèles, et qui devrait les dispenser d'en chercher d’autres, comme leurs rivalités d'enfants jaloux paraissent mesquines et risibles !

EXCURSUS III. — LA DOCTRINE DU PURGATOIRE TROUVE-T-ELLE UN APPUI \ CHEZ SAINT PAUL ?

À ce que nous avons dit au commentaire de 111, 12-15, quelques considérations sont bonnes à ajouter.

Nous avons interprété le « feu: » au sens le plus étendu, comme l’ensemble des épreuves et des jugements auxquels le Christ, Juge invisible d'abord, puis visible au jour du grand Avènement, soumettra l'ouvrage de ceux qui ont voulu — ou prétendu — travailler pour Lui. Mais le v. 15, disions-nous, montre que ce n’est pas l'ouvrage tout seul, c'est aussi l’ouvrier qui pourra être atteint par la flamme, bien qu'il soit destiné au salut.

Comme rien n'indique que ces épreuves du travail de chacun doivent toutes avoir lieu durant la vie présente, il faut reconnaître que Paul envisage, pour les âmes élues qui auront quitté ce monde, la possibilité d'une dette à acquitter

‘encore envers Dieu. Où et quand cette dette leur sera-t-elle réclamée? On ne voit que le moment où elles comparaîtront devant le tribunal du Christ (II Cor. v, 10 et Rom. x1v, 10).

Ce jugement du Christ ne peut être les assises générales de la Parousie. Car, d'après le même chapitre de Il Cor., le sort de quelques-unes au moins sera déjà actuellement fixé avant cette consommation; là, et encore dans l’Epître aux

Philippiens, l’Apôtre exprime l'espoir de jouir déjà, avant la résurrection, de la compagnie du Christ.

Est-ce que cette détermination sera exceptionnelle? Et la masse des élus, jusqu’au jour de la consommation, restera-t-elle en suspens, dans une espèce d'incertitude sur le sort final qui l'attend, ou condamnée à une sorte de sommeil ? Puisque certaines âmes au moins y échapperaient, c'est donc que cette attente équivaudrait à une punition, pour les déficiences de leur travail à élever le « temple de Dieu » autour d'elles et en elles.

De toutes façons, nous serions ramenés à l'idée d’un temps ou d’un état d'expiation après la mort corporelle, à un « purgatoire ».

Toutes les religions un peu élevées ont eu cette conception, rejetée si mal à propos par le protestantisme. C'est le bain de métal fondu du zoroastrisme, qui brülera aux derniers jours les souillures des âmes imparfaites; c'est la transmigration expiatoire des Orphiques, des Indiens. Cette conception, pour quiconque admet les sanctions d’une autre vie et l'exactitude de la justice divine, ne saurait être regardée comme sans fondement. Le ZZÆ livre des Macchabées nous apprend que le Judaïsme tardif offrait des sacrifices pour les morts; et l'archéologié des catacombes montre que les chrétiens des premiers siècles priaient pour leurs défunts.

Comme il n’y a aucune raison de penser que Paul admettait l hypothèse d'un

« état intermédiaire » conçu à la manière que nous exposions tout à l'heure, mais qu'au contraire, dans les seuls passages où il parle de l'état des âmes « séparées », il se les représente en état de conscience et de jouissance, on est tout naturellement porté à croire, par analogie, que, s'il en est qui ont encore à subir une peine avant de jouir de la vue du Christ et de Dieu, elle La subissent -en état de pleine connaissance, et ainsi « passent par le feu », pour courir au travers des flammes vers le salut qui les attend. Ÿ On serait heureux de trouver d’autres indices, chez Paul ou dans le Nouveau Testament, de ce dogme, si naturel et si: consolant; du Purgatoire, que l'Église n'a délini que tardivement, mais que sa liturgie présupposait dès les siècles. antiques. On en trouverait encore des traces dans le passage allégorique de Luc x11, 48 : [6 Goblos]... ph yrobc [ro OéAaua voù xuploul, moous GE détu mAnydv, dapioecar GMyas, « [le serviteur] » qui n’a pas connu [la volonté de son maitre] (comme l'autre qui l’a violée en pleine connaissance), mais a fait des choses dignes de châtiments, recevra peu de coups ». Il s'agit là du jugement de Dieu et du Christ. — Ces textes, si rares, si généraux et peu explicites qu'ils soient, contiennent bien une doctrine d’expiation proportionnée à toutes les fautes, qui n’est pas restreinte au milieu de la vie présente, et par conséquent, comme application individuelle et principale, entraîne l'existence de cè que nous appelons un « purgatoire ».

