J'ai déjà jugé celui qui s’est comporté ainsi
a. Joindre ovvayô. avec ëv tü ôvdu., et obv + Buy. avec rapadoüvar : « vous et mon esprit étant rassemblés au nom du Seigneur Jésus, livrer cet homme à Satan avec la puissance de Jésus » (sv signifiant « au moyen de », sens à peu près inusité chez Paul). Ainsi CArys. al. Hisifoot, Lietzmann, Sales, al. |
b. Joindre les deux compléments ëv 15 ôvépart et obv tÿ uv. avec guvay0. : « Vous et mon esprit nous étant réunis au non du Seigneur Jésus, et avec la puissance du Seigneur Jésus, livrer, etc. ». Ainsi Théodoret, al., Sickenberger, al. — L'expression paraît bien un peu redondante,
ce. Joindre les deux compléments au seul mot rapaBoëvat : « Vous et mon esprit nous étant réunis, livrer cet homme à Satan au nom de N.-S.JT.-C., et pär la puissance de N.-S. J.-C.» Ainsi lP'Ambrosiaster, al.; même observation que ci-dessus.
d. Rapporter le ëv t& ovô. initial à xapadoüvæ, et joindre le participe ouvay®. à ëv tf duvduet : « Vous et mon esprit s'étant assemblés avec la puissance du Seigneur Jésus, livrer au nom du Seigneur Jésus cet homme à Satan. » — Cette interprétation nous semble meilleure que les précédentes; elle est celle d’Estius, de Cornely, de Hetïtmüller (« Im Namen Jesu », p. 74), et J. Weiss, et de Roëb.-Pl. Les mots « Au nom du Soigneur Jésus », mis en tête, sont bien éloignés de leur verbe ; mais, comme dit Bengel (cité Rob.-P1.) : « Graviter suspensa manet et vibrat oratio. » Cette vue a quelque chose de très juste; mais on peut la perfectionner, et l'harmoniser avec les précédentes. Toutes n'ont que le tort de n'être pas assez compréhensives. Nous préférons donc :
e., avec Bachmann et Lemonnyer, admettre que « Au nom du Seigneur Jésus » étend sa portée à la fois à ouvay0évrew. et à mapadoïvar : « Au nom du Seigneur Jésus, vous et mon esprit nous nous rassemblerons avec ‘la puissance du Seigneur Jésus, et livrerons, etc. ». Formule solennelle qui est l’explication (non le régime) du zéxpwa de 3, et qui, dans la traduction française, en sera convenablement séparée par le signe deux-points. V. infra, à B.
Pour le v, 5, rapadoüvat tr Xaravë, on peut comparer I Tim. 1, 20, l'excommunication d'Hyménée et d'Alexandre. — nvedua — « àme », v. Exc. V, comme opposé à SE — « corps », vie corporelle.
B. 3, 4, 5. Paul a prononcé son jugement; il n'y a plus qu’à le promulguer et
ruplou Audv ‘noob, 5. mapadonvar Toy roobroy Tù Earav els GAsbpor The caproc, ia Tù RVEdLa cwÔÿ Év Th 'Auéog Toù xuplou.
6. Où Lady To Aa YU bUEY. Oùx clore Ont puxpa Éüun OAOY Tù oÜpax | touor:
à l'exécuter. Il veut, en raison de la gravité et de la diffusion du scandale, que la sentence soit portée de façon très solennelle. Voilà pourquoi il commande une assemblée de la communauté, non pour mettre en débat sa sentence, qui est irrévocable (zx#xcrxa), maïs pour lui donner plus de retentissement et en expliquer à tous les raisons. Cela doit se faire dès que la lettre de Paul sera reçue, et non pas être différé au temps de sa visite, puisqu'il ne doit être présent à cette assemblée qu’en esprit. Et rien n'empêche de croire que cela fut fait. Cornely et Bernhard Weiss se figurent à tort que xéxptua, si catégorique, ne signifierait qu'une résolution privée, Paul se réservant d'en faire un jugement officiel plus tard; pourquoi alors cette décision dans les termes, et cette solennité catégorique dans la désignation de la peine à infliger? De même, Gutjahr et les autres, qui pensent que l’Apôtre voulait laisser le temps de la résipiscence au coupable et à la communauté, et que le jugement n'a pas été promulgué de fait, ont l'air de. prendre Paul pour un homme qui menace un peu à la légère. Leur théorie est inspirée par l'identification fausse qu'ils veulent faire entre l’incestueux et le mystérieux délinquant de la Ile aux Corinthiens, dont le cas causa tant de tiraillements, tant de difficultés à l’apôtre (elle est, nous le verrons, forcée et artificielle, et provient uniquement de ce qu'on veut nier ou révoquer en doute le « voyage intermédiaire » de Paul à Gorinthe, entre notre présente épitre et la suivante).
De qui devait se composer cette réunion où la sentence de P'Apôtre serait rendue publique? Était-ce de tous les croyants, comme une éx#Ansi, ou assemblée générale, des citoyens dans les cités grecques? Comme les chrétiens étaient nombreux, il y a peine à imaginer qu'ils pussent se réunir en un même lieu; évidemment ces assises n'étaient pas tenues sur‘la place publique, et le scandale ne pouvait être affiché devant tous les païens qui passaient. Nous croirions donc plutôt que tout s’accomplit seulement devant les chefs, les rpoïorémevor qui, comme Stéphanas, accomplissaient le ministère parmi les saints (voir ch. xvi, 15), entourés d'un certain nombre de délégués de l'Église. Nous aimerions à en savoir davantage sur cette sorte de tribunal de l'église primitive dont il est parlé ici pour la première fois. Ils étaient réunis « au nom de Jésus », et « avec la puissance de Jésus », qui a promis {Mat. xvi, 20) d'être présent là où plusieurs seraient assemblés en son nom; c'est également « au nom de Jésus » qu'ils devaient publier la sentence : oplans ueotov… Strastiprov, dit Théodoret, « un tribunal à faire frissonner! » à cause de la présence du Seigneur invisible. En tout cas, les « Juges » n'avaient pas à délibérer, mais simplement à exposer le cas, en dévoiler la malice, promulguer le jugement à eux connu de l'Apôtre qui Les présidait en esprit, comme chargé de pouvoir du Seigneur, enfin en commander l'exécution. Cornely a raison d'observer, sur ce passage, que l'église n'était donc pas organisée en démocratie.
Il faut ensuite déterminer ce qu'était au juste la peine à infliger. « Livrer à Satan » est une formule impressionnante, mais peu claire. Ce que l’on voit de plus certain d'abord, c’est que la punition est médicinale, et non purement afflictive, puisque Le but en est de sauver l'âme (rveüus) du coupable, dans l'espoir que, converti, il pourra figurer parmi les élus au jour de la Parousie, Le livrer à Satan ne sera point le précipiter dans l'enfer; et rien n'est moins satisfaisant que la vieille interprétation de T'ertullien (De pud. 13), d'Ambrosiaster et de la Glose ordinaire (Thom.3), qui entendait nveèux de l'esprit de l'Église, sauvé par lamputation de ce membre corrompu.
Jésus, 5. livrer cet individu à Satan pour la perte de la chair, afin que l'esprit soit sauvé au jour du Seigneur. | 6. Vous n'avez pas beau sujet de vous vanter. Ne savez-vous pas qu’un
Cet abandon à Satan aura des effets afflictifs immédiats, qui devront porter l’incestueux à rentrer en lui-même pour faire pénitence. Puisqu'il en est certainement ainsi, il faut écarter comme une fantaisie l'exégèse d'auteurs protestants qui, depuis Bengel jusqu'à Godet, Schmidt, (Renan id.), von Dobschütz, Lietzmann, Everling, J. Weiss, tiennent que ets 8Ae0pov ths oæpaés, « la perte de la chair », équivaut à une sentence de mort, comme le En, l' « anathème » juif, et même de mort subite, comme dans le cas
d'Ananie et de Saphire (Act. v, 4-10) et divers récits d'Actes apocryphes; on invoque encore les « Defixionum tabellae » et les papyrus magiques de malédiction (d'après Deissmann, LO p. 257, Ramsay, Dobschüts), qui sont ici d'autant moins de mise que Paul entend bien porter une sentence immédiatement efficace, et non pas formuler simplement un souhait, ou une sorte de prière, infaillible ou non, aux esprits malfaisants. Nous ne voyons guère comment un-trépas foudroyant pourrait contribuer au salut de l’âme du pécheur, (pourtant le texte dit formellement : eic 8e@pov… tva ow0ñ.), et n'avons aucun cas à faire des hypothèses embarrassées de Lietzmann, qui suppose que « l'esprit », on ne sait comment, se convertira une fois séparé du corps, ou de J. Weiss, d'après qui le zveëue, du fait qu'il est consacré par le baptême, devrait échapper à toute attaque de Satan et à la perte éternelle. — D'autre part, la « perte de la chair » serait difficile à comprendre en un sens purement moral, comme s'il ne s'agissait que d’une destruction des mauvais instincts de la chair (opdvmua ts capads, Origène), ou d'un tel abandon du coupable, privé par l’excommunication de secours spirituels, au ravage de ses passions (Meyer-Heinrici; s. Thomas parmi d'autres explications) qu'il se vît forcé de crier vers le Dieu qui l'a délaissé. Voir aussi Aug.; Grotius; Bossuet.
Tout le monde doit être d'accord au moïns sur ce point-ci : qu'il s'agit d'une excommunication, d'une expulsion de l'incestueux hors de l'église ; Paul s'en expliquera clairement au v. 13 b, emprunté au Deutéronome : « Chassez le pervers d’au milieu de vous ». Ensuite il n'est pas moins certain que Satan ne reçoit pouvoir que sur la « chair », la vie corporelle ou sensible, du coupable, pour lui infliger des épreuves dont Paul espère ou prédit, finalement, un bon résultat pour le salut de l'âme. Il ne pense pas seulement au bien de la communauté, mais à celui de ce pauvre incestueux, égaré par sa passion et ses sophismes; à propos d'Hymenaios et d'Alexandre (I Tëm. 1, 20), il dira de même qu'il « les a livrés à Satan pour qu'ils apprennent à ne plus blasphémer ». C'est un esprit tout à fait opposé à celui du baram juif ou des jeteurs de sort des papyrus, Mais il reste à savoir si Paul s’est contenté d'une simple sentence d’excommunication; et, s’il en est ainsi, quelles étaient les conséquences immédiates que cette excommunication devait ou pouvait entraîner.
C'est une excommunication pure et simple, privant le coupable des sacrements et de l'appui de l'Eglise contre Satan, dans l’une des opinions de s. Thomas, et pour Estius, Calvin, Bèze, Semler, Scholz, Schaeder, Meier, Reuss, Heinrici, etc., Dibelius (« Geisterwelt », p. 38-s.), qui voit exprimée au v. 13 (infra) la nature propre de la peine; et ainsi la plupart des anciens et des modernes. C'est tout ce que Paul et l'église peuvent faire, et le reste {sis GAeÜpov, … va owûÿ) ne marque que le désir, l’intention, qu'ils ont en infligeant cette peine (Dibelius), mais dont l'accomplissement dépendra d’autres agents. En face, d’autres opinions veulent que Paul, en plus de l'excommunication qui dépend de lui et de la communauté (v. 13), use encore d’un pouvoir spécial qu'il possède comme apôtre — ainsi que Pierre, Act. v, ou quand luimême, Act. xui, frappait Elymas de cécité, — pour y ajouter surnaturellement un
7. *'Exxxbdoxre vhv makaukv Copy, Îvx fre véov pÜpaux, abs dors &buuor. Kai Yap To mésya uüv Er0ôn, Xpioroc. 8. “Qore Éopréluues ph èv Cüun Taha pndè Ev Cüun “xaxias nat movnpiac, &AN Ev aküpouc ethurpivixs Lai ahnbelas.
châtiment corporel, extraordinaire, dont Satan sera l'instrument; ainsi Cornely, qui rappelle à ce propos la maladie préternaturelle de Job, et Gutjahr, qui attribue l'excommunication à la communauté comme agent, la peine diabolique à l'Apôtre. — Sans distinguer toujours aussi nettement l' « excommunication majeure » et la peine extraordinaire surajoutée, un grand nombre d'auteurs, Chrys., Théodoret, Théophy- : lacte, s. Thomas!, Erasme, Estius, Meyer, Sales, Sickenberg ver, Toussaint, Gutjahr, font des vexations corporelles et morales infligées par Satan (par exemple de quelque maladie lente d'origine diabolique, qui laisse du temps au repentir), une partie intégrante de la peine infligée directement par l'Apôtre; tel ou tel croira que l’excommunication, dans l'Eglise primitive, comportait par définition quelque tourment de ce genre; d'autres, que c'était un supplément de peine voulu par l'Apôtre (cfr. Cornely). ‘Quoi qu'il en soit, Gutjahr donne certainement une raison peu valable quand il avance qu'il n'était pas besoin de mettre en jeu la « puissance du Seigneur » (év ôüv. voë æugiou) pour porter une excommunication, — laquelle a cependant des effets spirituels invisibles!
La solution la plus vraisemblable de ce problème est donnée par Bisping, Schaefer, Bachmann, Dibelius, Robertson-Plummer, et d’autres, qui peuvent d’ailleurs s’accorder pour le fond avec ÆEstius et d'autres ci-dessus nommés :
Saint Paul a bien l'intention positive de livrer le coupable {pour le salut de son âme soumise à cette rude épreuve) aux attaques de Satan, qui fut « homicide dès le commencement », et premier auteur des calamités physiques et morales qui affligent l'humanité; on ne peut négliger l'effet psychologique de la condamnation, dont parle Origène, mais l’Apôtre envisage aussi des peines corporelles et sensibles où le démon aura sa part; il n’en fixe ét n’en prévoit peut-être pas le mode, mais il consent qu’elles aillent jusqu’à la maladie et à la mort. On ne peut l’accuser d'inhumanité, vu le grand bien qui est en jeu, le salut de l'âme; il agit, dit Godet, comme une mère qui prierait Dieu de frapper son fils pour l’amener au repentir. Seulement cela n’est pas une peine
surajoutée à celle de l’excommunication; chassé de l'Eglise, cessant d’être protégé par elle, l’incestueux se trouve banni dans la région dont Satan est le maître, il sera exposé sans défense spirituelle à ce pouvoir hostile qui intervient quand il peut, l'Evangile le montre assez, dans les circonstances extérieures de la vie des hommes.
