‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 123 sur 192 · I. La « Gnose » et la charité (ch. VIII · texte numérisé non relu

I. La « Gnose » et la charité (ch. VIII

a) Ce que la science des chrétiens leur apprend touchant les idoles (1-6).

Inrropucron. — La formule initiale neo dé... (la même qu'à VII, 1), montre que c'est encore une réponse à une question posée dans la lettre des Corinthiens. Ainsi jugent quelques anciens, et Estius, Lap., la généralité des modernes et tous les contemporains.

Tous les chrétiens savaient que les divinités païennes ne sont pas des dieux, et les esprits forts, les « libéraux » de Corinthe, ceux qui disaient zu Omnia mihi licent » (peut-étre spécialement le « parti du Christ »), se targuaient de cette science, de cette « gnose », pour considérer tout ce qui touchait à l'ancien culte comme chose n'ayant aucune importance. Paul les met d'abord en g'rde contre cette surestime de la « nräis », qui ne doit pas dicter toute seule la conduite, car c'est la « charité » qui doit

0 ! . , L L régler pratiquement celle-ci. Il est évident que celte « gnose » n'est pas une connaïssance mystique de « pneumaliques », mais la connaissance rationnelle du néant des idoles (Voir Exc. V). L'Apôtre, d'ailleurs, commence par proclamer, ainsi qu'eux, le néant métaphysique du paganisme, ct à cette occasion, il touche aux plus hautes

vérités de la révélation chrétienne, sur la Création et la Rédemption.

CH. vint, 1. Ilspù Où rüv “eidwho0btwy oldamer “or mévrec Vyrüouv Éyouev" à oo … € 5 ? - mn * 3 yrüoç “quoot, h DE &yarn “oixomodet. 2. EÙ riç douet “Eyvuxévar tt, “obrw Éyvw

*yalws Det yrüvar 8. Et dé ris dyarx Tèv 0ebv, oûtos Éyvwora dt abroÿ.

CH. vin, {. Pour ce qui est maintenant des idololothytes, nous savons bien que tous nous avons la science; la science bouffit, mais la charité édifie. 2. Si quelqu'un pense posséder la science de quelque chose, il n'a pas encore connu à La facon dont il faut connaitre ; 8. mais si quelqu'un aime Dieu, celui-là a été connu de lui.

A. 1. Mept 6... cfr. vir, 4, x11, 1. — eidmAodtev, cfr. Act. xv, 29; ce mot, de frappe

juive (à la place de iepéluta, x, 28), apparaît pour la première fois dans l’Apocryphe . IV Macc. v, 32, et il a pu être formé durant la persécution d'Antiochus (Bachm.). —

6tr est-il causal ou énonciatif? La Vulgate (« quia »), s. Thomas, Bengel, Olshausen, Edwards, Cornely, Heinrici, Toussaint le tiennent pour causal, et il y aurait sans doute alors anacoluthe, l’idée n'étant complétée qu'au v. 4 qui reprend olèquev; une parenthèse commencerait à 8x, et comprendrait 1e, 2, 3; mais il est beaucoup plus naturel de le prendre, avec la majorité des traducteurs, pour énonciatif., — œuatoï, cfr, 1, 6, 1v, 18, et la situation décrite aux premiers chapitres. — Sur le sens et l’origine d’éyérn, voir le petit excursus suivant. — oiodouzt, mot cher à saint Paul et déjà usuel dans la langue religieuse.

B. 1. « Pour ce qui touche aux victimes des idoles, nous savons bien (oldauev, pleine conviction) que nous avons tous la science ». Paul reproduit sans doute des termes de la lettre de Corinthe (Gutjahr, Bachmann, Rob.-Pl., al.), non sans une pointe d'emphase ironique qu'a bien vue déjà Théodoret, maïs qui échappe à Cornely, comme d'autres finesses de ce style. La majorité, qui devait être « libérale », (Gutjahr) avait sans cesse à la bouche ce mot de science, de « gnose »; pour beaucoup, comme les premiers chapitres l'ont fait voir, la religion était en premier lieu affaire de connaissance rationnelle ou révélée (J. Weiss) plus que de vie, une philosophie pour ainsi dire; on voit bien ici, de par l'objet de cette « gnose », que le mot ne signifie pas une connaissance mystique, dépassant les connaissances naturelles de l'esprit humain; bien des gentils savaient déjà que les dieux du panthéon païen n'existaient pas, au moins comme personnalités distinctes les unes des autres. (Voir à l’Exc. v l'emploi de yüot chez saint Paul; il est tout autre que dans l’hermétisme.)

Mais cette connaissance de mode humain, philosophique, à laquelle ils étaient portés à ramener la Révélation, ne les met pas en possession, comme ils se le figuraient, de toute la vraie science de Dieu, et ne saurait, par elle-même, diviniser leur vie. Paul le rappelle, encore une fois, à ceux qui se « bouffissent » de leur propre Sagesse, Pareille science, s'ils s’en tiennent à cela, ne sert qu’à les enfler, à les dilater en les remplissant de vide, ainsi que l’a assez montré l'orgueil de leurs coteries; la charité, l'amour chrétien (&yérn), basée sur des connaissances surnaturelles dont îls ne peuvent s’attribuer le mérite de les avoir découvertes ou comprises ‘par les propres forces de leur esprit, la charité seule élève une construction solide, C'est par ce principe de charité que leur conduite doit être réglée dans le cas dont il s'agit. L’Apôtre s'expliquera aux versets 7-18. Ici il prélude au magnifique éloge de la charité que nous méditerons au chap. xl.

