donc avec le Christ en tant qu'immolé sur la Croix
7. C'était un « acte » efficace, réalisant ce qu’il représentait.
8. Ce qu'il représentait et réalisait n'était d’ailleurs pas une « épiphanie » du Christ glorieux, ni une « époptie » comparable à l'apparition prétendue d'une divinité dans les Mystères païens.
9. Il y avait bien, selon Paul, une présence du Christ, dont les fidèles jouissaient par la communion; car Paul était « sacramentaliste ».
10. Mais cela n'était emprunté à aucun mystère païen connu jusqu'ici, d'autant moins qu'en aucun « Mystère », depuis des siècles, il n'était question de « théophagie ».
11. Il n'y à même pas lieu d'y voir aucune influence dissimulée de la mystique hellénistique.
12. L'Eucharistie, actes et paroles, a plutôt été préfigurée par des antécédents israélites et juifs.
13. Cette présence du Christ dans l'Eucharistie n'était point une simple présence morale. ; |
14. Toute l'efficacité du rite résultait de la présence réelle et corporelle, quoique secrète et mystérieuse, du Christ sous les espèces sacramentelles que les fidèles consommaient; et cette présence était causée par la répétition des: paroles du Christ à la Cène prononcées sur le pain et le vin. Ce n'était pas seulement une puissance, une émanation du Christ ou de l'Esprit pénétrant dans les aliments pour en faire les véhicules d'une vertu spirituelle.
Le dogme de la Transsubstantiation, tel que l’a défini l'église catholique, est, pouvons-nous conclure {sans le démontrer systématiquement ici), la seule explication qui fasse droit à toutes les exigences du texte de Paul.
[Dans la littérature surabondante consacrée à ce sujet, il suffira de mentionner, en outre des écrits modernes de la précédente bibliographie et des commentaires cités habituellement (s. THomas, Cornecy, J. Wrss, Roserrson-PLummer, Bacumanx, etc.) :
STANLEY, Christian fnstitutions; — VNELLHAUSEN, en divers écrits; — SrirrA, Zur Geschichte und Litteratur des Urchristentums À, p. 205, 1893; — Percy Garpner, The origin of the Lord’s supper, Londres 1893; ctr. Id.: Exploratio evangelica, pp. 454-s, 1899; — Zaun, Brot und Wein in der alten Kirche, 1892, et Einleitung in das Neue Testament, 1893, Leipzig ; — Herrwüccer, Taufe und Abendmahl bei Paulus, 1903; Taufe und Abendmahl im, Urchristentum 1911, Tübingen; — E. von Dosscnürz, Die urchristlichen Gemeinden, Leipzig, 1902, p. 23; Sakrament und Symbol im Urchristentum. Theolog. Studien und Kritiken, Gotha 1905; — Axel Annersen, Das Abendmakhl in den zweï ersten Jahrhunderien nach Christus, Giessen 1904, 2° éd. 1906; — J. Révicze, Les Origines de l'Eucharistie, RHR LVI, 1907; — Sal. RINACR, Cultes, mythes et religions, 1, 6, 1905, et ailleurs; Cr pheus, Paris — Alb. ScrwerTzEn, Geschichte der paulinischen Forschung, 1911, et Die
Mystik des Apostels Paulus, (ch. x sur Mystique et sacrements), Tübingen 1930; — J. Werss, Das Urchristentum, 1917; — Loxsy, Les Mystères païenset le Mystère chrétien, Paris, 1919; Evangile selon Luc, Paris, 1924; — Toussaint, L'Hellénisme et l’apôtre Paul, Paris, 1921; — Weivez, Biblische Theologie des Neuen Testaments, Die Religion Jesu und das Urchristentum, Tübingen 4° éd. 1928; — Ed. Meyer, Ursprung und Anfänge des Christentums, I, pp. 174-s8., 1921; — C. Creumen, Relioionsgeschichtliche Erklärung des Neuen Testaments, 2. Aufñl:, pp. 174-191, Giessen, 1924; — Gillis Persson Werrer, A/tchristliche Liturgien, I. Das christliche Mysterium, Studie zur Geschichte des Abendmahls, 1921; Il Das christliche Ofer, neue Stud. zur Gesch. des Abendmahls, 1922, Güttingen; — Süpensrom, Manuel d'histoire des religions, éd. française par W. Corswant, Paris 1995; — GREssMANN, H KOINGNIA TON AAIMONION, ZNW, 1921, pp. 230 ss.; — Me Room, L’Eucharistie d’après la sainte Écriture, DTC v, 1913, ct L’Eucharistie et les Mystères païens, « Semaine internationale d’ethnologie religieuse de Milan 1925 », pp. 319-334, Paris 4996; — Ligrzmanx, Messe und lerrenmahl, eine Studie zur Geschichte der Liturgie, Bonn 1926; — Reir- ZENSTEIN, Die hellenistichen Mysterienreligionen, 3 Aufl. 1927, pp. 79 ss., Leipzig; — M. Gocuer, L'Eucharistie, pp. 188 ss; et « Revue d'hist. et de philosophie religieuse » 1930, pp. 61-89. Etc. On consultera aussi avec profit les études des archéologues sur les peintures eucharistiques des catacombes, et des ouvrages comme ceux de Dôzcer, ’ly@vs et autres].
Exc. x11. SYNTHÈSE ET ORIGINE DE LA DOCTRINE EUCHARISTIQUE DE SAINT PAUL.
C'est autour du texte de saint Paul que se cristallise, pourrait-on dire, toute la doctrine de l'Eucharistie éparse dans le Nouveau Testament. On en trouve chez lui la synthèse très claire, si l’on veut bien la chercher. Mais il faut savoir définitivement si c'est l'Apôtre qui est l’auteur de cette doctrine, s’il la tient du Christ par révélation immédiate, suivant une opinion assez commune (v. au comment.), où si c’est par le canal des Apôtres et des premiers. chrétiens. Cet Excursus comprendra donc deux parties connexes :
4° nous établirons la synthèse de Paul;
2° nous en discuterons la provenance, plus systématiquement que dans le commentaire.
Avec les chapitres x, 14-22 et x1, 17-34 de la 4° Épître aux Corinthiens (rapprochés des relations synoptiques, de quelques mentions des Actes, du chapitre vi de saint Jean, puis de passages fameux de la Didachè, de la Lettre de Pline, de saint Justin, pour ne parler que de ceux-là), on établit ax moins ceci d’abord, avec une évidence directe : c'est que les premières communautés chrétiennes, et dès l’âge apostolique, avaient comme atte principal de leurs réunions liturgiques un repas commun, fixé dès une haute époque au premier jour de la Semaine, qui fut celui de la Résurrection, la xupaxh fuépa; le pain et le vin, qu'on consommait avec certains rites et prières, en étaieut l'élément essentiel.
Les fidèles y commémoraient la Passion du Sauveur; mais ce n’était pas
un simple repas funéraire, c'était aussi une fête d'espérance et de victoire. Ils s'y encouragaient à attendre la consommation triomphale du Règne de : Dieu (Didachè, cf. Luc, xxu, 18, 30); enfin la matière même des éléments sacrés (grains dont le pain a été fait, vin qui a jailli de milliers de raisins foulés, Did.) symbolisait la fraternité présente et la parfaite unité future des communiants. Le repas eucharistique avait donc une signification complexe; tous ces traits que.nous avons recueillis de divers écrits et témoignages formaient, à n'en pas douter, un ensemble dès l'origine.
Mais l'essentiel, le trait central, qu'il nous faut maintenant établir, c’est que l'Eucharistie était un repas de sacrifice, où l'on consommait une victime réelle, le corps réel et le sang réel de Jésus-Christ. Nous allons le voir par nos deux textes de Saint Paul, qui font partie tous deux de cette épître, et contiennent expressément toute la doctrine qui est restée la doctrine catholique.
Du premier texte, ch. x, 14-22, il ressort que ce qui est mangé et bu par les fidèles dans l'Eucharistie est comparable aux viandes qui étaient mangées dans les repas qui suivaient les sacrifices juifs et païens. Or, ce que l’on mangeait dans ces repas sacrificiels, c'était précisément le ispeïov, la fvota, les chairs de la victime offerte sur l'autel. Pour que la comparaison porte juste, il faut donc que le pain et le vin soient devenus une ôvoix, ou quelque chose qu'on puisse assimiler à une Gvoix.
Mais qui dit victime dit sacrifice; et un sacrifice suppose un autel, qui est comme l'intermédiaire entre l'être à qui le sacrifice est offert, et celui qui le lui offre. En mangeant La fuois juive, on entre en communion, d’après notre texte, avec le Gvotuoréptov; non point, évidemment, pour s'arrêter à lui (comme qui dirait à un autel-fétiche, idée qu'auraient bien pu avoir les Sémites préhistoriques, mais certainement pas les Juifs), mais pour remonter à Yahweh. En mangeant la voix païenne, l’homme entre en communication spirituelle avec les démons — dans lesquels déjà bien des philosophes, avant Porphyre, voyaient les dieux des sacrifices sanglants. Ici il n’est pas question de Gvotæoripuov quoiqu'il y en ait pourtant nécessairement un; mais saint Paul va droit au terme invisible. S'il s’est exprimé autrement en parlant des sacrifices de Jérusalem, c'est que l'autel du Temple était particulièrement saint (Mat. xxux, 48, 20), et qu'on n'osait guère, chez les Juifs d'alors, parler sous son nom propre du grand Être avec lequel il servait de moyen de communication. Mais, dans les deux cas, la communication de l’homme avec l'invisible s'opère par une victime offerte sur un autel, et mangée ensuite dans le repas rituel qui suit : cela fait comme une partie intégrante du sacrifice, celle qui y met le sceau et finit d'en assurer le bénéfice à l'offrant.
Dans le cas de l’Eucharistie, le terme auquel le chrétien s'unit (comme le Juif à Yahweh par l’autel, et comme le päïen aux démons), c'est « le corps » : et « le sang » du Christ (v. 16), qui sont non pas ceux d'un mort, mais ceux d'un vivant glorieux; par conséquent, en s’unissant à eux, on s'unit à la personne vivante du Christ. Mais qu'est-ce que l’on consomme pour produire cette union? Le pain et le vin devenus une Guoix. Comment seraient-ils une duoia s'ils n'avaient pas été préalablement offerts en sacrifice, et ainsi trans- Îormés, au moins mystiquement, sur un Ovoraoréotov, nommé ainsi au sens
propre ou par extension? Il faut pourtant que ces aliments soient devenus une fvota pour que l’analogie avec les victimes des temples vaille quelque chose. Et, de fait, dans le texte, il y a bien une allusion à l'autel chrétien, sur lequel le pain et le calice prennent ce caractère, quand saint Paul parle de la rparelx Toù xuplou (v. 21); car la « table du Seigneur » est un mot de l'Ancien Testament qui signifie l'autel (Zsech. xuiv, 16; Malachie, 1, 7, 12). En quoi apparaît dès lors en eux le caractère de victime? En ce que le « corps » et le « sang », en rapport l’un avec le « pain rompu », l’autre avec le « morñprov », sont présentés comme des termes distincts de communion, donc comme séparés, au moins d'une manière figurée, et par là même en état d’immolation. Le pain et le vin ne peuvent donc être une Gualx que pour avoir acquis une relation (que nous ne fixons pas encore), avec le vrai corps et le vrai sang de la Victime de la croix; il faut qu'ils soient devenus, en quelque manière, la même chose que le corps et le sang. Les mots xoivuvia où coaros et x. voÿ afuuroc (v. 16) peuvent s'entendre, doivent s'entendre d'une consommation, en quelque sens que ce soit, du corps et du sang mêmes du Christ, qui sont à la fois le moyen et le terme de la communion à la personne du Christ.
Ainsi l’Eucharistie est vraiment un repas sacrificiel, comme l'attestent encore expressément saint Justin et la Didachè. Mais quel est le sacrifice auquel elle est jointe et d'où lui vient ce caractère? D'abord, cela va sans dire, celui de la Croix, où le Sauveur s'est immolé une fois pour toutes. L'Apôtre dira, au chapitre xr, 26 : « Chaque fois que, etc... vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu’il vienne »: « Vous annoncez », c'est-à. dire vous proclamez la mort du Seigneur, votre foi en elle et en ses effets salutaires; et vous le faites parce que le Christ lui-même l’a commandé (I Cor. x1, 24 et 25; cf. Luc, xxir, 19). C’est donc d’abord un repas funéraire, chose bien connue des Juifs et des païens; puis une imitation de la dernière Cène, où la grande Victime {avait donné aux disciples les mêmes aliments sacrés, annoncé par le rite même son sacrifice prochain, et poussé jusqu’à l'extrême (ets vélos, Jean, xnr, 1) la manifestation de son amour; ensuite, l'Eucharistie est en relation avec le repas pascal de l'Ancienne Loi, vu l’époque de la Dernière Cène; par la victime qui y est offerte, nous sommes délivrés des servitudes de ce monde et de la mort, comme les Hébreux le furent de l'Égypte; enfin, comme la victime est ressuscitée et vivante, la communion avec elle nous est un gage de notre résurrection bienheureuse : Æ# futurae gloriae nobis pignus datur, comme dit l'office du Saint-Sacrement.
Mais l'Eucharistie ne serait-elle un repas sacrificiel qu'au sens large, uniquement par son rapport avec le sacrifice passé de la croix, rapport seulement intentionnel et de l’ordre idéal? Alors il serait difficile de dire que les aliments eucharistiques sont une fuoio au sens propre, ce qui est pourtant bien présupposé par le caractère strict de la comparaison avec les chairs des victimes d'autres religions. Pour que la communion rejoigne réellement le sacrifice de la croix, pour qu'on y mange une Üusia non pas purement symbolique, mais véritable, il faut que le sacrifice de la croix soit redevenu, de quelque manière, présent et actuel, qu'il soit renouvelé. Or, l'acte qui rend présente la Victime immolée autrefois, historiquement, au Calvaire, et maintenant glorieuse au ciel, ce ne peut être que celui qui a atteint le pain et le calice, en d’autres termes leur
consécration, par la répétition des paroles du Christ (V. Synopt. et I Cor, xr, 24-25). La vai vraie, prise au sens propre, que les chrétiens consomment, doit en effet être devenue présente au cours de la cérémonie totale, et cela « sub specie immolationis », par les paroles qui ont comme mis à part le corps et le sang; c’est pour cela que saint Paul distingue avec tant d’insistance, et partout, le « sang » du « corps ». Au chapitre xr, v. 24, les mots vù ümip buüv ([mon corps] qui est pour vous, que voici là pour vous), ne peuvent signifier seulement, non plus que chez Luc (xxir, 19 : vd émèp Üuüiv Gidduevov), « qui est là pour que vous le mangiez, pour vous servir d’aliment », mais, à cause du participe éxyuwôpevov, « qui est répandu », dans l'offrande parallèle du calice (Math. xxvr, 28; Luc, xxrr, 20; Marc, xiv, 24), ils veulent dire « qui est donné, immolé pour vous » en sacrifice à Dieu.