Il en souffrira donc; et cela du fait de la sentence portée, qui lâche indirectement contre lui l'adversaire mystérieux et cruel. Mais Paul espère que cette souffrance le détachera des faux biens du péché, l'éclairera sur sa misère; tout en le chassant sans rémission, afin de sauvegarder le bien de l'Eglise qu'il a compromis, il prie Dieu pour celui qu’il chasse. Car l'excommunication est une peine médicinale. Et, si le coupable revient à résipiscence à la suite de ce châtiment, nous devons croire — bien que la chose ne soit pas dite — que l'église lui ouvrira les bras de nouveau.
A. 6. Quelques latins omettent où, ce qui rend la phrase plus sarcastique. — ôohot pour tuuoï (afin d'éviter la répétition et l'homophonie), dans D*, pulg., Bas., Irénée, Orig. lat., Lucifer, Aug., Ambr*. — Kôun, cfr. Gal. v. 9.
B. 6. Paul revient à l'ensemble de la communauté, — qui s’estime encore tellement (v. ch. 1-1), après un tel scandale! Le reproche est amer et a dû profondément pénétrer. « Un peu de ferment », ils doivent le savoir, transforme toute la masse; Paul ne pense plus seulement au cas de l'incestucux, mais à tous les restes de mœurs païennes qui pourraient reprendre vigueur, et infecter la communauté; cette tolérance pour l'incestueux ne le ferait déjà que trop craindre. Et il y a autre chose,
léger ferment fait fermenter la pâte entière? 7. Mettez-vous donc à vous purger du vieux ferment, pour être une pâte nouvelle, à la manière dont vous êtes des azymes. Ft en effet votre Pâque a été immolée, le Christ. 8. Ainsi célébrons la fête non avec un vieux ferment, ni avec un ferment de vice et de perversité, mais avec des azymes de pureté et de vérité.
on va le voir! — Cette figure de « ferment », qui devait être proverbiale, (cf. Gal, v, 9) entraîne Paul à penser aux rites de la Pâque juive, (à moins que ce ne soit l’inverse, voir infra, B. 7-8) et lui dictera une sorte d'allégorie, vv. 7 et 8. Comme dit J. Weiss, le christianisme primitif est venu changer ‘en éthique ce qui était rituel, et en appeler à propos de tout à la conscience de la responsabilité morale.
A. ‘7-8. Delafosse, attribue 72 seulement, jusqu’à x«0wç, à Paul lui-même, et le reste, 7-13, serait marcionite. Pourquoi? — éxxx04pate, aoriste ingressif, — Au v. 8, le mot xaxla, « vice » peut s'opposer à efkpuvla « pureté », et rovnpia à &Andela, si, comme le veut Théophylacte, rownpia ajoute à l'idée de vice celle d’hypocrisie. — ropvelas pour rovnpias, dans F. — £oprétousv indicatif, faute certaine dans À, D, E, P.
B. ‘7-8. Appelés à une nouvelle vie, les fidèles doivent songer sérieusement à se purifier une fois pour toutes de tous les restes infectieux de leur ancienne existence païenne (et non seulement du membre incestueux, croyons-nous avec Roëb.-Pl., Heinrici, Lietzm., J. Weiss, etc.). Paul, ayant écrit ci-dessus, comme par hasard, le mot de « ferment », compare ces restes au « vieux ferment » que les Israélites devaient jeter et détruire quand ils célébraient la Pâque, commémoraison de leur délivrance d'Égypte, qui était la figure de la rédemption chrétienne. Ne sont-ils pas, en droit, pareils aux < azymes » de la fête, pure farine où rien d’ancien, hérité du paganisme, ni d'indigne de leur vocation nouvelle, ne doit plus fermenter? Ces versets soulèvent une question historique intéressante.
Malgré La &éun du v. 6, cette allégorisation des rites Juifs, — dans une église qui était d'origine païenne en masse, — était cependant assez inattendue. Elle nous instruit beaucoup. Tout d'abord on y voit que la représentation du Christ comme Agneau pascal était chose connue et courante parmi les Corinthiens (J. Weiss, Rob.-Pl., al.), et c'est Là une confirmation indirecte de la date johannique du 14 nisan, .jour de l’immolation de l'agneau, pour la passion de Jésus. Peut-on y trouver de plus une indication touchant l’époque à laquelle Paul adressa cette lettre à Corinthe?
Sur ce point les auteurs sont partagés. La. plupart reconnaïssent à cette comparaison une portée tout à fait générale concernant le caractère de la vie chrétienne, et rien de plus. Comme la première Pâque israélite et la manducation de l'agneau furent le signal de l'Exode des Hébreux vers la Terre promise, ainsi la Passion du Christ-Agneau est venue arracher les hommes à la tyrannie du péché, et désormais les rachetés peuvent et doivent célébrer une fête perpétuelle, non pour une semaine, mais pour toute la durée de leur existence, où le « vieux levain » ne doit plus reparaître. (Chrys., al., Godet, Lietzmann, Toussaint, Sickenberger, Sales, etc.). Nous pourrions même dire que l’immolation du Christ (ëtünh) dure toujours d’une certaine manière, et trouver peut-être ici quelque argument théologique pour l'identité du sacrifice eucharistique avec celui du Golgotha (cfr. £p. ad Heb., notamment xm, 10, Exouev Ouracriprov &E ob payeiv oùx Exouotv éfouolav ot Ti oxnvi Aatpesovtes, après l'affirmation si répétée de l’unicité du sacrilice de la Loi nouvelle; en plus, le ch. x de notre épître sur le sacrifice eucharistique, V. ad loc.). Ce sens est certainement très beau, très admissible, et suffirait à l'interprétation doctrinale.
Mais d'autres (sans nier ordinairement cette signification générale), croient saisir
ici une donnée historique. Paul très probablement aurait écrit la présente lettre vers l'époque de la Pâque. I1 dirait, allécorisant cette circonstance de temps, aux Corinthiens : « Il est grand temps pour vous de vous débarrasser du vieux levain; car l’'Agneau est déjà immolé, et votre maison n'est pas encore pleinement purifiée; vous êtes en retard » (Rob.-PL.). Ainsi Cornely, Gutjahr, Lemonnyer, Bachmann, et. J. Weiss avec plus d'hésitation. On objecte bien (Lietzm.) que le verbe ét66n, « a été immolé », ne convient qu’à la mort du Calvaire, qui ouvre tout l'âge nouveau sans allusion à une époque particulière; mais c’est là un raisonnement superficiel, au moins pour nous catholiques qui croyons que cette immolation est sans cesse renouvelée, et rappelée d'une façon plus solennelle à chaque anniversaire de la Passion. Aussi, malgré Chrys. et quelques autres qui veulent s'en tenir au grand sens doctrinal, nous croyons bon d'insister sur cette remarque pertinente de Bachmann : ces versets représentent le seu! endroit où Paul, dans toute sa correspondance, parlede la Pâque à propos de la mort du Christ; il devait avoir une raison pour cela (et plus forte sans doute qu'une pure association d'idées avec le « levain » mentionné au v. 6, où c'est peut-être justement l'idée de Pâque qui avait amené cette mention, plutôt que l'inverse). Cette raison est à chercher dans le fait qu’on était aux environs de la Pâque juive, dont le retour rappelait plus vivement la Passion et la transformation de notre vie qui en est résultée.
Le chap. xvr, comme l'ont noté Cornely et plusieurs autres, favorise bien cette opinion. Paul y annonce son intention de quitter Ephèse à la Pentecôte pour se diriger vers Corinthe par la Macédoine (xvi, 5, 8); il fait beaucoup de recommandations pratiques pour le momeny de sa venue, comme s'il estimait qu'il n'y aura plus le temps d'échanger des lettres après la présente; et d'ailleurs, il a dit, rv, 49 : « J'arriverai chez vous bientôt (tayéws), si le Seigneur le permet ». C’est donc qu'il escomptait l’arrivée de sa lettre pour une date assez rapprochée du temps qu'il s'était fixé alors pour quitter Ephèse (d'après une résolution qu'il n’a d’ailleurs pu tenir, comme on le verra dans IT Cor.). Toutes ces considérations nous invitent bien à admettre que sa première lettre aux Corinthiens — en tenant compte du temps qu'il fallait pour l’achevér, de celui qui s'écoulerait avant le départ du messager qui la porterait, et de celui de la traversée d'Ephèse à Corinthe — était en train d’être composée un petit nombre de mois avant la Pentecôte.
Par conséquent nous admettons aussi, — au moins comme très vraisemblable, — qu’elle sera parvenue à destination vers l'époque de la Pâque.
Un nouveau problème se greffe sur celui-là. L'Apôtre suppose les Corinthiens, — la plupart Gentils d'origine — familiers avec les usages de la Pâque juive. Est-ce donc que les chrétiens célébraient encore le rite des azymes? Cornely et d’autres le croient, tandis que Bachmann dit que la connaissance de la proximité de la Pâque chez les Juifs suffirait bien à expliquer ces allusions à une fête qui pouvait cependant leur être étrangère. C'est vrai sans doute; pourtant, s'ils la célébraient eux-mêmes, le xafuiç éaze &Guuot du v. 7 prendrait plus de force et d'actualité : la communauté, par sa tolérance scandaleuse à l'égard de l’incestueux, se met en contradiction avec la pureté et le renouvellement qu’elle prétend exprimer par la manducation des pains sans levain. Nous n'insisterons pas sur cette hypothèse, que les églises chrétiennes auraient adopté la Pâque juive et ses rites, tout en y joignant, bien entendu, la mémoire de la Dernière Gène du Seigneur, de sa passion et de sa résurrection; car la mention des « azymes » peut n'être qu'allégorique. Mais il ne fait aucun doute pour nous qu'elles attachaient déjà de l'importance à l'anniversaire annuel de leur Rédemption, — qu'on l'ait fêté où non avec les rites judaïques. Cette certitude nous semble ressortir de la querelle des quartodécimans, au n° siècle, où les controversistes parlent tous de Ia célébration de la Pàque chrétienne comme d’une chose qui n’est pas récente, et qu'ils font tous remonter, malgré la divergence
des dates et de l'esprit de cette commémoraison, à linstitution des apôtres euxmêmes, Pierre et Paul d'un côté, Jean de l’autre. J. Weiss prétend que l'existence d’une fête chrétienne de Pâques serait très invraisemblable dans les églises de ce Paul qui reprochaïit aux Galates (Gal. iv, 10) d'« observer les jours, les mois, les temps et les années ». Maïs le cas était tout différent chez ces Galates, qui revenaient à des rites judaïques n'ayant aucun rapport avec les souvenirs chrétiens, en y mettant de plus (comme le suggère, à notre avis, le mot technique païen avoueia, « esprits du temps ou des éléments ») je ne sais quelle superstition astrologique accordant une distinction religieuse aux jours pour eux-mêmes, par exemple quand ils avaient adopté sans doute les « néoménies » juives. Bien autre chose était de célébrer par un renouvellement de ferveur, avec des cérémonies spéciales probablement, les souvenirs de l'histoire du salut. D'ailleurs on ne peut nier que le dimanche, d'après les Actes, l’'Apocalypse et Paul lui-même, fût déjà considéré comme un jour à part, supplantant le sabbat juif, à cause de la Résurrection; dès la fin du 1 siècle, suivant les historiens de la liturgie, le mercredi et le vendredi, (en souvenir de la trahison de Judas et de la mort du Christ) étaient des jours de « Station » (garde militaire) avec jeûne et réunion eucharistique. Si l’on faisait ainsi chaque semaine mémoire de la Passion, comment aurait-on négligé de le faire plus solennellement encore à l'anniversaire annuel exact? |
Ainsi — la conclusion est d'importance — il est très vraisemblable, pour ne pas dire plus, que la féte chrétienne de Päques se célébrait dès l'âge apostolique, et que la première mention en apparaït dans ce chapitre V de la 1*° Ep. aux Corinthiens, — laquelle est un véritable trésor de renseignements historiques que rien ne saurait suppléer,
B. Cu. v, 9-13. COMMENT TRAÎTER LES PÉCHEURS DANS LA COMMUNAUTÉ. ExPLICATION D'UNE LETTRE ANTÉRIEURE. DERNIER MOT SUR L'INCESTUEUX.:
Inrropucrion. — À l'occasion du scandale de l'incestueux (auquel il revient à la fin de cette péricope), Paul établit un précepte de droit contre tous les baptisés devenus pécheurs publics, et il fixe ainsi des instructions anciennes qui n'avaient pas été bien comprises. La communauté devra les juger — ce qui va donner occasion à l'Apôtre de parler aux Corinthiens, dans la péricope suivante, de la façon peu chrétienne dont ils comprennent entre eux leurs rapports juridiques (VIT, 1-8). Le dernier mot est pour réitérer l'ordre précis d'excommunier le coupable dont il a été question
d'abord.
Cu. v, 9. *’Eypaba duty ëv 19 ÉmiotoAÿ h ouvavauiyvuolar mépvois, 10. “où révruç Toig mopvors ToÙ xôsmou Tobrou, À Tois mhcovéetas Lai Gprabi À EldwAo- Adtpas, “éme wpelhere dpa Ex Toù xoopou ÉÉenbetv. 11. "Nüy DE Eypaba duiv ph cuvavautyvuofar ëdy ris &deApèc “ovomabémevos À mopvos à TAcovéxTns À EldwhoA ATEN
A. 9. Éypaba, ici et au verset suivant, doit-il s'entendre comme un aoriste épistolaire, c'est-à-dire : « Je vous écris, ici, présentement »? Cela semble impossible logiquement, surtout à cause de ëv tñ ëmovoÿ qui suit (Bachmann); il n’est pas naturel de dire, à moins d'une raison toute spéciale, qui n'apparaît pas en ce verset : « Je vous écris dans ma lettre que voici »; Paul, en disant « dans la lettre », fait évidemment allusion à une autre missive, Il est étonnant que Chrys. et d’autres Grecs, puis Pélage, Corn. a Lap., Calmet, et d'autres, ne l'aient point vu; mais plusieurs dès le temps d'Origène, et plus tard Ambrr, Hervé, Thomas, Cajetan, Estius, et tous les modernes à peu près ont compris qu'il s'agissait d'une lettre perdue. — Tépvo signifie les impudiques en général.
B. 9. Dans une lettre précédente adressée aux mêmes Corinthiens (voir Inrron., ch. v), Paul leur avait prescrit de rompre leurs rapports avec les impudiques, et sans doute avec d’autres catégories de pécheurs. Il semble qu'ils l'avaient compris au sens le plus rigoureux, et objecté (sans doute dans leur lettre à laquelle il sera répondu aux chap. vi suiv.) que la chose était difficilement exécutable; dans une ville comme était Corinthe, pensez-y ! L'Apôtre va s'expliquer, et résoudre une question de principe très importante pour la discipline générale de l'église.