= A, 2, Remarquer éyvaxéve, parfait; on lit sévar K, L et en des textes récents; — oùdérw oùèév, pour oërw, Chrys., E, K, L, syr., al. — der pour Bet, 17. — xa0bs deï yväva : on pourrait l'entendre comme la Vulgate : « il ne sait pas encore, il

198 ‘ ÉPITIE AUX CORINTHIENS, VIll, 1-6.

&. Ie sc Bpuceuc oùv Tüv iBwkodiru, oideey Or “oudèv etdwAov Ev xbopy, ral ot obdels eds et ph eîc. 5. Kat Yap etmep eloiv Aeyomever Bect ele ëv obpavÿ

n’a pas encore appris comment il faut connaître, quemadmodum oporteat eum scire »; mais xäfus introduirait difficilement une interrogation indirecte; le mieux est donc de traduire : « il ne connaît pas à la façon dont il faut connaître ».

A. 8. dyoxé, voir l'excursus — Éyvuotat, au sens religieux de y hébreu infra.

B. 2-8. Paul marque d'abord la limitation et l'insuffisance religieuse, en général, de cette gnose dont ils se targuent. Celui qui se croit en possession pleine, sur quelque sujet, et surtout dans les choses de la religion, de toute la connaissance qu'il peut avoir (rrwxévat parfait, état acquis) et à laquelle il doit aspirer (c'était l'illusion

- de ces semi-rationalistes et des gnosticisants), celui-là se trompe. « Nous ne connaissons le tout de rien », dira Pascal; aphorisme qui se vérifie surtout dans le domaine surnaturel, où nous n'avons en cette vie qu’une science initiale, des notions d'enfant (v. ch. xm); toute science de Dieu qui ne fait pas comprendre le devoir des ménagements charitables à l'égard de frères moins instruits (v. infra, v. 7, 9-s., 41), n’est pas celle qu’il faudrait avoir, même en cette vie. « Quicumque habet scientiam, non modum utendi ea, habet scientiam insufficienter », dit saint Thomas, qui donne à ce propos une belle citation de saint Bernard.

La vraie science de Dieu et des choses de Dieu présuppose l'amour du prochain ; (cfr. supra la doctrine de m1, 8, à propos des « spirituels »). Et la possession de la charité résulte de ce que Dieu a connu, c'est-à-dire distingué d’une manière favorable, l’homme à qui il a voulu faire ce don. "Eyvworat ne peut-être compris que dans ce sens, le sens religieux et actif que prend en bien des contextes le 1 biblique (Exode, xxxmn,

42, 47,, al. Amos, ur, 2; Jér.1, 5, etc.; voir note de RSPT., 1913, pp. 263-273). Pour la nuance exacte, il ne faut pas suivre quelques modernes qui, après Augustin, voudraient que yweéoxeoar eût directement le sens de « être enseigné », car le hoph'al hébreu par où on prétend justifier ce sens, ne l’a pas lui-même (d'après Cornely); ni ‘avec Olshausen et Bisping, lui donner le sens biblique de « connaître » avec la signification de rapports conjugaux ([métaphoriques), par lesquels Dieu engendrerait fa science dans l'âme; ce serait philonien, mais sans aucun exemple chez Paul. Estius et quelques autres vont un peu trop loin en comprenant « être connu » comme « être prédestiné »; car la « connaissance » dont il s'agit précède (logiquement) la prédestination, IL faut tout simplement dire qu'éyywore signifie la « science d'approbation » (s. Thomas, qui cite II Tim, n, 9, Cornely, beaucoup d’autres, catholiques et protestants); connaissance intime qui est celle de l'union d'amitié (Bachmann), et qui .mène l'homme ainsi connu de Dieu à la vraie science (Gutjahr); car un jour cette -connaissance, qui n’est ici-bas qu'ébauchée du côté de l'homme, doit devenir aussi parfaitement réciproque qu’elle peut l'être : « Alors je connaîtrai comme j'ai été connu » (infra, xt, 12); seulement alors l'homme aura justement conscience de connaître « comme il faut connaître » (supra). Cette réciprocité est certainement dans l'idée de Paul au présent verset; il l'a exprimée Gal., 1v, 9 : vôv dÈ yvdvres Oedv, päXhov 0 yvwolévres brd 060. La charité « édifie » en faisant donner des exemples de conduite conformes à cette connaissance qu’elle seule peut procurer.

Il est superflu de chercher, comme Reützenstein, Lietzmann, et J. Weiss, à élucider ce passage au moyen de la mystique hellénistique; l'Ancien Testament suifit largement à expliquer la manière de parler de l’Apôtre, et tous ces auteurs ont le tort de ne lui accorder qu'une attention secondaire, et de ne l’invoquer que subsidiairement; c'est là pourtant, et dans l'E Évangile, qu'est la vraie source avec laquelle Paul reste en continuité, tandis que le paganisme ne peut fournir au plus que des

L. Pour ce qui est donc de manger les idolothytes, nous savons bien qu'une idole ne [répond à] rien dans le monde, et que nul n’est Dieu, si ce n’est un seul. 5. Et en effet, s’il y a bien des prétendus dieux soit au ciel soit sur terre, — comme il y a, vraiment, des dieux en nombre, et

idées « analogues », arrachées d'un tout autre ensemble organique, et dont le degré

de ressemblance avec celles du christianisme ne dépasse pas celui de l'aile d’un poisson volant avec l'aile d'un cygne.

