II. Contre l'abus de la « liberté » (1x, 1-x
INTRODUCTION. — On pourrait croire à première pue que tout ce morceau est une pièce rapportée. À quel propos, en effet, Paul, perdant de vue la question spéciale des idolothytes, qui touchait si peu à ses affaires personnelles, se mettrait-il à faire son apologie devant les Corinihiens? Schmiedel trouve donc que IX, 1-18 n'est pas conforme au contexte, et fait plutôt partie d'une défense de Paul contre ses adversaires (comme IT Cor. X-XI1I1); Clemen jugeait que tout, de IX, 1 à X, 22 moins IX, 17, appartenait à la lettre précanonique; auparavant, Hagge, sautant IX, 1-15, rattachait directement IX, 19-XT, 1, à VIII, 13, toujours comme partie de la première lettre. Enfin J. Weïss, pour la raison que IX, 1-18 ne cadrerait pas mieux avec le contexte que (prétend-il) VI, 1-11 et XIII entre XIT et XIV (v. ad loc.}, croit le morceau inséré à cette place par un « rédacteur », qui aurait interpolé IX, 1 comme raccord; en effet, dit-il, il faut attendre les versets IX, 19-93 pour retrouver un rapport de sens après le ch. VIII, et primitivement ces derniers versets pouvaient étre placés après X, 33 ou X1, 1, dans la lettre canonique. — Nous verrons pourtant que IX, 19 se raccorde très bien à IX, 18, et IX, 94 à IX, 23. Tous ces professeurs exigent d'un écrivain comme Paul une logique pareille à celle d'un candidat aux examens. Au contraire, Paul ne cesse d’obéir à la logique interne et réelle de son sujet; mais il le fait avec des mouvements inattendus d'éloquence abrupte qu'il serait bien fächeux de devoir supprimer de ceite épître. Sans doute il dépasse de beaucoup la question des idolothytes, pour n’y revenir proprement, d'une facon très pive et très saisissante, qu'à X, +, mais nous connaissons de reste sa grandiose habitude
de montrer toujsurs la solution des problème. les plus particuliers dans la lumière des plus hauts principes.
Voici la marche de son allocution :
a) Contre ces gens qui n'ont en bouche que leurs réclamations de liberté, Paul en appelle à son propre exemple : lui, l'Apôtre, il est loin d'user des mêmes latitudes que les autres prédicateurs de l'Evangile (IX, 1-6).
b) Quoiqu'il ait bien le droit pourtant d'en user, de par la loi naturelle et divine (7-14), il juge cependant à propos d'y renoncer, pour sa propre gloire (15-18), et pour le profit de l'Évangile (19-22) (x, 7-22),
c) Il sait d'ailleurs lui-même qu'il est imprudent, déjà au point de vue du salut personnel, de ne pas exercer un sévère contrôle sur soi-méme {ix, 23-27).
* d) Et de graves événements typiques de l'Ancien Testament montrent assez qu'il ne suffit pas d’être entré une fois dans la société chrétienne pour atteindre le bonheur des fins dernières (x, 1-13).
{Après ce grave avertissement, il reviendra brusquement à son sujet : « Fuyez donc l'idolätrie », X, 14; « car je dois vous dire enfin ce que j'avais retenu jusqu'à présent : Avec votre « liberté » mal comprise vous risques d'y retomber, et vous y retom-
bez de fait »}.
a) Malgré sa liberté, Paul renonce à bien des avantages de la vie apostolique {ix, 1-6).
Intnonucrion. Ceci n'est pas, comme nous allons le voir, une apologie que Paul aurait eu besoin d'entreprendre contre les lecteurs de sa lettre, mais le début d'une exhortation à pratiquer certains renoncements, comme le moyen le plus victorieux d’exalter l'Évangile, et d'assurer son propre salut.
A. 1. ékelepos et &xdsrodos sont intervertis D, E, F, G, K, L, fuld., got., Chrys., Euthalius cod., Ambr'; J. Weiss prend prétexte de cette variante occidentale pour regarder ce verset comme une glose marginale, par où un rédacteur aurait rattaché au contexte ce morceau détaché d'ailleurs: c'est tout à fait arbitraire, v. infra.
B. 1. Paul s rest ému (vi, 18) devant l'indifférence des « forts » pour l’âme de leurs frères. Le même mouvement véhément continue à l'entraîner, et lui dicte ces phrases hachées et sans lien, ces interrogations négatives, qui sont bien d'ailleurs dans le ton de la diatribe — et se rencontrent fréquemment dans cette épître argumentative et dans les autres du même groupe (Roë.-Pl.\, L'authenticité paulinienne du verset n'est pas douteuse, et Liet:zmann a réfuté J. Weiss à ce sujet. Nous voyons très bien comment les idées se relient aux précédentes : Paul vient de proclamer les privations qu'il s'imposerait au besoin pour éviter le scandale de ses frères. N'estil pas cependant aussi « libre » dans le Christ que n'importe qui, lui qui est apôtre? J. Weiss se demande bien singulièrement de quelle liberté il peut s'agir ici; comme s'il s'agissait d'autre chose, en toutes ces pages, que de discussion sur la liberté, l'äfoucia (vi, 9) de ceux qui ont la « gnose »! n’a-t-il pas vu le Seigneur {dans la vision de Damas), comme les Onze, le Seigneur qui lui a donné alors sa mission d’apôtre (Cajetan, Cornely, J. Weiss)? Et l'évangélisation de Corinthe ne prouvet-elle pas comme cette mission a été réelle et fructueuse ?
Nul, assurément, ne serait plus fondé à user pleinement de la liberté dont il est lui-même le promulgateur au nom du Christ. - A. 2. ’AMé ye, dans le N. T., n'apparaît qu'ici et Zuc xxiv, 21. — rc Euñe pour pou rs, D, E, F, G, K, L, al. — ëv xupéw manque, à tort, en certains témoins; ces mots signifient pour les uns, ici comme au verset précédent : « en tant que vous êtes dans le Seigneur, que vous êtes chrétiens » (Estius, Lap., Cornely, al.), ou « grâce à la coopération du Seigneur » (Gutjahr), ou mieux : « [vous êtes mon ” ouvrage, le sceau de mon apostolat] à l'intérieur du domaine du Christ » (Lietzmann).
— ëv xvplw omis D, Chrys., peë, got.; pour le sens, voir au v. 8.