Puisqu'il y a done une hostie, est-ce une hostie réelle, ou seulement figurative? Le chapitre x implique déjà qu'elle est réelle. Sans doute, les expressions xowuvia toÿ cuuaros, 700 aluuros, en soi, ên abstracto, n’indiqueraient pas nécessairement une présence réelle, physique, de la victime. Toutefois, si cette présence n'était que morale, l’analogie dont saint Paul tire un tel parti perdrait de sa force. En outre, le même chapitre donne une indication précieuse, dont nous avons vu la concordance parfaite avec la doctrine du
chapitre x. C'est la phrase : êne ele dpvos, Év oûpux of moddoi écuev. of ykp mévrec éx où
évès Gptou meréyomev (x, 17). Cela ne signifie pas : « nous avons tous part à un seul pain », traduction qui néglige l’article où, mais : « nous avons tous part à l'unique pain », en insistant sur Évés : « tous part à ce Pain qui est unique ». Or, le seul « pain » qui soit « unique » partout et nécessairement, c'est le corps du Christ indivisible et partout le même, dans tous les lieux et les temps où il est offert; ce ne sont point les espèces matérielles du sacrement, lesquelles peuvent être multiples, mais la Réalité qui est dessous, le « Pain vivant descendu du ciel » de Jean, vi, 33, 35, 48, 51. C'est donc le corps du Christ que l'on mange. Et, en donnant cette interprétation, nous avons ici la rare fortune de nous trouver d'accord avec M. Loisy (Les Mystères païens et le Mystère chrétien, p. 291-s.). Le chapitre xr le dit d'ailleurs en termes exprès."
Ainsi, la communion eucharistique est proprement, véritablement, un repas sacrificiel, parce qu'une victime véritable, au cours de la cérémonie, a été préalablement constituée présente, comme elle était au Calvaire, et représentée comme immolée par la séparation de l'aliment solide et de l'aliment liquide, pour qu'elle soit mangée et bue par les fidèles. La cérémonie eucharistique, renouvelée dans toutes les églises pour aussi longtemps que l'Église durera, jusqu'à la Parousie, a donc, dans l'esprit et la lettre de saint Paul, tout ce qu'il faut pour réaliser pleinement la notion de sacrifice, — commémoration sans doute de celui de la Croix, et rappel de la Dernière Cène, mais réel, absolument réel, parce que le sacrifice du Calvaire s'y trouve mystérieusement renouvelé,
par la présence réelle de la même Victime, figurée dans le même état d'immo-
lation, et offerte sur cet’autel qui s'appelle la spénetx voû xuplou. Ce qui fait
remonter à saint Paul le dogme catholique du sacrifice de la messe, contre
les diverses théories protestantes.
Mais, pour établir tout à fait solidement la réalité de cette présence, il faut recourir au deuxième texte, celui du chapitre xr, où saint Paul rapporte tout au long l'institution de l'Eucharistie par le Christ. Ce n'est pas le signe qu'il n'en eùt pas encore parlé aux Corinthiens d’une manière aussi précise. Le cas n'est pas différent de celui du chapitre xv, où il énumère aux mêmes lecteurs un grand nombre d’apparitions du Christ ressuscité, des faits que lui et les autres apôtres avaient l'habitude de narrer souvent à leurs néophytes. Il s’agissait uniquement de réveiller dans la mémoire et le cœur des Corinthiens l’impression vive d’une doctrine qu'ils connaissaient fort bien, mais dont certains -abus pratiques tendaient à leur faire oublier l'immense portée pour leur vie morale et religieuse. Certains d’entre eux semblent regarder l'Eucharistie comme une formalité religieuse après un bon diner, comme s'il ne s'agissait que de réciter distraitement des grâces, lorsqu'échauffés par le vin et la bonne chère, les conversations et les disputes, les convives pensent à toute autre chose qu'à ce qu'ils font, ou aux formules qu’ils entendent et récitent! N'ayant pas « distingué, discerné » le corps adorable, ces médiocres ou mauvais chrétiens l'ont traité, en pratique, comme un léger supplément rituel à leur joyeux repas ; ils se sont ainsi rendus coupables envers le corps et le sang. Si leurs dispositions n'atteignaient pas au moins ce minimum de charité et de pureté chrétienne requis pour que l’on soit un membre vivant du Christ (et il y avait tant d'injustes, de fornicateurs dans cette Église de Corinthe!), ils ont commis un sacrilège, ils ont menti en s ‘arrogeant le sacrement d’un amour -et d’une union qui ne peut exister entre le Christ et des pécheurs, ils ont fait à la divine Victime une violence qui a son type dans le crime de ceux qui la trahirent, l’outragèrent, la clouèrent à la Croix. |
Car, pour l'Apôtre, elle est présente dans l'Eucharistie aussi réellement qu'elle l'était sur la Croix.
L'idée de saint Paul est absolument nette : par la communion eucharistique, le fidèle s'unit au vrai corps et au vrai sang du Christ, présents physiquement et mystérieusement là où est ce qui semble être du pain et du vin, mais qu'il faut savoir « discerner », « distinguer », apprécier à sa juste valeur, sous peine de faute grave entraînant de graves châtiments. Et c'est un repas de sacrifice : les aliments sacrés ont été apportés d’une voureba voù xuplou, qui est un autel (cf. Æp. ad Heb. xurr, 10). Ce sacrifice n'est pas purement le lointain sacrifice historique de la croix, quoiqu'il en tire toute sa valeur, et qu'il ait la même victime; il en a été comme une reproduction. Et c'est le Christ lui-même qui a institué cette merveille, et donné à ses disciples le pouvoir et le commandement de la renouveler périodiquement en sa mémoire. — Parmi les auteurs les plus récents, ce ne sont pas seulement des catholiques comme Goossens (1), mais des protestants comme Gavin (2), qui reconnaissent à l'Eucharistie des
(1) W. Goossens, Les origines de l'Eucharistie, sacrement et sacrifice, 1931.
(2) F. Gavin, The catholic idea of the Eucharist in the First four centuries, 1930. — Cet auteur cherche des antécédents dans la tradition rabbinique, et retrouve la tradilion sacrifcielle dans la Didachè, Ignace et Justin, — tout en admettant une autre idée, de l'Eucharis-
premiers siècles ce caractère netlement sacrificiel, aussi bien dans la tradition. synoptique que dans celle de Paul; cela nous met loin de la simple « offrande de pain et de vin » de Wetter et de Süderblom, ainsi que du pain-communauté d'Andersen.
Le « réalisme », le « sacramentalisme », en un mot le catholicisme de Paul ne sauraient plus guère faire de doute pour aucun esprit libéré des confessions de foi dissidentes. Pour ce qui faisait, à côté de la transsubstantiation, l'antique sujet de controverse entre catholiques et protestants, la question de l’Eucharistie-sacrifice, il semble que nous soyons sur la voie d’un accord avec les critiques affranchis des Églises. Voyez, par exemple, ce qu'imprime Loisy à propos de l'Ep. aux Hébreux, où il reconnaît un enseignement qui, sur ce point, ne s'oppose pas du tout à celui de saint Paul (1). L’évidence historique les incline de plus en plus à reconnaître que saint Paul a présenté toutes les grandes lignes essentielles du dogme de l’Eucharistie, — comme aussi des autres.
Ainsi l’on nous restitue plus ou moins ouvertement saint Paul, et ce n'est pas là peu de chose. Mais nous y gagnons bien moins, à leur estime, que nous pourrions nous le figurer... Car on prétend élargir d'autant l'abime qui séparerait l'Apôtre helléniste à la fois de Jésus et des premières communautés palestiniennes, des disciples authentiques du prophète de Galilée. Grâce au converti semi-paganisant de Tarse et de Damas, la religion du Christ, du Règne de Dieu, se serait ouverte toute large au grand courant de mystique gréco-orientale, qui, en se fondant dans l'élan moral donné par Jésus, aurait revêtu d'une dogmatique les aspirations juives, et y aurait pris en retour la vitalité qui lui a assuré jusqu'à nos jours force et durée. Ainsi se serait formé le « mystère chrétien », analogue aux Mystères païens qu'il a sublimés, et condensés autour de la personnalité de Jésus. Telle est la thèse de Loisy, après plusieurs autres qui l’avaient présentée avec moins de raffinement et d'air de vraisemblance. Le responsable de cette métamorphose, c'est Paul; non pas lui tout seul ni le pre mier, mais lui surtout.
Ainsi pour ce qui est du dogme eucharistique notamment, et sous ses diverses faces, Paul, croient ces critiques, a cru de bonne foi le tenir de Jésus; mais en réalité c'est lui, Paul, qui en a été le créateur, ou du moins le grand propagateur, si cette croyance était déjà ébauchée avant lui dans les églises des gentils. — Car Paul était un illuminé, très habile sans doute à faire valoir ses rèves, mais pas très conscient de ce qui se passait au fond de sa propre pensée. Un tel homme a été capable d'introduire dans le christianisme l’idée, empruntée inconsciemment à l'hellénisme, d'un dieu mort et ressuscité qui se donne en nourriture d'immortalité à ceux qui croient en lui (3).
Du reste, il l'avoue (sans s’en douter), quand il dit tenir du Seigneur lui-
lie-agape, chez Luc et Jean, se rattachant à la multiplication des pains et à l'attente du banquet messianique; les deux seraient combinés dans la Didachè. Pour nous, tout cela ne fait qu'un; voir les Excursus précédents.
(1) Lorsv, Les Mystères... p. 351-352, note. L'auteur n'y arrive pas sans peine à n’entendro IC Ouotaoriprov de x111, 10 que de l'autel du ciel.
(2) Jean RéviLee, Les Origines de l'Eucharistie, 1908.
(3) A. Loisy, Les Mystères païens et le Mystère chrétien, 1919, chap. vi, IX, x.
même (rapéha6ov &xù voù xupiou, I Cor. xr, 23) la connaissance de la Dernière Cène avec les modalités et le sens de mystère que lui-même, Paul, avait introduits dans la liturgie de Corinthe et d'ailleurs.
Rien de plus aisé que de trouver dans les mythes et rites païens l'origine des enseignements apostoliques, quand on les y a adroitement déposés, avant de se mettre à en chercher la provenance.
. Ces critiques ont peu de compréhension du caractère de Paul, dont ils veulent adapter la psychologie à celle qu'il est en leur pouvoir de mesurer.
Nous ne nous attardons pas, d'autre part, à souligner l’invraisemblance .
d'une théorie qui supposerait que les autres Apôtres, sans discussion ni protestation, ont laissé faire à Paul tout ce qu'il voulait, sur les points les plus essentiels, et créer librement des innovations éclatantes, qui ne pouvaient cependant rester inconnues en dehors de ses propres églises — où il était d’ailleurs espionné gomme on sait par tant d'adversaires! Car il paraît que les Apôtres, pourvu qu'on mît d’une façon quelconque son espoir dans le Christ ressuscité, ne se souciaient aucunement des systèmes de doctrine où pourrait s'incorporer diversement cette espérance. Ils donnaient carte blanche à Paul, en voyant que celui-ci réussissait auprès des Gentils, füt-ce au prix de l'adoption d'idées païennes. Invoquer là-contre des raisons de convenance historique leur paraitrait du subjectivisme, fruit d’une mentalité catholique que ne pouvaient avoir les Apôtres, dont le dogme juif du Règne de Dieu était, sinon imprécis, du moins fort indigent en fait d'intellectualité. Ils pouvaient se dire après tout que Paul, dans le domaine du raisonnement, était plus grand maître qu'eux; libre à chaque prédicateur de marque de faire des essais doctrinaux, de bâtir des systèmes, chacun le sien, pour donner un corps à l'espoir messianique basé sur la Résursection ; ainsi l'on eut encore, en dehors de Paul, les idées d’Apollos, le dogme de l'Épttre aux Hébreux, et, plus tard, la théologie johannique (1). Pareille conception ne cadre guère avec les données des Évangiles et.des Actes; mais Actes et Évangiles auraient été tendancieux et inspirés eux-mêmes de Paul, voilà beau temps qu'on le proclame.
Mais, au moins, sans entrer en lutte sur les principes, on peut exiger de tout eritique, que dans un seul et même document, comme l'est, par exemple, la 4" épître aux Corinthiens, il sache tenir compte de toutes les affirmations. Or, dans le cas présent, aux premiers chapitres, Paul a défini ce qu'il conçoitcomme le devoir d'un apôtre; c’est la fidélité à transmettre ce qu'il a reçu, il n'est que Poixovôuac des vérités divines (rv, 1-2); iln”y a qu'un fondement qu'on puisse poser, Jésus-Christ, sans aucun doute Jésus-Christ tel qu'il est connu de tous (nr, 11). L'Apôtre sait faire la distinction entre ce qu'il tient du Seigneur et ce que sa réflexion conclut des instructions du Seigneur, à propos de cas particuliers non expressément prévus (vir, 10, 12). Paul n'aurait donc pas innové volontairement en matière grave sans se mettre en contradiction avec lui-même ; ou bien il n'était pas tout à fait sincère, ou n'avait pas assez réfléchi, quand il a déüin sa mission |
Mais, dira-t-on, il n'a innové que sans le savoir, croyant tenir du Seigneur ce
| {11 C'est à peu près ce que dit M. Loisy dans les dernières pages de ses Mystères, pp. 337 et suivanles, et « Conclusion». Il appelle cela « fécondité de la foi » au premier âge.
qu’il avait inventé lui-même. Car c'était — et Reitzenstein s'est donné assez de peine pour le démontrer — un « pneumatique », un de ceux qui sont censés recevoir directement leurs connaissances de l'Esprit de Dieu. Le pneumatique, qui défend aux autres de le juger, ne sait pas toujours bien non plus se juger lui-même, et montre une crédulité parfaite à l'égard de tout ce qui surgit dans sa pensée comme une parole de Dieu ou du Christ. Saint Paul a donc cru, sur une révélation personnelle, que le Christ avait prononcé à la dernière Cène des paroles qui étaient restées ignorées de ceux-là mêmes qui y avaient assisté. Il était facile de contrôler cela; — mais les pneumatiques ne sont-ils pas incontrôlables ? Vous direz: Paul ne connaissait-il pas Pierre ? N’avait-il pas été instruit de la tradition des rites chrétiens par Ananias, à l'heure de son baptême? Peu importe; cet Ananias, s'il a existé, pouvait être lui-même un helléniste, qui croyait, d'une façon seulement moins précise que Paul, au « Mystère chrétien ». À Pierre, le converti de Damas n'avait probablement posé aucune question sur ce point, tant il était sûr de pouvoir tout connaître par lui-même ; et Pierre lui eût fait un récit tout autre, qu'il aurait plutôt accusé l'intelligence ou la mémoire de Pierre que de douter de ce que lui disait l'Esprit du Seigneur; ces pneumatiques ont un caractère si particulier ! |
Soit. Admettons ces choses; « avalons-les », dirait un trivial controversiste. Mais les théoriciens du pneumatisme ne doivent cependant pas inventer une philologie spéciale pour leur cause. Où prend-on que mapéhx6ov dnè voÿ xupiou doive nécessairement signifier : « J’ai directement reçu du Seigneur »?
Sans faire intervenir aucun raisonnement psychologique ni historique ni doctrinal, nous avons été en droit d'affirmer que mapéh. nd voù xvo. n’a pas nécesgairement ce sens d’une communication directe faite par le Seigneur. C'est une de ces humbles questions de mots, que les grands critiques montrent parfois quelque tendance à dédaigner. Mais il faut bien un peu faire valoir ces minuties objectives, — surtout quand on a par ailleurs mille bonnes raisons, d'ordre psychologique et historique aussi, pour se méfier de la construction en cause.
La controverse est ancienne. Remettons-en les principaux chefs sous les yeux du lecteur, qui pourra ensuite se former un jugement. Le point le plus saillant, c’est le sens de éré, qui avait reçu une grande extension à l’époque hellénistique. Un point subsidiaire, mais qui a aussi son importance, c'est le caractère général des chapitres xr et suivants de I Cor., que nous avons établi au début du chapitre xr.