On sait que beaucoup d’exégètes ont cru retrouver un fragment de cette épiître perdue aux chap. vi, 44-vir, 4 de IT Cor. « Nolite jugum ducere cum infidelibus, etc. » Nous verrons en temps voulu que cette attribution n'est pas probable, car le passage en question ne prêtait pas à l'équivoque que Paul détruit ici.
À. 10. où révrws — « non d'une manière absolue », bien différent de révruws où — « absolument pas ». — Holsten, à tort, veut voir dans # rkcov., etc., une glose. et J. Weiss une addition de Paul lui-même, qui étend son sujet au delà du texte ancien; ceci est possible. — Zoisy traduit xkcov. (fréquent chez Paul) par « escrocs »; le sens est plus large, il s'agit de tous ceux que leur cupidité porte à faire tort au
prochain. — Si rit — « autrement », « sonst », cfr. Rom. ut, 6, xt, 6, 22; I Cor. xiv, 46, xv, 29; mais le sens resta le même si ërel — « puisque », comme d'habitude, surtout avec &ox signifiant « alors », « en conséquence », et L’ « irrealis » dpethere.
B. 10. Paul rectifie l'interprétation excessive donnée à ses paroles, Pour éviter
ÉPITRE AUX CORINTHIENS, V, 9w11. 129
tout rapport avec des pécheurs, même scandaleux, il faudrait sortir non seulement de Corinthe; mais de ce triste monde. Lui n'a jamais voulu faire de ses néophytes une communauté de reclus. J. Weiss note avec raison que cette phrase de modération et de bon sens est très importante pour l’histoire religieuse et culturelle ; mais d’ajouter que Paul n'avait peut-être pas pensé d'abord à cette restriction nécessaire, c'est une idée en contradiction avec Eypabs du verset suivant, et qui provient de la fausse théorie de W. sur les diverses couches de I Cor., où Paul, de l’une à l’autre, aurait varié dans sa rigueur. Nous pouvons concéder seulement que, dans sa lettre perdue, il avait parlé d'une manière très forte et très générale, s’en remettant au bon sens de ses lecteurs pour les distinctions nécessaires.
———— À. 11. Pour € Érpava, v. supra, à 9. — Niv, ici, au sens logique, non temporel, — dy ris adehpôs évouat. 7 ñ mdpvos ATÀ : Sickenberger pense qu’on pourrait traduire : « Si quelque frère est nommé (reconnu) comme débauché, etc. », mais que l’interprétas
CH. v, 9. Je vous ai écrit dans la lettre de ne pas vous mêler aux débauchés; 10. non pas absolument aux débauchés de ce monde, ou aux cupides, ou aux voleurs ou aux idolâtres, puisque vous devriez alors vous en aller de ce monde. 11. Mais en fait je vous ai écrit de ne pas vous mêler, au cas où tel qui se nomme frère serait débauché, ou cupide, ou idolâtre, ou
tion commune est meilleure, « si quelqu'un qui porte le nom de frère, ou « si quelque prétendu frère » (qui ne l’est que de nom). |
B. 11. Ce que Paul voulait dire dans sa première lettre, il l'explique maintenant, puisqu'il a vu qu'il Le faut. 11 ne s’agit point pour les fidèles de rompre toute relation avec leurs compatriotes païens à morale relâchée, mais d'empêcher leurs vices de pénétrer dans la communauté en prenant de sévères sanctions contre les baptisés qui, vivant comme des païens, se montreraient indignes du nom de frères, qu'ils portent comme membres de la famille du Christ. Il suppose nécessairement que leurs vices soient connus et affichés; par conséquent il parle de « pécheurs publics », comme l'était l'incestueux. S'ils s'obstinent dans leur inconduite, il faut leur faire subir (pour les amener à changer de mœurs) une sorte de quarantaine, leur interdire les repas communs de la communauté (Ziet:m., qui rappelle Gal, 11, 42) où se célébrait l'Eucharistie (v. ch. xr), et même s'abstenir à leur égard de faire ou d'accepter des invitations privées. Il n'est pas question pour cela de les « livrer à Satan », comme ci-dessus, et ces mesures doivent être temporaires. Cependant leur exclusion devait être signiliée par les chefs, et on pourrait parler d'une sorte d'« excommunication mineure ». C'est ainsi que les Juifs évitaient les païens (cfr. Mar. xvur, 47).
Au temps de Ghrysostome, quelques braves gens trouvaient Paul bien sévère pour les « insulteurs » et les « ivrognes »; nous ferons mieux d'admirer quel haut niveau de moralité moyenne paraissait, aux yeux d'un apôtre, exiger la profession de christianisme, On pourrait être surpris que des « frères » pussent être accusés d’ « idolàtrie »; mais le ch. x nous parlera de ceux qui se croyaient permis de prendre part aux repas sacrés des temples, et il y en avait sans doute bien d’autres qui ne savaient pas renoncer absolument à toutes les pra atiques superstitieuses du paganisme, Dans une ville comme Gorinthe, le « vol », même accompagné de violence, ne devait pas étre un accident imprévisible parmi des chrétiens oublieux de l'Évangile, D'une façon générale, ce sont les vices de la chair (mopveia) et la cupidité (xAcovetia), Cause de rapines, de fraudes, de procès (v. versets 44 et suiv.), qui devaient amener le plus facilement des scandales dans ces primitives communautés grecques; ropvela et rhcowetia forment parfois couple dans les épitres de Paul (Æph. v. 8; [ Thess.1v,
ñ Aoiopos À uédugos À h domaë, Tü voroûte mdè ouveclieuv. 19. TC 14e. Uot ToÙc LEw xpiveuv; odyt robs Ecw duets xpivere, 13. Tobs D Eu 6 eds xouvet. Bképare 1e) movnpèy ÉE buy ar.
gières contre le vie et le vn® commandement, qui égarent le plus grand nombre d'homme , cf. vi, 9-14.
ms À. 12. La sak., ayant lu xt robs low oùyf, après robs ÉEw xopfveuw, change le
sens complètement; Paul n’a jamais prétendu juger « ceux du dehors ». — ot Ëtu,. efr. Mare 1v, 11 et Col. 1v, 5; I Thess, 1v, 12; I. Tim. int, 7, expression juive (Str.-Bill., p. 362).
A. 18. On ne sait s’il faut lire xpiver ou xpiveï, l'indicatif présent ou le futur ; les deux sont bien en situation. 12 b et 13 a pourraient se prendre comme une interrogation à deux membres, dépendant tous deux de oùyt : « N'est-il pas vrai que vous, vous jugez ceux du dedans, tandis que Dieu jugera ceux du dehors? » (Zachmann et Bachmann); mais il vaut mieux mettre le point d'interrogation au milieu, après *pivete; ainsi la phrase est plus significative.
A 132, il faut lire rov xovnpgév — et non +0 xov., comme l'ont fait Théodoret, al., 23, 48; il s'agit toujours de l’incestueux du commencement, (J. Weiss, Gutjahr, etc.) et non « des méchants » en général. — ëfdpate xrA. est une citation du Deutér. xim, 6; xvu, 7; xx, 24, formule d'exclusion du peuple saint (à cela près que Deut. à toujours étapete).
B 12-13. L’Apôtre explique pourquoi il n’entendait parler que des pécheurs publics qui sont de la communauté. Quelles que soient les fautes extérieures des païens, il faut bien se résigner à vivre avec eux, et Paul ne se charge pas d’ailleurs de scruter leur conscience; c'est un soin qu'il laisse à Dieu, qui les juge déjà (xpivet) ou les jugera au dernier jour (xpwet) (1). Id. Toussaint, al. On n'a pas le droit de croire avec des anciens que xpivo équivaut ici à xaraxp{vw, et que Paul n’envisage que leur condamnation (« judicio condemnationis, non examinationis » s. Thom.); au ch. suivant, v. 2, le verbe zxolveuw n’a pas ce sens exclusivement défavorable, et nous connaissons, par l'Épître aux Romains et ailleurs, la réserve avec laquelle Paul appréciait l'état de conscience des Gentils ignorants (Rom. 1, 15, leur conscience au Grand Jour, pourra les charger ou les excuser; nr, 25-8. négecir t@v xpoyeyovétuv âpapraudtov éy ti dérogÿ voë 0coû; autres passages de même ton, qui montrent la largeur de cœur et d'esprit de l'Apôtre).
Mais il n'en va pas de même dans le cas de ceux qui connaissent la loi du Christ et ont reçu la grâce de la régénération. « Je fais moi-même, dit Paul, comme vous faites vous aussi: nous n'empiétons pas sur la juridiction de Dieu, trouvant assez de juger ceux qui sont des nôtres, qui sont sous notre juridiction, que nous connaissons assez, et dont la conduite nous touche spécialement, puisque nous sommes tous solidaires ». Ceux-là, il faut bien veiller à ce qu’ils ne nous corrompent point par de mauvais exemples; quant aux païens, nous devons savoir de reste qu'ils ne sont pas à imiter.
Le dernier mot, détaché de ce qui précède avec brusquerie et solennité à la fois, résume tout ce qui a été dit sur l’incestueux, qui était principalement en cause. La formule si grave empruntée au Deutéronome montre bien qu'il ne s'agit pas seulement de lui infliger la correction d'une quarantaine, de l’exclure pour un temps de
8-ss., comme Test. Juda 18, J. Weiss); ce sont toujours ces deux passions gros-
CS
(1) Pour maintenir ici le « marcionisme » du passage, Delafosse comprend « Dieu les jugera en les abandonnant au Dieu créateur ». Grosse malice, dont il donne d'autres
spécimens.
insulteur, ou ivrogne ou voleur, de ne pas même manger avec cet individu.
12. Car qu'ai-je affaire de juger ceux du dehors? ne sont-ce pas ceux du
dedans que, vous, vous jugez? 13. Pour ceux du dehors, Dieu les jugera. Faites disparaître le pervers de votre propre milieu.
l'Eucharistie et des autres repas, comme le commun des pécheurs publics. Il est « livré à Satan », et Dieu seul sait ce qui pourra en résulter — bien que l'intention de Paul, en le punissant si sévèrement, soit de Le forcer à la conversion, pour ainsi dire. Son cas est tranché; désormais il ne sera plus question de lui, ni dans la Première Epitre, ni dans la Seconde, comme nous comptons le démontrer. On peut espérer que, dans l'intervalle des deux lettres, la peine l'aura amené au repentir, et peut-être
à la réintégration dans la communauté; mais tout renseignement là-dessus nous fait défaut.
C. cu. vi, 1-11. CONTRE LES LITIGES INTÉRIEURS ET L'INJUSTICE EN GÉNÉRAL.
Int. La mention de « jugement » amène Paul à réprimer les nombreux abus qui s'étaient introduits parmi les chrétiens de Corinthe dans leurs mutuelles relations de droit ou d'affaires; la rieovsëla plus haut signalée sévissait dans leur communauté, qui, au lieu de pratiquer la fraternité évangélique, occupait les tribunaux païens de ses dissentiments; méme les injustices flagrantes, punissables par la loi civile, n'étaient pas inconnues entre ces « frères ». Paul leur rappelle le jugement de Dieu qui menace les injustes, ainsi que toutes les catégories de pécheurs en matière grave, qui retourneraient au triste état moral dont leur baptéme aurait dû les faire sortir à jamais.
Cette péricope est fort instructive, d'abord au point de vue de l'organisation intérieure que l'Apôtre voulait imposer à la société des convertis (vv. 1-7), puis de la moralité chrétienne en contraste avec leurs anciennes mœurs (vv. 8-11), ce qui Jette un jour curieux sur le recrutement des néophytes. Delafosse cherche encore ici un mélange de marcionisme et d'interprétations catholiques anciennes. Mais des critiques plus sérieux, comme J. Weiss, savent au contraire relever la belle unité de structure de toutes ces pages des chap. V et VI. C'est encore un rythme a ba (cfr. II, 6-16; IX-XIIT,' al.) : mœurs dissolues, roovelx (PV), — disputes et injustices, ricovebia (VI, 1-11); — encore nopvela, d'une façon générale (vi, 12-20). — Le tout en un style de « diatribe » remarquable.
Cu. VI, 4. Top mis buüv mpaypa Éyuv mods roy Étepov xplvecfar Emi Tüv adixwv, rot oùyt Ent rov dylov; 2. "FT ox ofdate, dre où dytor Tèv xôcuov npiyobouv; xak ei fév dpiv zofvetar 8 xbopoc, GvaËroi èore npurmpluy Elayiorwr; 3. OÙx oidare dr
A. 1. [oëyua Éxerw mods ta, « être en discussion d'affaire avec quelqu'un », expression usuelle dans les papyrus; xp&yua — « affaire » dès Xénophon, et surtout « affaire désagréable ». — xpivesdat, moyen : décider de sa contestation, de sa querelle — +üv éyiwv : au sens de fidèles, de chrétiens, comme ch. 1, 2.
B. 1. Ce début est encore abrupt; mais Roë.-Pl., Sickenb., etc., ont bien vu que la transition entre le précédent passage et celui-ci se faisait par la mention de rhoveëla, et celle de aplvev,
Ainsi il y avait. des litiges juridiques entre chrétiens d’une seulg et même communauté; restreindre ces affaires à un seul cas (ris... tbv Etepov) est impossible à cause de la généralité des termes aux vv. 7-8 (v. infra). Ils pouvaient être de plusieurs sortes, car on sait que Corinthe était une cité chicanière. Paul déplorera plus bas l'existence de telles dissensions; mais ce qu'il reproche d’abord, c'est de porter la cause devant les juges officiels, c'est-à-dire des païens. Il en paraît indigné : « Quelqu'un ose-t-il? » C'est à ses yeux, dit Bengel « laesa majestas christianorum ».
En effet, surtout si de pareils cas étaient fréquents, il ne pouvait en résulter parmi les gentils aucune bonne impression sur cette communauté nouvelle censée . formée de « frères ». Si c'étaient des injustices caractérisées que l'on portait à leur tribunal, l'effet était encore pire. S. Thomas note aussi une raison de prudence : il ne fallait pas donner prétexte à des vexations de la part d'incroyants mal disposés. Enfin, Paul dit ironiquement qu'au lieu d'aller demander justice aux « saints », aux baptisés (qui doivent être justes de profession), on la cherche auprès des * « injusles ».