B. 2. Cette qualité d'apôtre, Paul sait bien que certaines gens la lui contestent; mais ce n'est pas à Corinthe, devant le succès de son œuvre, qu’on peut susciter de ces chicanes, cfr. 1v, 45. Le verset forme une sorte de parenthèse,
Il nous apprend que, malgré tous les reproches qui remplissent cette lettre, l'Apôtre sentait qu'il pouvait se glorifier de son succès dans cette ville plus que de tous ceux qu'il avait obtenus ailleurs; l’église de la capitale achéenne est vraiment le « sceau » divin qui authentique éminemment sa mission d'apôtre, aussi apôtre que les Douze qui avaient vécu avec le Christ. Le même sentiment subsistera dans la Deuxième aux Corinthiens, dans une situation encore bien plus tendue. En somme, la majorité de l'église restait toujours fidèle à ses enseignements.
Il n'est donc pas vraisemblable que déjà, à Corinthe, personne eût contesté, formellement et publiquement, les droits de l’Apôtre Paul (J. Weiss); — ni les « gens de Céphas » (contre Räbiger), ni même « ceux du Christ » (contre Holsten, Schenkel). Cette considération est importante pour l'intelligence du verset suivant, de toute l'argumentation qui suivra. |
Notons encorè, à propos de cette « vision du Seigneur » (v. 4) qui a fondé l'apostolat de Paul, que le Jésus ressuscité vu sur le chemin de Damas ne lui est pas apparu comme un être transcendant dégagé de tout rapport avec les conditions de Son ancienne existence mortelle; en effet, Rom., 1v, 24, la formule vov éÿeioavta ‘Incoëv Tov #bproy uv x vezpüv montre que Jésus était déjà « Seigneur » (xprov) avant sa résurrection, avant d'être « livré » pour nos péchés » (ibid. 25); l'enseignement de Paul ne pouvait donc faire abstraction du Jésus historique, ni des particularités
Cu. 1X, 1. Où eipè Eheblepoc; obx elul &méorohoc; obyi ‘Inoodv Tèv .xbpto = cet . ; SN # e +. 0. *: ou +: 9, Ft YA) , ,” AUOY Édpaxa; où To Épyov pou bmeis ëcte “Ev xvpiw; D ŒAhots oùx Elu @mbotohos, GA je duiv ei À LA sgpayis pou The AR OGTONNS - bpetg ote ëv xuplo. 3. ‘TH êun dmoloyix rois UE “avaxptvouoiv ot abTn.
de sa vie mortelle; c'est ce dont il faudra bien se souvenir au commentaire de divers passages, notamment de IT Cor. v, 16.
A. 3. ’Arokoyia, ävaxplyouaiv, termes forensiques. — Grosse question que de: savoir si ce verset se rapporte aux deux qui précèdent (Theodoret, Prim., la major des anciens, Thomas, Cornely, Rob.-Pl., Gutjahr, al.) ou à ce qui suit (Ambrosiaster, Lietzm., J. Weiss, Bachm., Sickenberger, etc.). Chrys. le lie à ce qui précède et à ce: qui suit à la fois. Il faut, selon nous, 16 relier à ce qui suit; quand même la raison delangue alléguée par J. Weiss ne serait pas démonstrative (l'accent mis sur arr, comme sur toûto 1, 12, vu, 29, xv, 50), la logique du contexte nous semble imposer cette solution. Bachmann, p. 309, signale beaucoup d’analogies.
B. 8. Il y a donc des gens qui scrutent, comme des juges {(avazp.), la conduite de Paul, pour le trouver en défaut, et peut-être nier son apostolat. D’après le v. 2, ce ne doivent pas être des Corinthiens (contre J. Weiss dont l'opinion est d’ailleurs. mitigée, v. supra, Rob.-Pl., Lemonnyer et d'autres). Paul n'avait pas besoin de faire son apologie contre eux, et il à d’ailleurs dit (1v, 3) qu'il n'avait aucun souci de: l'entreprendre. Ce ne serait pas en situation ici, n'ayant aucun rapport avec l’'ensemble de la question traitée. Robertson-Plummer (et en partie J. Weiss), en croyant que Paul avait besoin de défendre son désintéressement contre des factieux de Corinthe qui l'auraient qualifié d'orgueil, ou d'un aveu d'infériorité, ou de quoi que ce soit du même genre, transposent ici indûment une situation qui ne se dessinera que dans la Deuxième aux Corinthiens, et qui n'avait rien à voir avec le: sujet du débat. J. Wéiss aurait alors bien raison de juger cette digression étonnante et déplacée. En réalité, l'argumentation: de Paul vise toujours les « forts » qui méprisaient sans charité les préjugés des « faibles », et elle est simple, parfaitement « ad rem ». La voici en deux mots :
Vous autres, vous vous faites une gloire d'user impitoyablement des droits de votre: liberté (ou de ce que vous vous figurez être vos droits), sans considération du prochain ; moi, je fais tout le contraire. Il y a maintenant (ailleurs) des gens qui attaquent mon apostolat. Pour me défendre d'eux, quand j'y suis obligé, est-ce que j'invoque la liberté éminente que je dois au Seigneur qui m'a choisi comme apôtre quand je l'ai vu, ou bien le succès de ma prédication, notamment dans votre ville? Non, je préfère me glorifier des renoncements que je m'impose, des restrictions que j'apporte à ma liberté et à mes droits d’apôtre; par là je montre que je travaille vraiment et exclusivement pour le Christ, pour le bien du seul évangile (voir plus bas, vv. 19- 23 a); ne pas trop urger sur mes droits m'a paru Je moyen le plus glorieux pour moi, et le plus efficace, de faire taire les calomnies de mes adversaires, et de fermer la bouche aux malveillants. — Goncluez, pour ce qui vous concerne, et sachez renoncer quand il le faut à ce que vous tenez pour votre droit strict; car, répéterat-il x, 23-24, « Tout m'est permis, mais tout n’est pas expédient; tout m'est permis, mais tout n'édifie pas ».
Ainsi Paul reste toujours sur le terrain des « libéraux » armés de leur « gnose » égoïste et méprisante. L’« apologie » en question n'est pas destinée à le défendre contre eux (dans le contexte, il n’est nullement insinué qu'ils l' attaquent), mais doit leur montrer seulement un modèle de conduite évangélique, à suivre dans la question des idolothytes comme dans toutes les autres.