Ce chapitre ouvre une série spéciale de recommandations, qui n'ont plus l'air de répondre à des questions précises posées par les délégués et la lettre officielle de Corinthe (comme vu-x}. Saint Paul entend y rétablir dans leur pureté des traditions, mapaddaex. Le récit de l'institution de l'Eucharistie arrive très naturellement là s’il s'agit de montrer la source d’une tradition liturgique, et, en ramenant l'attention du lecteur sur cette source, de réveiller en lui l'esprit de cette cérémonie,
Dans le bloc xr-xtv, où il s'agit de culte, Paul veut rétablir la pureté de règles qui sont communes à toutes les églises, et dont par conséquent lui n’est pas
l'inventeur. Et l’on veut que, sur le point le plus important de tous, l'esprit avec lequel il faut célébrer le repas du Seigneur, sans avertissement, sans un mot qui fasse soupçonner une différence, il se mette à parler d'une tradition particulière dont il serait la source ?
On répond que la preuve en est faite par le wapéAu6ov &mo voù kuplou de xr, 23. Là, mupéhaéov, à cause des mots qui suivent, signilerait, non plus une tradition réçue par Paul des premiers disciples, et transmise par lui à ses néophytes, mais une-réception directe de cette connaissance de la bouche du Seigneur.
I] faudrait fixer le sens de mapahau#avew, d'après l'usus loquendi de Paul, et, si l’on peut, celui de àxo, d'après tous les documents accessibles.
* Le verbe en question se trouve Î Cor, ici et xv, 2 et 8. Il est assez répandu dans le reste du Nouveau Testament. Chez Matthieu, il à le sens ordinaire ‘de « recevoir », « accueillir », « prendre avec soi » une personne ou un objet; de même Luc, Act., Jean, Héb. (xi1, 28, avec Baorheiuv pour objet). Chez Marc, même chose aussi partout, excepté une seule fois, vir, 4 (à rapéla6ov xpureiv), où il s'agit de traditions judaïques, d'observances.
C'est en ce dernier sens, de réception des traditions religieuses, qu'il est employé toujours chez Paul, en dehors de notre passage, excepté dans un verset de Col. Voici les textes :
-L'Conr. x1, 23 : êyo ap mapéAu6ov énd vod rpfos, Ô nat mapéôwxe bpiv, Ott 6 xüptos ’Enoodc.,. ÉAuGev äprov xrÀ.
I Cor. xv, 1 : l'vwpituw 5 buiv, dôsAgot, vè edayyéhuov ë cbnyyeModuny À buiv, à ol ape Adbere, év © ua Éorprure.…….. 3. mapéôwxe yap buiv év mpwrotc, xai ma péhu6ov, êrt Xotoroç &méBavev rép TOY dpapriüiv fav... xt ëre Étagn XTÀ.
Gaz 1, D: et bp edapyehGerar map” Ô 6 napshdésre. ..
Gaz. 1, 12 : oùdE yap Éyh mapè évôpomou mapékæËov adro (T0 edayyéuov rd ebay yeMobÈv ür’ épob) oùrs E854y0nv, &AAG à éroxaküeus ’Eiooù Xptoroë. - :
Pure, rv, 9 : à xal époere xal mœpeñd fete xal fuoUcare xut eldere èv moi, vadra mpdcaete. .
Coz. nu, 6 : ‘Qc oùv mapehdere rdv Xpiorov ’[nooùv (la connaissance du Christ) tôv XÜPLOV, êv adra TrEpirareire,
Cou. 1v, 17 : Kat eimute ’Apyinmuw Bhére thv Braxoviav Av Tupéhn6ec èv xupio, Îvx œüthv mhnpots (ici, il s’agit d'une fonction).
I Tugss. 11, 13 :... te mapahu6dvrec Àdyov dxoïc map? fnôiv roù OesoÙ ÉdéEuole où Aôyov dvôpurev, GAMX ras &hnôs Éoriv Adyov Oeod.
I Tuuss. 1v, 1 : ... xaûc mapehdGere map’ fuüiv vo noi dei us MEUTUTEEV, Th.
IT Tuess. 11, 6 : ..…. dôelpod dréerec mepimarobvros xul ph xarû var mæpdôcoiv (remarquer ce mot) fv œapekdéete map” fuüiv.
Nous concluons de cette revue :
4° L'objet de rapxà. est partout, chez Paul, une connaissance, sauf Col. 1v, 47, où c'est une ôtaxoviæ.
2° Dans tous les cas, le sujet de mupuh. a reçu ce qu'il possède d'un autre homme, et n'en est pas le premier dépositaire humain, le tenant directement du ciel. La Gaxovia d'Archippos lui a également été confiée par Paul, ou par un disciple de Paul, ou par l'église de Colosses, rien n'indique qu'il lait reçue directement du Christ, par révélation ou autrement.
3° La mode de réception de cette connaissance est distinct de ceux qui
seraient exprimés par d’autres verbes, comme uavôdvew, Giôdoxecôm; elle n'est pas acquise par une étude personnelle ou non (mavôdvetv) ; ni du fait d’un enseignement provoquant et aidant la réflexion (Gôdoxecô). Aussi Heënriei (1) disait assez justement que rapxlaubavew signifie non pas l'acte d'apprendre par des réflexions, mais de recevoir la connaissance d'expériences ou de faits religieux, que la tradition a conservés. Cf. la langue postérieure des Mystères, chez Porphyre et ailleurs : mapah. rù Mubptuxd, vù tept, etc. Quand il s'agit d'évangélisation, ce serait donc la narration entendue de faits évangéliques. |
4° Enfin, trait digne de remarque, partout ci-dessus masahauG6iveiw est joint par la préposition xæpé au nom de la personne d'où émane la connaissance, qui la donne ou la transmet directement. Hors de saint Paul, dans le N. T., nous n'avons pas relevé de régime; chez saint Paul, partout, hormis XI, 23, la préposition est magd (4 fois).
Pouvait-on écrire indifféremment zupt et dn6? C'est la question qui va nous occuper; toujours est-il que &xd n'apparaît que dans le seul texte x1, 23. Et il ne faut pas décréter a priori, avant d’avoir étudié l’usage de cette préposition éré, que le sens doit être absolument le même qu'avec wapé, puisque cet &md arrive devant un nom régime qui n'est pas de la même catégorie que les autres; C'est le xüp:c, non plus un simple homme intermédiaire; et là seulement, nous constatons l'abandon de la préposition ordinaire (2).
Un autre mot n’est pas dépourvu d'intérêt : c'est nupañôdve, corrélatif de mapalaubivew. Son sens ordinaire, fréquent dans le N. T., est « livrer », et, quand il s'agit, comme en nos textes, de connaissance, « communiquer ». Le sujet du verbe rapañôova livre une tradition, mapdôoci. Mais en soi le mot ne dit pas s'il est le point de départ, la source de cette tradition, ou s’il la transmet après l'avoir reçue lui-même. Ainsi chez saint Justin (Tryphon, cxvus, 1), rapédwxev est dit du Christ, première source.
Un mot plus instructif, peut-être, c'est La particule xai de xr, 2 : mapéha6ov à xal mapéôwxa. [l pourrait en dire plus qu'il n'est gros. « J'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai aussi communiqué ». Cet « aussi » indiquerait-il une stricte similitude de situation, pour Paul et pour les Corinthiens, à l'égard de la vérité émanée du Seigneur? S'il en était ainsi, puisque les lecteurs de l'épître l'ont reçue par l'intermédiaire humain de l'Apôtre, celui-ci l'aurait également reçue par quelque intermédiaire innomé. Mais il est difficile de se prononcer sur la portée de ce xaf, lequel n'est pourtant certes pas placé là sans raison, car Paul était un écrivain conscient, et très concentré, sans goût pour les mots inutiles.
On peut le faire se rapporter soit à l'éyé inclus dans mapédwxe, soit à épiv. Il signifierait, ou bien : « ce que je vous ai communiqué, moi aussi », comme
(1) GeorG Heinricr, Das erste Sendschreiben des Apostel Paulus an die Korinthier, 1880, ?. 331, n. 2.
(2) Däns Henmas, Vis. v, 7, dnd voÿ xupiou et napà voù xuplou s'équivalent; mais c’est après le verbe änolapéäveobur; il ne s'agit plus de tradition, de connaissance, mais de récompense ou de châtiment, qui viennent également tout droit du Seigneur ; l’analogie avec notre passage n'est donc pas étroite, et on comprend que l’éxé qui entre dans la Composition d'&xolau6. ait entraîné, dans un cas, la préposition semblable pour le régime, au lieu du zrapé classique.
celui qui l'avait communiqué à moi; — ou bien « ce que je vous ai communiqué à vous aussi », qui l’avez reçu, qui en possédez la connaissance comme je l'ai reçue, comme je la possède moi-même, ou bien « ce quej’ai transmis à vous aussi [comme aux autres églises] » (1). Peu importe. Voici la question : Paul a-t-il fait passer la possession de cette connaissance aux Corinthiens, simplement, comme il en avait reçu lui-même communication d’une manière quelconque, le rapprochement noté par xal ne portant que sur la possession qui est maintenant commune à Paul et à ses fidèles, sans connoter en rien le mode de cette communication? Alors on pourrait ainsi paraphraser : *Eyd mapéÀ. dnd voÿ xvp. Oxal Ouiv(— Gore xat Guüc Tadrd maperAnpévar 8 mupéAabov) napédwxa. — Ou bien a-t-il fait passer cette connaissance aux Corinthiens, non seulement identique par son contenu, mais avec le méme mode sous lequel lui-même l'avait reçue? Alors la paraphrase serait : mapéh. nd voù xup. 8 xai (— &ç êuol maps- 000n) rapédwxe buiv. Ce petit xaf, j'en ai peur, prend l'air d’un cheveu que nous couperions en quatre; pourtant la nuance, à notre avis, n’est pas sans portée. Car, dans le second cas, Paul indiqueraït par ce rapprochement qu'il a reçu cette donnée, lui aussi, par tradition (rapdôos, mot qui répond exactement à mapéôwxa), et non directement du Christ. Or, il nous semble bien que, dans l’autre hypothèse; il n’y avait pas tant lieu d'insister sur cette communauté de possession, car le & suffisait bien à exprimer l'identité du contenu, et le xat faisait une sorte de tautologie. Nous jugeons donc déjà probable {2) que Paul, par cette addition de xai, a voulu ajouter une modalité à l'idée de l'identité du contenu, celle de l'identité du mode de communication. Mais cet argument-là paraîtra à d'aucuns trop subtil. |
Nous en avons heureusement un autre, qui dira sans doute davantage. C'est le frappant parallélisme de mots et de tournure qui existe entre xr1, 23 et xv, 1, 3 :
XI, 23 : mapéAaGov md vod xuplou, 6 xai mr ap éduwxa pv, «rh.
XV, 1, 3 : (Tv. Où ôu. 10 eûay. à xat (3) mupeladGere)... napédwxa ykp Opiv êv rpwtoic ê xat mapéAabov, c'est-à-dire la mort, l’ensevelissement, les apparitions du Christ (4).
Au chapitre xv, 8 xat mupélabov signifie : « ce que j'ai reçu aussi », c'est-àdire comme vous, de la même manière que vous l’avez plus tard reçu de moi. Or, il s'agit ici des récits de la Passion et la Résurrection, que Paul ne prétend pas tenir directement du Christ, car il les tenait certainement, dans leur détail, des disciples et des autres chrétiens. L'apparition du chemin de Damas, dont il sera parlé au v. 8, lui avait bien appris la réalité du fait de la Résurrection glorieuse, mais non le détail des apparitions dont avaient été
(1) Des interprétations telles que : « ce que je vous ai précisément transmis », ou « ce que je ne me suis pas contenté de recevoir, mais que je vous ai encore transmis », nous paraissent banales et insuffisantes.
(2) Nous disons seulement « probable », car il reste possible que xai n'ait qu'un sens atténué explétif. |
(8) Ici le xai n'a pas la même portée, à cause de la suite : ëv & xoù éornrare, ta.
(4) Les variantes du texte sont insignifiantes. On trouve x1, 23, deux fois zapd au lieu du éxé (D, E), sûrement par assimilation aux autres textes et à l'usage commun; — et xv, 8, xai avant mapéhaësv manquait chez Marcion, «70-505, chez Irénée, chez l'Ambrosiastre et quelques autres Latins; il était facile à omettre.
avant lui favorisés les disciples. Ainsi le xai de xv, 3 sert à noter l'identité de position des Corinthiens et de Paul par rapport à cette dernière connaissance. Lui et les autres l’ont reçue, non pas du Christ directement, mais par le témoignage de ceux qui avaient vu le Sauveur ressuscité, témoignage transmis d'abord à Paul, et par lui aux fidèles de Corinthe. Mais la phrase du chapitre x1 étant construite avec les mêmes mots et de la même manière (à cela près que le xat y est joint à mopédwxx et non à mapéAx6ov) demande selon toute probabilité la même interprétation. L'enseignement de Paul est un anneau dans la chaîne de la tradition concernant l’'Eucharistie, comme il en est un certainement dans la chaîne de la tradition relative aux apparitions du
Ressuscité. | = Nous avons dit « selon toute probabilité », et pas davantage. Si maintenant de tout autres considérations grammaticales, portant sur un autre point, viennent ajouter leur poids à la même probabilité, nos arguments auront une force cumulative qui leur donnera — et rien que d’après la grammaire — une quasi-certitude.
Il nous faut revenir à la signification de rapaleu6dvew, dans les textes où il il s’agit de connaissance donnée et reçue. Cette signification est nettement déterminée dans tous ceux que nous avons étudiés, abstraction faite pour le moment de xr, 23 : celui qui communique la connaissance ne fait que la transmettre, il n’en est pas la source première; et le rapport de celui qui reçoit avec celui qui donne, qui est l'agent immédiat de la transmission, est exprimé par l'invariable particule rap (1).
Dans xr, 23, le rapport est indiqué avec la source même, le Seigneur, Or, ici, et ici seulement, la préposition change, et devient érd. Ce changement vaut d'être noté {2), car il éveille a priori un soupçon que le rapport ne doit pas être tout à fait le même que précédemment. Il peut être le même, mais il peut aussi être différent. En étudiant le sens de àxo, et l'extension qu'il avait reçue à l’époque hellénistique, peut-être arriverons-nous à en avoir le cœur net.
Il semble d'abord que le rapport pourrait être le même, et que ce serait pur hasard si Paul a changé ici la particule de relation.
’Axé avait bien, à l'origine, un sens assez nettement fixé. Contrairement à &x, il ne signifiait pas le lieu duquel, mais le lieu des environs duquel quelque chose sort ou provient. Seulement, à l'époque hellénistique, il empiétait sur èx, qu’il a fini par supplanter dans le grec moderne; on voit ce mouvement
(1) OCLEMEN, Der Einfluss der Mystlerienreligionen auf das älteste Christentum, 1993, p. 18.