Nous verrons d'ailleurs dans la même épître, au chap. xv, 29, que le fameux « baptême pour les morts » sujet de tant de controverses, signifie très vraisemblablement quelque prière, rite, ou intention jointe à la cérémonie du baptême en vue de profiter à l'âme des morts, — morts qui ne peuvent évidemment être ni des bienheureux ni des damnés.

Nous n'avons chez Paul que des indications implicites; mais il faut les ajouter au tableau de son eschatologie.

IIT. Paul définit le devoir des apôtres, et réserve à Dieu le droit de les classer selon leurs mérites (iv, 1-5).

Ixr. Revenant aux idées de IIT, 1-5, (schéma ofa) Paul les résume et les généralise, pour clore toutes ces discussions entre partis. Tout vrai mérite des instructeurs évangéliques consiste à être vraiment fidèles dans la transmission des .« mystères de Dieu » révélés par le Christ. C’est Dieu seul qui est capable de juger en connaissance de cause, soit de la pureté de leurs intentions, soit aes résuliats respectifs de leur travail. Les Corinthiens se pressent trop de décider, ou qu'ils ne connaissent pas encore le jugement de Dicu.

Il cest évident que Paul ne parle que des « apôtres », qui méritent ce nom, qui, dans la substance de leur œuvre, sont vraiment des « économes fidèles ».

n » ke … * On. 1V, 1. Oüruc quäc hoyiléolu “dybpwros ds “brnpétas. Kotsroù nai “oirou

S us è ; x! > " d où. 2. “O3: houmby “Énreïrar Ev voiç ofxovomors Ivx more #

vôuous “puornpiov À ris ebpe07. 3. ‘Euot Ô?

mins “hpépas ANA obDè Epaurov Gvaxplvw. 4. Obdèy yap “épaur® oûvoudæ, &AN ox ëv roûrw “dedratwpar. ‘O D évarpiuv pe abprôc Écruv. D. "Qore ph Tpd zatpoù vi aplvsre, Éws &v ÉX0n à xÜpros, 06 ax puricer T@ LPURTE TOÏ LOTOUG LA

x 7 % ! 3 : el e Ÿ ee = 2? CR 3, ets ÉAdyistov Ectuv Cv do duty avaroi0ù À drd Gv0ow- S

ï = # €» 4 e 9 …s paveptooer tus Pouhus Tüv naodiüv” nat Tôre 6 Éravos yevhserar Exdotw Gtb Tob

Oeoÿ.

A. 4. Aoylfesla, « compter », « mettre en ligne de compte », apparaît ici au sens propre, et reviendra huit fois dans 17 Cor., dont six aux fameux chapitres xx. — dv0pwros est peut-être un hébraïsme, l'hébreu WIN — ‘Yrnpéins désignait les rameurs sur les bateaux; par extension, tous les hommes de peine; rang inférieur à Oiérovos, employé ci-dessus, nt, 5; la Vulg. (ministros) n'a pas rendu cette nuance, Oëxovéuos, « intendant » — éxirporos, l'esclave qui distribuait le travail ou La paye à ses compagnons; au sens le plus relevé, l'administrateur du bien d’un propriétaire. — Mucrt. 0eoë, cfr. supra, n, 7-10.