À. 4. Érepos ajouté à 6edç K, L, al., syrr. — La difficulté consiste ici pour le traducteur à savoir si oùdév est un simple adjectif rapporté à edwkov, ou un pronom (« nihil » de Vulg., «'rien »), lequel serait à déterminer soit comme prédicat, soit comme sujet; la place d'une copule ësr: pourrait fixer le sens ; maïs la proposition est elliptique, sans copule. Aussi a-t-on pu traduire : « Aucune idole n'existe en réalité dans le monde » (ainsi, ou en termes équivalents, J. Weiss, qui se réfère au Schema‘ juif, Bachmann, Loisy, Lemonnyer, al.); dans ce cas, il faut prendre le mot « idole » pour une métonymie, et lui faire signifier non le simulacre proprement, mais l'être qu’il est censé représenter, dieu ou seigneur, et qui était appelé avec mépris « idole » par les Juifs et les chrétiens (J. Weiss). Ou bien, avec oùdé, pronom, on traduira de l’une de ces deux façons : 1° « une idole n’est rien dans le monde », c'est-à-dire ne répond à rien de réel (Chrys., s. Thomas, Cajetan, Estius, Giust.,

Gutjahr, Sales, al.); 2° Rob.-Pl., pour maintenir le parallélisme rigoureux de oùôév avec ovèeis qui est plutôt sujet : « Rien n'est idole dans le monde », c'est-à-dire rien n’est la vraie représentation d'un dieu, puisque les dieux païens n'existent pas. Ce dernier sens nous paraît assez détourné ; quant à la métonymie, elle est admissible à la rigueur, mais ne s'impose pas. Nous préférons donc le sens de Chrysostome; il n’est pas nécessaire que odév et oùdeis soient des mots grammaticalement homogènes.

B. 4. Paul exprime à présent d'un mot, faisant retour au v. 4, ce qu'enseigne la « gnose » commune sur la vanité du paganisme : « Nous savons qu'une idole n’est rien (ou « ne répond à rien ») dans le monde ». Elle a bien une existence matérielle, mais elle n'est rien « parce qu'elle n'a aucune puissance » (Chrys.), ou parce que « le simulacre..… n'est rien, parce qu'il n'est l'image de personne (de réel), il n'est rien en tant qu'image » (Cajetan); s. Thomas donne les deux explications; la seconde équivaut, pour le sens, à celle de Roë.-Pl.

En face, la gnose chrétienne pose l’unité absolue de Dieu.

Le vulgaire païen était idolätre, autrement dit la foule grecque se figurait habituellement à cette époque que l'idole était animée par quelque esprit, quelque émanation du dieu représenté, Des chrétiens (v. infra) pouvaient croire, comme ce fut plus tard une doctrine courante, s'appuyant sur des expressions bibliques, que l'idole contenait un « démon ». Maïs, à ne considérer au moins que le passage présent, nous devons conclure que Paul, et les chrétiens instruits auxquels il s'associe, jugeaient d'une façon rationaliste pour ainsi dire, qu'il n’y a absolument rien de mystérieux derrière ou dans l'idole, et que les faux dieux sont des personnalités purement imaginatives. Nous devons revenir sur cette question, à propos de Ja « table des démons », au ch. x, et déjà du v. suivant.

—— A. 5. «xp indique une concession : « en accordant que » (Rob. PL), cfr. Rom. im, 30, var, 9, 17, ou bien il fortifie l'affirmation (J. Weiss) : « si, comme il est certain ». — oi devant Aeyépevor, dans F, G, K; — eiclv signifie l'existence, nous allons voir comment.

B. 5. I1y a bien de « prétendus dieux », on dit au moins qu'il y en a, et on en trouve tant qu'on voudra, indique Paul avec ironie, au ciel et sur la terre ; mais ils

200 ÉPITRE AUX CORINTHIENS, Vilt, 1-6.

Fe ? LU « ebte Ent Yhs, Darep eloiv Geo moAdo! xa xÜpror moXhoi, 6. *SAX huiv etc Pedc € £ % A Y = £ (à ss

à marhp, 6 où <a mévra nai muets elç adrov, nat ets xbptos ’Imoods Xotoros, à où Ta mévra nai fueïs D adroë.