. Cx. 1x. 1. Ne suis-je pas libre? ne suis-je pas apôtre? n'est-il pas vrai que Jésus Notre-Seigneur je l'ai vu? n'êtes-vous pas, vous, mon ouvrage dans le Seigneur? 2. Si pour d’autres je ne suis pas apôtre, du moins certes pour vous je le suis; car la sceau de mon apostolat c’est vous qui l’êtes dans le Seigneur. 83. Mon apologie, devant ceux qui veulent me juger, la voici : .
Ainsi s’effacent toutes les difficultés où s’embarrassent des exégètes comme. J. Weiss. Celui-ci est d'ailleurs bien étonnant, quand pour défendre les, transpositions de sa théorie et le caractère composite de l'épître, il croit sentir dans. ces. lignes tumultueuses une « tranquillité de ton ». qui semblerait indiquer un stade du conflit antérieur au chapitre 1v, 6-18.
À quoi Paul fait-il allusion quand il parle de cette apologie qui lui est imposée. (ailleurs)? Probablement aux difficultés dont les suites traînaient, depuis. le Concile de Jérusalem et le conflit d'Antioche, en Palestine, en Syrie, et qui devaient, vers la même époque, se révéler si âäprement chez les Galates, et dans: quelque: temps, on le verra dans la Deuxième. Épitre, se propager jusqu'à Corinthe. Cependant, pour que l’Apôtre ait développé si longuement cet argument, dans une lettre où it n'avait guère besoin de faire son « apologie », il fallait qu'il fût très préoccupé déjà de ces difficultés dans ses rapports avec d'autres églises. À noter pour ses historiens.
——…—— À. 4. rev, vulgaire pour mteiv. — foule, ce mot aux sens nuancés, signifie, ici « autorisation », « licence » (Ëkeotr, « licet »).
B. 4. Voici donc ‘comment il croit devoir S Y prendre, quand il a des détracteurs à réfuter : « Est-ce que nous (c'est-à-dire lui-même et ses collaborateurs présents ou anciens, tels que Barnabé, v. 6), nous ne sommes pas autorisés à manger et à boire» omme les autres prédicateurs, c'est-à-dire aux frais des communautés que nous. dirigeons ? (Chrys. x, 1815, Cat. 168, 11, Théodore, in, 219, Cat. 166, 25).
A. 5. Grandes divergences dans la manière d'entendre àdekpñvy yuvaixg: pluriel &dekçgès yuvaîxas (ou l'inverse) F, G, Aier., al., Hil., Tert.
B. 5. La conduite de Paul se distingue encore de celles des autres sur un point qui a son importance : il ne mène pas avec lui de & femme sœur », comme le faïsaient pourtant les autres apôtres, ce qui leur garantissait quelque aide ou quelques. aises dans leurs travaux, et imposait du reste aux communautés un surcroît de charges pour l'entretien de cette femme. :
Avant d'aborder la discussion touchant le caractère de cette « femme sœur », il convient de noter le renseignement historique que fournit ce verset sur le collège des apôtres. IL n'est pas sûr que le mot « apôtre » soit pris au strict sens évangélique, et ne désigne que les Douze; Lietzmann et d'autres l’entendent au sens large. Toutefois le contraire n’est pas davantage assuré, et l'analogie de xv, 1-14 (v. ad loc.) où certainement les Apôtres ne sont que les Douze (qui par conséquent vivaient et préchaient encore, au moins pour la plupart, à la seule exception certaine de Jacques de Zébédée, décapité sous Hérode Agrippa Ier), porterait plutôt à donner à ce mot d’ « apôtre » la même acception ici. Mais, s’il en est ainsi, Ce qui nous paraît décidément le plus probable, alors il faut croire que les « frères du Seigneur » non seulement étaient « des prédicateurs itinérants », comme dit J. Weiss (assertion qui aurait déjà une réelle portée historique, v. infra), mais qu'ils appartenaient, plusieurs d'entre eux, au collège apostolique; leur mention est encadrée, en effet, entre celle des apôtres en général, et celle de Céphas, qui était certainement l’un des apôtres, le chef de
k. Mr ox Eyouev EEouciav payeiv nai “meiv; 5. ph oùx Éyouev ÉÉouolav “adshpñv "yuvaire TEPUYEU, bç xat of houret érborohor xat ot aÏehpot Toÿ xupiou wa Kngës ; 6. “ÿ pévos Eye nat Bapväbas oùx Éyouev FSouclan. un éprétesten;
tous; dans l'expression oi Aotzoi dmdotolot #at oi àegol toù xuplou soi Kap&s, le premier xai ne saurait avoir ên sens disjonctif, le sens d'une addition, puisque le second ne l'a point, On pourrait donc traduire : « les autres apôtres, aussi bien les frères du Seigneur que Céphas », en donnant à xai un sens explicatif; ou encore : « les autres apôtres, méme les frères du Seigneur, méme Céphas ». Or, nous connaissons le nom de quatre des frères, ou cousins, du Seigneur : Jacques, Simon, Jude, Joses, et trois de ces ñoms se retrouvent dans les énumérations des Douze : Jacques le Mineur ou fils d'Alphée, Simon, Jude ou Thaddée. Il est donc au moins possible que trois des « frères du Seigneur » fussent apôtres, et Cornely, Gutjahr, ainsi que d'autres catholiques, n'hésitent pas à les reconnaître dans notre verset; au moins la comparaison avec Gal. 1, 49 : Éregov dè tüv &rootÜAwv 'oûx eldov, ei un IénoBoy Tov ddekphv toÿ xvplov fait encore mieux ressortir la faiblesse de toutes les arguties dont on use aux dépens de ce texte pour exclure Jacques de Jérusalem du nombre des apôtres, en traduisant : « Je ne vis aucun autre des Apôtres (que Céphas), mais je vis encore Jacques le frère du Seigneur », traduction qui était déjà très forcée et invraisemblable en elle-même. — Ainsi Jacques (de Jérusalem), et d'autres frères du Seigneur, semble-t-il, appartenaient au collège des Douze. Parmi eux, il y en avait au moins deux {à cause du pluriel àÿekyol) qui parcouraient le monde pour prêcher. Or, ce n’était pôint vraisermblablement Jacques de Jérusalem, que toute la tradition nous présente comme demeurant sédentaire dans la ville sainte; peut-être, cependant, bien qu'on n’en sache rien, avait-il fait quelques courses apostoliques en Palestine, Phénicie et Syrie. Maïs, à cause du pluriel, il faut bien admettre qu’il y en avait au moins un autre. Tout nous invite à y voir Jude-Thaddée, et l'on pressent quelle lumière sortirait de ce fait, touchant l'origine de l'épitre canonique qui porte son nom, et qui nous paraît bien avoir été adressée à des communautés judéo-chrétiennes de Syrie et de Phénicie. Ce n'est pas ici le lieu d'en disserter.