B. 1. Puisque Paul vient de se nommer lui-même, en compagnie de Céphas et d'Apollos, il dit aux Corinthiens, en mots bien frappés qu'ils devront retenir, sous quel rapport il faut faire entrer leur activité et leur personne en ligne de compte. Ses termes sont d'une humilité rare (il est sûr d’ailleurs que les deux autres pensent comme lui}. Ils ne sont que des « manœuvres » de l'Évangile, le grand ouvrier étant le Christ lui-même; tout au plus des « intendants » (v. supra), ou des administrateurs, mais en tout cas des subordonnés, comparables à des esclaves supérieurs dans la « maison » antique. Les partisans de Corinthe devraient avoir honte de cabaler à propos de gens qui ne sont que leurs compagnons de service. Paul se met sur le même rang que les autres, sans relever ni la supériorité de Céphas, ni La sienne propre, dont il sera cependant bien obligé de parler plus bas, au v. 15. Quand il dit qyäs, « nous », il entend énoncer un principe tout à fait général, valable pour tous les ouvriers évangéliques. Les « mystères de Dieu » qu'ils ont à distribuer, ce n’est pas seulement la prédication de la doctrine {Cornely), mais, en outre de cette part de la sagesse « cachée » que Dieu a voulu révéler aux

hommes pour leur salut (nr, 6. ss), ce sont les sacrements etc., enfin tous les moyens de grâce institués dans l'Église pour la vie chrétienne (Gutjahr).

—— A. 2. 65 pour Gùe E, L, al. — zi Cnseïre pour Cnreïrr, dans N*, qui fait de la phrase une interrogation; le changement de la désinence verbale est dû à la prononciation de l'époque. — ès — « en ce cas », cfr. Apoc., aux chap. xIII, XIV, xvu, et Epiciète (J. Weiss); chez ce dernier, rappelle Zietzmann, &ôs Aorrdv apparaît aussi comme formule de transition (Æpict. 11, 42, 24); houxév peut signifier ici « en somme », ou « par là même »; il a ce dernier sens en plusieurs passages d’Epictète.

B. 2. Grande est l'importance de ce verset, pour juger de ce qu'on appelle « l’individualisme de Paul ». L’Apôtre ne pouvait nous dire plus clairement que, à ses yeux, il n'était, lui comme tous les évanglistes, que le dépositaire d'une doctrine qu'il n'avait aucun droit de modifier, un « économe » qui doit rendre compte rigoureusement à son maître — pas à d'autres; toutefois voir versets suivants — de la manière dont il la communique.

—— À, 3. cis EAdytotéy Ecrtv est-il un hébraïsme? Voir Deissmann, L O, On trouve au moins en attique eis &kdy. yiveta (voir W. Schmid, « Attizismus », nombreux

Ca. 1v, 1. Aïnsi, que l’on nous tienne pour manœuvres du Christ, et intendants des mystères de Dieu. 2. Dans ce cas, ce qui en fin de compte est requis chez les intendants, c’est que l’on soit trouvé fidèle. 3. Quant à moi, il ne m'importe pas le moins du monde que ma cause soit instruite par vous, ou par quelque « Jour » humain; mais je ne l’instruis seulement pas moi-même! 4. Car je n'ai conscience de rien contre moi-même, mais ce n'est point pour cela que me voilà déclaré irréprochable. Celui qui instruit ma cause, c'est le Seigneur. 5. Ainsi, ne jugez de rien avant le moment [voulu], jusqu’à ce que vienne le Seigneur, qui [saura] et éclairer les cachettes des ténèbres, et rendre manifestes Les desseins des cœurs; et alors l'éloge [dû] à chacun [lui] viendra de Dieu. *

exemples). — {vx introduisant une phrase-sujet, cfr. Joh. iv, 34; I Jok. v, 35 Luc 1, 43; et, dans cette épître plus bas, 1x, 18, v. ad loc. — àvaxoivw a le sens de « enquèter », v. supra, 11, 14-15. — fjuéox ne se trouve nulle part ailleurs avec le sens de « jugement » ou de « tribunal »; à la rigueur on pourrait rapprocher l'inscription du Temple de Didyme où le jour de la visite de l'empereur Hadrien est désigné comme iepa uéox (v. Moulion.-Mill, ad verb.); mais le plus probable est que Paul ne s’est inspiré ici d'aucune manière de parler courante, et qu'il a simplement, par ironie, faisant allusion au « Jour » du Seigneur (ur, 13) dans tous les sens que nous avons indiqués, voulu dire qu'il ne se souciait que de ce jugement-là, et non des enquêtes d'aucun homme qui prétendrait tenir par lui-même des assises réservées au Seigneur; voir le v. 5, infra.