(2) Cf. Loisy, Mystères, p. 282, n. 2 : « Paul aurait dit &xé pour signifier qu'il ne tenait pas immédiatement du Christ ce qu'il va raconter (CLEMEN, 17, après beaucoup d’autres). On peut croire que l'Apôtre n'y a pas mis tant de subtilité. » Manière de résoudre les questions, rapide et élégante, mais où le professeur du Collège de France n'a pas mis non plus de subtilité exagérée. Dans le reste de la note, il montre, à cause de iyw, que Paul voulait ici parler en « spirituel ». Cet éy& n’oppose pas l'autorité « pneumatique » de Paul à celle des premiers disciples, qui auraient compris la Gène moins profondément, mais aux Corinthiens, qui semblaient, en pratique, en avoir pordu le signification. D'ail-
leurs, c’est à Reilzenstein qu'il faut s'en prendre ici, non à M. Loisy, qui a seulement adopté son opinion.
commencé dès le Nouveau Testament, On le.voit aussi marquer l'origine, l'éloignement, la cause, etc.; il se rencontre employé au lieu de ëro pour relier à un verbe passif le nom d'agent. Enfin, dans un certain nombre de .cas, il remplace aussi le rapi classique (ex. gr. Hermas, Vis. v, ci-dessus), indiquant exactement la même relation immédiate. Aussi Paul aurait pu vouloir dire qu’il a appris immédiatement du Seigneur les détails de la Cène, comme les Thessaloniciens ou les Galates ont appris immédiatement de l’Apôtre la doctrine et la morale du christianisme.
Seulement, et même à s’en tenir aux pures considérations grammaticales, sans parler encore. de vraisemblance ou d'invraisemblance historique, ce n’est qu'une pure possibilité, et pas davantage. En effet, à cette époque, ärd était beaucoup plus vague et plus large de sens que rap. 11 n'avait nullement perdu son ancien sens, qu'il conserve au milieu de beaucoup d'autres dans le Nouveau Testament. Dans le Tamieion de Bruder, &rô a tant d'usages qu’il tient plus de douze colonnes, tandis que mapé avec le génitif n'en occupe qu'une et demie. Que Paul l’ait employé après mapahau6dve en un seul endroit, contre l'usage classique et contre quatre fois rapé, cela peut faire réfléchir, et ne prouve pas qu'il n'avait point d'autre sens à lui donner que celui de rupd. Car Paul, en dépit de toutes les négligences de son style familier, était, répétons-le et personne ne le niera, un écrivain « conscient », qui savait manier le grec, et varier ses formules pour leur faire rendre les plus fines nuances de sa pensée.
Les grammairiens ont noté ces multiples extensions du sens de ëxd, et les confusions de prépositions voisines, dans la xawñ. On a prétendu établir qu'alors, dans le langage de tous les jours, &rd, mapt, no et x s'employaient indistinctement l'un pour l’autre. Après s'être identifié avec &x, puis avec üxd, le mot är6 se substituait à napt après dxoüaw devant le régime de personne, ou après certains verbes comme pmavôdvew (Col. 1, 7), ou après des verbes. de mouvement devant le nom de l'individu d'auprès duquel on vient (Gal. 11, 12) (1). Radermacher a pu dire qu'il entrait en concurrence avec rapé dans toutes ses acceptions (2). Mais il n’en demeure pas moins que, à l'époque hellénistique, le mot était très fréquent pour exprimer la notion générale. de « source », et les catégories de cause, d'auteur premier, de réception en général, de ‘transmission héréditaire (3), En tout cela, la livraison immédiate n’est pas toujours requise, elle est parlois exclue. Aussi, d'après Heinrici, se référant à Winer (4), Paul a voulu seulement, dans notre verset, indiquer l'origine de la tradition, ct c'est pour cela qu'il a évité mwapa, qui semblait naturellement appelé. Comparez Mat. xvur, 25 où ëné après hauôavew n'indique certes pas une réception immédiate, puisqu'il s'agit de l'argent que les contribuables versent aux rois; il cn est autrement Col. 1x, 24, mais là (änd vo xuplou énoluheobe rhv dvramddoouw rs xAnpovouias), l'idée d’immédiation s'y trouve unie à celle d'origine première, encore.
(L) Buass-DEBRUNNER, Grammaitik des neut. Griech., 1913, 22 173, 209, 210.
(2) RADERMACHER, Veut. gramim., 1911, p. 116. * (8) MouLToN-MiLLIGAN, Vocabulary, à ce mot, 1915. KünxRING, De praepositionum graecarum in charlis aegypliis usu, 1906, p. 35-suivantes,
(4) HEINRICI, op. taud., p. 331.
Preuschen-Bauer (1) donne de nombreux exemples d'éxd introduisant la cause éloignée, ou l'auteur premier, et il y range notre verset, d'après lequel on ne peut juger, selon lui, s’il y a eu des intermédiaires entre le Christ et Paul. Dans le même sens s'expriment Clemen, Joh. Weiss, et le plus grand nombre des hommes du métier (2).
Nous sommes autorisés à tirer cette conclusion : ,
Quelle que soit l'opinion personnelle des divers grammairiens et lexicographes, les exemples qu'ils arrivent à citer ne démontrent nulle ‘part que &ro soit employé en vue de signifier une communication immédiate. Un fait seulement est patent : c'est que, si &rd apparaît là où l’on pouvait attendre plutôt mwapx, il exprime toujours la source d’où part l’action ou la connais sance : ainsi après dxobeuv, dnohaubaveofar, mavôdveiv, dans Act, Mat., Col., I Joh., Hermas, ct partout. C’est cela qui fait le caractère essentiel, la propriété de äxo dans tous ces cas. Par conséquent, on ne saurait prouver apodictiquement, par le seul usage de éxd, que la tradition ou la livraison n'est pas immédiate; car parfois elle l'est (Col., Hermas), parfois elle ne l’est pas (Mat., al.); mais il serait aussi absolument téméraire d'affirmer qu'éxs doive contenir l’idée d'immédiation impliquée dans xp chez saint Paul, ou qu'il la contienne dans notre passage — si du moins l'on s’en tient aux considérations grammaticales. Disons plutôt — ce qui est l’idée de Preuschen, de Heinrici, de Rob.-Plummer et d'autres — que &r, employé pour désigner la source, le point de départ d'un mouvement, fait abstraction des intermédiaires possibles entre le point de départ et le point d'arrivée. Qu'il y ait des intermédiaires ou non, cela est à juger par le contexte, ou par des considérations d'un autre ordre. Ici, le contexte ne dit certainement point qu'il n'y en ait pas; et les considérations historiques, pour qui fait de l'histoire autrement que: Reitzenstein ou Loisy, nécessitent qu'il y en ait eu entre le Seigneur et saint Paul, — quand bien même le Seigneur aurait voulu, comme le croient quelques-uns, confirmer leur récit en vision (3). |
Je le répète, les considérations grammaticales toutes seules n'ont pas de valeur apodictique, car il est en soi possible qu’on découvre d'autres documents qui établiraient dans certains cas la parfaite équivalence de éno et de napé après mapahau6ävew. Mais je ne sache pas que, jusqu'ici, les papyrus ou la litlérature nous en aient révélé aucun. Dans l’état actuel de nos connaissances hellénistiques, l’affirmation que nous combaitons est donc purement et simplement arbitraire.
Et l'histoire, enfin, en montre bien l'impossibilité. En effet, Paul, avant et après son baptême, avait certainement été instruit sur l'Eucharistie par Ananias, qui avait dû lui enseigner les oroysia (Heb. v. 12), le rèv rüc dpyñc voù Xptoxoÿ Adyov, où rentrait certainement la signification du banquet des chrétiens,
(1) Griech.-deutsch Handwürlerbuch zu den Schr. des N. T., à ce mot, IV, 4.
(2) CLEMEN, op. laud., p. 17. — Jon. Weiss, Comm.
(3) Nous ne nions pas, en effet, que Paul, qui avait des exlases, ait pu se sentir trans- Porté une fois en esprit à la Dernière Cène dun Jeudi Saint. Mais pareille vision, si elle & eu lieu, n'aurait fait que confirmer une convicliun déjà acquise; ce n'est pas alors, malgré Heilmüller («T. und Ab. im Urchrist. », p. 43), qu'il eûl découvert une significalion nouvelle aux acles et aux paroles de Jésus à lui déjà connues par ailleurs,
. et de leur autel {Heb. xun, 10). Quand il dit qu'il tient son récit du Seigneur (mapéha6ov &rd ro5 xuplou), il insiste principalement, avons-nous dit dans le Comment., sur l'ordre donné par le Christ de renouveler l'Eucharistie, et de le faire dans le même esprit que révèlent les circonstances de son institution, redites avec tant de solennité par l'Apôtre pour faire impression sur des chrétiens pratiquement oublieux.
Nous pouvons donc ainsi paraphraser I Cor. xr, 23 :
« Car j'ai recu [par une tradition qui vient] du Seigneur, ce que je vous ai transmis aussi [c.-à-d. comme on me l'avait transmis à moi-même], à savoir que le Seigneur, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, etc. »
Et le rapprochement avec le chapitre x nous montre que cet enseignement traditionnel transmis par saint Paul était, au moins dans toutes les lignes essentielles, la synthèse totale du dogme eucharistique actuel : sacrifice et sacrement, présence réelle (entraînant, comme l'Église le fixera, la « conversion », la transsubstantiation), en un mot ce que le catholicisme enseigne de nos jours, et ce qu'il a toujours enseigné.
Plus d'un lecteur aura peut-être l'impression que nous nous sommes donné beaucoup de mal pour enfoncer une porte ouverte; mais il faut bien enfoncer plusieurs fois les portes que des critiques ingénieux mettent tant de persévérance à refermer.
[Voir d'une part les commentaires de Cornezy, Toussainr, etc., et de l'autre ceux de Henric, LIETZMANN, Roszrrson-PLumuEn, J. Waiss, Bacu- MANN, etc. — ME Lx Camus, L’Œuvre des Apôtres, 1II*, p. 134. — CLemen, Der Eïinfluss der Mysterienreligionen auf das älteste Christentum; — Loïsy, Les Mystères païens et le Mystère chrétien; — Herrmürrer, Taufe und Abendmahl im Urchristentum : — KR. Rerrzensren, Die hellenistischen Mysterienreligionen, 3 Aufl. 1927, pp. 333-393, « Paulus als Pneumatiker »; — F. Gavin, The catholic idea of the Eucharist in the first four centuries, dans la revue « Theology » de Londres, oct. et nov. 1930; — W. Goossens, Les origines de l’'Eucharistie sacrement et sacrifice, Gembloux et Paris, 1931. — En plus, beaucoup des ouvrages nommés à la suite de l’Exc. xr].
IT, Les « charismes » et leurs manifestations (x11-x1v).
Inr. — Les Corinthiens ne s'assemblaient pas seulement pour le « repas du Seigneur »; en des réunions d'édification qui ne devaient pas coïncider avec la liturgie eucharistique (d'après XIV, 23, v. ad loc.), ils se livraient aux manifestations de « l'Esprit ». À cette occasion aussi avaient surgi des difficultés et des problèmes sur lesquels l'Église avait consulté l'Apôtre. Il répond en ces trois chapitres, qui débutent par la même tournure, rep Gé..., que les autres instructions motivées par les questions de la lettre corinthienne, sur le mariage, les vierges, les idolothytes, etc., (VIT, 1, 25; VIIT, 1; XVI, 1, 12); et ici encore, il les ramène à l'observation des traditions communes (XIV, 33, 36).
En cette section d'un immense intérét, notre épître touche véritablement le « point névralgique » de ces nouveaux corps religieux nés de la prédication de l ‘Évangile parmi les Gentils : le rapport de la nouvelle piélé chrétienne avec l'ancienne piété ou mystique gréco-orientale. C'est comme une suite aux premiers chapitres qui avaient opposé la Sagesse de Dieu à la sagesse évanescente du monde juif et hellénique. Dès les premières lignes (XIT, 2-3), nous sommes avertis du genre de l'entreprise que Paul embrasse, et de. son dessein très conscient : dégager ses néophytes des restes de matérialisme païen et de l'exaltation suspecte qui se mélaient à leur recherche affective ou mystique de la Divinité. En cet ordre encore, ils sont des « enfants » (voir comm. de ATIT, 11), qui ne pensent qu'à leur jouissance ou à leur gloriole personnelles, et ne savent pas ce que veut l'Esprit, le Pneuma dont ils se croient les instruments parfaits.
Cette critique des « pneumatiques » — reportons-nous aux chap. II-IIT — est d’une importance qu'on ne saurait exagérer. Elle montre ce que Paul était lui-méme comme « pneumatique » (avec d'autres passages de ses lettres, notamment II Cor. xn), et ce n'est pas tout à fait l'image que s'en fait Reïtzenstein et son école. Aussi, croyons-nous utile, avant dé passer au commentaire détaillé, de fixer sa position.
À l'aurore du christianisme, depuis le jour de la Pentecôte, l'expérience de l'Esprit qu'envoya Jésus monté à la droite de son Père, avec toutes ses opérations merveilleuses, était un miracle permanent, un des plus grands motifs de crédibilité pour conquérir Juifs et paiens. Dans l'Évangile de Marc, xvi, 17 s., le Christ annonce les « signes » (oyeta) qui accompagneront la foi; cette période des « charismes » dura plus ou moins Jusqu'au TIR siècle, et s. [rénée (Adv. Iaer. IE, xxtv, 4; V, vi, 11) er fut un des derniers témoins. Cette conduite de la Providence répondait aux besoins du monde d'alors, dont l'élite religieuse n'était plus rationaliste (même plus guère les stoïciens) mais cherchait Dieu avec une passion mal éclairée. Seulement il fallait que les signes du véritable Esprit de Dieu ne se confondissent point avec les rèvertes et les contorsions des visionnaires païens,
Dans le monde religieux grec, comme on le soit déjà chez Platon, dans le Phèdre et le Timée, le plus haut degré de la conscience religieuse, — sauf pour quelques contemplateurs rationnels, — se confondait avec l'inconscience de l'extase, l'arbitraire, la pavle, La quasi-démence. Et ce prétendu don divin n'avait d'utilité escomptée que Pour l'individu qui en était bénéficiaire; des « prophètes » d'Apollon travaillant & l'amélioration des autres, et par des moyens rationnels, comme Socrate. furent une très rare exception. La mantique des oracles n'avait pas plus de portée universelle, et se complaisait dans l'obscurité et l'extrasagance, Mais toute cette & mystique »-là Saisissait l'homme violemment, par les sens. Beaucoup des convertis de Corinthe Püaraissent l'avoir connue, comme anciens initiés de Mystères: et la masse avait gardé pour elle quelque goût, quelque estime inconsetente, Le mysticisme de mauvais
aloi s'était fort aggravé aux époques alexandrine et impériale, comme chacun sait,
Paul voyait avec inquiétude cet état d'esprit sé manifester dans les réunions chrétiennes. Lui-même connaissait par expérience, et au plus haut degré, les dons extraordinaires de l'inspiration, « phénomènes mystiques », comme on dit aujourd’hui,
extases, etc., et les « gratiae gratis datae », telles que le pouvoir des miracles. Mais là n était point pour lui l'essentiel du christianisme, ni de la perfection chrétienne, qui ne consiste que dans l'union à Dieu par la charité; toute son épitre s'inspirait de cette unique idée maitresse. L'ordre, la sobriété, la maïtrise de sot, lui paraissaient les meilleures garanties de la présence active du Christ-parmi les siens; nous avons constaté plus d'une fois les affinités naturelles de son caractère, non pas avec l'exaltation des néo-pythagoriciens ou autres théurges, mais avec l'esprit du stoicisme, qu'il savait purifier de sa suffisance orgueilleuse et surnaturaliser en le pliant à l'obéissance de l'Évangile,
Pour sauver de l'illusion ses enfants de Corinthe, il va leur exposer dans une vive lumière plusieurs vérités, qui sont en même temps des règles de conduite :
Tout d'abord, les plus grands, les plus essentiels, les plus nécessaires bienfaits de Dieu (yogicuara, fruits de sa faveur gratuile, xœus), ce ne sont pas ces pouvoirs ou ces: actes extraordinaires (ce que nous appelons aujourd'hui « gratiae gratis datae », don. des miracles, prophétie, etc.) que les légers Corinthiens mettaient pratiquement au dessus de tout, c’est la foi toute simple (XIE, 3), c'est-surtout la charité, seul don perpétuel (XIIT), et c'est ici-bas, pour étre complet, « la foi, l'espérance, la charité » (XTIT, 13); ces dons-là, d'une part sont nécessaires à tous, et de l'autre constituent seuls, la: charité surtout, l'état d'adulte, de parfait, rélewos, dans le Christ;
cependant d’autres « charismes », qui ne sont pas donnés à tous, donc pas nécessaires, ni de premier ordre, doivent étre regardés comme des bienfaits de Dieu. Mais, si l'Esprit les distribue comme il l'entend, c'est essentiellement pour le bien de la communauté, plutôt que pour le bien personnel de celui qui les possède. Celui-là commet donc une singulière méprise qui veut lés utiliser pour lui d'abord, et spécialement pour se donner l'air d'un « pneumatique », d'un parfait à ses propres yeux et à ceux des autres, Il s'expose à d'étranges illusions; car ses prouesses ne portent pas la signature de l'Esprit;
cet Esprit, ou le Seigneur, qui dicte à Paul sa doctrine (XIV, 37), veut d'ailleurs que ces manifestations ne soient pas désordonnées et irrationnelles; autrement elles ne seraient pas authentiques. Sans doute elles sont au-dessus de la partie normale des activités rationnelles; mais elles ne peuvent être contraires à la raison, pas plus qu'à la foi commune; l'intellect (voùs) doit pouvoir autoriser ces manifestations du mrveüue, pour peu qu'elles soient authentiques, et, si elles sont publiques, les comprendre et les interpréter (XP, lh-ss.). Ainsi tout se passera dans l'ordre, et pourra étre regardé comme utile à l'Église et provenant vraiment de Dieu, qui n'est pas, comme les déités païennes, un dieu de vaine agilation (XIV, 33).