ne sont pas dieux. Est-ce que l'Apôtre croyait, contrairement à la signification obvie du précédent verset, que les païens adoraient des esprits inférieurs à Dieu, mais doués pourtant d’une existence réelle? Chrysostome, qui suit les idées courantes chez les chrétiens de son époque, l’admet et s'exprime ainsi : « Ils existent bien, mais ils n’ont aucune puissance; et ce ne‘sont pas des dieux, mais des pierres et des démons ». Comme il est dit dans l'A. T. que les dieux des nations sont des démons, la plupart des exégètes modernes prêtent à Paul cette conception (Zietzmann, Bachmann, Toussaint, comme probabilité, Heinrici, Godet, J. Weiss qui fait le contre-sens de mettre l'accent principal sur eisiv et non sur rod et aussi beaucoup de catholiques); mais Cornely et d’autres combattent cette opinion, et croyonsnous, avec justesse. Dans le fameux passage de Rom. 1, 21-23 sur le polythéisme, l’'Apôtre parle de la déification d'hommes mortels, d'oiseaux, de quadrupèdes et de serpents, mais sur les démons il n'a pas un mot. Il est vrai que, dans notre épître, nous trouverons bientôt au chap. x, 18-21 l’assertion que, par les sacrifices païens, on entre en rapport avec les démons. Mais Bachmann reconnaît que ce passage-là n'explique pas notre présent, verset, et Rob.-PI. disent, d’une façon qui pourrait tout concilier, que, dans le paganisme, les démons sont présentés comme étant, éthiquement, des objets d’adoration; c’est vrai puisqu'on y sacrifie aux fantômes, aux erreurs et aux vices qu'ont suscités les esprits du mal; Paul voyait dans l'idolätrie l'œuvre du diable (Toussaint) ; il ne. s'ensuit cependant pas qu'il ait cru à une existence quelconque des faux dieux comine esprits recevant directement et personnelment les adorations des païens; au moiïns rien ne l'indique en ses textes, pas même au ch. x, 19-sq. comme nous le verrons. Les « prétendus dieux », qui sont au ciel, ce sont les êtres fictifs de l’Olympe, ce sont les corps sidéraux, souvent adorés à cette époque, et qui ne sont pas des esprits conscients, mais de la matière brute; quant aux Archontes ou aux Xrorysta qui étaient censés gouverner le monde astral, Paul ne paraît pas y avoir pensé dans les lettres de cette période (excepté peut-être Galates, iv, 8-9) et il n’en parlera que. dans les lettres de la captivité, à propos des superstitions gnostiques de Phrygie, Les dieux qui sont « sur la terre », c’est toute la phalange des hommes divinisés (cfr. Rom. loc. cit.), et nous verrions volontiers ici une allusion au culte des souverains, qui, depuis Alexandre, avait subi une reviviscence considérable en Asie, et s'y épanouissait alors dans le culte des empereurs romains. Le nom de xbpros (« dominus »} leur convenait particulièrement, après s'être appliqué à des divinités sémitiques, comme l’a montré Cerfaux (le titre de « maran »), et égyptiennes; la dénomination de xbpros Déparis était alors courante. En tout cela nous ne rencontrons aucune entité réelle mystérieuse, au moins si nous admettons que Paul, quand il a écrit aux Corinthiens et aux Romains, ne portait pas sa pensée sur les otoryeia, -— à l'existence réelle desquels l’Epître aux Colossiens elle-même ne prouve pas qu'il ait cru, comme il serait facile de le démontrer (1).

Heinrici, croyant que Paul, à x, 20 (infra), admet que l'idole abrite quelque démon, et reconnaissant une conception nettement. différente dans les présents versets, voudrait que le commencement du v. 8 et les v. &b-6 fussent une citation de la lettre de

(1) En effet, Paul s’y place dans l'hypothèse des gnostiques et parle ad hominem : s'ils existent, ce sont les mauvais anges tyrans de l'humanité. Rien de plus. D'ailleurs les faux docteurs asiatiques ne les considéraient pas proprement comme « dieux » ou « seigneurs »

des seigneurs en nombre, — 6. cependant pour nous [il n’est qu’} un Dieu, le Père, de qui sont toutes choses, et nous pour Lui, et [qu’un Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses, et nous par Lui.

Corinthe. La péricope qui suit, au v. 7, achèvera d'établir que cette opinion n'est pas fondée.

A. 6. ‘AMG (dont l'interposition donne au passage de 5 à 6 un certain air d'anacoluthe) est omis dans B. — Quelques textes (55, 72, al., Greg. Nys.) aj outent au verset : zal Ëv nveüpa dycov y G tà névra na quels Év adt, addition théologique.

B. 6. À l'affirmation de l'unité de Dieu, Paul ajoute celles que Dieu, le Père, est l'unique premier principe et l'unique fin dernière, et que Jésus-Christ, l'unique Seigneur, a été médiateur dans la création du monde comme il l’est pour le salut des hommes. Tous les ‘exégètes doivent le reconnaître. C'est la première fois dans le Nouveau Testament qu'une part est assignée au Christ dans l’œuvre de la création; Schmiedel (qui n'’admet pas l'authenticité de Col.) en est surpris, mais le fait est indéniable. J. Weiss fait même la juste observation que cette doctrine qui assigne au Christ une personnalité éternelle devait être connue universellement à Corinthe, pour que Paul la mentionne ainsi en passant et de si brève manière; peu importe la façon dont cet auteur cherche ensuite à expliquer le fait par une combinaison du messianisme juif du « Fils de l'Homme » avec les « intermédiaires » de la philosophie. 11 n’en reste pas moins que la christologie de Paul, sa croyance à la divinité et à l'éternité de la personne du Seigneur, qui sera plus expliquée Phil. 11 et Col. 1, 16-18, al., apparaît très nettement dans notre Epitre déjà, et pas du tout comme un enseignement nouveau. C'est un signe que, dès le début, Paul était en possession d'une christologie qui était déjà la même en substance que celle du IVe Évangile. — Au reste, la formule trinitaire n'est pas complète, le troisième membre manquant dans le texte originel. — Cfr. infra, x, &.

b) Z! faut pourtant éviter de donner du scandale à ceux dont la science est impar/aite (7-13).

Inr. — Le néant de l'idole est donc chose assurée pour la science théorique ; mais, à s'inspirer uniquement de celle-ci dans la question des idolothytes, on risque de scandaliser des « faibles » qui ont encore des préjugés et que l'on pousserait, en traitant la chose comme complètement indifférente, à agir contre leur conscience ; leur faire ce mal spirituel, c'est pécher contre le Christ, avec qui eux aussi ils sont unis. Toujours le même principe invariable, comme à propos des factions, de l'impureté, des changemenis d'état, etc.; il fait, nous ne pouvons cesser de le répéter, l'unité doctrinale de cette épitre, |