B. 38. Avec une fierté un peu rude, mais que justifiaient bien les circonstances, Paul leur déclare qu'il n’a aucun souci des critiques ou des louanges qu'ils pouvaient lui adresser — au titre d’apôtre, sans aucun doute. Il ne travaille pas pour capter des éloges, et le plus grand personnage vint-il tenir son « Jour » à Corinthe, il ne s'en soucierait pas davantage, puisque ce ne serait toujours qu'un homme. Inutile de se demander avec J. Weiss si l'on avait insinué de « juger » Paul au sujet de la doctrine ou de l'administration; certainement les choses n’en étaient pas encore à ce point de tension; mais peut-être déjà quelques-uns (du parti de Céphas??) murmuraient-ils que les anciens apôtres ne l’auraient pas approuvé en

tout. Certains passages de ZI Cor., que nous étudierons à leur heure, pourraient le faire supposer. '

Il ne veut même pas « débaitre sa cause lui-même, en lui-même »; c’est-à-dire chercher à apprécier exactement le mérite ou les insuffisances de ses intentions et de ses actions; cependant, il pourrait le faire mieux que les Corinthiens, puisqu'il a les lumières d'un Apôtre choisi par le Christ, et que, s'il s’agit des motifs et des intentions, « lequel des hommes sait ce qui est dans l’homme, si ce n'est l'esprit de l’homme qui est en lui » (11, 11)?

Tout le contexte montre qu'il ne parle que de son ministère extérieur d’apôtre, sur lequel portaient les critiques; ce n’est pas qu'il ne fît son examen de conscience (cfr. x1, 31); mais, comme interprète s. Thomas, « possunt aliqua peccata in me latere, quae ignoro », à condition qu'on ne l'entende que de légers manquements dans ses devoirs d’apôtre, résultant d'imperfections intérieures qui lui échappent encore.

A. 4, tpavr oûvoba, cfr. Job xxvit, 6; expression retrouvée chez Platon, Polybe, et ailleurs. — dtxudo a ici le sens forensique, « déclarer juste ».

B. 4. Paul affirme bien la droiture et la paix de sa conscience, pour tout ce qui concerne l’accomplissement de ses devoirs apostoliques. Il ne s’agit que de ces devoirs-là, puisque tout le'contexte ne traite que du mérite ou du démérite des apôtres en tant qu'apôtres. Ce verset ne parle donc pas, directement au moins, de la « justification » du pécheur par la grâce (quoique les théologiens, par extension, puissent l'appliquer quand ils traitent de la « conscience » de l'état de grâce). Paul veut dire simplement qu'il ne croit pas son ministère exempt de tout blâme (Gralwors —= « acquitter », mot qui fait allusion à l’ävézxpiou, à l’« enquête » dont il vient d’être parlé) du seul fait qu’il n'aperçoit pas en quoi il mériterait blâme. Les saints, pas plus que les autres, ne peuvent oublier que personne n'est juge parfait en sa propre cause; ils remettent l'appréciation infaillible à Dieu. — Au reste, il n'y a pas lieu d'insister, avec J. Weiss, sur le sens eschatologique de cette dtratwats; dès le jour présent, son ministère est irréprochable aux yeux de Dieu, ou bien il ne l’est pas; quant à lui, il l’ignore; maïs le parfait dedtalouat indique bien (toujours contre J, Weiss) que “Paul pense à une situation présente, acquise, et non purement future.

A. 5. Rien ne suggère en ce verset une citation d'apocryphe (cfr. J. Weiss). — 6 manque D*, E, F, G, Augustin. — Pour la construction avec Gore, voir au ch. 111, 21 supra.

B. 5. Si Paul lui-même se croit tenu à une telle réserve, malgré la paix de sa conscience, ses lumières d'apôtre, les communications du ciel, combien plus les Corinthiens — tels que nous avons déjà appris à les connaître — doivent-ils s'abstenir des jugements précipités et imprudents en une matière qui dépasse certainement leurs esprits superficiels de « petits enfants dans le Christ »? (v. nr, 4. suiv). Qu'ils sachent attendre « la venue du Christ » (dans tous les sens où nous avons expliqué le fuépa de int, 8,18). Alors ils verront si Paul ou leurs autres instructeurs ont tout fait pour le mieux, s'ils avaient ou non des intentions secrètes repréhenñsibles, et ce sera en pleine lumière au jour de la Parousie. Alors les éloges seront distribués comme il convient par le juste et infaillible juge qu'est Dieu. Et Paul insinue que tous ceux pour lesquels ils s'exaltent ne seront pas également bien partagés à cet égard. — (Si Paul n'a pas senti « l'opposition » qu’il y aurait, selon J. Weiss, entre l'attente d'un « éloge » divin et la gratuité du salut, c'est simplement que Paul n'était pas protestant).