Appréciation sévère, assurément, sur les juges de Corinthe. Il est permis dé croire que les tribunaux n’échappaient pas à la corruption générale de cette ville si mal famée; Chrys. note qu'il n'ya pas « infidèles », mais &dxo. Nous croirions cependant (avec Gutjahr, Bachmann, al.) que Paul, qui semble bien poser ici un principe très général, valable pour tous les chrétiens de toutes les églises d'alors, entend par oi &ätxor, « les injustes », le monde païen en général, qui ne connaît pas la justice parfaite de l'Évangile, et, même en affaires temporelles, ne peut juger complètement selon le sens chrétien. En certaines matières délicates, testaments, mariages, puissance paternelle, rapports de maître à esclave, comment des juges païens auraient-ils compris quels étaient les rapports des chrétiens entre eux, et l'esprit nouveau d'équité, de mansuétude, par lequel l'Évangile venait corriger le droit antique ? IL faut penser encore aux peines si dures parfois qu'infligeaient les tribunaux d'alors, et auxquelles un frère, obligé d’être charitable, ne devait pas exposer son frère. | |
Un chrétien, pour se défendre contre le tort que voudrait lui faire un infidèle, peut certainement recourir au droit grec ou romain, et Paul a été le premier à en donner l'exemple. Mais, si deux « saints » ont le malheur de n'être pas d'accord en affaires, l'Apôtre estime que leur cas ne peut être tranché avec toutes les garanties d’une vraie justice que par d'autres & saints », qui connaissent les droits et les devoirs réciproques de leurs « frères ». Les parties doivent recourir à leur arbitrage vraiment autorisé, ou la partie lésée au pouvoir qu'a l'Église de réprimer les fautes de ses membres. Des disciples du Christ ne peuvent faire moins bien que les Juifs, qui cherchaient toujours un arbitrage dans leur propre commu-
Ca. vi, 4. Ose-t-on bien chez vous, quan d [l'un] a une affaire avec l'autre, se faire juger devant les injustes, et non devant les saints? 2. Ou ne savezvous pas que les saints jugeront le monde? Et si c’est par vous que le monde est jugé, êtes-vous indignes [de siéger en] des tribunaux infimes? 3. Ne sa-
nauté, et possédaient même des tribunaux à eux, qu’ils avaient fait reconnaître par l'autorité civile (voir Exc. vi). Même des gentils pouvaient donner l'exemple; il y avait en Attique et ailleurs, comme le rappelle Bachmann, des associations qui renonçaient à faire trancher par la justice officielle les litiges civils naissant entre leurs membres.
Paul n'envisage pas le cas des crimes de droit commun perpétrés par un chrétien aux dépens d'un coreligionnaire, et où l'autorité publique, même alors, serait presque nécessairement intervenue; sans doute il juge de pareils cas impossibles. Cependant, fût-ce pour des délits tels que les vols (entre chrétiens), il semble vouloir que la répression soit exercée par la communauté elle-même (v. infra).
À. 2. Ici xpivw ne peut signifier « condamner »; voir à B et supra, ch. v, VV. 12-43. — xoctéptov signifie littéralement « ce qui sert à juger »; en dehors de la langue philosophique, le mot avait pris le sens de « lieu où l'on juge », « tribunal », lequel apparaît très fréquemment dans les papyrus (v. Moulton-Milligan; cfr. LXX passim, Jac. 11, 6). — ëv Gui n'est pas un hébraïsme, mais une expression « foren- Sique » (cfr. xiv, 11); ZLietzm. renvoie pour cette acception à des passages d’Aelius Aristide et de Polybe.
B. 2. Le Christ avait annoncé à ses apôtres qu'ils jugeraicnt les Douze tribus d'Iraël; ici la promesse s'étend à tous les fidèles, à l’égard du monde entier, c'est-àdire de toutes les créatures intelligentes, Anges et hommes (v. infra B. 8). Ello cest
dyyéhovs xpuwodpevs *prituye Burn, ke. Biurixx pèv oùv xpiréprua uv ÉynTe, Tobs “&Eoubevauévous ëv 79 éxxhnola, moûrouc “xabilere.
5. Iloès évrporhy bptv Aéyw. Obrws obx Eve v buiv oùdele “oopéc, Ês duvisetar *Sianpivar *&va péoov roù &dehpoÿ aëroë; 6. *AXAX ddehodc per AdEApOÏ xoÛvETOL,
al vobro mt émioruv; 7. "Hô pèv oÙv Gluc Arrqua buiv dom, Ott xpipata ÉYETE
essentiellement eschatologique, et cette mention, jetée comme en passant, révèle déjà la place que tenait l'eschatologie, même à Corinthe, dans l'enseignement de Paul : {voir au ch. xv). L'Église, Christ mystique (v. ch. xn, v. 12), corps mystique du Christ, participera au pouvoir royal et judiciaire de son chef; on peut même ajouter, avec Bachmann, que les saints, d'une certaine façon, sont les agents du gouvernement de ce monde; c'est l'idée du Millenium d'Apoc. xx (voir notre Commentaire). Mais il ne faut pas voir ici, avec Hofmann, la promesse d'un millénarisme matériel (qui se trouve exclu au ch. xv, infra), ni rabaisser la promesse, comme Bengel, au développement historique de l'Église qui un jour comprendrait des états et des juges chrétiens.
—— À. 8. puftys, classique, ne se rencontre qu'ici dans le N. T; littér. cette locution elliptique signifie à peu près : « sans parler de... », — fiwruwd, les affaires de La vie quotidienne, — Jugement des Anges (cfr. Zsaïe, xxiv, 21 s), Hen. Efh. xct, 15, al; Jude 6; u, Pet. xt, &.
B. 8. Ce jugement, étendu au monde entier, s'exerce aussi sur les Anges. Les Grecs, avec beaucoup de Latins et de modernes (J. Weiss, etc.) l'entendent seulement de la condamnation définitive des Anges mauvais (Jude, IL Pet.); maïs l'Ambr, s. Thomas, Lyr., Corn. a Lap., Cornely, Lietzmann, Toussaint, Sickenberger, Bachmann, etc., y voient les anges en général, et cela va mieux au contexte. Tout i jugement a été remis au Fils (Jean, v, 22, 27); par lui l’action bienfaisante des anges fidèles sera révélée à l'univers entier, et les élus la loueront avec le Juge, tandis qu'ils approuveront la sentence de perte éternelle portée contre les anges déchus, dont sera alors montrée en plein jour toute la malice impuissante,
Des hommes appelés à cette haute perspective d’avoir part au jugement éternel du monde devraient se faire un peu plus confiance les uns aux autres pour trancher des difficultés relativement insignifiantes, en des choses d'argent, etc.
À. 4. xpiripuu au même sens que ci-dessus ; — robs é£oufevnpévous y ti ÉxxAnote : « ceux qui, étant dans l’église (membres de l'église), y sont comptés pour rien ». Le verbe Efoud(0}své(o)w — éfoudevitw plus classique, se rencontre plusieurs fois dans les LXX, Luc xvur, 9; xx, 44, et aussi chez Josèphe, — xabitere a été pris pour un indicatif par ceux qui (de Luther à Schmiedel, Lietzmann, Sickenberger, J. Weiss, qui trouvent l'ironie difficile à reconnaître, et même les Anglais Rob.-Pl.) n'ont pas saisi l'ironie de Paul, et croient qu'il s’agit toujours du reproche d'établir des païens comme juges des affaires; d'autres, Bousset, Loisy, Nestle, font de cette phrase une interrogation : « Allez-vous choisir comme juges ceux qui sont méprisés ? » ou ceux qui ne comptent pas dans la communauté?; Paul sous-entendrait que des gentils sont trop méprisables pour juger, et que, si l'on évite naturellement de choisir pour trancher les affaires les membres les moins considérés de l'église, il faut écarter encore plus les païens. Cette dernière interprétation supposerait qu'il y a des tribunaux constitués dans l'église, et qu'on appelle les plus dignes, comme il convient, à y siéger; or, tout le contexte, et spécialement le verset suivant, montre que de pareils tribunaux n'existaient pas. 11 faut donc certainement comprendre xabltere non comme un indicatif, avec ou sans interrogation, mais comme un impératif, une boutade ironique de Paul qui, plus que certains interprètes anciens et modernes, possédait « a sense of
vez-vous pas que nous jugerons les Anges? À plus forte raison Les choses de cette vie. 4. Au cas donc où vous constitueriez des tribunaux pour les choses de cette vie, ceux qui comptent pour rien dans l’église, assoyez-y ceux-là.
5. Je [le] dis pour vous faire honte. Aïnsi parmi vous ne se trouve pas un expert, qui pourra décider entre ses frères? 6. Mais on se fait des procès de frère à frère, et cela devant des incroyants? 7. C'est déjà bien, absolumént, vous amoindrir que d’avoir des procès les uns contre Îles
humour ». Ainsi la plupart, Chrys., Theodt., Augustin, Vulg., Bèze, Calvin, Estius, Bengel, Wettstein, Cornely, Lightfoot, Alford, Lemonnyer, Sales, Callan, Bachmann, Gutjahr, Toussaint, etc.
B. 4. L'idée de Paul nous semble aussi claire que possible : « S'il vous faut avoir des tribunaux pour les choses temporelles — (il vaudrait certes mieux que vous n'en eussiez pas besoin, vous meltant tous spontanément d'accord), — alors choisissez pour y siéger ceux qui ont le moins de considération dans l’église »; car ces choses-là, pour vous qui aurez à juger le monde, doivent apparaître comme bien insignifiantes; « les derniers d'entre vous devraient être assez bons pour cet office « (Gutjahr). Mais on vous voit au contraire y attacher une telle importance, que vous ne jugez personne d'entre vous assez qualifié pour en décider, puisque vous allez les porter devant « ceux du dehors » (voir v. 5). — L'ironie est forte, mais pas trop forte pour un Paul. Il n'y a même pas lieu de l'adoucir en prenant, avec Bachmann, les ëkoubev. pour les bons et simples chrétiens, sages dans le Christ, qui sont « méprisés » par « ceux qui s’enflent ». L’intention certaine de Paul est de présenter ces affaires-là, au sujet desquelles on se passionne et on se divise à Corinthe, comme des intérêts de rien qu'on pourrait laisser régler par des gens de rien.
——— À. 5. Ce verset montre assez, par sa teneur, que le précédent ne pouvait être interrogatif, — roùs évrpozdv, cfr. xv, 34, et supra, 1V, 44 oùx évroéruv. — Eu (D, al : ës1) signifie le verbe (Hérodien), comme tnt et séoa (barytons) pour Ereuor et népsuut; il se trouve dans des inscriptions attiques dès le ive siécle avant notre ère (Abel, p. 82). Paul l’emploie encore Gal. ur, 28 (ter) et Col. arr, 11; cr. J'ac. 1, 17. — oùdeis, omis D*, est douteux pour J. Weiss. — oow6ç, ici « expert », versé dans le droit, et surtout doué de sagesse pratique et d'équité. — Gtaxpiva : ce verbe signifie d'abord « séparer », mais, par extension, « décider », et enfin « rendre un arrêt », Platon, Leg. 767 c: cfr. 1v, 7 supra, puis x1, 29, 314, xiv, 29, où il ale sens de « distinguer » ou « apprécier, juger »; Rom. 1v, 20 (« hésiter », « tergiverser »), xrv, 28, (« douter »); en dehors de ces exemples de Paul, il se rencontre encore 12 fois à la voix active ou moyenne, dans le N. T., avec tous les sens qu'il peut recevoir. — ävà udoov toù àBehpod «iroÿ est une locution bizarre à première vue; on peut comparer Æcclésiastique, xxv, 17 : dvè pécov toù nAñorov adroë, où le sens de rAñotov est évidemment collectif (mais non Apoc. vu, 17, Tov và pécov voù Opévou, sens local, « au milieu »). Si ä5elvoÿ est un singulier à sens collectif, on pourrait en rapprocher, en classique, le même emploi pour des mots tels que Béxpuov, « les larmes », à {nros, « la cavalerie », etc., mais avec ädsAvoë, ce serait encore plus hardi (Abel, p. 163; voir Kühner-Gerth. 1, pp. 18-suiv.). Peut-on Supposer avec Schmiedel qu'il y ait une erreur d'écriture, le texte ayant d’abord porté Tév adekpüv? ce qui aurait pu être changé par mégarde on rèv &brAgé (à cause de la confusion de w et de o dans la prononciation de l'époque), enfin corrigé (mal) en voù &deApoë {v et u cursifs étant faciles à confondre)? C'est compliqué. Ce peut étre simplement une négligence (7. Weiss), à moins que ce ne soit une brachylogie ou un sens collectif; lequel évoquerait la tournure d'Æceli. ci-dessus, comme Le note Bachmann.
B.6. « Je ne dis point cela pour qu'on le fasse, mais pour vous faire rougir » {ainsi
pe’ éautv. Aux té obyt pahkov adireïode; Dia Tl oùyi ado émoorepetole; 8. AXAX bpeis ddtueite not dmoovepeire, mal toÿro adehgobc.
9. YH ox oldare, oru ddxor Geoù PaorAciay où xAnpovouocuorv; Mi thaväcôe" obre opvol oùte elduhokdrpar obre poryot obte ahaxot oÙre apoevouoïto, 40. oÙre xhémror obte mAcovéxrar, “ob pébuoou, où Aofdoper, oùy dpmayess Paorhetav Beoë XANPOVOLÉOUGLY.
11. Koï vadra mves fre 4h) ëmehobcacde, GANX yrdoômre, ARX Edixarwmre ëy to dvéparr voù xupiou ‘Inooë Xpuoroë nai Ev ro mvedparc toù Beoë Auüv.
s. Thomas, Estius, al,). Il est bien clair en effet que les Corinthiens ne prenaient pas les « gens de rien » de l'Église pour juger de leurs débats, et que Paul n'aurait pas approuvé cette pratique; c'est pourtant bien d'eux qu'il parlait (non des autorités officielles qu’il n’enseignait pas à « mépriser » comme telles, d'après Rom. xur, 1-ss., Gutjahr) ; il sent le premier que son ironie a été vive, et l'explique nettement par son désir de les humilier. On dirait en effet, à les voir recourir ainsi aux tribunaux officiels, que pas un d’entre eux n'est estimé assez expert, impartial, prudent et ‘ charitable, pour trancher au meilleur avantage de ses frères des questions de peu d'importance, dont le sentiment de fraternité devrait rendre la solution si facile!