Un autre point à noter, c'est'que ces « frères du Seigneur » ne pouvaient être des inconnus pour les Corinthiens; c'est qu'il y avait une grande solidarité entre tous les prédicateurs authentiques de l'Évangile et toutes les églises qu'ils fondaient dans FOrient méditerranéen. Quant à Céphas (Pierre), nous savons assez qu'il était bien connu à Cœinthe, où tout un groupe de chrétiens se recommandait de lui (1,12 ; mi, 22), ce qui n'est pourtant pas une raison pour croire, d'après Denys de Corinthe (Eus. H E. u, 25, 8), qu'il éût lui-même passé, du moins passé en prédicateur, dans leur ville.
. Arrivons à une question d'un autre genre, celle de la « femme sœur ». Paul n’en menait pas avec lui, tandis que les autres apôtres en menaient une. Qu'est-ce que Päul entend sous ce curieux terme composite ? :
‘Il est certain que, dans notré épître, yuw signifie généralement « épouse » (voir pourtant vi, 84) et que ddekpn a le sens général de « sœur dans la foi », chrétienne {vir, 15). Si l' on traduit un terme d’après cet « usus loquendi », il serait arbitraire de traduire l'autre d’après un critère différent, et nous devons exclure par conséquent, a priori, une des interprétations qui ont été proposées : « une épouse [que nous traiterions non en épouse, mais en] sœur », nous interdisant d'user avec elle des droits charnels du mariage. L'usus loquendi ne permettrait qu'une traduction : « une épouse, chrétienne [comme nous] »-ou bien : « une sœur [chrétienne] comme épouse ». C'est à l'un de ces sens que se range la généralité des protestants, et Zoisy, et plus d'un catholique, comme Lemonnyer. Toussaint et Sickenberger hésitent.
&. Est-ce que nous n'avons pas autorisation de manger et de boire? 5. Est-ce que nous n'avons pas autorisation d'emmener dans nos tournées une femme sœur, comme [le font] bien le reste des Apôtres, et les frères
du Seigneur, et Céphas? 6. Ou bien moi seul et Barnabé n’avons-nous pas autorisation de ne pas travailler?
Mais la question est de savoir si l'usus loquendi est général et si l’on doit néces-'
sairement transporter ici le sens d'autres passages; yuvf (sauf aux ch. vu et x1) et
&eled sont deux termes peu communs en cette épitre, le second surtout ; peut-on fixer
une loi pour leur emploi ?
Toujours est-il que la masse des catholiques n’y a point songé. S. Chrysostome n'a point traité de ce passage dans ses homélies. Mais on a l'opinion d'autres anciens, Tertullien (« de Monogamia », 8), Clément d'Alexandrie (« Strom. », VI, 3). Ambr. (glose, citée par s. Thomas), Jérôme (çin Mat. », xxvur, 55; « c. Jovin », 1, 26), dugustin (« de opere monachorum », 1v, 5), et les commentaires de Pélage, l'Ambrosiastre, Primasius, Théodoret, etc. Tous rappellent à cette occasion les femmes qui, d'après s. Luc (vi, 2-s.) suivaient Jésus-Christ pour le servir; de même, de pieuses Chrétiennes se seraient consacrées au service matériel des apôtres itinérants. Plus d'un a voulu démontrer que, si l'Apôtre à écrit yuvaïex àd:Açdv, et non purement yuvaïxa, c'était afin d’exclure l'idée d'épouse ou de jeune fille. L'opinion de Clément (qui comprend : « une femme chrétienne, comme sœur ») mérite spécialement d'être signalée, car le docteur alexandrin croyait par ailleurs — à tort du reste — que Paul était marié et avait laissé sa femme à la maison (v. supra, vu, 7-8, cfr. le texte interpolé de s. Ignace aux Philadelphiens, 4, qui prétend que Pierre, Paul [ce nom manque en quelques textes latins] et les autres apôtres étaient mariés). Certainement cette opinion serait juste si l'on pouvait lire Je pluriel adelpas yuvaîuas; mais il est trop mal attesté.
Les catholiques modernes ont pour la plupart suivi les anciens. Ainsi Maiér, Gutjahr, Sales, etc.; Gutjahr, suivant Clem. Alex., opine qu'il s’agit d’une veuve ou d'une femme d'âge avancé; qui, pouvant pénétrer ‘dans les gynécées, aidait l'apôtre pour l'évangélisation des femmes. D'habitude, on pense aux services matériels en général, cuisine, vêtement, etc.
Mais bien des auteurs, Meyer, Heinrici,-Godet, Rob.-Pl., Sickenberger, al., observent que, pour une aide de ce genre, les apôtres qui étaient mariés auraient certai-
nement emmené leurs propres femmes plutôt que d'autres personnes dévotes. Et
cela ne manque pas de sens. En effet, à moins, à la rigueur, que l'étrangère ne fût d'un âge très canonique, comme veut le supposer Gutjahr, il aurait pu naître quelque surprise et scandale à voir que les prédicateurs laissaient leurs épouses pour voyager avec d'autres femmes. C'est une pareille familiarité (Rob.-PL.) qui a mené plus tard à l'abus des « subintroductae » ou agapètes, condamné au III° Concile de Nicée, — et que Paul n'a ni approuvé, ni, pensons-nous, même connu, voir comm du ch. vnret Exc. vir. . |
Nous hésitons encore un peu à choisir une opinion. La dernière réflexion nous fait juger que les Apôtres qui étaient-mariés emmenaient certainement leurs femmes de
préférence à d'autres, à condition bien entendu qu'elles le voulussent et fussent capa-
bles de bien les aider (l'objection de Cornely sur « Ecce reliquimus omnia ».…. « qui dereliquit.. uxorem » ne vaut pas pour les circonstances de l’époque apostolique, où chaque apôtre devait organiser de la meilleure manière ses propres pérégrinations). Mais il ne s'ensuit pas que yuvaixz signifie exclusivement « épouse », bien que naturéellement l'épouse de tel ou tel apôtre pût être cetle « femme sœur »;s, Paul, en
éffet, se fait un mérite de ne pas emmener de « femme sœur » avec lui; c’est donc qu'il aurait pu le faire, qu'il l'aurait fait normalement s’il n'avait eu des vues particuières pour s’en abstenir. Or il n'était pas marié, et les Corinthiens le savaient bien. Supposera-t-on qu’il leur demande de la gratitude pour n’avoir pas pris une épouse dont l'entretien eût grevé le budget de leur église? Est-ce à cette fin qu’il était demeuré célibataire? La question fait sourire. La femme chrétienne comme celle que Paul aurait pu emmener dans ses courses et qu’il n'emmène pas, pouvait donc être autre chose que l'épouse même du prédicateur.