Ce passage jette une lumière curieuse sur l'état d'esprit de certains chrétiens; les uns ne pouvaient secouer les craintes superstitieuses nées de leur éducation païenne (le ». 7 prouve, contre Gornely, qu'il ne s'agit pas ici de judéo-chrétiens) ; — Paul, bon psychologue, reconnaît qu'ils ne peuvent être guéris en un jour, et il recommande, au nom de la « charité qui édifie » (voir v. 1) de ménager ces « faibles » et leur conscience erronée. — Au contraire, d'autres, les « libertins », ceux qui disent sans cesse, sans discernement : « tout m'est permis » , négligent complètement le côté moral du problème, et s’autorisent de leur supériorité d'esprit jusqu'à continuer à participer aux banquets sacrés des temples, sous prétexte que, les dieux n'existant pas, cela ne peut faire aucun mal (Est-ce le « parti du Christ »? V. Exc. 1v); ce sont vraiment des « gnostiques » au mauvais sens du terme, qui croient pratiquement que toute la religion consiste dans la connaissance. Paul les ramène à la vérité. |

Mais il le fait doucement encore, en leur parlant seulement du principe le plus général, la charité, l'amour de leurs frères. Il pouvait invoquer — et il le fera au chap. À — un argument encore plus péremptoire : en s'associant au culte païen, ils reniaient de fait leur profession de la foi chrétienne, qui n'admet pas de syncrétisme. Beaucoup d'auteurs protestants ont été frappés de cetie omission du principal (Pierson, Naber, J. Weiss v. supra, Clemen), et ils en concluent que le ch. X, qui parle si nettement contre la « communicatio in sacris » appartient à une autre lettre, la précanonique (voir V, 9-suiv.) où Paul avait parlé avec une rigueur qu'il fut obligé d'adoucir plus tard, même en ce qui concernait les repas sacrés. C'est méconnaître complètement l'esprit de toute cette épître, et aussi les procédés d'argumentation de Paul Souvent l'Apôtre ne donne pas son plus fort argument le premier; il y prépare ses lecteurs, en ne mettant d'abord en avant que les raisons communes qu’ils admettront le plus facilement, pour arriver par un « crescendo » au coup de foudre qui brisera les dernières résistances. Ce n'est pas le seul exemple que nous en trouverons ; on peut dire que c'est un procédé de dialectique assez habituel chez Paul. — Du reste, il avait une raison particulière de procéder ainsi dans le cas présent : quoiqu'il parle, comme du fait le plus accusé, de la participation aux banquets des temples, la raison de charité qu'il invoque vaudra aussi en d’autres circonstances {voir infra X, 27-suiv.); il commence par donner celle qui vaut toujours, avant de considérer les cas spéciaux, où d'autres raisons, peut-être plus graves encore, pourront intervenir, C'est de la logique bien ordonnée.

Autre observation importante : cette idée que l'idolothyte ne serait pas comme une viande quelconque, et aurait pris une qualité spéciale de par sa consécration aux faux dieux, Paul la traite comme un résultat de la faiblesse d'esprit ou d'instruction. Ce dédain qui reste joint aur ménagements de la miséricorde montre bien qu'il ne croyait à aucune action physique des faux dieux, ce qui confirme notre assertion qu'il

ne leur reconnaissait aucune existence réelle comme dieux, comme esprits (malgré Heinrici, supra, et les autres), et il ne faudra pas l'oublier en commentant X, 20-21 (v. infra). I y a une analogie étroite avec Rom., xiv, où Paul recommande aussi aux « forts » de ménager les faibles qui croiraient devoir s'absienir d'alimentation carnée. Même principe : l'usage de la liberté doit étre réglé par la charité.

Conclusion implicite : il est des cas, où, ne füt-ce que pour ne pas scandaliser les faibles, et indépendamment de toute autre raison, il est opportun, nécessaire même, de s'interdire l'usage des viandes immolées ; les spécifications seront faites, avec toutes les nuances requises, au chap. X, 14-92 et 93-32,

Cu. vin, 7. "AA oùx êy mov À roots” muvès D Th “ouvnbela Ewc dort vod elduokcu 6 efwnéburov EcBlovoiv, aa h ouveldnois abrüv &obevhc oûca oRGvETaL. 8. Bpüpa D npac où “rapacrhoert® 0e’ otre Eav “uÿ pérapey borepous0x, oûte av qdyumev meptosetouev. 9. BÂAégrete d A Tu h Éfouoix buüv abtn rpocropua yévnrar voïc Gofevéoiv. 10. "Eüv yép miç lon où Toy Éyovra yrüou ëv

Cu. vin, 7. Seulement, ce n’est pas chez tous qu'[existe] la science; quel- ‘ques-uns, par suite des habitudes prises, jusqu'à présent, à l'égard de l’idole, mangent comme {si c'était vraiment] sacrifié à une idole, et leur conscience, faible comme elle est, [en] est souillée.

8. Un aliment n’est pourtant pas ce qui nous posera près de Dieu : nià ne pas en manger nous ne perdons rien, ni à en manger nous n’y gagnons. 9. Mais prenez garde que cette puissance que vous [prenez] n’aille devenir pierre d'achoppement pour Les faibles. 10. Car, à supposer que quelqu'un te voie, toi qui as la science, allongé dans un temple d’idoles, n’arrivera-

À. 7. Nous lisons ouvnleia avec N*, A, B, P, 17, eth., et non ouveddoer avec N5, D, E, F, G, L, syr. arm., vulg. (conscientia) et Cornely, Gutjahr, Callan; ouved. +où etè. est difficile à interpréter, et il y a toute apparence que ovveBfser est une erreur de scribe, ‘par assimilation à ouveldneu qui suit. Ainsi Liet:smann, Bachmann, Sickenberger, al. — Ews äpri — [qui se prolonge] jusqu'à présent.