.__—— À. 6. Remarquer la force de #aï roüro, cfr. v. 8. — Bonne observation de J. Weiss : les versets 5b-6 et 7-8 forment un parallélisme symétrique à trois membres : 1. une question. — 2. dd... — 3. xat roüro.., ce dernier membre notant
le « comble » (comme on dirait en langage familier) du tort signalé par le deuxième.
.. B. 6. « Frère contre frère »; on sent déjà toute la tristesse de Paul. Mais que des «infidèles » (il ne dit plus « injustes »), que le spectacle de la charité chrétienne devrait porter à s'ouvrir à la foi, soient pris comme témoins et juges de ce défaut d'amour fraternel, cela dépasse tout.
mm À, ‘7. Élu omis À, pes., eth. — frrnpa cfr. Rom. x1, 12 (opposé à rAñpoua), Isaïe, xxxt, 8 (M.-M., le sens est « défaite »); ici il signifie soit « dommage » {Bachmann), soit « amoïindrissement », « recul » ou défaite au sens moral. Ce terme, comme le verbe fträcôa, était fréquent dans cette acception chez les stoïciens; et Hôn, comme le note aussi J. Weiss, fait égalément partie du style de diatribè d'Epictête. Le verbe ädéw peut être transitif même dans la langue classique; ici le passif adixeïoûe prend le sens causatif (Abel, p. 348) do « se laisser faire tort ».
B. ‘7. Ces versets ont une certaine couleur stoïcienne, tant pour la langue que pour l’idée; mais l'inspiration est différente, et beaucoup plus haute, étant celle du Sermon sur la montagne (Mat. v, 39-42); car Paul ne préchait pas seulement la mort du Christ, mais il avait grand soin, quoi que certains aient prétendu, de prendre les exemples, les préceptes et. les conseils évangéliques (c’est ici un « conseil ») comme matière fondamentale de sa prédication, Il n’en incorpore pas moins à sa morale cette noble vue stoïcienne que la faute ou l'imperfection sont des abaissements de la personnalité (J. Weiss; cfr. vi, 42, à propos de chasteté) : « Déjà c'est bien vous amoindrir (comme chrétiens) que d’avoir des procès entre vous ». — Naturellement il faut ajouter avec Cornely que Paul ne condamnait point pour cela en principe tout recours aux autorités judiciaires, qui peut devenir en certains cas une nécessilé ou. un devoir, — contre le tolstoïsme et les doctrines similaires qui abusent du Sermon sur la Montagne par défaut de distinction entre préceptes et conseils, Tout le chapitre: précédent le montre d'ailleurs assez ainsi que les versets 1 el 5.
B. 8, Eux qui devraient comprendre et pratiquer le conseil évangélique, ils ne se contentent pas de défendre àprement leurs droits réels ou prétendus, mais ils commettent eux-mêmes des injustices et des spoliations, — « et cela contre des
autres. Pourquoi, bien plutôt, ne supportez-vous pas l'injustice? Pourquoi ne vous laissez-vous pas bien plutôt frustrer? 8. Mais c'est vous qui faites l'injustice et qui frustrez; et cela à des frères!
9. Ou bien ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point du royaume de Dieu? Ne vous abusez point! ni débauchés, ni idolâtres, ni adultères, ni efféminés, ni amants de garçons, 10. ni voleurs, ni gens cupides, pas d'ivrognes, pas d’insulteurs, pas de larrons à hériter le royaume de Dieu. |
11. Et cela vous l'étiez, quelques-uns... Mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés dans le nom du Seigneur Jésus-Christ et dans l'Esprit de notre Dieu.
frères! » L'amertume de ces paroles, et la généralité de l'expression, fait supposer que de pareilles fautes n'étaient pas exceptionnelles dans l’église de Corinthe.
—— À, 9-10. ph rhaväsde (passif). Epictète: ph rhaväole &vôpes. C'est le style de diatribe qui continue. — L’énumération des vices a ceci de particulier dans la forme que les sept premiers membres sont précédés de oÿre, et Les trois derniers du simple où (D* met partout oùdé; maïs c’est une correction évidente; B et quelques autres est oûte péluso:); on ne voit aucune raison de sens ou de rhétorique pour ce changement; /. Weiss se demande si les trois membres précédés de où auraient été ajoutés après coup, ou s'ils formaient un trio conventionnel. Inutile de se creuser la têle; Paul, dans son ardeur oratoire, abandonne plus d'une fois une construction commencée, et nous y voyons tout simplement le signe qu'il improvise, sans chercher le moins du monde à s’astreindre à une loi constante de style, « oral » ou autre. — Cfr. Gal. v, 19-21. — äpoevoxoirns est un mot rare en dehors des auteurs chrétiens, cependant on le trouve encore Oracles sibyllins 1, 78, et Anthologie 1x, 686; il est de formation poétique. .
B. 9-10. La discorde et l'injustice n'étaient pas les seuls défauts dont la manifestation fût à craindre en cette église troublée. Aussi Paul étend-il encore — tout d'un coup, à sa manière — le sujet de ses reproches, auxquels, pour ménager un peu ses lecteurs, il donne la forme d'un avertissement, très menaçant du reste. Catégoriquement il donne une liste de péchés qui excluent du Royaume de Dieu, et que l’on peut par conséquent appeler « mortels » de leur nature, puisqu'ils mènent à la mort éternelle. La vigueur et l’insistance marquées par l'apostrophe « Ne vous abusez. point », ou « ne vous laissez pas abuser », font croire que, dans cette Corinthe, à côté de la pratique trop large, il y avait aussi des enseignements « laxistes »; la fin du même chapitre, sur la luxure, et la discussion des idolothytes (ch. vur, ss.) l'établiront d'ailleurs sans conteste. On trouvait des théoriciens pour dire « tout m'est permis », abusant du principe de la liberté chrétienne, si chère à Paul, ou de leur « gnose ». Qui étaient-ils? Probablement le parti des antinomiens ou des libertins (celui du Christ? V. Exc. 1v). Ainsi pensent s, Thomas, Cornely, Sickenberger, Gutjahr, etc, Déjà Chrysostome et les autres Grecs, l'avaient vu, après Origène qui s'exprime ainsi : « Ne vous laissez pas égarer par de persuasifs discours qui vous disent que Dieu est miséricordieux, bienveillant, aimant, prompt à pardonner les péchés ». Rob.-Pl., qui le citent, ajoutent que des Judaïsants (cfr. Rom. III) avaient pu introduire dans cette église l'idée que la foi seule suflit; la chose n'est pas impossible, car la Ile Épitre aux Corinthiens nous montrera quelque collusion entre deux genres d'extrémistes adversaires de l'Apôtre, les paganisants et los judaïsants, qui se seraient fait pour Le combattre des conces -
sions mutuelles; on voit souvent pareille chose dans l’histoire. $. Thomas voit ici en général ceux qui prétendaient que Dieu ne s'occupe que de loin des choses humaines, ou que la foi sans les œuvres, ainsi que les sacrements, les œuvres de miséricorde, suffisent, tandis que tout cela est inutile sans la charité (v. ch. x).
Quoi qu'il en soit, ce passage est important contre toute théorie de « justice imputée ». Les croyants « héritiers » du Royaume peuvent, par leur faute, en être déshérités (Rob.-PI.) — J. Weiss appelle ces versets un « morceau de catéchisme de Ia chrétienté primitive ». Paul s'élève contre tous les « injustes » (&buot du v. 9, ici distributif}, qui sont les pécheurs charnels, les « idolâtres » (v. ch. x}, les voleurs, etc.; on retrouve les mêmes vices qu’au chapitre précédent, et en plus les adultères, les péchés contre nature, les larcins. L'Apôtre a sûrement choisi ses termes d'après les genres de corruption qui dominaient dans cette remuante ville d’affaires, consacrée au culte d'Aphrodite; Cornely et Sickenberger relèvent l'association des fautes contre le sixième et le septième commandement, auxquelles pouvaient se mêler des restes d'idolâtrie luxurieuse. Sombre et répugnante est l'énumération; mais elle n'étonnera point quiconque connaît l'immoralité antique, et les dangers de perversion auxquels les chrétiens eux-mêmes restaient plus ou moins exposés dans une telle ville. -
A. 11. Ce rives non construit, et ainsi mis en vedette, est plein d'effet (Liets:mann). Est-ce une menace contre « certains » que Paul connaît personnellement, et qui no seraient pas encore très bien convertis? Plutôt nous y verrions une restriction indulgente, — Le triple &kA&, « mais », est très oratoire.
B. 11. « Vous étiez cela pourtant, — quelques-uns » Parmi les. païens adultes convertis, on en aurait trouvé certainement « beaucoup » qui s'étaient livrés autrefois à tous ces vices, et qui risquaient d'y retomber, si leur vigilance continuait à sc ralentir; mais Paul, par ménagement, veut avoir l'air de croire que c'était là seulement le fait de « quelques-uns », qui doivent tout particulièrement veiller à conserver pure leur existence nouvelle.
Mais — ils se sont « lavés » de toutes ces abominables souillures; ce mot est certainement une allusion au baptême, dont les effets sont la sanctification et la justification. Ainsi les anciens, s. Thomas et les médiévaux, à peu près tous les modernes. Théodoret voyait même dans les derniers mots la formule trinitaire (approximative) du sacrement, et Godet l'a suivi. Les trois personnes divines sont nommées; Car ru a certainement ici le sens de « Saint-Esprit ». Les trois verbes, tous également à l'aoriste, montrent la coïncidence, ou même l'identité, des événements qu'ils expriment : être lavés, sanctifiés, justifiés (Roë.-P1., al.) — Meyer- Heinrici cherche à défendre ici la conception luthérienne de la justification, et Bachmann encore veut interpréter édirat0nte à la protestante; J. Weiss voit la difficulté de pareils essais, et s'en tirerait pour sa part en voyant ici une contradiction (qui n'existe pas) avec l'Épitre aux Romains. Cornely, Gutjahr, d’autres catholiques, notent plus justement que c’est un passage classique contre la « justice imputative ». L'effet du baptême, qui nous incorpore au Christ, est de créer un état initial de justice et de sainteté intérieures et surnaturelles.
Paul souhaite que tous les baptisés de Corinthe se le rappellent. Courte et chaleureuse exhortation qui rappelle celle du ch. 1, 30-81 (v. supra),
Exc. vi. — LE POUVOIR JUDICIAIRE ET COERCITIF DANS L'ÉGLISE DE CORINTHE.
En plus de la valeur intrinsèque de leur doctrine expresse, ces pages de notre épître, de v, 1 à vi, 11, nous apportent un témoignage plus ou moins direct, mais fort précieux, sur le pouvoir disciplinaire, judiciaire et pénal exercé par Paul et les communautés organisées par lui à l’égard des croyants individuels. Il est assez probable que Paul, comme sur bien des autres points, ne faisait en cela que s’accommoder à l'usage général des apôtres fondateurs d'églises. |
Voici tout d'abord ce que le commentaire nous a appris touchant l'exercice du droit pénal dans une communauté chrétienne. Ainsi que nous l’avons expliqué, il s’agit d'un pouvoir ordinaire, et non de punition miraculeuse comme la parole de l'Apôtre Pierre en fit tomber sur Ananie et Saphira. Paul excommunie l’incestueux; il pouvait le faire tout seul (de fait, il a arrêté la sentence avant de consulter l'église), mais il juge que l’église doit confirmer, promulguer et exécuter son arrêt. Celui-ci sera rendu au nom de l'Apôtre et de l'église à la fois, ou bien au nom de l'église réunie sous la présidence morale de l'Apôtre, et armée des. pouvoirs du Christ pour lier et pour délier.
Ce premier « tribunal ecclésiastique » que nous connaissions dans la chrétienté n'était donc point indépendant de saint Paul, qui pouvait se passer de lui .pour prendre les plus graves décisions disciplinaires; la constitution de la communauté corinthienne n'était donc pas démocratique. Pourtant ce tribunal a existé, Paul n’a pas voulu que sa sentence devint exécutoire sans passer par lui, et il s’est réuni (était-ce la première fois ?) sur l’ordre de l'Apôtre. Sur la manière dont il pouvait être composé, voir le comm., ci-dessus (1).
Ainsi le chap. v de notre épître nous renseigne sur les origines apostoliques de la juridiction pénale ordinaire exercée par l'église sur ses membres. Elle peut, au nom du Cbrist, infliger les peines spirituelles les plus graves, chasser un indigne du corps mystique, le « livrer à Satan » (par le fait même, comme nous l’avons expliqué).
La suite du chapitre, avec cette sorte d'assimilation que fait l'Apôtre entre diverses classes de pécheurs publics et l'incestueux dont il a d'abord parlé, et auquel il revient à la fin, laisse croire qu'une mesure aussi grave que leur mise en quarantaine ne pouvait non plus être prise sans un jugement de l'autorité; car elle entraînait l'exclusion des repas communs, et par conséquent de l'Eucharistie, Ces excommunications moins graves et moins solennelles devaient être portées par l'église elle-même, sans intervention de l’Apôtre, qui avait seulement donné un précepte général, laissant aux chefs religieux de Corinthe le soin de l'appliquer dans les cas voulus.
Plus tard, dans la Ile Epitre aux Corinthiens, Paul annonce qu'il procédera dans les formes. avec enquête et comparution de témoins, contre les délinquants qu'il devra réprimer (II Cor. x, 4-2). Il ne dit pas s’il agira seul Comme juge, ou s'il s'associera encore la communauté en certains cas. De même, nous ne savons s’il avait procédé seul ou non quand il excommunia
(1) Id., Belser, dans son comm. sur IL Cor.’(où il a eu Lort cependant de réintroduire celte affaire de l'inceslueux).
4140 ÉPITRE AUX CORINTHIENS, Vi, 1-11.
Hyménée et Alexandre à Ephèse. — Mais ces quelques données, si obscures et éparses qu'elles demeurent, nous révèlent l'organisation apostolique d'un pouvoir coactif et pénal dans l’église, conformément à la parole du Christ :'« Dic ecclesiae » (Voir Mat. xvrr, 15-20).