Aussi nous paraît-il bien préférable de laisser à yuvaixe une certaine largeur de sens: une femme ou une veuve (pas une jeune fille, afin d'éviter tout soupçon des malveillants), une femme chrétienne, qui pût aider l’apôtre matériellement en tenant son ménage, comme on dit, ou même spirituellement (Clem. Alex.; ainsi firent plus tard, et déjà peut-être alors, les « diaconesses »); ce pouvait être l'épouse même du missionnaire, quand il était marié (et il est assez probable alors, à cause du conseil évangélique, qu'il vivait avec elle « comme avec une sœur », bien qu'il ne faille pas donner formellement ce sens à &dgf dans notre verset); mais ce pouvait être aussi, vu le célibat du prédicateur ou quelque autre circonstance, une autre femme, quelque digne matrone, ou même plusieurs femmes à l'occasion. On comprend, què. leur entretien, en ceriains cas, püt constituer une charge sentie par les communautés, qui & avaient à entretenir cette famille ou cette caravane.
Or Paul, malgré l'exemple des autres, renonce à ce qui aurait été pour lui commodité, pour ses fidèles peut- -être un léger fardeau. Nous restons dans la ligne de pensée du verset précédent (« N'avons-nous pas autorisation de manger et de boire [à vos frais]? »), qui se continue au suivant. Tout cela est homogène — sans exclure chez Paul une considération de prudence et d’édification, qui le fait se priver d’une aide utile pour éviter de plus, lui l'Apôtre de la chasteté, toute ap-
parence de familiarités féminines, qui auraient pu exciter les soupçons des malveillanis.
À. 6. « Hoc operandi, » dans la Vulgate; ce « hoc » interpolé change le sens; le traducteur latin paraît supposer qu'il s'agit encore de l'assistance d'une femme; mais le #4 qui ouvre la phrase est disjonctif, on passe à une nouvelle idée, à une privation d'un autre genre que Paul s’inflige; ici commence une série de # en tête d'interrogations, qui répondent aux ui interrogatifs des vv. 4-5; Paul, observe Lietzmann, fait souvent ainsi suivre une proposition en pi par une autre en f; mais la particule #, jouant le même rôle ici qu'aux versets suivants, ne sépare pas, —. quoiqu'en pense Cornely, — le v. 6 du seul verset 5 en particulier, comme si c'était la seconde partie d'une alternative : « emmener une femme qui travaille pour nous — ou travailler nous-mêmes »; le travail d'ouvrier de Paul et de Barnabé n'est pas en effet le même que celui qui aurait été demandé à la « femme sœur ».
B. 6. Dans la seconde Épitre aux Corinthiens (x1, 7-12), Paul justifiera d'une façon magnifique cette habitude qu'il avait prise, au moins dès le temps où il évangélisait Thessalonique (1 Thess. 1, 7-9), de se procurer tout son entretien par le travail de ses mains. C’est d'ailleurs comme ouvrier d'Aquilas qu'il avait débuté à Corinthe (Act. xvir, 3). Exemple beau et rare, surtout à cette époque où le travail manuel était fort méprisé chez les Gentils.
La mention de Barnabé laisse supposer que cette pratique d’abnégation remonte déjà au premier voyage missionnaire, en Ghypre et en Anatolie, lorsque les deux Apôtres travaillaient ensemble. On voit que les Corinthiens avaient: entendu parler de Barnabé, comme de Céphas, comme des « frères du Seigneur ». Et l’on est vraiment heureux de constater que, malgré les dissentiments et la séparation (Act. xv, 36-39), Paul ne parle de Barnabé aux Corinthiens que pour en faire
l'éloge, sur le point même où lui, Paul, donnait un exemple si remarquable; il ne se réserve donc pas le monopole du renoncement héroïque. De plus, comme il parle de Barnabé au présent, on peut en induire que Barnabé continuait activement $on apostolat séparé (commencé en Chypre aveé Marc, Act., xv, 89, et poursuivi sans doute en Égypte?) et que Paul restait en contact avec lui, se tenant au courant des travaux de son ancien collaborateur. — Ce début de chapitre est vraiment plein de renseignements historiques, d'autant plus précieux et sûrs qu'ils sont jetés comme en marge et au hasard.
b) Ces avantages dont se prive Paul auraient été pourtant, en soi, légitimes à tout point de vue. Mais il y renonce pour sa gloire (LX, 7-18
InT. Toutes ces latitudes auxquelles Paul renonce, cè n'est pas qu'il blâme autrui de se les concéder; au contraire, elles sont tout à fait justifiables en elles-mêmes (v. 7), autorisées en termes exprès ou indirects par la loi mosaïque (v. 8. suivants), et l'Évangile ordonne les choses de manière analogue (vv. 13-14).
Si Paul n'en use point, c'est qu'il se rappelle sans cesse la gratuité de sa voca- .tion à l’apostolat, et veut y répondre, autant qu'il est en lui, par la gratuité de son service (15-18). Ces derniers versets sont difficiles, mais très justement célèbres, car ils font ressortir en tout son éclat le magnanimité du Docteur des Nations.
Cu. 1x, 7. Tiç orpateberar tôles “obuvisrs morés vis qurebst dureküva aa Tov KAPTOY aÜTOÏ oÙk évier; À tés moumxiver molpuvnv rai x To “Yéhantos Tic ToLVnc oùx école;
8. Mh “xara dvbowroy radra AaA&, À Lai ô vouos TaÜtx 0 Néyes ; 9. ’Ev yap rù Muicéus vôuw yéyparta” où “xnmooers Boëv &hodvra. Mi rüv Boüv péker ro 0e$; 10. H à quas révrws Aéyer; à Quac yro Eyphon, “otr dpelher èr” AT Gporpiüv aporpuav, nai 6 dAoûvy èm” Aid voù metéyeuv. 1. [Et pets buiv ra
A. ‘. Ces interrogations accumulées sont un procédé populaire de « diatribè » (J. Weiss). — äpvix. terme technique militaire qui signifie « solde »; les soldats romains, tout comme les nôtres, n'avaient pas à s’approvisionner eux-mêmes sur
leur solde. — yélaxros avec « éaûle » est général, et signifie fromage, crème, beurre, etc., aussi bien que le lait liquide. A. 8. Kortà ävôpwrov — « d'un point de vue humain » se retrouve, avec les
nuances de sens appropriées, encore m1, 8 et xv, 32, et trois autres fois dans le même groupe d'épîtres, Rom, ini, 5; Gal. 1, 11; 11, 15. — Ici # est disjonctif, à la différence de ceux de 6 et de 7, qui marquent la continuation d'une série interrogative (à l’hébraïque, cf. Ps. 77 [76] par exemple).