B. "7. Cette « science » qui n’est pas le lot de tous, c’est la conviction que « l'idole n'est rien dans le monde »; il faut donc rattacher ce v. 7 à 41, les versets 4b-6 étant intercalés comme une sorte de parenthèse explicative. Car tous les chrétiens avaient la science de l'unité de Dieu, de la création et de la rédemption, mais tous n'arrivaient pas à se convaincre que l'idole n'est que pure vanité, ainsi que les faux dieux. Paul et ceux à qui il s’adressé directement le savent bien; pour .eux l'idolothyte, n'ayänt contracté par le sacrifice aucun rapport avec rien de réel, n'y a pris aucune qualité préternaturelle ou magique qui puisse nuire à ceux qui en useraient; l'Apôtre dédaigne comme une faiblesse d'esprit les craintes de ceux qui redoutent de pareilles influences. Pourtant ils sont encore nombreux à Corinthe; leurs pères, leurs grands-pères, comme dit Chrys., ont cru qu'il y avait un dieu ou un démon dans ou derrière l'idole; ils ont été élevés dans cette idée, comment arriveraient-ils à se défaire pratiquement, quand même ils verraient bien en théorie que c'est une superstition (Bachm.), de l’appré- hension des forces occultes dont leur imagination a été remplie dès l'enfance? Les missionnaires d'aujourd'hui observent encore souvent cette psychologie chez leurs convertis (Rob.-Pl). Ceux qui veulent lire owsèsæ, comme Gutjahr, comprennent que leur conscience a été jusque-là réglée par la croyance à la réalité des idoles;

“eidwhiw nataneipevoy, obypt h ouveldnois abroù Gobevods Gvros olxoGopmnôoetat ets: rù eldwAoGuta écfleuv; 11. ’ArôXkUTar yap à Gobevdv Ev +9 of yrocer, à adehpèd év *Xprords Grébavey. 12. Ofrus dE äpapräavorres els vTods àdeApods nai. tÜmrovres abroüv Thv ouvelônouw Goleveüoav els “Xpuordv duaprévere. 13. Aloxep. et Bpôua cuavdahiter rdv &dehpov pou, où ph péyw xpéa els Tov.aiwva, lva ph Tov- Gdehoëv uou cxavôahic.

s. Thomas : « Minores hac scientia carent; putant idolum aliquid divinum (au sens. païen) esse »; ou, — comme il vaut mieux l'entendre, avec ouwnôeta, — leur accoutumance, encore insurmontable, leur fait redouter, s'ils mangent des idolothytes, d’en-. trer en contact avec des puissances mauvaises. Aussi leur conscience, erronée et. « faible », leur commande de s'en abstenir; s'ils lui désobéissent, ils se croient. souillés, et ils le sont en effet, puisqu'ils ont commis volontairement ce qu'ils considèrent comme une imprudence ou un compromis avec les démons. — Saint Paul veut. qu’on les ménage en attendant qu'ils deviennent plus raisonnables, et qu’on ne les expose pas de gaîté de cœur à ces troubles et à cette faute. Versets instructifs pou. la théologie morale, sur le « scandale des faibles ».

—— À, 8. raplornot (au lieu de rapaotioet) dans N5, D, E, L, P, al., lait. — A a. interverti l’ordre de Gorepobue0a et odywuev, et laissé u1 dans le premier membre : oùte dv ph péyumev reptooedouev, oÙte Eèv péyuuev borepobuela, ce qui change l’interprétation du verset, v. infra; la même inversion, mais en laissant u à sa place, se trouve Clem.. Al « (Pédag.) », Chrys., Tert., L, P, pes, et chez Tischendorf.

B. 8. Comment entendre ce verset? Est-ce, ainsi que l’a voulu Schmiedel, une protestation des « forts » contre la réserve que Paul va leur imposer? Ils disaient : « Que: nous importent les prèjugés de ces ignorants? Les aliments sont chose indifférente; ce n'est pas d’en user qui nous fera tort, et nous entraînera devant le tribunal du juge » (sens de raptorévar d'après B. G. UÜ, 1, 463, 3, al.), mais alors, comme l'observe ZLietzmann, il faudrait plutôt admettre la leçon de À, qui n’est pas solidement appuyée. — Voyons donc en ce verset, avec l'ensemble des exégètes, les propres paroles de l’Apôtre. Paul combat ici cette prétention des « libéraux » de Corinthe, qui, en usant. n'importe où et n'importe quand des idolothytes, en les mangeant avec bravade, croient y gagner un mérite et donner ainsi de leur « liberté chrétienne » une preuve: qui plaît à Dieu (Aïnsi Zietzmann, J. Weiss, Bachmann, Guijahr). Le sens est : « Nous ne perdons rien devant Dieu à nous interdire cette liberté, et nous ne gagnons rien à nous la permettre ». fr. (avec une nuance plus générale) Rom. xiv, 47 : « Non: est enim regnum Dei esca et potus ».

—— À. 9. tfouoio, qui est difficile à traduire partout d'une manière uniforme: (Inrror. ch. v), évoque ici l’idée de l'expression verbale correspondante ravra wot Éfeotiv. D'ailleurs, contre Reitz., cette expression aurait ici une couleur plus rationaliste et stoïcienne que gnostique.

B. 9. Ces forts ou ces libéraux allaient partout répétant, à ce sujet comme aux autres : « Tout m'est permis » (Gutjahr v. vu, 4), affichant orgueilleusement leur éovata, leur domination sur les choses. Réfléchissez! leur déclare Paul, et n'allez pas, pour prouver que vous êtes des êtres supérieurs, jeter les « faibles » dans le péché. La tournure : « Gette « éfousia » à vous » dénote une certaine impatience.