Là ne se borne point ce que l'Epître nous apprend d’une organisation judiciaire parmi ces premiers chrétiens, puisque, au ch. vi, l’Apôtre leur reproche de recourir dans leurs dissentiments au jugement officiel des païens et non à celui de leurs frères dans la foi. Qu'il ne s'agît pas toujours, pour les cas envisagés, de simple arbitrage privé, mais parfois de la répression de véritables : délits, c'est ce qui ressort, croyons-nous, de la fâcheuse énumération qui vient à ce propos, et où, parmi les « injustes », nous trouvons des adultères, des sodomites, des voleurs, etc. — crimes qui n'étaient pas tous du passé, avant la conversion des néophytes, comme Paul le laisse assez entendre dans cette épître, et le dira expressément dans la seconde {II Cor. xur, 21). Ils devaient nécessairement être punis une fois dénoncés, même s'ils ne tombaient pas sous le coup des lois grecques et romaines. Et Paul veut encore, autant qu'il est possible, et lorsque des chrétiens seuls sont en cause, réserver ces jugements à la communauté. Sa manière de parler laisse entendre qu'il n'existait pas encore de « tribunaux » réguliers pour cet office, ou que, s'ils existaient, on ne s’en servait guère; mais il commande ou bien d'en établir, ou de s’en servir. Les peines qu'ils avaient à porter, outre la réparation des dommages causés et peut-être des amendes, devaient être ces deux sortes d'excommunication dont il a été question au ch. v.
Pour cette réglementation, Paul a pu s'inspirer, peut-être des statuts de certaines confréries grecques, mais plus sûrement du droit juif alors en vigueur, et qu'on connaît par les anciens écrits rabbiniques, et des historiens comme Schürer, Juster, Strack et Billerbeck, etc. Nous savons que, en matière de juridiction, non seulement gracieuse, mais contentieuse et pénale, les Juifs, avant l'an 70, avaient leurs tribunaux à eux, qu'ils avaient fait reconnaître par l’autorité romaine, et que, au moins en certains lieux comme Alexandrie, ils pouvaient en exécuter eux-mêmes les décisions, Même après la ruine de Jérusalem, ce droit subsista en grande partie dans la Diaspora. Paul veut que, parmi les chrétiens, se fonde quelque institution du même genre. Naturellement il n’est pas question, comme pour les Juifs, de faire reconnaître force de loi aux sentences chrétiennes par l’autorité profane; mais au moins, quand les matières le comportent, on évitera ainsi le scandale des païens, leurs regards malveillants dans l’intérieur de la communauté, les décisions incompétentes de leur indifférence à la loi du Christ, de leur dureté ou de leur injustice; et surtout le sentiment de la fraternité chrétienne sera sauvegardé, même dans le redressement le plus sévère des torts.
(Voir pour les ch. v et vr, 1-11, et cet excursus, les commentateurs nommés; — plus : Herruürcer, /m Namen Jesu; Diseurus, Geisterwelt; Déissuanx, Licht vom Osten; v. Dosscaürz, Urchristliche Gemeinden; Evenune, Paulinische Angelologie und Düämonologie; Scnüner, Gesch. des jüdischen Volkes, 11°, pp. 56-suiv,, Jusren, Les Juifs dans l'Empire romain, ch. x, SIN, t. IF, pp. 110- 415; Srrack-Bircenvecx, Komm. sum N. T. aus Talmud und Midrasch, MI, pp. 343-358, 364. s., etc.).
D. cn. vi, 12-20. LES FAUTES CONTRE LE SIXIÈME COMMANDEMENT.
INT. — Paul revient au premier reproche par où avait débuté cette section, celui de ropvela, dont le cas le plus scandaleux avait été une union publique incestueuse. Maintenant, il généralise, et donne les principes suprêmes qui commandent toute celte matière du sixième commandement. : .
Sa morale est remarquable de hauteur, d'ampleur et de pénétration. Il à trouvé le secret de déduire du principe mème de la liberté chrétienne la condamnation des vices charnels, puis, montant plus haut, il la déduit de l'union au Christ, — qui est, comme on sait, l'idée centrale de toute cette épitre.
A. 12. Nous avons mis les premiers mots entre guillemets (voir à B) et traduit #eott par «est en mon pouvoir »; de fait Eeort signifie « est permis », et il serait plus clair de le traduire de la sorte; mais il fallait aussi conserver l'espèce de jeu de mots entre Efeorr et éfoustaclhoouat. Chrys. avait le premier noté cette paronomase (oüola vient du participe féminin de eu), et tous, depuis, la reconnaissent; Cajetan avait même cherché à la rendre par le jeu de mots forcé : « Omnia mihi licent, sed non ego ab ullo fiam licentiosus ». — rivos peut être pris également bien pour masculin ou pour neutre; aussi les uns traduisent « par personne » et les autres « par rien ». — Quant aux premiers mots « omnia mihi licent », on peut les prendre, avec la majorité, pour une affirmation : « Tout m'est permis » (ce que Paul aurait dit souvent lui-même), ou, avec Théodoret et quelques autres, Bisping, Schaefer, pour une question : « Tout m'est permis, (dites-vous)? — oui, mais. »
B. 12. Encore un nouveau début, une nouvelle volte-face par où l'Apôtre (comme
, et vi, 1) se retourne vivement vers ces Corinthiens à mœurs larges dont la mauvaise réputation, comme il l'a dit au début du chapitre précédent, s'étendait au loin. Ils voudraient justifier leur licence par des sophismes, et paraissent ignorer la vérité qui est l'essence de leur foi théorique. Paul va la leur rappeler, en montant, d'un de ses coups d’aile familiers, au plus haut sommet de la morale et de la mystique.
L'absence de toute particule reliant ce développement au précédent n'autorise pas Le moins du monde l'opération de J, Weiss etde Goguel qui voudraient assigner ce passage à une lettre antérieure. J. Weiss (qui a pourtant très bien vu le rythme a b a, v. supra, Int. à vi, 1-11), croit relever dans ce morceau les traces au moins probables d'un stade plus primitif de la communauté, où les tentations d'impureté auraient été plus pressantes, faute d'un enseignement précis de l'Apôtre sur ce sujet (comme sur les « idolothyles », v. ch. vin); aussi Paul a-t-il senti le besoin de leur exposer les principes même de la matière, et cela sur un ton calme, comme il convenait à une première instruction. Impossible! beaucoup d'expressions montreront que l'Apôtre était entré déjà très profondément dans ses instructions sur la dignité du chrétien avant d'écrire les présentes lignes; et d'ailleurs, comment supposer que, durant les dix-huit mois et plus qu’il avait instruit de vive voix les citoyens de cette ville dissolue, il ne leur aurait donné que des directions insuffisantes dans une pareille matière, si capitale pour les mœurs chrétiennes? C'est le grand faible du riche commentaire de Weiss, que d’être si souvent déparé par des transpositions arbitraires ne s appuyant que sur des particularités insignifiantes du texte ou une psychologie peu creusée,
. La vraie situation est celle-ci :
Paul, prêchant à Corinthe la délivrance du péché et des observances anciennes,
142 ÉPITRE AUX CORINTHIENS, Vi, 12-20.
, ky Cu. vi, 12. Ilavro pot con, GAN où mévra oupoéper. [lévra por “Ééeorv, &AN oùx Eye “éEovoiacdfoomar br Tivos.
43. To Bouuara 77 noukix, nat À noula vois Bowuaoi. ‘O DE Bebc nat Taütny za (d , 19 $ À radta “xarapyhce. To dE oùua où T7 mopyeix, GG 1ù xvplu, Kat à KÜptos Tà. l a: 1? i po; i
avait dû souvent répéter des sentences comme : « Tout m'est permis » — par comparaison, il va sans dire, avec les servitudes d'autrefois. Des libertins ou antinomiens s'étaient emparés ‘de ce propos pour lui donner une extension absolue et illégitime (Ainsi Cornely, Rob.-Pl., Gutjahr, Bachmann, Lemonnyer, Sales, etc, avec plus ou moins de décision). J. Weiss y voit, plutôt qu'un aphorisme de Paul lui-même, un mot usuel de certains « pneumatiques » prétendus de Corinthe, qui, imbus de gnosticisme grec, se figuraient que le « spirituel » est au-dessus des. règles de la morale; cela est possible encore, mais n'exclut pas que Paul ait. prononcé lui-même de telles paroles, que ces libertins s'empressaient de tourner dans leur sens. Peut-être ce mot avait-il été rapporté dans la lettre des Corinthiens à l'Apôtre.
Celui-ci le répète, soit sous forme de question, plus ou moins ironique (T'héodoret, al.}, soit sous forme d'’assertion positive, mais qui demande à être bien comprise (Bachmann, Gutjahr). Il y apporte tout de suite cette restriction que les choses utiles ou bonnes (ce qui ouuvépe) sont seules permises, car on n’a pas le droit de nuire ni à soi-même ni aux autres (Bachmann). Et ce seraïît évidemment se nuire d’une manière absurde que de se mettre, sous prétexte qu'on est libre, dans l'esclavage d'une personne ou d’une chose quelconque (6x vrtvos). Paul exprime cela d'une manière antithétique saisissante (Lietzmann pense qu'il a forgé pour cela à éfouotérw un passif, forme qui en effet n'apparaît pas ailleurs).
Il abondaïit ainsi dans le sens de la meilleure sagesse grecque, et proposait, avec d'autres termes, l'idéal cynico-stoïcien : « Mihi res, non me rebus, submittere conor ». (Lietzmann, Rob.-Pl., Toussaint, Sickenberger, etc.). Heinrici, J. Weiss, al., notent avec justesse l'habileté de l'Apôtre, qui va combattre avec leurs propres armes ceux qu'il doit réfuter, par un dicton de philosophie stoïco-populaire qu'ils employaient également, eux et lui.
Ce qui va être tout nouveau, c'est l'application : le oûx éfouotasldoouar, « je ne me laisserai pas asservir » (du fait même que je suis libre), lui servira de mot d'ordre contre la licence charnelle. Rien n’est plus certain que cette intention de Paul, d'après les vv. 15-18 — quoique anciens et médiévaux n'aient pas bien saisi le lien de ce v. 12 avec ce qui va suivre. Les prôneurs de la liberté ne s’atteudaient pes à cette argumentation lumineuse.
C’est un des aspects les plus nobles de la morale paulinienne que cet appel à la dignité humaine et à la délivrance de tout ce qui est inférieur, comme à la conséquence non d'une indépendance orgueilleuse qui laisse l’homme esclave de lui-même, mais de la liberté parfaite acquise dans le Christ, par l'union et la charité. On peut dire que toute sa morale est là, comme nous le verrons encore mieux plus loin. Déjà, à propos des discordes, il faisait appel à la dignité du chrétien (supra, v. 7, l'frrnua). Ces deux idées fondues l’une dans l'autre, d’appartenance au Christ et de haute indépendance qui en résulte à l'égard de tout le reste, vont lui dicter ce qui a jamais été dit de plus profond touchant la morale du Sextum Mandatum.
À. 13. Karopyhoe : ce verbe xatapyeiv, comme nous l'avons vu 1, 28 et 11, 6, ne signifie pas toujours nécessairement « détruire » (Vulg : destruet), mais le sens premier, qui convient ici, est « laisser inactif », « réduire à l'inaction ».
Cu. vi, 12. « Tout est en mon pouvoir » — mais tout n’est pas profitable. Tout est en mon pouvoir. — mais je ne me livrerai, moi, au pouvoir de quoi que ce soit.
= 13. Les aliments [sont] pour le ventre et le ventre pour les aliments. Mais Dieu fera cesser l'usage et de ceux-ci et de celui-là. Quant au corps, il [n’est] point pour la luxure, mais pour le Seigneur, et le Seigneur pour
- B. 18. Paul répète d’abord un sophisme que les laxistes, à l'exemple d'ailleurs des cyniques (v. Diog. Laert., vi, 9, sur Diogène) et de plus d’un stoïcien, prétendaient appuyer sur la constitution même de la nature, pour rejeter la chasteté, vu que « Naturalia non sunt turpia », et qu'Aphrodite ne commande pas moins à la nature que Déméter. Souvent l'on entend raisonner ainsi.
Ainsi quand l’Apôtre parle de « ventre », il ne songe pas à combattre la gourmandise, ni à recommander l'usage modéré des aliments (cfr. Chrys. al); c’est un autrevice qu'il a en vue. User des aliments, c’est une chose bonne ou indifférente en soi, pourvu qu'on ne dépasse pas la mesure (peut-être Paul, en prenant cet exemple, pensait-il aussi à lancer une pointe aux distinctions alimentaires des Juifs, Rob.-P1.); c'est pour cela qu'a été faite La xx, l'estomac et les intestins. Maïs il n’est point permis d’assimiler la fonction génératrice à la nutritive (Sickenberger,. et presque tous les modernes) et de prétendre qu'il est indifférent de forniquer comme de manger, qu'il n'y a là aussi qu'à garder la modération. — Si Paul n'avait pas supposé qu'un tel sophisme avait cours à Corinthe (cfr. Gutjahr), alors sa comparaison serait un hors-d'œuvre assez inutile, pour ne pas dire un peu trop brutal.
« Le corps », lui, « n'est pas pour la fornication », comme l'estomac est fait pour digérer. Ge n'est point par pudeur que le mot de oäua, « corps », est ici choisi, mais parce que c’est bien tout le corps humain, en effet, cette partie de nousmême appelée à de si hautes destinées, qui est affecté par l'acte sexuel directement.
« Le corps est pour le Seigneur ». Il y a double antithèse entre estomac- aliments d’une part, corps humain et Seigneur de l'autre. Nous allons l'expliquer au commentaire du verset suivant.
À. 14. Au lieu du futur EÆeyspei, on lit le présent éfeyefpe À, D“, Q, (de : suscitat) et éffyzosv dans B (am. : suscitavit). La leçon commune est préférable, les deux autres ne donnent qu’un sens spirituel ou potentiel, qui affaïblit l'idée,
B. 14. Pour comprendre l’inanité du sophisme, il faut penser à la différence du sort réservé dans l'avenir, par l’ordination de Dieu, à ce viscère qu'est l'estomac, et à la totalité du corps humain. Ascension subite aux fins dernières, qui montre quelle place tenait toujours l’eschatologie dans l’enseignement apostolique.
Donc il y a cette antithèse :
le ventre et les aliments perdront leurs fonctions (parce qu'elles sont transitoires) ; le corps entier sera ressuscité, comme celui du Christ, pour rester uni perpétuellement au Seigneur, dans une activité surélevée.
Lorsqu'il est dit au v. 18 6 0 Qebs rabtny nat tabta xatapyioe, Paul ne veut pas dire que Dieu détruira l'organe estomac dans le corps glorilié, mais que la fonction utilitaire de cet organe, pour l'entretien de la vie mortelle, n'aura plus lieu de s'exercer. Cette idée d'un corps spiritualisé, soustraït entièrement aux besoins animaux, était étrangère aux Juifs et aux apocryphes (Bachmann), mais Le Christ avait dit, d’une manière analogue (Mat. xxut, 80) : « In resurrectione... neque nubent neque nubentur, sed erunt sicut angeli Dei in coelo » (V. comm. du ch. xv, infra).