B ‘7-8. Jusqu'au verset 15b, saint Paul répète aux Corinthiens (pour le motif que nous avons indiqué) ce qu'il dit aux autres quand on l'oblige à défendre sa conduite. Il commence par invoquer, en des exemples courants, les raisons d'équité naturelle qui veulent que chaque travailleur ait droit à tirer un profit personnel de son travail, — comme le font les autres prédicateurs. Raïsonner ainsi d'après la condition naturelle des choses est, observe J. Weiss, plus grec et stoïcien que rabbinique.
Mais il ne s'en tient pas là. Ce n’est pas seulement le bon sens et la justice vulgaire qui établissent ce genre de droits, c'est la Révélation. D'abord la Loi mosaïque (w 9-10), et plus loin l’ordination du Christ (v. 44).
A. 9. péke t5v Poüv, v. Abel, p. 280. — xmuuoer, qui n'est pas de la langue
littéraire, a été remplacé B, D, G, par guuwsets, — Le texte cité est de Deus. xxv, # et sera répété I Tim. v, 18 (pruwoets). |
A. 10. xévtus peut signifier « de toute manière », « en tout cas », et « assurément » (Pulg. : « utique », Cornely, Bachmann, Gutjahr, etc.) mais aussi « überhaupt » (J. Weiss}, ou « en somme », « à tout prendre », « au sens total ». Cfr. Luc. 1v, 23;
Act. XVI, 21; xxX1, 22; XXVIN, 4.
B. 9-10. Paul veut donc prouver par la Loi la légitimité des concessions faites
aux prédicateurs. Mais, au lieu de chercher un texte établissant directement sa thèse, il cite celui du Deutéronome recommendant de laisser le bœuf, qui, instrument du cultivateur primitif, foulait de ses sabots les épis pour en séparer le grain, ou les couches de grains pour les décortiquer, passer de temps à autre sa langue d'utile serviteur sur ces bonnes choses qu'il prépare à son maître. Tout de suite, il explique qu'il s'agit là de choses plus sérieuses que de l'appétit des bœufs.
Ainsi, il comprend cette défense dans un sens symbolique. J. Weiss et d'autres y voient encore un genre d'interprétation emprunté aux stoïciens, comme chez Philon. Mais cette origine possible n'est pas au moins la seule. Strack et Billerbeck (pp. 386- 388) montrent que ces expositions symboliques ou allégoriques de la Loi, si elles avaient pénétré fort tôt dans le judaïsme hellénistique, et sont fréquentes déjà dans
Cu. 1x, 7. Qui jamais, servant à l’armée, [s'entretient] avec sa propre solde? qui plante une vigne et n’en mange pas le fruit? ou qui fait paitre un troupeau et ne mange pas des laitages du troupeau?
8. Est-ce d’après le pur usage humain que je parle de ces choses, ou la Loi même ne les dit-elle pas? 9. Car, dans la loi de Moïse, il est écrit : « Tu ne muselleras pas le bœuf qui foule le grain ». Est-ce des bœufs que Dieu se met en peine? 10. ou, en somme, est-ce à cause de nous qu'il le dit? Car c'ést à cause de nous que [cela] fut écrit, c’est-à-dire que celui qui laboure doit labourer dans l'espérance, et celui qui foule le grain dans l'espérance d'en] prendre sa part. 11. Si nous, nous avons pour
a Lettre d'Aristée, l'avaient fait aussi-en Palestine. Là on s’en servait au besoin pour discuter les fondements d'une loi, mais avec quelque défiance, car .on les trouvait dangereuses; c'est dans les homélies haggadiques qu'elles étaient surtout à leur place, et largement tolérées; mais toujours à la différence des Alexandrins, le sens obvie et littéral était laissé intact, bien loin d'être considéré comme une ombre et un vêtement; et même le sens substitué était tenu aussi pour littéral. Paul, ancien rabbin palestinien, n'a pas dû exclure le sens premier.
Il ne veut pas nier que Dieu s'occupe des bœufs, au rang qui convient à des animaux. Philon lui-même qui prend ce verset du Deut. au sens allégorique (« De sacrif. », $ 260), y trouve cependant aussi (« De Humanitate ») une marque de la bienveillance universelle de la Loi; mais l'Apôtre veut dire que cette défense est principalement portée en vue d'une application plus haute (Rob.-PI., Gutjahr, etc.), comme on va le comprendre par le verset suivant. $. Thomas s'exprime fort clairement : « … qualiter dicta auctoritas intelligenda sit : et primo quod intelligenda sit litteraliter de bobus ; secundo quod non tantum litteraliter de bobus, sed spiritualiter de praedicatoribus »; si la Sap. Sal. vi, 8 dit : « cura est illi de omnibus », c'est que ce livre inspiré parle « de cura generali, scilicet providentiae », et Paul « de speciali, scilicet disciplinae »; la bonté à l'égard des bœufs est recommandée pour l'instruction des hommes, qui était le but principal de Dieu.
