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Lemonnyer, Loisy, Sales, Callan, etc., enfin de presque tous. On a pu dire justement que l’autre interprétation est « vieillie ».
Elle est, en effet, peu conciliable avec le contexte des idées, qu’elle romprait et contredirait d'une manière inattendue, ce qui aurait au moins exigé, de la part de l'Apôtre, quelques mots d'explication. J. Weiss la trouve même « impossible », de par le contexte général, et à cause du sens de ei za (— « même si »}, et de l'adverbe u&\ov qu'elle éxplique beaucoup moins bien que l'autre.
Rob.- PI. défendent le sens d’un « conseil d'affranchissement » à cause du temps de l'impératif 4pñoa, qui connote un commencement, la position d’un acte nouveau, donc la reprise de la liberté, et non, comme pourrait le faire le présent yp5, la prolongation d'un état antérieur. Cette raison est superficielle, car l'aoriste peut signifier aussi bien : [Maintenant que tu es chrêtien], mets-toi à profiter d'un état [dont tu ne profitais pas auparavant] ». |
Le sens est donc clair, et parfaitement homogène à l’ensemble. Chrysostome dit que Paul veut consoler les esclaves, leur montrer qu'ils ne perdent rien, du point de vue surnaturel, à ne pas être libres aux yeux des hommes (Lietzm.). Bachmann, p. 278-5, décrit les avantages que le désintéressement conseillé par l’Apôtre pouvait avoir à Corinthe en particulier, La considération essentielle est celle que donne s. Thomas : l'état de servitude peut développer la vertu d’humilité, :
IL ne s'agit du reste, tout le monde l'accorde, que d'un conseil. Certainement le même saint Paul, qui engageait à rompre les mariages « mixtes » quand ils étaient contraires à La paix et à la vertu chrétienne, n'aurait pas conseillé de négliger Les facilités d'affranchissement à ceux des esclaves que leur condition servile aurait mis en plus grand danger de perdre leur âme. Sa lettre à Philémon, où il recommande discrètement d'affranchir Onésime, le converti qui avait été un esclave voleur et fugitif, révèle assez le sentiment qu’il avait de l'anomalie d’un pareil état social.
À. 22-24. Xptoroû pour xvpiou, 17, — tuñs myoo. cfr. vi, 20. — J. Weiss soupçonne (à tort) rapè 0e d'être interpolé, peut- -être parce qu'il’ diminue la symétrie du v. 24 avec l'autre « refrain » de 20.
B. 22-24. Le v. 22 est explicatif (y&p) : le chrétien peut rester extérieurement esclave, puisqu'il possède la vraie liberté, comme affranchi du Christ; et si l'on se place à ce point de vue suprême, l’homme libre n’est pas maître absolu de lui-même, puisqu'il doit être tout entier engagé, depuis son appel, au service du Maître universel, le Christ.
Double antithèse splendide, dont la première partie peut rappeler encore les affranchissements d'esclaves faits dans les temples (Deissmann, LO', pp. 274, suiv.), et Rom. vi, 18 et 22. Les stoïciens avaient pu dire quelque chose de semblable : ainsi, Epictète 1, 19, 9, quand le philosophe répond au tyran menaçant : ‘Ent 8 Zeïs EXeblepov dpñxev. Paul les dépasse de toute la hauteur de l'Évangile; le chrétien est affranchi non pour lui-même, mais pour devenir un membre du Christ, par lequel le Sauveur opère au profit de toute l'humanité.
Tous, esclaves ou libres, étaient soumis à la servitude du péché; le Christ les a également achetés, au prix inappréciable de son sang répandu. Ils jouissent par là également d'une liberté qui n'est plus humaine, mais divine. Et ceux que la dureté sociale maintient dans la servitude extérieure doivent avoir le noble sentiment qu'aucun homme n'est le maître de leur âme et de leur conscience, car ils n’obéissent plus qu'à Dieu et aux dispositions de sa Providence, dans un service qu'ils acceptent et qu'ils
l’esclave du Christ. 23. Vous avez été achetés, — à un prix! ne devenez pas esclaves des hommes.
24. Chacun dans [l’état] où il fut appelé, frères, qu’il reste en celui-là devant Dieu.
aiment, par amour du seul Maître. C’est dans les épîtres de la captivité, Eph. vi, 5-9, et Col. im, 22, 1v, 4, qu'on trouve l'explication de cette noble pensée, — qui devait amener, finalement, l'abolition de l'esclavage dans les sociétés chrétiennes. Lietzmann et Joh. Weiss n'en ont pas une intelligence assez profonde, quand ils interprètent cette parole simplement au sens que les esclaves chrétiens, ou les fauteurs et détracteurs des rites juifs, ne doivent pas s'asservir aux préjugés humains concernant les difrérences d'origine ethnique ou de condition sociale. Il y a cela, mais bien plus encore. Il est merveilleux d'entendre Paul proposer un idéal de perfection si haut, si mystique, si paradoxal aux yeux des hommes, à l'ensemble de cette église de Corinthe qui s'était incorporé des éléments dont quelques-uns étaient si douteux et vulgaires autrefois! Mais c'est aux mêmes, après qu'ils lui avaient donné encore bien plus de sujets de plainte, qu'il dira dans sa Deuxième Épitre : « Je suis jaloux pour vous d'une jalousie divine; je vous ai fiancés à un seul homme, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure » (II Cor. xt, 2). En dépit de toute mauvaise expérience et, oserait-on dire, de toute psychologie, l'ambition des apôtres dépassait toutes les limites humaines. Ils savaient que l'Évangile devait changer la face de la terre (1).
(1) Le sens profond, universel, « intemporel » de ces paroles apostoliques, empêchera. de croire, avec J. Weiss, que l'attente prétendue de la Parousie prochaine dictait ces conseils. de ne pas changer d'état.