On voit l'importance cxtrême de ces pages inspirées, pour la théologie dogmatique, morale et mystique; on y admire aussi le bon sens, parfois malicieux, du grand Apôtre. Mais ce n'est pas tout; le traitement de ce thème spécial des « charismes » et des « spirituels » fr surgir sur son chemin d' autres exposés doctrinaux , peut-être plus importants encore : au chap. XIT, une théologie de l'Église, corps du Christ {cfr. les ckapp. À et ÀT sur ce principe unificateur du Christ et de ses fidèles qu'est l'Eucharistie), et c'est déjà l'esquisse de l'ecclésiologie des épitres de la captivité, spécialement de l'Épitre aux Éphésiens ; — dans le même chapitre, le caractère personnel de l'Esprit-Saint et l'enseignement clair, quoique non systématique, de la Trinité; — au
cha chap. XIII, la doctrine de la charité, des vertus théologales, de la vraïe perfection, a vision béatifique.
“Ces chapitres, qui contiennent le sublime « hymne à la charité », sont vraiment le
cœur de la Première Épitre aux Corinthiens. De plus, leur portée historique est telle que rien, Didachè, Ignace, et le reste, ne pourrait les suppléer s'ils manquaient. Ils sont presque la seule source qui nous renseigne sur le régime des « charismes », ce « cadeau de noces » du Christ à son Église, comme 5 ‘exprime Gutjahr. Nous ne devons donc point étre surpris si l'interprétation en est cà et là difficile; car elle ne peut s'appuyer sur une tradition historique continue; déjà au temps de Chrysostome, c'était devenu de la préhistoire qui paraissait très obscure au grand docteur d'Antioche. Mais combien sont-ils précieux, même si on ne les comprend pas dans leurs dernières nuances ! &
Division. — Paul traite son sujet suivant cet ordre :
a) Il pose les principes qui dominent toute la question des charismes : leur subordination au bien commun de l'Église, et leur infériorité à l'égard de quelque chose de meilleur (ch. x11);
b) Ce meilleur — et la seule chose nécessaire, qui ne finira jamais, — c'est la charité (ch. xit); |
c) 1l donne une instruction très longue sur les deux charismes particuliers que les Corinthiens goûtaient le plus, la prophétie et la glossolalie. Puis il réglemente l'usage des charismes en général,
STRUCTURE LITTÉRAIRE., — Les idées se suivent dans un ordre analogue à celui que Paul a suivi dans la section des idolothytes, VITI-X. Mémes apparentes « digressions » au. milieu; là c'était sur la « liberté », ici sur la « charité »: et l’on sait que charité et liberté, la seconde ordonnée à la première, sont les deux idées qui commandent toute la morale paulinienne. De part et d'autre l'auteur commence par poser les principes (ch. VIIT; — ch. XIT); ensuite vient la « digression » (ch. IX-X, 13; — ch. XIII); enfin les conclusions pratiques (ch. X, 14-XT, 1; — ch, XIV). En face de cette ordonnance voulue, qui va se répétant (on pourrait méme en établir une semblable, ci. dessus, pour la section de l'Eucharistie ; XI, 20-22 ; — 23-95 ; — 26-34), que penser des réarrangements de J. Weiss et d'autres, qui détruisent cette belle symétrie sans la remplacer par une autre qui la vaille? Ou surtout des prétendues « interpolations » de Delafosse, qui veut voir, par exemple, en XII, 5 et 6, les additions du « caholique ancien », destinées à atténuer le « montanisme » du reste?
a) Les charismes sont distribués par l'Esprit pour le bien général : de l'Église (ch. XII).
INT. — Dans les premiers versets (1-11), Paul, après avoir mis en vive opposition la mn ystique païenne et la spiritualtté chrétienne, montre que ious les charismes proviennent également du méme Esprit, et sont tous destinés au bien commun de l'Église. De 12 à 2, il prendra en exemple la solidarité des membres du corps humain ; et pour {inir (27-31), il én fera l'application aux membres de l'Église, corps du Christ.
4° Le principe (xu, 1-11).
INrronucrion. Tout ce qui ressemble encore à de la mystique païenne est étranger ‘à l'Esprit, mais tout ce qui est de la foi chrétienne, si peu extraordinaire qu'il soit, brovient de lui. Quant aux « charismes » spéciaux, l'Esprit personnel les distribue Selon leur utilité, avec une sorte d'appropriation aux Trois Personnes de la Trinité.
Nous avons ici une énumération complète des « charismes » (au sens de « gratiac gratis datac »), dans un ordre calculé, qui est lui-même très instructif.
Cu. xux, 1. ITsoù dE rôv “nveuparindv, dBehçqot, où 0EAw bus “ayvosiv..2. Ole or “ôte EOvn re mods Ta eldwha Tù dguva “os &v fyeods axayémevor. 8. A yrupiéuw buiv Or obdels Ev mvedmarr 0eoù AaAdv éye” ’Avälepx ‘Tnoodc” ai obdeic
Dévarar eimeiv” Küpros ‘Tnooës, et un Ev [lveñparr &yiw.
A. 1. sept dé, cfr. vir, 1 etc. — On ne peut guère décider si rveuuére@v est neutre (Chrys., Ambrr, Gutjahr, Toussaint, Rob.-Pl, al.) ou masculin (Zahn, J. Weiss, Lemonnyer, Bachmann, al.); J. Weiss préférerait le masculin; Zietzm. ne se prononce pas. — àyvoei, présent, cfr. x, 1, et aussi plus bas, x1v, 838, — « continuer à être ignorants », interprétation que justifie Le yvwpi£w de 3 (v. ad loc.).
B. 1. Ce chapitre débute sous la même forme que les autres instructions envoyées par Paul en réponse aux demandes de Corinthe (xept 5è), maïs les premiers mots marquent aussi un nouveau sujet concernant Îles assemblées; (ils s'opposent à rpütov uèv de x1, 18, Bachmann, al.). Les Corinthiens avaient en effet grand besoin d'être instruits touchant les hommes ou les phénomènes « spirituels ». La phrase commande tout le sujet, et vise par conséquent d’autres manifestations que celles des glossolales du chapitre xrv (contre Zahn, al., peut-être J. Weiss).
Il va s'agir de concilier les « charismes » avec l'ordre maintenu par la hiérarchie, Question brûlante alors, et qui a repris quelque actualité.
A. 2. Gt üte surprend, c’est pourtant la lecture de N, À, B, C, D, E, L, P, vulg., arm. Beaucoup de scribes et d'exégètes ont voulu le simplifier et le rendre intelligible, en n’écrivant que l'une ou l’autre de ces conjonctions : 8x seul Fer, Ger, d,e, pes., copt., Ambrr; 61e seul K, 4, 23, al., Aug., Euthal., Dam.; W.-H. conjec- : turent la leçon ôtt(r)oté; mais son étrangeté même invite à conserver la leçon la plus commune. — De même on ne s'entend pas sur &s &v fyeoûe; Bengel, Bachmann, écriraient boév (abréviation de boavei?) — « pour ainsi dire »; mais cette forme n'est guère connue, bien qu'on la trouve Act., Jok. et Jean Lydus, et qu'elle ait donné cév du grec moderne. ‘@s &v est employé comme particule temporelle (ce qui n’est pas classique) chez Paul (I Cor. x1, 34; Rom. xv, 24), dans les LXX (Gen. xxvir, 80), et en des papyrus (voir Abel, p.297). J. Weiss croit &ov possible, mais préférerait lire &s &vdyeste. Si on ne suit pas cette suggestion, alors il faut donner à &v le sens itératif, devenu alors très rare. — La phrase peut se comprendre de deux manières : ou bien elle est suspendue : « Vous savez que, quand vous étiez. gentils, vers les idoles muettes… que (Liets. : 6s équivalent à reprise de 61) ou comme vous étiez poussés et entraînés »; ou bien, en sous-entendant ÿte devant &xayduevor : « Vous savez que, quand vous étiez gentils, vers les idoles muettes, comme on vous poussait, [vous étiez] traînés », en faisant de dx & #y. une incise. Nous avons adopté cette deuxième manière, et préféré l'ellipse à l’anacoluthe; mais c'est sans beaucoup de décision.
B. 2. Paul, fâché de leur ignorance, leur rappelle toujours le temps où ils étaient païens; ce souvenir doit leur déplaire, mais l’Apôtre veut insinuer qu'ils sont bien païens encore en certaines de leurs manières (cfr. I Cor. vi, 14 ss.). Que leur arrivait-il donc à cette époque d'ignorance? Ils se laissaient, dans les cultes idolâtriques, tirer de ci de là, ballotter par des impulsions obscures ct impérieuses qui leur faisaient commettre des extravagances sous prétexte de religion. Nous connaissons assez cet ordre de phénomènes. Dans la cosmopolite Corinthe devaient, dès le 1 siècle, fleurir quelques mystères gréco-orientaux, et une bonne part des convertis, qui venaient surtout, il va sans dire, des cercles les plus préoccupés de religion, se composait d'anciens initiés. Beaucoup de leurs désordres s'expliquent par ces antécédents. Ghrysostome, Grec d'Antioche, mettait déjà l'exégèse sur la bonne voic
Cu. xu, 4. Pour ce qui est maintenant des faits spirituels, frères, je ne veux pas que vous restiez dans l'ignoranee. 2, Vous savez bien que, quand vous étiez des gentils, vers Les idoles muettes, selon Fimpulsion [qui] vous [prenait|, [vous étiez| entraînés. 3. C'est pourquoi je vous fais savoir qué personne, parlant dans l'esprit de Dieu, ne dit : « Jésus [est] anathème »; et personne ne peut dire : « Jésus [est] Seigneur », si ce n’est dans l'Esprit Saint.
quand if voyait ici une allusion aux orgies de Dionysos. Nous Pentendons dans un sens plus généralisé; mais potr nous aussi, comme pour beatweoup de médernes, il s’agit d'autre chose que de l'action morale de Satan ou du milieu humaïn entra. nant aveuglémient à l’itolätrie. Bachmann, avec k4 méfiance entrétenue dans l’écéle de Zahn contre les nouveautés en générat, et spécialenrenit Fhistoire des religions dont les syncrétistes abusent en effet), objeete bien d'abord que äpwvx ne conviendrait pas à des dieux qui étaient eénsés se révéler vivants dans les Mystères, ou: rendaïent des oraclés, et que ànéyeodar sé dit bien de Læ victime traînée à l'autel, mais non. d’un ravissement psychique; mais le verbe peut s'appliquer à des initiés par figure de style, et ee sont des « idoles muettes » en réalité (äpuva m'est pas une pure « épithète d'ornement » empruntée à la eontrovérse juive) que ees simulacres inertes au sujet desquels kes hiérophantes dupent les adoramts, —- Nous eroyons donc, en suivant la ligne de Chrysostome, que FApôtre rappelle à ses lecteurs, pour leur honte, les phénomènes pathologiques ou sataniques que plusieurs d'entre eux ont pu éprouver jadis dans Les eùltes séerets et mystiques; il Feur dit (Sickenberger) : « Vous supportiez cela quand vous étiez paiens; maintenant il faut savoir exercer quelque critique », et ne pas gâter vos réunions par Fimitation des folies d'autrefois.
Le verset suivant prouve ka justesse de cette vue. . A. 8. èv nv. 0, c'est-à-dire « sous Faction de Fesprit de Dieu », sorte d’ëv instrumental, voir Abel, p. 212; ou bien peut-être, si kakGv est omis (comme dans D, E, Fer, G, Vict., Hit, Chrys.), « dans l'esprit » comitie dans une atmosphère qui entoure et pénètre, cfr. ëv xupiar, ëv Xoiotur, — D, E, G; K, L, P, ak. ont des aäccusatifs, ’Inooëv, Hp1ov ‘Incoëv, — dvéleua (-titeuwv), mot biblique retrouvé dans un « tabula defixionis » de Mégare, d'avarit J.-C. (M.-M. qui renvoient à Hatzidakis).
B. 3. Le « c'est pourquoi »;, à:d, qui commence la phrase; la rattaehe étroitement, comme une conséquence, au verset précédent, et nous fait comprendre cette singulière mention d'un prétendiu inspiré chrétien qui s'éerierait : « Jésus est [ou soit] anathèmel » C'est qu'il reviendrait à certaines formes de son aneienne exaltation païenne. Il ne s’agit done pas d’incrôyants, Juifs ow autres, introduits subrepticement dans lassemblée (idée d'ÆEsties, de Schéäfer, al.j dont eertains Gorinthiens ignorants auraient pu prendre les paroles pour inspirées; ni guèré mieux, comme le croient ingénieusement Rob. PE. des gens du « parti du Christ », professant déjà la doctrine docète, qui auraient repoussé l'homme Jésus, et fait profession de « ne plus connaître le Christ en chair », comme le firent plus tarct les Ophites d’après Origène. IL est clair que Paul n'avait pas besoin de mettre en garde les Corinthiens contre des païens ou des Juifs connus comme tels, et que, s'il avait ici affaire à des hérétiques déclarés, ik aurait été encore plus vigoureux. El ne faut pas non plus affaiblir les termes, comme si cet « anathème » ne signiliail qu'un rejet direct ou indirect (Sickenberger) de la personne de Jésus. Non; il faut admettre qu'il s'était rencontré véritablement, à la connaissance de Paul, des « pneumatiques » à pousser de pareils cris, en se débattant sans doute contre l'esprit de Jésus dont ils croyaient se sentir cnvahis, à la manière de la Sibylle éeumante et repoussant l'inspiration qui l’op-
k. Arapéserc D “yaproudruv elotv, ro DE adrd [lveüua” 5. wat Giarpéoers Siaxovdy etotv, kat 6 œbros Küpioc® 6. Kai Giupéoers Évepynuätuwv eloiv, à DÈ abrèc Oecs
Ô Évepyüy Tù TavrTa ËV Tao.