S'il faut traiter avec bienveillance les animaux qui vous sont utiles, et reconnaître leur espèce de mérite, a fortiori convient-il de reconnaître les droits des hommes qui nous servent. C'est là l'enseignement complet (xävrws) de ce commandement. Il a été porté « pour nous », — non seulement en faveur des ouvriers évangéliques, comme l'entendent Chrys., Estius, Lap., Meyer-Heïnrici, etc. mais pour tous les hommes (Cornely, Lietzm., Bachm.); il s'agissait, disent Rob.-Pl., d'apprendre aux Juifs, et
mveupatixù écrelpauev, “péya et pets du Tù “oupuixx Pepioomev; 12° et Ado ris dpüv “EÉouclas peréyououv, où pähdov fueïs; AN obx éypnoduela tÿ ÉEoucix rabrn, &AÂAX révra “otéyouey Îva ph tive yromnv düuev T® ebayyeklo Toù Xptoro. 18. Oùx.oïdare bre of ra epà Epyalopevor ta Ex vo lepoÿ écblouoiv, of T@ Oucracrapiu “rapedpebovres 1 Ououaornplo “ouvuepilovra; 14. oûrws nat à xüpros duéraËey rois vd ebayy£hioy naTayyÉAhovory Ex Toù ebayyehiou Cv.
par eux à nous, par cette douceur à l'égard des animaux, à être toujours humains, et justes dans leurs rapports avec les hommes. S. Chrysostome dit là-dessus admirablement : « Dieu, je vous le demande, ne prendrait donc pas soin des bœufs? Certainementsi, Il en prend. soin, mais non au point de porter une loi en cette matière; Il veut, par le moyen des brutes, exercer les Juifs à la bienveillance ».
à quès yap éypépn — Qu'est-ce qui a été écrit pour nous ? Est-ce la Loi du Deutéronome, ou bien la phrase susdite, sur l'espoir du laboureur ou du fouleur? Lietzmann ‘et'd'autres pensent à une citation d'apocryphe, Resch de l' « Urevangelium »; maïs ce sont des suppositions sans fondement. Il ne faut donc pas prendre ë&t comme « récitatif », comme les précédents et J.: Weiss; d'ailleurs Lietzmann reconnaît luimême qu'on n’est pas « obligé » de considérer ce 6x comme introduisant une citation. Il est soït « causal » (Heinrici : « cela a été écrit par nous ; parce que le laboureur, etc. »), ou mieux encore, comme le croit Bachmann, « explicatif ». Le sens est: « Cela a été écrit pour nous, et veut dire que le laboureur doit labourer dans l'espérance, et celui qui foule le grain dans l'espérance d’en prendre sa part ». Sans exclure, nous l'avons dit, le premier sens concernant les humbles auxiliaires animaux; Paul, qui n’ignorait certes pas le dire de l'Evangile sur les oiseaux, n'aurait pas cru, ‘comme Philon, que Dieu se désintéresse des petits détails de la création.
——— À. 11. oxprind, Cfr. it, 3, mais ici le sens est plus large, et non péjoratif. — péya sl. tournure vive et elliptique : « [est-ce une si] grande [chose] si...? »
B. 11. Paul applique le verset précédent, et en revient à la légitimité de la con-
duite générale des apôtres (vv. 5-6), d'où résultaient certainement quelques charges pour leurs disciples. D'ailleurs Gepioouev ne doit pas être pris dans un sens trop étendu, comme si cette « moisson » des prédicateurs avait été une râfle des biens des néophytes; on verra II Cor. x1, 20, quels amers sarcasmes dicte à Paul une rapacité de ce genre. Peut-être cependant use-t-il d'une hyperbole, comme II Cor. x1, 8 (GAAGS xxAnoias ÉabAnoa), ou bien veut-il dire, en posant un cas chimérique, que ce ne serait pas trop, à prendre les choses du côté des fidèles, de payer de toutes leurs richesses l'immense avantage de recevoir l'Évangile. À. 12. Que signifie ici ce mot flottant d'éfousla? Pour lui conserver le même sens dans les deux membres, nous le iraduisons « droit », droit des propriétaires sur les biens, auquel les instructeurs spirituels sont associés dans une mesure; Lietzmann comprend autrement à tpé&v éfouole, « le droit sur vous »; Loisy : « Si d’autres sont admis à disposer de vous »; il nous semble que c'est trop dire; — créyouev, le même mot que x, 7, parmi les attributs de la charité.
B. 12. Paul parle ici au nom de tous les instructeurs religieux, lui compris, mais non lui spécialement. Il nous semble donc que ces « autres » qui participent au bien des néophytes ne sont pas, comme tout le monde à peu près le comprend, tels ou tels prédicateurs que Paul opposerait à lui-même, ainsi qu'il le fera dans la Deuxième Epître (pour Chrys Théodoret, Ambr', les Grecs et les Latins en général, Thomas, Estius, Bisping, etc., les « faux apôtres », dont il s'agira II Cor.; pour Cornely, Sickenberger, Apollos et d'autres ; pour Rob.-P1., des instructeurs judaïques ;
vous semé les biens spirituels, est-ce une grosse. affaire si nous moissonnons vos biens charnels? 12. Si d’autres ont part à votre droit [sur ces biens], cela ne [revient-il] pas [encore] davantage à nous ? Mais nous n'avons pas usé de ce droit; mais nous endurons tout pour n'apporter aucun obstacle à l'évangile du Christ.
13. Ne savez-vous pas bien que ceux qui travaillent aux [fonctions] sacrées mangent ce qui provient du lieu sacré, que ceux qui servent d’assistants à l'autel ont leur part du [revenu de] l’autel? 14. Ainsi le Seigneur
a disposé, pour ceux qui annoncent l'Évangile, de vivre de l'Évangile.
pour Gutjahr, des prédicateurs nouveaux venus; pour Bachmann, la communauté de Jérusalem en faveur de qui se faisaient des collectes, voir au ch. xvi). C'est trop préciser le sens, et croire que cette « apologie » a -été faite pour Corinthe, ce qui n'est pas. Les « autres » sont donc tous ceux qui reçoivent une rétribution des chrétiens comme de n'importe qui, pour n'importe quel genre. de services, religieux ou profanes. LL
Ce droit, que Paul possède incontestablement, il ne veut pas en user; le pluriel indique peut-être que ses collaborateurs immédiats (et Barnabé) faisaient de même. Au contraire, ils restent sans ressources assurées, .et le chapitre 1v, 41-13, a pu donner une idéé de ce qu’ils ont à endurer. — Et il donne la raison (une des raisons) de cette abnégation : c’est pour supprimer des empêchements à la diffusion de l'Evangile. Cela se comprend de reste. Ainsi sont préparés les vv. 19-22.