Ce corps n'est pas fait principalement pour les actes transitoires, qui sont nécessaires encore, de la reproduction pour la durée de l'espèce (surtout si on les fait
cupart. 14. ‘O SE Gebc nat Toy abptov yerpev, ai QuXc Ébeyepei dx The duvduewc aoroÿ.
15. Obx olBare On Tù owpara duo p£An Xouoroù éoruv; “pus oùv ta pékin Ted Xptotoÿ rouhou méprns Mn; “ph yévouro. 46. "H ox oldure, bre à xoAAGUEVOS 17
sans règle et pour eux-mêmes, ropveia); c'est-à-dire qu'il ne remplit pas seulement un rôle utilitaire, comme était celui de l'estomac pour la conservation de l'individu. Sa destinée est plus glorieuse : « Il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour lui», Nous abordons ici une des idées les plus merveilleuses de la théologie paulinienne, qui se développe aux versets 44-16 et 18-20. Dès la vie mortelle, il est « pour le Seigneur », parce qu'il sert d’instrument à l'âme, à la personne, pour l'opération d'œuvres qui conforment graduellement la vie de l’homme racheté à celle du Seigneur; et « le Seigneur est pour lui » parce qu'’Il est le modèle, le principe de vie surnaturelle qui peu à peu le change en sa parfaite image ; il est même son aliment, vivifiant et transformateur et s. Cyrille voit dans cette phrase une allusion à l'Eucharistie, Aussi, au lieu de voir abolies ses fonctions, le corps les verra agrandies et restaurées après la mort, pour jouir, même dans sa vie sensible, de la société éternelle du Seigneur. Le corps de l'homme n'est donc pas un de ces biens indifférents dont on puisse user à la guise de chacun en vue d’utilités ou de plaisirs qui n'ont de place que dans la période initiale et inférieure de notre existence, celle où il n'est qu'un « corps psychique » soumis à des besoins et à des instincts animaux, celle de la corruption, de la bassesse, de la faiblesse, « de - Ja chair et du sang » (V. ch. xv, 43-44, 50).
Car « Dieu nous ressuscitera », c’est-à-dire nous rendra ce corps transformé, imortel, glorifié, en possession de toute La dignité qui est compatible avec la matière, et plus actif par conséquent qu'il ne le fut jamais dans l'existence terrestre. L'Apôtre parlera directement de ce brillant avenir au chap. xv, le chapitre de la Résurrection, Dieu nous ressuscitera tout comme il a ressuscité le Seigneur Jésus, et dans la même condition que notre Seigneur.
C'est donc bien méconnaître la valeur de notre corps que de le croire fait pour des plaisirs qui nous sont communs avec des animaux qui passent et ne revivront pas. |
Le corps dont il s'agit est bien le corps actuel, matériel, visible, qui, d'une façon mystérieuse, conserve son identité dans la vie ressuscitée; le chap. xv l'établira; il est bien la matière qui recevra la forme de « corps spirituel ». De là vient sa dignité. Donc il est oiseux et décevant d'entrer en des distinctions subtiles comme celles de J. Weiss ou de Toussaint, et d'attribuer à l'Apôtre la conception d'un corps immatériel, d'un oäua forme invisible de la « chair » visible (oéet), lequel devrait seul subsister après la mort, — ou de je ne sais quelle partie occulte du corps humain, qui, opposée à la partie sensible, serait un « substratum » servant de lien entre le corps actuel et le corps futur. Si c'était seulement cette entité mystérieuse qui était pour le Seigneur, on ne voit pas quelle conclusion Paul pourrait tirer de sa destination spirituelle contre les plaisirs de la « chair », odpf, qui ne se.confondrait pas, même dans la vie présente, avec cette entité (1). Et l'on tomberait facilement dans les confusions de Reützenstein sur le rvdua et le « corps pneumatique » se formant sous le « corps psychique » (voir l'Exc. V sur nveüua). D'ailleurs, - si l’on peut trouver quelque fondement à cette conception là dans
(1) J. Weiss insiste sur ce ‘que Paul écrit äp&s (et non to cûua uv) éfsyeper, comme ‘si ce ne pouvait pas êlre proprement « notre corps » qui ressuscitera; mais alors toute d'argumentation de Paul s'évanouirait.
ÉPITRE AUX CORINTHLENS, Vi, 14-16, 145
le corps. 14. Or Dieu, ainsi qu’il a ressuscité Le Seigneur, nous ressuscitera aussi par sa puissance.
15. Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ? jrai-je donc enlever les membres du Christ pour les faire membres d'une prostituée? Cela, jamais! 16. Ou ne savez-vous pas que s'attacher à la pros-
certaines gnoses, rien ne permet de l'atiribuer ni aux Grecs anciens, ni aux Juifs, dans le milieu de l'Apôtre.
Un autre point fort important à relever dans ce verset, pour l'étude de l’eschatologie paulinienne, c'est que l’Apôtre se compte lui-même, et compte ses lecteurs au nombre de ceux qui seront ressuscités (quäs t£eyepet) (1); il n’a pas donc l'air de croire toute proche la Parousie, où les saints vivants seront seulement « transformés » sans passer par la mort; il sera bon de s'en souvenir au commentaire du chapitre xv (51-53), dont la profonde doctrine est déjà si fortement amorcée dans le passage que nous étudions.
Il faut enfin remarquer que saint Paul, suivant la tradition juive, et contre le « spiritualisme » grec à la Platon, fait du « corps », du vrai corps, une partie intégrante de notre personnalité indestructible, puisqu'il écrit — quoi qu'en pense J. Weiss — que Dieu nous ressuscitera, pour dire qu'il ressuscitera ce corps. Ce qui est aussi tout à fait antignostique, et inconciliable avec les théories de l'école Reïtzenstein.
: A. 15. oùz oldaxe : cf. le début de 16 et de 19; l'interrogation accompagnée de où exige toujours, on le sait, une réponse affirmative. — uéln Xototoë, cfr. xu, 29, infra. — üpxs; le verbe aïoew est plus fort que Azuédvev; il entraîne une certaine idée de violence, ce qu'ont relevé Chrys,, Théophylacte, Toussaint, Gutjahr et plusieurs autres. — ph Tévorto, forme de négation que l'usage avait rendue très énergique, est une expression fréquente dans la diatribe; nous ne la trouvons qu'ici dans notre épître, mais 10 fois Rom., 2 fois Gal. Dans les LXX, elle est rare et jamais isolée; mais il n’en est pas ainsi dans les Entretiens d'Épictète.
B. 15. « Nos corps sont les membres du Christ », puisque « le corps est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps », supra. C’ est en tant qu'ils constituent des parties du « Christ mystique », de l'Église, comme on le verra spécialement aux chap. x, 47 et xn. Paul l'affirme îci de chaque individu régénéré; aussi n’avionsnous pas tort, au chap. nr, 16 (v. ad loc.) de comprendre l'habitation du Saint-Esprit comme une présence intime dans les âmes, ce qui sera encore confirmé plus bas v. 19.
« Vous ne le saviez pas? » dit Paul, comme étonné d'une pareille ignorance Cette manière de débuter révèle combien la doctrine de l'union au Christ était essentielle à son « évangile ». {1 l'avait certainement exposée dans sa prédication orale à Corinthe, où cependant il estimait n’avoir donné à ces vdria que du lait et des rudiments.
La phrase qui suit sent l’indignation contenue. « J'irais dérober, enlever, arracher les membres du Christ pour en faire les membres d’une prostituée? » Supposition horrible, dit CArysostome.
Nous comprenons dès lors pourquoi l'Apôtre a commencé par dire, au v. 12 « Je ne me livrerai à la puissance de personne ». Sous prétexte de liberté, et en méconnaissant leur dignité de membres du Christ, les libertins se font les membres, donc
(1) Tillmann se trompe en supposant, pour les besoins de sa thèse sur l'eschatologie de Paul, que éyelpeuv puisse jamais signifier « transformer » aussi bien que « ressusciler ». ÉPITRE AUX CORINTHIENS. 10
146 , ÉPITRE AUX CORINTHIENS, Vi, 12-20.
rhpvn Év cpé on; Évovrar yap, *gnotv, « où do els odpua piay ». 17. ‘O BE xohhwpevos Tù xvplu Ev mvedpa Éctiv.
48. Debyere rnv mopvelav. [Tav Gpéprmua, à “Eav moon &vBpwmos, Exrdç voù coparos éortv, 6 DE mopyebwv ec Tù Toy ou dpapréve.
la propriété, la chose, d'une autre personne, et d'une personne de si vile catégorie (1)!
Les deux idées qui commandent tout ce développement, celle d'indépendance, non moins chère à Paul qu'aux stoïciens, et celle d'union mystique au Christ, sont combinées dans ce verset concentré et saisissant.
Aux deux suivants, Paul va s'expliquer.
A. 16-117. oùx oldate, comme ci-dessus. — Kokïoôe se trouve dans les LXX au double sens d'union sexuelle et d'union religieuse. — Écovra urÀ, citation de Gen. 11, 24, où eîvar eîs == yivecda, — onoiv est impersonnel — « il est dit », ou bien il a pour sujet 0eés, yp«yf sous-entendus; expressions identiques ou analogues (Ïxn, Xéyer) I Cor. xv, 27; II Cor. vi, 2; Gal. mr, 16; Eph. 1v, 8; gnoiv est employé de même manière chez Philon, Epictète. — oépra synonyme ici de cäpa.
B. 16-17. Ces versets disent comment le fornicateur devient « membre » de la prostituée, et blesse ainsi sa dignité d'être autonome et de membre du Christ. Paul le prouve par l'intention de Dieu en créant la femme, d’après la Genèse. Il y a une antithèse d’une grande profondeur :
a) union charnelle coupable : elle abaisse les personnalités à quelque chose de matériel et d’inférieur, les changeant en un seul « corps »;
b) union au Seigneur : elle élève la personnalité de l’homme à un état supérieur et spirituel, puisqu'elle ne fait plus alors qu'un, d’une certaine manière, avec « l’esprit » du Seigneur.
Dans la première, en effet, l'homme se soumet, corps et âme, — comime si l'âme n'était qu'une annexe du corps, ordonnée aux plaisirs de celui-ci, — à la jouissance qu'il trouve à ne plus faire qu’un corps avec un autre corps vil et souillé; c'est comme si l’âme, l'esprit, ne comptaient plus. Dans la seconde, au contraire, qui se fait par l'âme, le corps lui-même, oublié et soumis, se trouve spiritualisé, préparé à la gloire de « corps spirituel » qu'il acquerra un jour (ch. xv) par son adaptation parfaite à l'esprit sanctifié et à la jouissance de Dieu.
Paul; qui ne craint pas la précision, justifie la première phrase par sa citation biblique. On pourrait contester la similitude: car, dans la Genèse, « former une seule chair » n’a aucun sens défavorable, c'est l’ordination même de Dieu, établie avant la chute de nos premiers parents. Mais Paul ne veut relever ici que le caractère physique commun à toute union sexuelle; légitime ou non, elle entraîné toujours la fusion de deux êtres humains « en une seule chair »; et si la chair avec laquelle on ne forme plus qu’une chair est indigne, on devient indigne soi-même, on tire l’âme en bas, dans le domaine de la matière à laquelle elle devrait commander, et non obéir.
Les libertins de Gorinthe, comme beaucoup de « gnostiques », auraient pu répondre qu’en donnant à la chair ce qui revient à la chair — comme à l'estomac les aliments, v. 13, — ils n'entendaient nullement engager leur âme ou leur esprit, qui reste au-dessus de ces choses comme au-dessus de la satisfaction d'un repas. Mais Paul (qui, malgré toute la concision de ses dires, nécessaire en cette matière scabreuse, n'a pas été sans prévoir celte défaite) aurait assurément riposté que, si l'on agit encore en homme et non en brute, l'âme, les sentiments, les pensées, l'amour
(1) Tout péché de fornication ne se produit pas nécessairement avec une « prostituée ». Mais Paul prend le cas le plus typique, si commun dans la ville où régnait Aphrodite parmi ses hiérodules,
tituée, c'est n'être [plus] qu’un seul corps? Car « ils seront », est-il dit, « deux à [former] une seule chair ». 17. Mais qui s'attache au Seigneur, [fait avec lui] un seul esprit.
18. Fuyez la luxure. Tout péché qu'il arrive de faire à un être humain
est hors du corps, mais celui qui fornique, c’est contre son propre corps qu'il pèche.
qui doit être réservé à des objets dignes, sont engagés normalement dans une union si intime, où les deux parties se livrent si totalement l'une à l’autre; et, s'il n’en va pas ainsi, le cas est encore pire, car on méprise totalement l'ordination de Dieu quand il a créé l’homme et la femme, qui, doués de raison et de cœur, doivent s'unir par l’amour, c'est-à-dire d'âme comme de corps, pour le soutien mutuel et la procréation d'êtres pareils à eux; alors, l’union ne serait que pur égoïsme et bestialité. De toute manière, bestiale ou « trop humaine », la partie spirituelle est lésée dans ses droits, dévoyée ou noyée dans la matière, elle devient chaïr ou servante de la chair.
Quelques bons auteurs, comme Bachmann ou Gutjahr, montrent qu'ils n’ont pas . assez pénétré le texte, quand ils veulent écarter du raisonnement de Paul cette idée de la profanation d’une union morale, — ou qui doit être morale de par l’ordination du Créateur; ils ne voient pas qu'il s'agissait justement de réfuter des gens qui assimilaient la fornication à des choses qui n'ont pas, de soi, contact avec l’ordre moral, comme les satisfactions digestives (v. supra, à 13); Bachmann (peut-être à cause de ses préjugés protestants dans la question de l'union conjugale, censée meilleure que la chasteté) ne veut même pas saisir la force de l’antithèse « une seule chair — un seul esprit », comme si tout le mal venait de ce que l'union se fait avec la chair vile d'une prostituée; mais Paul entend bien parler contre toute fornication en général, péché qui peut bien s’accomplir avec une personne qui ne serait pas déshonorée par ailleurs; c’est l'acte lui-même, lorsqu'il n'est pas légitimé par le mariage, qui matérialise et déshonore, parce qu’il met l'esprit à la remorque de la chair; pris en lui-même comme fin, avec amour ou sans amour, il trouve sa consommation dans la formation d’une unité qui n'est que celle des corps, et néglige ou dévoie l'âmé, ce qui est contraire à l'institution du Créateur. — Beaucoup d'autres, Cornely, etc, ont vu avec beaucoup plus de perspicacité que la question d'union de l'ordre moral, faussée ou bestialement exclue, ne peut être mise de côté quand on jauge la malice de la fornication; et J. Weiss, après une discussion un peu embarrassée et fausse en partie (où il ne rend pas justice pleinement à l'exactitude habile des expressions de Paul}, termine cependant fort bien, en reconnaissant que l'essence de l'argumentation consiste en ceci : le fornicateur constitue avec la prostituée un oôua unique dans sa personnalité (physique et morale) et l’impureté est l'abandon de sa personnalité à une autre personnalité, et qui dans le cas est de qualité inférieure, impure, — lorsque notre personnalité est faite pour demeurer elle-même, et se donner tout entière à Dieu, qui la spiritualise.