7. ‘Exdoru dè didorar ÿ pavéowors Toù Ilvebparos rpds To supigépoy: 8. *Q pèv yap dia rod [IIvebparos Gidorau AdYos copiac, ÉXhw D AOYoS yrwuvewc Rata To aÙre
presse, ou de la Cassandre qui maudit Apollon dans « l’Agamemnon » d'Eschyle. C'étaient sûrement des manières tout à fait païennes et intolérables, mais non inouïies chez les mystes les plus dévots. (Voir Rapenwacuer, Schelten und Fluchen, ARW décembre 1907, et notre livre « L'Évangile en face du syncrétisme païen, 4944, pp. 89-s.).
Il peut donc se trouver des « pneumatiques » dont l'inspiration est très suspecte, et pourrait bien être restée la même que celle qui les agitait autrefois dans les arrièretemples — c'est-à-dire due au diable ou à des nerfs détraqués. D'autre part, le chrétien sincère qui dit tout simplement : « Jésus est le Seigneur », (confession résumée de tout le christianisme), celui-là est déjà sous l'influence du véritable: Esprit de Dieu, et ne pourrait prononcer ces paroles « animo, verbo, facto, corde, ore, opere » (S. Aug. « in do. tr. 74,1, » cité par Gutjahr) si l'Esprit n'était pas là. L'acte de foi, que tout le monde doit faire, procède déjà d'une inspiration de l'Esprit; « in spiritu sancto movente sed non habito », si la charité ne s'y joint pas, « in spiritu sancto movente et habito » dans le cas contraire (s. Thomas, ad loc.).
Les « pneumatiques » attitrés voient déjà, par cette phrase jetée dès le début de
‘la discussion, leurs prétentions fortement réduites; elles le seront bien davantage au chapitre x, quand l'Apôtre parlera de la charité, nécessaire à tous, et pourtant incommensurablement supérieure à tous leurs « dons ». Voir ce que nous avons dit du caractère des « vrais pneumatiques » au commentaire du chapitre 11. A. 4. Pour les Btapéons, cfr. 28-30, infra, Rom. xu, 6-8 et Eph. 1v, 11. — Le mot xépoua n’est pas classique; l’hellénisme (B G U) s'en est servi au simple sens de « cadeau »; dans le N. T., il apparaît 1 fois 1 Per. 1v, 10, et 45 fois chez Paul (I Cor., 1, 7; vu, 7; cinq fois dans notre chapitre; 6 fois Rom.; une fois respectivement II Cor., 1 Tim. et II Tim.); au premier abord, les acceptions de Paul n'ont de commun que cette notion générale : « résultat d’une faveur de Dieu »; aussi, pour ménager cette latitude de sens, qui n'est pas indifférente à l’exégèse des présents chapitres, ne transcrivons-nous pas purement « charisme » (au sens technique qu’il a pris, — gratia gratis data, à cause précisément de ce passage), mais « don de grâce ». — Quant à ôtupéoers, le participe Gtarvoëv du v. 16 (v. ad loc.) montre que: la signification n’en est pas précisément « divisions », « Unterscheide » (oule., Bousset, Cornely), mais : « distributions », « répartitions », « Verteilung », comme l'ont bien vu Rob.-Pl,, J. Weiss et d’autres.
B. 4. Quoique l'Esprit inspire tous les vrais croyants, il y a cependant (ôé) une spécialisation de certains de ses dons, ou yaplouara. Le mot « charisme », par son étymologie même, indique l'effet de la faveur (4dptç) d'une puissance supérieure, il n'a donc rien à voir avec les propriétés magiques qu'on posséderait de naissance ou par étude. En soi, chez Paul, il peut désigner toutes les faveurs de Dieu;' dans l'Ep. aux Romains, v, vi, la rédemption, la grâce, la béatitude; dans notre épître même, vi, 7 (v. ad loc.) la vocation à la virginité ou au mariage, et, au cours du présent ch. x, il semble, au v. 31,5 appliquer à la charité; dans les Pastorales, c’est le caractère de ministre de l'Évangile, et, à a fin de notre chapitre, nous verrons mêlées aux « charismes » extraordinaires des fonctions qui, dans leur mode, n'ont rien d’extraordinaire et de surhumain. Nous en conclurons déjà que saint Paul
Lk. 11 y a bien des répartitions des dons de grâce, mais [c’est] le même. Esprit; 5. et il y a des répartitions des services, et [e” est] le mème Seigneur; - 6. et il y a des répartitions des opérations, mais [c’est] le même Dieu, lui qui opère toutes choses en tous.
7. À chacun pourtant est donnée la manifestation de l'Esprit, en vue de l'utilité. 8. Car à l’un par l'Esprit est donné le discours de sagesse, à un
ne fait point, pour les « charismes » surnaturels dont il va parler, une catégorie d'une dignité spéciale. C’est chez lui intentionnel, |
« C’est le même Esprit » qui est leur auteur à tous; il n’y à pas multiplicité de causes comme dans le polythéisme (Sickenberger). Cfr. Eph. 1v, 4. Pour établir le sens re d'« esprit », rvedue, il faut avoir expliqué les versets suivants,
A. [5]-6. xat 6 airos (comme 5) au lieu de ô dE avrès, B, CG, qqs mins., Orig. — râotv masculin (J. Weiss).
B. 5-6. Après les « charismes », Paul nomme des « diaconies », ou ministères, ou services, qu'il rapporte au « Seigneur »; et des « opérations » extérieures qu'il rapporte à « Dieu ». Quels sont les rapports de ces trois sortes d'effets, et des trois causes assignées ?
Certainement il faut voir ici (contre Lietzmann) plus qu’une distinction rhétorique. Plusieurs exégètes, avec Æstius, croient que les « charismes » sont le genre, les deux autres termes en désignant les espèces. Mais Chrys. et les Grecs ont identifié les trois ; et il nous paraît meilleur aussi d'admettre qu'il s’agit des mêmes phénomènes, maïs considérés sous trois aspects, et appropriés ainsi aux trois personnes de la Trinité (infra). Bousset dit : « Les dons de l'Esprit sont, du point de vue de leur but, des prestations de services à la communauté, et des œuvres de force, du point de vue de leur forme. » Tel est, où à peu près, l'avis de la plupart, J. Weiss, Bachmann, Toussaint, Prat, al. Il se peut d’ailleurs que tel de ces aspects : prédomine en tel de ces dons, et que l’un puisse s'appeler plus spécialement « charisme », l’autre « office », l’autre « miracle », comme on le verra aux versets 8-10 et 28-30 (cfr. Gutahr); maïs tous sont des « charismes », au sens large que nous avons indiqué.
Les noms « Esprit », « Seigneur » et « Dieu » ne seraient qu'une triple désignation de l’Esprit- Saint, pour Bisping, Godet, Cornely, al. Mais il convient, avec Gutjahr, Rob.-Pl., J. Weiss, Lietzmann, Bachmann, Sickenberger, et d'autres, de les distinguer, et de reconnaître ici une formule trinitaire, comme IL Cor. x, 18, Eph. 1v, 4-6, et encore ailleurs : « Dieu » est le Père, le « Seigneur» est le Fils, le « Pneuma » est le Saint-Esprit, et désigne donc ici une Personne divine comme les deux autres, ce qui apparaîtra très clairement au v. 41. « La division des phrases en trois », dit J Weiss, « n'est.pas cause, mais conséquence, de la formule trinitaire (Trias-Formel) familière à Paul et courante, laquelle est donc très antique ». Rob.-PI, observent que cela confirme l'authenticité de Mac. xxvur, 19. Nous pensons comme eux, et attachons une grande importance doctrinale à ces versets.
Par appropriation, les « dons », considérés comme faveurs gratuites, sont tous rapportés à l'Esprit-Saint, qui est Dieu se communiquant, le grand « Don » de Dieu; comme « ministères » ou « services », ils sont tous appropriés au Christ, le Roi, le Chef qui gouverne l'Eglise; comme « actes de puissance » ou d'énergie {non pas exclusivement « miracles »}, ils se ramènent tous au Père, source de tout être et de. toute activité, qui (par le Verbe et l'Esprit) « opère toutes choses en tous ».
J. Weiss insiste très justement sur le point de vue éthique ct téléologique que
[lvedua, 9. Etépo mionus Ev 7 abr& Ilvebuarr, ŒXhko OÈ yapionara laut Ev TO Evt [lvebparn, 10. SAXO 0 Evepyhpara “Suvépewv EX Tpopnrele, AD DE duaxplosts mrevudruv, Étépw Yévn yAuwoodv, ŒAAw DÈ Eounvsia Yhwooüv. 41. Iévra dÈ rabra Évepyei To Ev nat + adro [lveüpa, diarpoëv die Endotw xaûus BouÂetar. |
Paul, s'inspirant de la discipline religieuse d'Israël (et de l'Évangile) substitue à l'ivresse païenne et au danger d’orgiasme. B. ‘7. Ce verset peut être aussi bien une conclusion de 4-6 (Bachm. ) qu’une introduction àla série détaillée de 8-10 (J. Feiss). Par tous ces dons, quelle qu’ensait la note dominante, c’est toujours l'Esprit de Dieu qui se manifeste (pavépuats ; ; le génitif To rv. est subjectif, J. Weiss), tout est donc ramené à l'Esprit, ce qui montre bien (supra) que « ministères » et « energèmata » ne.sont pas deux espèces différentes d’une pfemière espèce, les « charismes » qui appartiendraient spécialement à l'Esprit. Il se « manifeste », par conséquent Paul va parler maintenant de « charismes » au sens restreint, celui de grâces extérieures et visibles, et non de grâces secrètes et intimes, comme la « justice » et les vertus. L'Esprit ne se manifeste pas de la même manière chez chacun; il répartit ses manifestations mobs td ouupépov, « suivant l'utilité », bien entendu l'utilité commune, comme il sera dit expressément plus loin. Bien ambitieux serait donc le « pneumatique » qui voudrait recevoir tous les dons à la fois, comme si l'Esprit n’intervenait que pour'enrichir son individualité. À. 8-10. Remarquer à 8 duè voù nv. et xarà ro xv., les deux prépositions semblant signifier deux. rapports distincts (infra B). Remarquer aussi l'adjectif Étéow se glissant dans une série de &Alw au début de 9 et dans le v. 140, à l'avant- dernier membre; l'absence de dé, après les deux Etépw (doit-on l'omettre aussi à 10, entre #Xw et rpopnreta? il manque B, D, E, F, G:; les critiques sont divisés, quelques- -uns l'omettent ou le placent entre crochets : Soden, Vogels l'admettent; la Pulg. supprime tout « autem » à partir de « fides »; ‘affaire de style, sans doute). Ces très légers changements ont leur signification ; car Paul ne les aura pas apportés seulement pour varier son style; il aura plutôt voulu répartir les dons en groupes homogènes, distincts l’un de l’autre, commençant respectivement par
& pv. Étépo… . Etépw (J. Weiss).
& pèv..., Etépw.. &Xkw (sans dé, au v. 10, Gutjahkr)
ce qui fait 2 +5 + 2, ou 2 + 8 + & Nous ne doutons point, pour notre part, qu’il y ait là un ordre systématique. Les vv. 9-10 sont mal coupés ; éves. +. ûvv. devrait. appartenir à 9. Cfr. des énumérations similaires plus bas, xu, 28-30, et Rom. xu, 6-8, Eph. 1, 11.
B. 8-10. Paul répète trois fois que c'est « le même » Esprit qui est en cause; il. veut ineulquer qu'il ne saurait y avoir contradiction et rivalité entre Les « dons », ni-par conséquent entre les vrais « pneumatiques »; il n'y à pas, comme le croyaient les païens, des dieux divers, bienfaiteurs spécialisés (Toussaint), cfr. Æpl. 1v, &, Eu cèpa zoÙ Ev nveëua xrA, S'il ne mentionne. plus le rwëux au v. 10, c'est qu'il va de soi que les derniers dons proviennent de l'Esprit comme les autres, et pour ne pas charger son style.
L'énumération commence par « discours de sagesse » (Adyos copias) et. « discours de science », ou « de gnose » (Adyos yvüszeuws), c'est-à-dire par les dons relatifs aux degrés les plus hauts de l'enseignement. Ils diffèrent sûrement l'un de l'autre, malgré Lietzmann; d’autres autcurs, que trompe aussi le préjugé synerétiste,
autre le discours de gnose selon le même Esprit; 9 à l’autre la foi dans le même Esprit, à un autre les dons de guérisons, dans l'Esprit unique, 10. à un autre des opérations d'œuvres de puissance; à un autre a prophétie, à un autre des discernements d'esprit, à l’autre des genres de langues, à un autre l'interprétation des langues. 11. Maïs toutes ces choses, c’est l'Esprit unique et le même qui [les] opère, [les] répartissant en propre à chacun comme il [le] veut.
veulent mettre la « gnose » au-dessus de la « sagesse », comme dans la terminologie mystique de l’hellénisme (Reïtzenstein, J. Weiss), coplx ne désignant pour eux que ‘la connaissance pratique (les exemples apportés par Weiss, xv, 22-28, 50-ss, ne sont pas de la « gnosis », et le mot ne se trouve pas dans ces passages). Bachmann lui-même {sur xin, 2, v. ad loc.) a tort de croire que « gnose » et « prophétie » atteignent les mêmes secrets divins. En réalité, il faut prendre l'opinion inverse, d'autant plus que, dans toute cette énumération, la gradation est descendante; nous trouvons ici confirmation de ce que nous avons dit à l'Exc. v sur l’infériorité, dans le langage de Paul, de la « gnose 5 par rapport à la « sagesse », à la différence de l’hermétisme, auquel il n’a pas emprunté. Xsgix peut signifier parfois, suivant une acception courante « habileté technique » (oopla Aôyou, rhétorique et dialectique, voir à 1, 47), mais ce n'est point ici le cas; c’est la « sagesse » des desseins intimes de Dieu (voir à n1, 7-ss.), tandis que la « gnose » que possèdent les Corinthiens Gi, 5, quoique Paul ne leur attribue pas la « sagesse », ni le « discours de sagesse »), a plutôt pour objet la proposition et l'agencement des vérités partielles adaptées à l'entendement. Voir Zemonnyer, Sickenberger, Rob-Pl., Gutjahr qui reconnait, sans doute à bon droit, dans la « gnose » le charisina des « didascales » (infra Xu, 28-29; Æph. 1v, nm; Act. xui, 1, npoghtar x av StDéowæhot), I faut de plus remarquer, avec Rob.-Pl., que Gt +oÿë xv. et xatà vo xv, ne sont pas des expressions synonymes ; la première signifie l’action directe et exclusive de l’Esprit-Saint, qui forme lui-même les pensées dans l'intelligence de l’homme spirituel qui prononce les « discours de sagesse » ; tandis que la préposition x«té indique la conformation aux inspirations divines de pensées produites par l'intellect humain comme cause propre; c'est toujours l'Esprit qui l'opère, mais son rôle ici n'est que
directeur. La « gnose » est donc moins une intuition surnaturelle qu'un discours
de l'intellect surnaturellement dirigé. — Saint Thomas précise théologiquement que le « discours de sagesse » et le « discours de science » ne sont pas les dons du Saint Esprit qui portent les noms de « sagesse » et de « science » (ceux-ci n'étant pas des charismes, maïs des dons sanctifiants, donnés au profit du sujet lui-même); c'est la faculté d'extérioriser, au profit des autres, les connaissances acquises par les dons du Saint-Esprit, respectivement sur les choses divines et sur les choses créées. Paul a parlé de ce « discours de sagesse » au ch. n1, 18 (v. ad doc.); il s'oppose à cette « sagesse de discours » (1, 17), dont les Corinthiens étaient si férus (Rob.-P1.).