À. 13. rpocedoedovres p.rapedo. K, L, Chrys. napedpebetv est un terme cultuel technique, retrouvé dans une inscription de Magnésie (Lietzmann); cfr. l'expression erdoedpos de vu, 35, v. ad loc. — Le verbe ovuuepifeclar ne. se trouve qu'ici dans le N. T. ‘
À. 14. otws xat à zbpuos, etc., cfr. Luc x, 7; Gal. vi, 6; Il T'hess. in, 9; I Tim. v, 18; c'est un logion traditionnel, qu'il n'y a pas lieu de croire incorporé dès ce temps-là dans une rédaction canonique; il est à remarquer que l’évangéliste qui le rapporte est Luc, le compagnon de Paul, | |
B. 18-14. Paul invoque, après tous les autres, l'usage religieux de rétribuer les prêtres et tous les ministres du culte (chez les païens et chez les Juifs); il rappelle que Jésus aussi (za, comme la Loi, comme Yahweh) a établi que les porteurs de l'Évangile (dont la fonction est ainsi assimilée, en quelque sorte, à une liturgie), pourraient vivre de l'Évangile {« dignus est enim operarius mercede sua »).
Il semble que ce dernier argument, le plus direct de tous, Paul ne l'ait ajouté qu'après coup, quand il avait déjà exposé toute la substance de l'« apologie » dont il se Sert au besoin pour faire taire ses détracteurs. Car il avait déjà conclu, à la fin du v. 12 : « si nous nous imposons des privations que ne connaissent pas les autres, C'est pour frayer un chemin plus libre à l'Évangile »; cette restriction de sa « liberté » était à ses yeux ce qu'il y avait pour lui de plus honorable; avis aux man- $eurs d’idolothytes par principe de liberté, par gloriole de gens affranchis!
——— À. 15. Ici une fameuse question de lecture. La phrase de 15°, telle que la Porte l’ensemble des textes, est certainement très irrégulière ; aussi plusieurs ont-ils Voulu la corriger. L'# embarrassant (« que » après un comparatif) a été supprimé dans l'Ambr'; Lachmann voudrait le changer en vi, particule de forte affirmation Ouvrant la proposition dernière ; beaucoup de témoins ont reclifié ainsi : [u&Alov axobaver] À TÔ xabymué pou Îva vie (au lieu de ovèels) xevoe[on] = « [plutôt mourir] que de [laisser] quelqu'un me priver de mon titre de gloire », (N°, C, K, L, P, Doc, f, Chrys.,
15. "Eyw dE où xéypnua obBevt roiruv. | OÙx Eypata Sè raëra va oùrus yévarar ëv Euol xahdv Yyép por paAdov Gmobavety “9... > “uxynué pou oùBsts nevwos. 16. Ehv yzo ebxyysAopx, oùx ÉoTty por xaÜyauX" AvVayan yép Mot Étérerrar obal Yo poi éotuv éav ph ebayye- Mowpor. 17. Hi yap “Exwy roùro rodoow, puofèy “Eyw el Dè “dxwv, oixovop{av reréoreugar. 8. Tic oùv pos éorty 6 puodés; va ebayyehbopevos “adéravoy
béow Tù ebayyÉAov, ec Tù Li “uarayphoucda Th Éfouoia mou èv 7 ebayyehlo.
Hier., vulgate), ou simplement en changeant oùdsts en rs, ce qui revient au même (F, G, 26, Cornely}. Bachmann ne change aucun mot; mais il met un point après arobaveiv, et prend le-# qui suit au sens confirmatif; de même Gutjahr, al.
Il n’y a pas besoin de se donner tant de mal pour éviter des anacoluthes ou des « aposiopèses » à Paul, qui était coutumier des plus rocailleuses. Avec la grande majorité des modernes (Liets:mann, J. Weiss, Sickenberger, Loisy, elc.) nous laissons donc simplement, après #, la phrase interrompue, — Pour yévnta ëv Euol des parallèles sont relevés par Lietimann dans la Gen., les Synopt., Jean, Epictète.
B. 15. Paul, sans penser à mal, a répété pour l'instruction des libéraux de Corinthe ce qu'il dit à d’autres quand il a besoin de se défendre dans leur estime. Et voici que tout d'un coup un scrupule le prend : si ses lecteurs allaient s'imaginer qu'il écrit ces choses pour leur insinuer que, à l'avenir, ils feraient bien de lui payer ses services! Troublé, indigné par cette idée qui lui répugne, on dirait qu'ik ne sait plus comment dicter sa phrase au secrétaire. Ces « aposiopèses » et les anacoluthes arrivent fréquemment quand il est ému, parce qu'il dicte (Lietim.). — (On voit, en parenthèse, ‘comme ce fait s’accorde bien avec la théorie d'un « style oral » savamment balancé, ou d'une « récitation cultuelle »!)
Ainsi, il n’a pas voulu recevoir de subsides, ni prendre de femme comme auxiliaire; il a tenu à travailler de ses mains pour assurer par lui-même son entretien; — tout cela, en sacrifiant de ses droits pour l'Évangile. Est-ce qu'il le regrette, et est-il disposé à changer de manière, comme il craint de le faire supposer à certains auditeurs de sa lettre qu'il voit déjà sourire ironiquement? Non! il aimerait mieux mourir que de renoncer à ce qui fait sa gloire, sa seule gloire à son avis, comme il va l'expliquer.
À. 16. zépu (« titre à la gratitude », ou à la rétribution, c'est- à-dire mérite), à la place de aÿynua, dans N°, D, E, F, G, Ambrr, quelques v. lat.
À. 17-18. Ces phrases ne sont nullement timpides. Il faut d'abord établir, autant que possible, le sens des mots; puis voir quelle est la construction et le rapport des idées entre elles.
éxôv…. &xwv : le premier, Exuv, peut signifier soit « acceptant volontairement », (ou « avec bonne volonté », « avec ardeur »,J. Weiss, al.) soit « avec spontanéité », « de mon propre choix » — et, inversement &xwv (hap. leg. dans la Bible), soit « agissant involontairement » {ou « par force », « timore servili » Thom2., « invitus », Estius, après Aug. « ©. Parmen. donatistam », 51, 11), soit « non spontanément », « non de son gré » ; le sens « spontané » et « non spontané », est celui des Grecs, de Thomi., Cajetan, Lap., Maier, Cornely, Rob.-Pl., Bachmann, Gutjahr, al.), et il est certainement celui qui convient le mieux à la situation et au contexte, — muoûév : le mot uoÜds signifie « récompense », « gages », « salaire », « rémunération », mais nulle part, à notre connaissance, il ne prend Île sens de « titre à une rémunération » (la traduction de Loisy : « quel est donc mon [titre à] récompense? », et, d'autres qui lui ressemblent, ne sont donc pas bien exactes); Cornely, Gutjahr ne peuvent tirer le mot à ce sens qu’en recourant à une métonymie : « action qui mérite récompense »;