Ainsi toute l'argumentation de Paul, si abrégée qu'elle soit dans la forme, est aussi . rigoureuse qu'elle est profonde. Une seule difficulté y demeure : c'est que des rigoristes (T'ertullien l'a fait) pouvaient tirer du caractère général des termes une conclusion défavorable à la dignité de l’union conjugale, qui se fait toujours au moyen du corps et ne diffère pas physiquement de l'acte condamné. Maïs heureusement l’Apôtre montre ailleurs qu'il ne la considère pas comme avilissant la personnalité, car elle est justifiée par l'institution divine, qu'il a rappelée ici-même par sa citation de la Genèse. Au ch. vu, v. 7, il appellera le mariage un don de Dieu, ou « charisme »; et l'on sait
19. "H oùx olBare Ou T0 oùua budy vabc Toÿ év duiv &ylou mvebprTôs Éottv, x. 3 « + \ où éyere amd O:0Ù, noi oùx éorè éaurov, 20. Hyopdolnte yap “ru. AoËdoute Dh vov Gedy Ev To cwpatt bu. :
quelle noble image il en trace dans l’Epitre aux ÆEphésiens, v, 25-33, sans parler d’autres passages. La malice et la honte de la fornication consistent justement en ce qu'elle est une contrefaçon de l'union conjugale, dont elle n'a plus le but élevé et spirituel, et par conséquent une espèce de renversement de l'ordre établi par Dieu, une raillerie des intentions du Créateur.
Des moralistes pourraient observer encore que saint Paul ne touche pas ici lé motif le plus immédiat et le plus formel qui fait la gravité de la fornication, ou « concubitus vagus »; parce que, comme le dits. Thomas (Sum. theol. Ila-II2, q. curv, art. 2, 0), « importat inordinationem, quae vergit in nocumentum vitae ejus, qui ex tali concubitu est nasciturus, etc. » Cependant on peut répondre à cela que, en citant le texte de la Genèse (avec son contexte sous-entendu}, l'Apôtre a suffisamment indiqué qu'il pensait au but normal de l'union des sexes, la progéniture et la famille, dont les fornicateurs ne tiennent pas compte. Mais il s'est placé ici encore, et d'une façon admirable, au point de vue qui domine toute son épître, celui de l'union mystique, avec le Christ, des âmes individuelles libérées de tout ce qui est servitude et bassèsse. Que cette union, qui doit éternellement durer, se fasse ici-bas dans et par l'Eglise, constituée dans sa masse par des familles chrétiennes, où les buts saints du mariage sont sauvegardés, c'est ce qu'enseignera le chapitre vir, vu à la lumière des chap. xn et suivants.
—— À 48. ebyere, cfr. x, 14; ce verbe, dans le N. T., est tantôt transitif, tantôt intransitif avec &xd, par extension du sens local. .
B 18. Grande est la difficulté de ce verset. Œcumenius en énumérait déjà dix-sept interprétations, dit Cornely, et aujourd’hui on pourrait en donner de vingt à trente. Heureusement elles peuvent se ramener à quelques chefs.
D'abord saint Paul commande de « fuir » la fornication, c’est-à-dire de s'écarter avec horreur de tout ce qui pourrait y inciter; il ne donnera de précepte pareil qu'à propos de l'idolâtrie, x, 14. $. Thomas l'interprète de très plausible manière : « Vitium fornicationis non vincitur resistendo.. sed vincitur fugiendo », à cause de l'emprise si forte des tentations sur la chair.
Mais comment l'Apôtre peut-il dire que l'impureté seule est nn péché « contre le corps », et que tous les autres sont « hors du corps »? Et la gourmandise ou l'ivrognerie, par exemple? Et le suicide ? Et tant d'autres...
La réponse la plus simple, évidemment, serait de dire que xäv épéprux, « tout péché », n’est dit qu'en un sens relatif ou approximatif; en dictant cette ligne, l'Apôtre n'aurait pas pensé sur le moment à d'autres péchés qu'il était moins urgent de combattre à Corinthe, ou qui n'étaient pas défendus par les mêmes sophismes (ainsi il ne parle jamais du suicide, n'ayant pas eu d'exemple de pareille tentation chez ses convertis). Beaucoup d'exégètes, Lietzmann, elc., se contenteront de cette réponse facile; mais ne l’est-elle pas trop?
Tous les sens détournés ou secondaires, qui font appel à l'hygiène, à la fréquence et à la proximité des occasions, etc., ne sont pas suffisants non plus. Et l'interpréta- ‘tion de Baur, que le fornicateur pèche contre l'autre corps, celui qui est son complice, est directement contraire au texte.
Il faut donc comprendre au moins ceci, que Paul dénonce l'impureté comme plus contraire au bien du corps, à prendre les choses en gros, que tout autre péché accompli par le moyen du corps; car elle le déshonore davantage. Ainsi Sales, al; mais Bachmann, après avoir mal compris tout ce qui précède, passe encore à côté de la
19. Ou ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit, que vous avez [reçu] de Dieu, et que vous n'êtes pas à vous-mème? 20. Car vous fûtes achetés, — et à un prix!
Glorifiez Dieu, par conséquent, dans votre corps.
question, en expliquant ce surcroit de dommage par le contact avec une fille de joie professionnelle, instrument attitré des puissances du péché. Guijahr, qui suit Chrysostome, insiste sur ce que le corps tout entier est affecté et souillé par la luxure; mais l'état d'ébriété, par exemple, n'at-il pas un effet bien sensible aussi sur tout l'organisme?
Une des raisons données par s. Thomas, à côté d'autres moins bonnes, est que le corps n'est pas seulement ici instrument du péché (s. Paul ne dit pas « corpore suo »}, mais objet et terme du péché (« contra corpus suum »), Cornely fait la même distinction. Cela n’est cependant pas absolument propre à l'impureté.
Alford et d'autres (Cornely également) donnent une explication qui pénètre plus avant dans le sens de Paul : en d’autres péchés corporels, tels que la gloutonnerie ou l’ivrognerie, l'instrument du péché, ou sa matière, doit être cherché en dehors (boisson, etc.), “tandis que le corps tout seul sert d'instrument et de matière à la luxure, soustrait qu'il est au Seigneur pour être donné à la prostituée; c'est donc une contradiction directe à la destination du corps comme tel. (Cornely : « illud ad finem adhibet, quem Deus corpori non praefixerat »). Gutjahr veut sans doute signifier la même chose quand il dit que par l'impureté, plus que les autres vices, on nuit au corps « dans son essence ».
Dans toutes ces opinions il y a quelque vérité; mais, en restant d’ailleurs dans la ligne des derniers auteurs cités, nous croyons aussi que, pour bien saisir l'idée de Paul, il faut recourir à sa conception mystique des v.v. 13, 15, que « le corps est pour le Seigneur », et « membre du Christ », destiné à être spiritualisé et glorifié. La luxure en fausse la destination, puisqu'elle en fait un tyran de l'âme, qu’il rend ‘charnelle en se la soumettant (cfr. s. Augustin). ÆRob.-Pl, cherchent aussi la solution dans l’axiome du v. 13, et Godet dit que le luxurieux pèche contre « son corps d’éternité ». Sans parler, comme Toussaint, de la « partie mystérieuse » du corps (v. supra) que le désordre de 1x fornication atteindrait, on peut se rappeler, avec J. Weiss, que déjà les meilleurs stoïciens (malgré l'indulgence générale de l'école pour les fautes de la chair) considéraient la recherche du plaisir pour luimême dans la fornication comme un avilissement de la personnalité (corps et âme) s'abaissant au rang des animaux (Gsm ai Ües disait Musonius Rufus, p. 65, édit. Hense; v. dans J. Weiss tout le texte, p. 165, n.). Paul, qui a déjà surnaturalisé la morale stoïcienne au v. 12, proclame maintenant que rien n'est aussi directement blessant pour la dignité personnelle, l'honneur, la noblesse de notre corps appelé à une gloire éternelle comme membre du Christ, que d’être ainsi asservi, fait « membre d'une prostituée », ou réduit tout entier à l'état d'instrument d'un plaisir fugitif et grossier.
Ainsi (à moins qu'on ne se contente de dire que Paul a parlé d'une façon relative et approximative, par simple comparaison de degré’ avec les autres péchés corporels), on peut comprendre que le luxurieux est le seul à pécher (directement) contre son corps, parce que : il abuse directement, non pas d'un organe à fonctions transitoires seulement, mais de toute une partie de lui-même destinée à une noblesse divine et à une activité éternelle; et, secondairement, parce que le danger de ce genre d'abus corporels est le plus présent, le plus continu, n'exigeant aucun instrument qui
450 ÉPITRE AUX CORINTHIENS, Vi, 12-20,
soit éxtéç toù owpatos, « hors du corps », ou des deux corps complices, etc. Mais la raison qui domine les autres, ce doit être le détournement de la fonction du corps, qui est de servir le Seigneur, — comme les stoïciens auraient dit qu’elle était de servir l'âme.
Nous ne nous flattons d'ailleurs point d'avoir tout éclairci par cette discussion. À ceux qu'elle ne satisferait point, nous accorderons qu'elle n'était peut-être point absolument nécessaire, vu que l'inspiration scripturaire peut s’accorder, non. pas avec l'erreur, mais avec certains « à peu près » dans l'expression humaine, fût-elle de Paul. Toutefois nous ne voyons guère pour notre part comment l'Apôtre pourrait, sans recourir à sa conception mystique du corps voué au Seigneur pour Féternité, mettre une distinction si tranchée entre la fornication et les autres péchés corporels.
Les versets suivants nous confirment bien dans cette impression.
A. 19-20. % oùx oldare, cfr. v. 16 (et 45); comme cette formule introduisait au v. 16 une explication du v. 45 (xépvns uéhr), il est bien possible qu’elle - introduise ici encore une explication du v. 18 précédent; — où #yete; attraction; — tu, absolu, sans indication du prix, comme parfois dans les papyrus (Tebtunis Pap. 5, 185, 194, J. Weiss); mais il doit sans doute être pris ici dans un sens emphatique : « et à quel prix! » (Gutjahr); — f, très classique, assez fréquent LXX, ne se trouve que rarement dans le N. T., une fois respectivement Mat., Luc, Joh., Act., Heb., et cette fois seulement chez Paul (pas IT Cor. xn, 4, qui porte Bei); ici il sert à presser l'action, comme Luc 11, 45 (Abel p. 352); au lieu de d%, on lit &pa« ys chez Marcion et Methodius; c'est peut-être cette expression, lue par erreur äpate, qui a fait introduire l'impératif « et portate » après « glorificate » dans la Vulgate, f, g, Tert., Cyp., Lucifer, Ambr* (supposition de Lightfoot). Glose rai Ev t@ nvebpare duüv &rivé éotiv vod Üecd, dans C5, D24, K, L, P, syrr.
B 19-20. Ignorent-ils donc que leurs corps sont le temple du Saint-Esprit (cfr. mi, 16-17, v. supra ad loc.)? Cette apostrophe nous semble jeter de la lumière sur la discussion précédente : la fornication blesse spécialement le corps, plus que tous les autres péchés où le corps a sa part, parce qu'elle lui fait perdre la consécration qui en fait un objet si digne. Les pécheurs de ce genre en disposent à leur gré, comme d'une chose de vil prix, qu'ils osent donner, pour un plaisir bas, à une autre personne humaine. Les autres genres de péchés énumérés vi, 3-10, chassent bien aussi le Maître de ce temple qui est l'âme et le corps, et mènent le corps comme l'âme à la perte éternelle; mais la fornication a de particulier qu’elle substitue un autre propriétaire au premier, ce qui est de quelque façon aggraver l'outrage, et « désécrer » encore plus la partie corporelle.
Or, ils n'ont pas le droit de se donner en propriété à n'importe qui; ils « ont été achetés », — et le prix a été payé très cher. Ce prix est évidemment l'offrande du Christ sur la croix; le Fils de Dieu a fait d'eux ainsi ses « membres » consacrés à son service, et, par le fait même, des temples de l'Esprit Saint. Deissmann (L O), et d’autres après lui, se rappellent à ce sujet les affranchissements d'esclaves qui se faisaient dans les temples des dieux, et à la suite desquels ils étaient censés devenus serviteurs d'Apollon, par exemple, emploi qui les soustrayait à toute servitude humaine. Paul n'y a peut-être pas pensé; mais pareil souvenir pouvait illustrer son enseignement aux yeux des Gentils convertis de Corinthe.
Puisqu'il en est ainsi (4), qu'ils se mettent donc une fois (aor. GoËdout:) à glorifier Dieu dans leur corps, par la chasteté, par les bonnes œuvres, puisqu'ils savent que ce corps est un temple, réservé à des usages sacrés.
L'Esprit qui a un temple ne peut être que personnel et Dieu (cfr. 11, 17, vas voÿ Üeoë); c'est, plus nettement déterminé que nulle part ailleurs, le Saint-Esprit de
a Trinité chrétienne (v. Exc. V). Il est Dieu, mais en même temps le don de Dieu,
Dieu communiqué (05 Ëy. äxb 0.), l’« esprit de Dieu qui habite en vous », comme disait l'Apôtre au ch. m1, 16.
Ainsi finit, sur les hauteurs mystiques dont la lumière pénètre toutes les instructions morales ou pratiques de cette lettre, la double partie qui était consacrée à la répression des factions et des vices dénoncés à Paul par « les gens de Chloé » ou par la voix publique. L'Apôtre est prêt maintenant à répondre aux questions qui lui ont été posées dans le message de Corinthe.