Une deuxième série (marquée par le changement matériel de &kAw en Etépw, qu ne peut avoir d'autre but, car les deux adjectifs s'étaient assimilés pour le sens dans la langue hellénistique) consiste en trois dons qui ne se rapportent plus à l'enseignement, mais à l'action : la foi, les guérisons, et les « évepyfuara ». Cette « foi » n’est pas la vertu théologale, mais la confiance surnaturelle dans le secours de Dieu pour entreprendre des choses difficiles, pour « transporter des montagnes » (efr, xu1, 2), nioruw où tv rüv Boypdtov, AA vhv Tüv onueluwv, dit Chrys, Ainsi les ancions,
et Cajetan, Estius, Bisping, Godet, Cornely, Rob.-Pl., Bachmann, Gutjahr, etc. Il est possible que les « guérisons » surnaturelles et « les énergies » (c'est-à-dire tous Îles autres genres de prodiges) soient données comme les effets spéciaux de cette « foi »; cependant celle-ci paraît plutôt être une première espèce distinguée
“des deux autres: ce serait donc plutôt le don de grandes initiatives qui ne sont pas -spécifiquement surnaturelles.
Il est très important pour l'histoire, dit J. Weiss, de voir avec quelle assurance l'Apôtre admet les guérisons miraculeuses et autres prodiges. C'est vrai; et nous en concluons que, puisque Paul les admettait, ils étaient réels. Il n'est pourtant pas dit qu'ils fussent fréquents à Corinthe (voir au verset 11).
La série terminale (commençant par &\\w sans dé, d'après les meilleurs textes) comprend les dons dont il sera longuement question au chap. xiv, et qui paraissent avoir été les plus connus dans cette église. C'est d'abordla « prophétie ». Nous pourrions nous étonner de la trouver après les dons d'action, et si loin du « discours de sagesse »; c'est que sans doute elle ne comportait dans sa notion essentielle ni prédiction de l'avenir, ni traitement de hauts sujets, mais pouvait se borner à l'exhortation chaleureuse, efficace grâce à l'Esprit qui l’animait (v. infra, à xiv, 3, 24 s.), Le « discernement ‘des esprits » voisine avec la prophétie, parce qu'il pouvait en être. une des formes ou des attributs (Bachmann), ou bien, croirions-nous plutôt, parce que ceux qui.en étaient doués avaient à juger de la bonne qualité de l'enseignement des autres, y compris les prophètes (Did. xexrr; cfr. infra, x1v, 29), et ce devait être-le don le plus précieux pour les didascales et les pasteurs. Quant aux « genres de langues », c'est évidemment la « Glossolalie » dont nous chercherons à établir la nature au commentaire du chap. xiv. Disons seulement, avec Sickenberger et d'autres, qu il ne faut pas confondre ce don avec le miracle des
: langues à la Pentecôte, maïs qu'il peut s'identifier avec le charisme dont jouirent
. Cornelius et les disciples d'Ephèse (Ace. x, 44-47; xix, 6). Ce n’est pas sans intention que Paul place à la queue ce don que les Cor inthiens paraissaient estimer par-
dessus tout (Bachmann, al.; voir comm. de xiv). En dernier lieu, il devait cepen-
dant encore nommer l'« interprétation » de ces « langues »; puisque c'est aussi
‘un « charisme », nous devons bien y voir autre chose que la faculté de traduire des
langues étrangères; c'est donc que la « glossolalie » était autre chose.
B. 11. Cette phrase résume tout le développement qui précède, sur l'unité d'origine des charismes, qui est « l'Esprit un et le même ». Elle se rapporte au V. &, ou aux versets 4-6, et le cycle de la péricope est clos. En même temps est préparé le développement qui va suivre, vv. 12-26 et 27-31, sur l'unité du Corps.
.: L'auteur parle comme si l'Esprit était. une personne, dit J.. Weiss. Il y a plus;
Paul affirme sûrement cette personnalité, au sens le plus plein. Les mots Gtarpoüv,
.« distribuant », et surtout xx Bobketar, « de la manière qu'il veut », exigent que le
. Sujet du verbe soit personnel. Il en est de même pour évpyet aussi, d'après l'usage
- de Paul (cfr. v, 6, supra; Gal, n, 8, in, 5; Eph. 1, 11, 20, u, 2; Phil. n, 43), tandis qu un sujet impersonnel n'est jamais joint ‘chez lui qu'à la forme moyenne évepyeïoüar
ainsi Rom. vu, 5; Il Cor.1, 6, 1v, 12; Gal. v, 6; Eph. ni, 20; Col. 1, 29; I Thess.
, 43; IT Thess. H, 7, (Rob- PL, et J. À. Robinson, auquel ils renvoient). Le rap-
prochement de l'Esprit avec le Seigneur et Dieu (supra, vv. 4-6) supposait du reste à lui seul cette personnalité du Saint-Esprit, qu'insinuaient déjà plusieurs passages
des premiers chapitres (voir supra, à 1I-III, passim, et l'Exc. v).
Gutjahr note judicieusement qu'il n’est pas probable que ces dons multiples se soient rencontrés simultanément à Corinthe. Lorsque Paul fera l'application concrète à cette église, il ne s'agira que des dons de parole; et, au ch. 1v, v. 19 (v. ad loc.), il a paru mettre les Corinthiens au défi de lui montrer beaucoup de
dons d'action. Nous ne dirons pas cependant avec Bachmann qu'ils n’en possédaient que deux, là « prophétie » et la « glossolalie ». Mais il est possible que l’Apôtre, par cette riche énumération de tous les charismes que l'Esprit peut distribuer, ait déjà voulu leur inspirer quelque réflexion de modestie, à la pensée de tous ceux qu'ils ne possédaient que peu ou point.
. Nous devrons, dans un excursus, corfiparer cette énumération à celle qui clôt le chapitre, et à celles de Rom. et d'Epa.
2) Comparaison du corps de l'Eglise, Christ mystique, avec l'organisme humain (xn, 42-26).
Inrropucrion. Il est bien rare de rencontrer chez Paul des images maintenues longuement, et des comparaisons développées à l'aise; son génie était plus dialectique que didactique, moins descriptif que lyrique et oratoire. La péricope présente est donc, au point de vue de la critique littéraire, très intéressante à titre d'exception. Il est vrai que Paul n'a pas inventé la comparaison qu'il exploite ici. Prendre le corps humain et ses membres comme type de la solidarité, c'était un lieu commun classique (apologue de Menenius Agrippa chez Tite-Live, 11, 32, et autres exemples chez Xénophon, Cicéron, Quintilien, Marc-Aurèle). À l'époque hellénistique, il apparait dans la diatribe, chez Épictète et autres stoïciens (Voir Heïnrici, J. Weiss). Lietzmann énumère une grande quantité de parallèles, dont le plus ancien est une fable égyptienne du XII siècle, 20° dynastie, trouvée par von Bissing. Paul a utilisé un exemple d’école, ce qui montre une fois de plus les rapports de son style avec la « diatribe ». Les analogies rabbiniques de Strack-Bill. sont bien plus lointaines. Le « style oral », ici encore, malgré son parallélisme soutenu, est celui des prédicateurs populaires grecs.
Mais la haute valeur de ce passage consiste en ce que l'Apôtre nous présente pour ‘la première fois une doctrine de l'Église, préludant à celle de l'Épitre aux Éphésiens, Le Christ personnel n'est plus seulement le moteur, la tête de ses fidèles, comme XI, 3; en faisant vivre de sa propre vie tous ceux qui lui sont unis par la foi et la charité, il se les incor pore, il en fait ses membres (cfr. VI, 15) et L'Église devient le « Christ » mystique, qui est comme l'épanouissement du Christ personnel, la plénitude de l'incarnation (cfr. doctrine de Col. et Eph.). Ce « Christ collectif » n'a rien de la saveur quasi-panthéiste qu'y trouvait Reïtzenstein ou J. Weïss; ce n'est pas une espèce de corps fluidique, de nvedue matériel qui émane du Christ ressuscité et lui unit les croyants, c'est l'opération du Christ qui les conforme à lui comme au supréme modèle. Remarquable est l'unité d'enseignement de cette épître, nous ne cesserons de le répéter : morale privée, morale familiale, morale ecclésiastique, tout y provient de l'union à la Personne du Christ. Et l'universalisme si catégorique du v. 13 suffit à condamner le parti-pris de J, Weiss, qui cherche à écarter de cette Épitre la notion déjà formée dans l'esprit de Paul d'une Église une et catholique embrassant toutes les églises particulières; au contraire, tout la présuppose, car elle était formée chez l'Apôtre dès le jour de sa conversion. —J. Weiss est mieux inspiré quand il montre comme Paul a changé le point de vue de l'universalisme stoïcien (auquel, du reste, il ne pensait peut-être pas) : ce n'est plus la nature, c'est la grâce qui fait la vraie communauté des hommes.
À. 12-13. 6 Xpiotôs : cfr. ce v. 12 au v. 27, infra. Ce sens mystique et collectif du nom de Xprords employé seul, d’une manière absolue, ne se retrouve pas ailleurs, à la lettre du moins; mais l’idée est partout; Gal, 1v, 19, le Christ « se forme », popowbñ, dans les croyants, qui sont ainsi assimilés à Lui, Æph. 1v, 12-13, parle de la construction du corps du Christ, de la plénitude du Christ et il s'agit de l’ensemble, de l'Église. Souvent la locution si usuelle &v Xpisr& peut avoir ce sens. — On lit épuriolnuev pour érot'olnuev en L et quelques mans.; la confusion était très. possible à l'oreille et ne change rien à l’idée essentielle.
B, 12-18. Parce que le Saint-Esprit distribue ses dons extérieurs à chacun
CH. x, 12, Kabdrep ap Tù oibpa Év Écruv mat péhn moÂÂa Eye, mévra DÈ za péhn vod puparos moAAX Évra Év Éoniv oùpa, oûtuç nat & Xotoroc' 13. xai Vap y évl mvebuau ueïc mévrec els Êv ou é6amtlobmuer, eïre ’Ioudaior etre EXhmves, elre dobhor etre EheUlepor, a mévrecs Év mysdua “érotiobquey. 14. Kat yap vd cœpa obx Eoruw Ëv méhos AR mod. 15. "Hay elnn à mobs” Bee oùx siut yele, oùx etui Èx ToÙ owmaroc, où “mapa robro oùx Ecru Ex vob supatos. 16. Kat av eimn To oc brt obx elui 6o0ahmôs, obu el èx woD owpartos, où mapä Toùto où Éoriy ëx 700 owparos. 17, Et £Aov 7ù oiua dpfaauos, moù À duof; el Dhov
Ca. x, 12. Car, de la même manière que le corps est un et possède plusieurs membres, mais que les membres du corps, tout en étant plusieurs, sont un seul corps, de même aussi le Christ; 13. car c'est aussi en un seul Esprit que nous tous, pour [former] un seul corps, nous avons été baptisés, soit Juifs soit Hellènes, soit esclaves soit hommes libres, et tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit. 14. Et en effet le corps n'est pas [constitué d’] un seul membre, maïs [de] plusieurs. 15. Supposé que le pied dise : « Parce que je ne suis pas main, je ne suis pas du eorps », ce n’est point pour cela qu'il n’est pas du corps. 16. Et supposé que l'oreille dise : « Parce que je ne suis pas œil, je ne suis pas du corps », ce n’est point pour cela qu'elle n’est pas du corps. 17. Si le corps en entier [était] œil, où [serait] l’ouie? s’{il était] en entier ouïe, où [serait]
« comme il le veut », maïs toujours en vue de l'utilité commune (v. 7), Paul prend, pour illustrer cette « division du travail » spirituel, l'exemple du corps humain, qui est le type de l'unité dans la variété, Car l'Église est « le corps du Christ », (v. 27, intra), et ici même il la nomme hardiment « le Ghrisi », le Christ mystique, Ainsi les Corinthiens ne doivent-ils pas avoir l'ambition de posséder tous les charismes à la fois et ne pas faire de cette distribution inégale une occasion d'orgueil pour les uns, de dépit ou de découragement pour ceux qui paraissent moins favorisés. Leurs charismes ne sont pas pour eux d'abord, et ce ne sont pas leurs mérites -qui les règlent.
Juifs, Grecs, esclaves, libres, sont tous, dans le Christ mystique, de même condition devant l'Esprit. On peut comparer à cette belle expression d’universalisme paulinien celle de Gal. ri, 28, qui y joint « homme et femme » (voir x1, 1-16), et celle de Col. in, 11, qui parle de « barbares » et de « Seythes ». Rien de plus cher à l'Apôtre des gentils que cette idée, et rien de plus fort contre les prétentions particularistes deg Corinthiens. Tous les croyants, en effet, ont été unis en un seul corps par le même baptême, et ont été abreuvés du même Esprit. Cette dernière expression signifie sans doute encore l'effet du bapiôme (efr. la leçon ipurisünuey, « nous avons été illuminés », devenu terme technique plus tard pour le baptême, puTIsU GS), Cependant le terme a été rapporté aussi à l'Eucharistie, mais à moins juste titre (Aug., Luther, Calvin, Lietzmann avec doute). Il faut rapprocher Ep. iv, 8-7.
La boisson est chose distincte. du corps qu'elle abreuve. Apportée de l'extérieur, elle peut rafratchir et revigorer les organes, mais ne devient pas un organe ellemême. Aussi, malgré les constructions de Rettzenstein, « l'Esprit » de Paul, dont nous avons vu la personnalité si indubitablement supposée, et encore moins le
{ ‘330 ÉPITRE AUX CORINTHIENS, Xt1, 12-26.
0%) roù À “Éoppnoiss 18. *NDy De 6 Beds Edero Tà LAN Év Énaotoy abrüv Ev xd
cwpatt 14006 hdéMnnev. 19. Hi dù v ra mavra Ëv méAoc, moù Tù oùua; 20. Ni
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moANG u&Nhoy 7% Doxoëvræ UÉAN Toù cuparos aofevéotepa DTapyetv dvaryrats oriv; 23. rai à Donodmey druubrepa elvar ro owpLatos, ToUtous Tiuhv Repiogotépay
mepurideuev, rat Ta Goyhuovx udy eboymuoobvnr meprosotépay Eye, Dh. rà à edoyhnova nuüv où ypelay Eyes. “ANA 6 Beds “ouvenépacey Td cûya, TÔ borepouméve mepiocorépay Doc vuhy, 25.fva ph À oxioua Ev Tù owparr, GAAG T7 abrd brèp &AkhwY pespuuvooy Ta MAN. 26. Kai etre mésyet v LéÂOG, GUUTATYEL RovTe Ta MéA etre Oobdterar péhoc, ouvyaiper mavra Ta MAN.