—— À, 10. 0 omis B, F, G; vulg. : « eum ». — eïdéhov n'est pas classique; on le trouve dans les Septante, I Macc. 1, 47, x, 83; al.; ce doit être un terme générique et méprisant formé par les Juifs à l'instar des noms de temples, Yapareïor, Iocedwvstov, etc. (Toussaint), fréquents dans les papyrus.

B. 10. L'Apôtre signale le cas extrême de cette prétention; par esprit de bravade,

ÉPITRE AUX CORINTHIENS, Vitt, 11-13. 205

t-il pas que sa conscience, à lui qui est faible, en sera édifiée pour manger les idolothytes? 11. Oui, il se perd, le faible, du fait de ta science, le frère pour qui le Christ est mort! 12. Mais en péchant ainsi contre vos frères, et en frappant leur conscience dans sa faiblesse, c’est contre Le Christ ‘que vous péchez. 13. C'est pourquoi, si un aliment scandalise mon frère, jamais je ne mangerai de viande de l'éternité, pour ne pas scandaliser mon frère!

pour montrer leur jugement éclairé, il en est qui vont jusqu’à prendre part, comme autrefois, aux repas sacrés des temples, et qu'on voit ostensiblement sur le lit des banquets païens; au ch. vi, 9, Paul a bien été obligé d'interdire aux chrétiens « le service des idoles ». Il réservera au ch. x ses justes sévérités contre cette performance; ici il se contente d'attirer l'attention de ces libres esprits sur le scandale qu'ils donnent ainsi à ceux qui ne comprennent pas leurs intentions (sur cette manière d'argumenter progressivement, v. supra). En effet, comme le dit Primasius, reproduit par Rob.-Pl, : « Non omnes sciunt quod propter contemptum hoc facitis, sed Putant vos propter venerationem hoc facere ». Puisque les savants se comportent ainsi, les ignorants, mus par le respect humain, le désir de se montrer euxmêmes intelligents et libres, ou par un reste de goûts païens, seront portés à faire comme eux, avec la conscience mal étouffée d’honorer ainsi des démons, ou de commettre au moins une grave et coupable imprudence; « ils seront édifiés » est un mordant sarcasme (Cornely}. J. Weiss (Urchr. p. 248,) dit lui-même que cette pratique pouvait avoir été présentée comme légitime ou tolérable, — à cause de l’intention d’« édifier », — dans la lettre des Corinthiens ; ce qui n’est pas impossible, et justifierait encore ce que nous avons dit de la dialectique de Paul; il se place d’abord sur le propre terrain de ceux qu'il veut réfuter, pour leur montrer que, même d'après leurs propres principes, ils ont déjà tort.

A. 11. anokcirat pour äréAlura G, L, Jrén., vulg.

A. 12. « in Christo peccatis » ce qui change le sens et l'affaiblit dans Ambrr, Pel., Prim., Lombard, Hervé, Thomas.

B. 11-12. Versets admirables; ils rappellent l'Evangile, Mat. xxv, 40 : « Ce que vous ferez au plus petit de mes frères, c'est à Moi que vous l'aurez fait »; de même c'est pécher directément contre le Christ que de blesser et fausser la conscience de ceux « pour qui le Christ est mort », et qui sont vos frères, ne faisant qu'un avec vous dans le Christ qui vous a tous rachetés et unis à sa Personne. Tout est donc tiré, ici encore, de la relation au Christ (Rob.-Pl., al.) et du devoir de charité qui en résulte.

Paul, observe J. Weiss, devait répéter souvent ce principe que les chrétiens sont responsables Les uns des autres; car c'est presque dans les mêmes termes qu'il dira aux Romains : « Si enim propter cibum frater tuus contristatur, jam non secundum charitaten ambulas. Noli cibo tuo illum perdere, pro quo Christus mortuus est » (Rom. x1v, 15). Il est intéressant de relever dans cette épître aux Romaims l'identité d'argumentation pour un cas analogue, un débat entre « les forts » qui savaient qu'on peut manger de tous les aliments, et les « faibles » qui se croyaient tenus de se contenter de légumes : xiv, 1 : « Zn/firmum autem in fide assumite, non in disceptationibus cogitationum. 2. Alius enim credit se manducare omnia; qui autem infirmus est, olus manducat (plus exactement, « manducat » és)... 44. Scio et confido in Domino Jesu quia nihil commune (— souillé) per ipsum, nisi ei qui existi- Mat quid commune esse, illi commune est. 15. Si enim propter cibum frater contrislatur, jam non secundum charitaiem ambulas. Noli cibo tuo, etc., e. supra... 17. Non

est enim regnum Dei esca et potus... 19. quae aedificationis sunt in invicem custodiamus. 20 Noli propter escam destruere opus Dei. Omnia quidem sunt munda ; sed malum est homini, qui per offendiculum manducat.… 23. Qui autem discernit, si manducaverit, damnatus est : quia non ex fide. Omne autem, quod non est ex fide, peccatum est. XV, 1. Debemus autem nos firmiores imbecillitates infirmorum sustinere, et non nobis placere ».

Seulement, dans l'Epître aux Corinthiens, il s'agissait, comme on le verra au ch. x, de choses d’une portée beaucoup plus grave, car la profession chrétienne ellemême y était pratiquement engagée. | B. 18. Son horreur pour cette cruelle indifférence aux intérêts spirituels du prochain, Paul la manifeste par cette vive et célèbre hyperbole. Il ne s'agissait pas ici de manger ou de ne pas manger de chair; car pour tous, les viandes non consacrées aux idoles étaient permises. Mais l’Apôtre, — qui pense peut-être à des cas pareïls à celui de l'Epître aux Romains, pour en avoir déjà rencontré, — affirme qu'il s’abstiendrait pour toujours, s’il le fallait afin de ne pas scandaliser un de ses frères, même d'aliments « quasi nécessaires à la vie » (s. Thomas): à fortiori des idolothytes, qui ne sont pas nécessaires du tout.