IV. Réprimande aux Corinthiens qui ne se divisent, au fond, que par vaine gloire, et qui comprennent si peu les exemples de leurs apôtres. Exhortation paternelle (1v, 6-16).

Inrropucrion. — L'Apôtre n'a ainsi parlé de lui-même et d'Apollos que pour faire la leçon à ses convertis. L'attachement à leurs maîtres n'est qu'un prétexte; ils ne cherchent, en réalité, qu'à se faire estimer les uns plus que les autres. Contraste sarcastiquement dépeint entre leurs prétentions à être quelque chose en ce monde, et la situation de leurs avôtres, qui devraient être leurs modèles, à eux qui se font tant de gloire d'étre leurs disciples. — Dans les derniers versets Paul s'excuse de sa vivacité; c'est son sèle de père très aimant qui l'a fait parler ainsi; car il est leur père dans la foi, honneur que nul autre ne peut s'adjuger, et c'est lui qui leur a appris comment on peut authentiquement imiter le Christ.

, Le ». 6 a servi de grand argument à Delafosse pour assigner une origine marcionite ou montaniste à une grande partie de cette épitre; cette fantaisie demandera quelques lignes de discussion.

eu S * EN Tr — Cu. 1v, 6. Toëra 6, &dehqof, “metecynudrion els Emœurèv xat AroAdowv Du duc, el 3 ns , x = 4 x a . 4 ri es ms PA *: iva v uiv pare “rù « Mh ümèp à Véypamrtaun, ph elc bnèp ToÙ ÉvdS “ouctodobs Y e , * e D 3 tata Toù étépou. 7. Tis Vép os iaxpivers ti DE Éyerg Ô oùx Éhubes; et DE xat Ehabes,

Tl xavyaco &e un AxËGY;

Cu. 1v, 6. Ces choses-là, frères, j'en ai pris un spécimen en [ce qui con-: terne} moi-même et Apollos, à cause de vous, pour vous faire apprendre par notre cas, le « Pas au-delà de ce qui a été mis par écrit», pour que vous n’alliez pas, à propos de l’un vous bouffir l’un contre l’autre. 7. Qui est-ce en effet qui [te] distingue, toi? et qu’as-tu que tu n’aies reçu? mais si tu as bel et bien reçu, pourquoi te glorifies-tu comme si tu n'avais pas reçu ?

À. 6. Meracynuatitw est un des mots embarrassants du vocabulaire paulinien, Littéralement il signifie « transformer », « changer la figure » de quelque chose, cf. Cor. x1, 13, 14, 45, Phil. im, 21; c’est pourquoi Chrys. et d'autres, Grecs et Latins, puis Erasme, Bèze, Corn. a Lap., ont émis l'idée que, si Paul, au ch. 1, 12 et plus bas, avait parlé de divisions faites à propos de lui, d'Apollos, et de Céphas, ce n'était pas en réalité sur les noms de ces personnages que les Corinthiens cabalaient; l'Apôtre, par charité, réserve et prudence, n'aurait parlé que d'une manière fictive ou éventuelle, substituant son nom et celui des autres, afin de ne pas nommer les vrais chefs des factions; mais, ainsi que Cornely l'observe justement, le radta par où débute ce verset se rapporte à ce qui précède immédiatement, où Paul parle bien de lui-même et d'Apollos en personne; et d’ailleurs l'aveu de ce « métaschématisme » se trouverait beaucoup trop éloigné du ch. 1, v.12, qui est l'affirmation d'un fait très catégorique où aucun lecteur innocent n'aurait l'idée de voir une fiction diplomatique. Cependant Delafosse a trouvé habile de reprendre cette exégèse vieillie, afin de pouvoir comprendre les pages précédentes comme un recul artificiel dans le

Page 1