Exc. vit. — ORIGINE ET SENS DU MOT &yÿérn, & CHARITÉ ».

La notion et le mot d'éyérn (charitas, charité) jouent le rôle le plus éminent dans la doctrine et la langue de saint Paul, comme dans le reste du Nouveau Testament (Rom., 9 fois ; 14 fois I Cor. ; 9 fois IL Cor. ; 3 fois Gal. ; 10 fois EpA. ; k fois Phil. : 5 fois Col.; 5fois Thess.; .: 8 fois IT Thess. ; ; 5 fois f Tim.; 4 fois IT Tém.; 1 fois Tit.; 3 fois Philm; — 7 fois Jean; 1 fois respectivement Wat. et Luc; 88 fois dans le reste du N. T., dont 18 fois I Jean). Si l’idée de l'amour réciproque de Dieu et de ses fidèles remonte à l'Ancien Testament, le nom est de formation récente, et le sens éthique et religieux qui s'y est exclusivement attaché est plus récent encore.

Ayérn, en effet, n’est pas un substantif primitif d'où serait dérivé le verbe assez commun éyardw, comme muäw est venu de ru. C'est l'inverse qui s'est produit; dyérn s’est formé, en remplacement de l'ancien vocable &yérnow, dans une aire dialectale sans doute assez limitée (Moulton-Milligan). Les rares exemples (trois en tout) qu'on avait cru en découvrir dans le grec profane ne se sont pas confirmés. Dans le Papyrus de Paris 493 (2°-1er siècles av. J.-C.\,il a été prouvé, et Deissmann a dû l'admettre, qu'il faut lire tapxynv et non ayæmrv, et dans une inscription de Tefeny en Pisidie (Match, J B L, xxvn, 2, p.134 5.) il semble que la lecture et a[yx]rnv doive être rectifiée en ex ayabov. Reste le papyrus d'Herculanum de Philodème l'épicurien, 1° siècle av. J.-C. où les mots à afylerns efvaplyou ne semblent pas assurés à Crônert. (Voir Moult.- Mill. Vocab., ad verbum).

En dehors de la Bible grecque, il se trouve bien au sens religieux chez Philon « quod Deus immutabilis »,$ 14, et Deissmann, contre Ramsay, maintient que le philosophe alexandrin ne l'aurait pas emprunté aux LXX, mais il ne peut nier que la Sagesse de Salomon 11, 9 (amour vers Dieu) et vi, 18 (dit de la Zoyta) aient pu lui servir de modèles.

Un sens religieux de ce mot chez les païens est donc jusqu'ici indémontré, et reste plus que douteux.

Les Septante ont employé &yärn quatorze fois, pour parler de l'amour des sexes, et deux fois en opposition à picoç, « haine ». Il se trouve onze fois dans le texte grecdu Cantique des Cantiques, que pouvaient connaître les chrétiens du Nouveau Testament; et l'interprétation allégorique de cet écrit pouvait porter à lui donner le sens spécial religieux. Celui-ci, en plus des deux textes de Sap. Sal. indiqués ci-dessus, apparaît encore une fois dans le grec de l'Ecclesiastique, xuvi, 11. Il est encore employé en son sens le plus élevé dans la Lettre d'Aristée, $ 229. Voilà pour les siècles qui ont précédé le Christ. Les Juifs alexandrins, disent M.-"M., ont dû ouvrir les voies à cette transformation qui a fait d'éyérn tout autre chose qu'un mot successeur d'épus; sa rareté a dû rendre plus facile de lui assigner un sens spécial. Quant au verbe éyardw, il a subi la même appropriation.

Les versions d'Aguila, de Symmaque et de Théodotion montrent que l'usage du mot se répandait, toujours dans l'acception du Cantique. Les papyrus chrétiens ne l’emploient jamais qu'au sens de « charité ».

Les épîtres de la même période, aux Galates, aux Romains, font voir en . divers passages l'importance capitale, dans l'enseignement de Paul, de l'äyérn — charité. Les écrits johanniques l’exalteront jusqu'à en faire un nom substantiel de Dieu (I Jon. 1v, 8). Mais saint Paul avait dit l'essentiel, et il n’est nulle part plus visiblement inspiré que lorsqu'il parle de l'amour du Christ ou quand il dicte son « hymne à la charité » de 1 Cor. xx. Nous exposerons cette doctrine à mesure que les éléments s’en présenteront. Disons cependant déjà que, dans notre chap. vur, Paul fixe les deux opérations de cette vertu : tout le contexte montre que c’est l'amour du prochain, mais le v. 3 exprime nettement que c’est d'abord l'amour de Dieu {eï ru dyan& vov dedv), d’où découle le véritable amour fraternel, à cause de la fraternité de tous dans le Christ, principal objet de la « charité ». Et les mots Éyvworar 6x’ aüvoÿ, interprétés comme ils doivent l'être, signifient que, si l’homme aime Dieu, c'est que Dieu l’a aimé le premier.

Le lien de charité équivaut done à l’union au Christ, à Dieu dans et par le Christ, et à celle de tous les hommes dans le Christ et en Dieu. On peut donc dire que l’idée de charité est au céntre de cette épitre, que toutes les solutions des problèmes et tous les préceptes apostoliques en découlent.

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