Christ glorieux, ne sauraient être je ne sais quel fluide divin, quelle substance universelle dont seraient formés les « corps spirituels » des régénérés, d'où il suivrait que leur ensemble, l'Église, possède une sorte d'unité physique. Voir notre Exc. v sur Hveüpo.
mm À, 14-20. Les versets 14 et 20 se répondent; c'est une sorte d’« inclusio ». — Ilupk roro de 15 et 16 signifie-t-il « malgré cela » — contrairement à ce que disent ces membres, [ils sont du corps], ou plutôt « à cause de cela » — [if n'est pas vrai que] à cause de ce qu'ils disent, [ils ne sont pas du corps]? Peu importe au sens; mais la seconde traduction paraît plus naturelle (voir Blass-Deb., $ 236, 5; Abel, p. 229). — « Pied » et « main », cfr. Æpictète (TJ, Weiss), — Goponous de 17, hap. leg. dans la Bible. — viv 5€ de 18 (cfr. 20), au sens logique — « dans le cas posé »; à xt, 43, le sens est autre (v. ad loc.).
B. 44-20. Paul commence à montrer la solidarité de toutes Les parties du corps humain dont il veut faire l'image de l'Église. Cette partie peut nous sembler un peu longue et verbeuse, et plus loin bien réaliste pour notre goût. Mais l'Apôtre insiste -sur la figure, pour bien faire entrer la vérité dans l'esprit de ses lecteurs. Toutes ‘ces questions sont bien un procédé de « diatribè ». En premier lieu, dans ces versets, il montre que tous les membres ont un droit "égal à se dire du corps, -et que. sans leur multiciplicité, le corps n’existerait pas. Dieu l’a ordonné aïnsi dans sa sagesse d'habile constructeur, les disposant « selon qu’il l’a voulu ». Cette attribution du détail de l'organisme à la cause première n'équivaut nullement à nier qu'il soit le résultat d'une loi naturelle fixe; il faudra s’en ‘souvenir quand on retrouvera la même expression à xv, 38 (v. infra, ad loc.).
Au reste, ces versets n'ont pas besoin d'explication ni de paraphrase, Il ne faut
pas chercher de signification allégorique pour chaque membre particulier. L'Apôtre veut simplement insinuer que la diversité des fonctions, — ce que les Corinthiens, avec leurs jalousies, ne comprenaient peut-être pas bien, — n'empêche pas les chrétiens d’être tous, également, de l'Église, comme les rnembres divers d'un même corps, À. 21-26. riprtiOnut (23) signifie spécialement .« vêtir »;.— tiyñs ajouté D, G, au début de 24, devant tà Gè edoy; — ouvexépacer, stoïcien (J. Weiss) — au lieu de cxloua, le pl. oxisuara à 25, dans N, D*, F, G, L, al. — ôxép après peptuv,; à vu, 32-ss, nous avons trouvé le simple accusatif, plus classique; — ei «1 pour eïre (26) dans B, F, G,e, pulg., syrh, ne change pas le sens,
B. 21-26. Nous passons à une seconde idée : non seulement les membres sont tous du corps, mais ils ont tous besoin les uns des autres. Ici encore il ne faut pas
chercher d'allégorie déterminée sous chaque terme. L’Apôtre veut simplement dire
l’odorat? 18. Mais, dans le cas présent, Dieu a placé les membres, chacun d'eux, dans le corps, de la façon qu'il à voulu. 19. Et si le tout ne jfai- ‘sait qu’] un membre, où [serait] le corps? 20. Mais, dans le cas présent, [fil y a] bien plusieurs membres, mais un seul corps. 21. Or l'œil ne peut dire à la maïn : « je n'ai pas besoin de toi », ni encore la tête aux pieds : « je n'ai pas besoin de vous ». 22. Bien plutôt, au contraire, les membres -du corps qui semblent être les plus faibles sont nécessaires, 23.-et ceux que nous pensons être les moins honorables du corps, nous entourons ceux-là de plus grands égards, et ce que nous avons de moins décent prend l'extérieur le plus décent, 24. mais ce que nous avons de décent n’en a pas besoin. Eh bien, Dieu a combiné le corps en donnant plus d’égard à ce qui en manquerait, 25. afin qu’il n’y ait point dissentiment dans le corps, mais que les membres s'inquiètent de la même chose les uns pour les autres. 26. Et au cas qu'un seul membre souffre, tous les “membres souffrent avec lui; au cas qu’un membre soit à l'honneur, tous les membres jouissent avec lui.
.que ceux qui ont des fonctions de direction (œil, tête) ne peuvent se passer des agents d'exécution (mains, pieds). Les organes « plus faibles » sont ceux de la vie végétative, qui n'ont aucune défense par eux-mêmes, comme en ont les mains et les pieds (Gutjahr). Les « moins honorables », ättuôrepa, et les « moïns décents », &sxhuova, sont-ils les mêmes? Avec Gutjahr et Bachmann, nous pourrions croire que les étiudrecs, c'est tout le corps sans la tête, et donc que les àsyfuova en font . partie. Ceux-ci sont les parties que l’on appelle « honteuses » (Chrys., Thomas, etc.; Aug, « contra Julianum » 1v, 4: « Quod dehonestavit concupiscentia, contegit -verecundia »); les membres décents, edsytuova, c'est la face, les mains. Les mots tu et eücynuooôvn se rapportent au vêtement (Lietzmann). On n'a pas besoin de vêtir les mains et la figure, mais le tronc est vêtu et orné; et ce qui n’est pas décent est toujours soigneusement recouvert; c’est-à-dire que ce qui est moins noble, et -encore plus ce qui est répugnant, est « objet de plus d'attention » (Toussaint). Ainsi Je veut l'ordre de Dieu qui a bâti le corps, en mêlant, combinant ses éléments, comme Paul le dit dans le langage du Portique.
L'Apôtre voudrait-il dire à demi-mot, avec un de ces sarcasmes qu il ne retenait pas toujours, que les dons et les « pneumatiques » qui jouissent du plus d'ornements, c'est-à-dire de manifestations sensationnelles, sont d'un genre relativement inférieur ? Peut-être.
En tout cas, les membres du corps ne se disputent pas comme dans la fable, mais Îls se servent tous, et ceux qui en sont capables protègent les autres, car Dieu a ‘mis dans le corps un instinct correspondant à la solidarité de toutes ses parties,
Il ne devrait pas y avoir plus de rivalité dans le « corps du Christ » qui est
l'Église, comme va le dire la dernière péricope, 27-81.
3° Application : la nécessaire spécialisation des fonctions extérieures dans l'Église (XII, 27-31).
INT. Quelques-uns des termes qui précèdent, par exemple Gokdterar « est glorifié, est à l'honneur » sont bien quelque peu forcés s’il n'était question que de viscères et de muscles; c'est que la comparaison avec les organes physiques a fini par tourner vaguement à l'allégorie. Maintenant Paul laisse les figures, et se met à énumérer les u membres du Christ », qu'il comprend ici non pas au sens de membres qui reçoivent communication de la vie intime du Christ, comme VI, 15, 17, mais de membres qui servent au Christ à agir extérieurément sur et par son église. Il s'agit très certainement de l'Église universelle, et non de l'église particulière de Corinthe, où probablement ious les « dons » n'étaient pas représentés à la fois. Toute l'épitre a été catholique {malgré 3. Weiss), mais elle montre surtout ici ce caractère; c’est la première fois dans les lettres de Paul, que ce grand sujet est traité. — Rapproché de Rom., d'Eph., de la Didachè et des Pastorales, ce passage nous aide à former un tableau de l'organisation de l'Église primitive aux temps apostoliques ; elle était moins nettement fixée encore, semble-til, que sept ou dix ans plus tard, quand l’'Apôtre écrivit à Timothée et à Titus.
Ce qui est très important à un autre point de vue, c'est que l Apôtre, dans une instruction qui vise les « spirituels » et leurs « charismes », tient à ne pas mentionner seulement les dons extraordinaires, mais y méle jusqu'a des fonctions administratives, des emplois réguliers transmis par les hommes, mais exigeant tous un : « don de grâce », au moins de grâce sanctifiante, pour être bien remplis. Ainsi Paul veut faire sentir aux « pneumatiques » attitrés qu'ils ne forment pas dans l Église une espèce à part et supérieure ; il relève la dignité de tout ce qui est fonction dans le corps de l'Église, et la solidarité des dons ordinaires et extraordinaires. L'ordre descendant de l'énumération, plus marqué que 8-10, est par lui-même très instructif, Pour finir, l'auteur sacré fait entrevoir que tous les « charismes » extérieurs s’effacent devant un don beaucoup plus haut, — qu'il va nommer au ch. XIII, la charité.
Cu. xut, 27. ‘Yueic dé otre oôpa Xpuoroë, nat pin x “pépous. 28. Kat oùc pèv Ébero à Oeds Ev T9 éxxAnolx mpüToy amootékouc, Gebrepov mpophtas, Tplrov ddaondhouc" terra duvues, Émeuta yaploara lapärwv, avruAñYers, uÉepvhoerc, YÉVA Yhuwooüv. |
A. 27-28. Un scribe, ayant l'oreille distraite, a entendu x p£hovs au lieu de ëx épous. Cela n'avait aucun sens; mais cette vieille erreur « occidentale » est la leçon de D, et elle a passé dans les versions, vulg : « membra de membro », d, e, f, phil, Ambrr, al.; les Latins, s. Thomas, Estius, etc., se sont ingéniés à trouver pour « membra de membro » un sens acceptable; on peut voir leurs commentaires. *Ex
uépous (axb mépous, Thucydide, rpds uépos, Démosthène) signifie : « selon la part proportionnelle ». — Exera? est omis D, E, F, G, Hil., Ambrt, — xvfepmioeux, hap. leg. dans le N.T.
B. 27-28. Nous revenons à l'instruction directe et sans voile commencée aux versets 12-43. Chacun a son rôle à jouer dans l'Église, comme « membre du Christ »; mais il ne doit pas le confondre avec celui des autres. Dieu ménage à chacun les grâces requises par sa vocation, non par celle du voisin.
- Or, Il a étabfi dans son Église (l’Église universelle) un ordre strict de fonctions et de dignité. Les 'adverbes « premièrement », « deuxièmement », « troisièmement » sont à comprendre avec toute la valeur qu'ils peuvent avoir : celui qui est le «premier » es au-dessus du deuxième, et celui-ci du troisième. Ces trois dignités les plus hautes sont celles d'apôtre,, — de prophète, — de « didascale » ou instructeur, c'est-à-dire celles des fondateurs d’églises et des maîtres qui enseignent la science de l'Évangile, leur travail étant la chose essentielle, dont chacun a besoin d’abord.
Par « apôtres », de l'avis commun, il faut entendre non seulement les Douze et Paul, mais les missionnaires qui les aidaient à fonder ou développer les communautés chrétiennes, comme Barnabé, Silas et Timothée, Apollos. — les « prophètes » sont probablement les grands prédicateurs qui ne sont pas missionnaires ni fondateurs (J. Weiss), mais poursuivent d'une manière inspirée l'œuvre de ceux ci. Les « didascales » sont les chrétiens instruits chargés dans chaque église de l'enseignement régulier et ordinaire; il y avait donc dès lors des instructeurs attitrés dans les églises, restant sur place (Roë.-PT.). Comparer Didachè XI-XII pour ces trois fonctions, et voir l’Exc. xt. |
« Ensuite », ce sont les fidèles doués du pouvoir de faire des prodiges, des miracles, et plusieurs autres catégories d'hommes d'action. Il faut bién remarquer cet « ensuite », Ëxeta, par où Paul entend bien marquer que leur dignité ne vient qu'après celle des premiers. Certains « pneumatiques » de Corinthe purent en être surpris ; le guérisseur ou le glossolale après le catéchiste! Les Guvduets, ce sont les prodiges et les miracles; nous ne savons pas s’il s'en produisait à Corinthe en grande quantité, la teneur générale de IÉ’pître ne le ferait pas croire; exceptons cependant les « dons de. guérison », que l'Apôtre ne présente pas comme des « œuvres de puissance », ou qui ne viennent du moins qu'en seconde ligne, après les « Guvauers » plus rares et plus visiblement prodigieuses; car toute la littérature chrétienne montre que, à cette époque bénie ct pleine d'enthousiasme, Dieu multipliait partout pour les siens ce genre de grâces, qu'il s'agit des guérisons proprement dites de maladies, ou bien d’exorcismes.
Cn. x, 97. Or vous êtes, vous, le corps du Christ, et ses membres. pour votre part. 28. Et Dieu à placé les uns dans l’Église : premièrement comme apôtres, deuxièmement comme prophètes, trorsièmement comme instructeurs; ensuite [viennent] les œuvres de puissance, ensuite les charismes de guérisons, les formes d’assistance, de gouvernement, les genres de langues.
Les œuvres d'assistance (avrifbe) et de gouvernement (zvfepvdoeu) revenaient sans doute respectivement aux dignitaires qui furent nommés plus tard « diacres » et « prêtres », ou Gtéxovor eb ériororot (Lietsmann, Gutjahr, al). Les « zuBeovioets » sont les soins d'administration et de commandement des communautés locales, confiés sans doute à des « épiscopes » et « presbytres » (Rob.-PL.); il fallait bien aussi, comme nous l'avons vu, (malgré Rob.-P1.) qu'il y et des « officiants » attitrés pour l'Eucharistie, sans parler de l'administration d'autres sacrements.
Paul place la mention de ces directeurs locaux après les didascales et ceux qui ont le don des miracles; mais il est évident que cc sont les fonctions seules qui sont classées, ct que rien n'empêche que les dernicrs nommés (surtout s'il y avait déjà des ériozonot) aient pu, par exemple, être « instructeurs », où même « prophètes » en même temps qu'administrateurs ou officiants dans la liturgie; quant aux
29. Mn mévres dmoorohot; ph mévres rpopÿrar; mn mavres Gdouahot; rh Tévrec Suvéueus ; 30. uh RATES xaplopara Éyouov lapétuy; ph mévrés Y\dosais Aa \oBoL ; MN TAvrec depameboud ;.
31a. *Znhoïre dÈ Ta yapiouara Ta meltova.…
« apôtres. », ils avaient évidemment tous les pouvoirs, et plus de « dons » que les autres.
À la fin, tout à la fin, vient la « glossolalie », avec le don subsidiaire d'interprétation de la glossolalie. Il semble que ces deux charismes auraïent pu se rattacher aux fonctions de l'enseignement, c'est-à-dire aux toutes premières (voir comm. de xiv). Mais saint Paul savait ce qu'il faisait en les réléguant tout au bout, même après les œuvres d'administration. | A. 29-31a. xpelosova pour peftova D, E, F, G, K, L, al., pule., arm. Chrysostome le préfère. — Cnloïre pourrait être un indicatif ou un impératif; le commentaire décidera.
B. 29-81 a. Ce chapelet de questions revient à déclarer aux Corinthiens que tout le monde, dans l’œuvre de l'Évangile, n’a pas les grâces requises pour tout faire, ni pour faire des guérisons, ni même pour « parler en langues » ou interpréter la glossolalie. Il faut noter qu'il n’est question cette fois ni de l'assistance, ni de l'administration; ces fonctions, qui entraînaient le don de soi-même au bien commun, étaient sans doute moins ambitionnées. Puis, elles avaient moins de . prestige surnaturel. |
La dernière phrase, qui fait la première moitié du v. 31, est d'une interprétation moins aisée. Si l’on prend £nkoëte pour un indicatif, elle pourrait déjà avoir plusieurs sens, Ou bien ce ne serait qu'un dernier trait complétant la leçon latente sous les questions qui précèdent : « [N'importe qui ne peut posséder n'importe quel don]; cependant vous cherchez tous, dans votre vanité, à posséder les dons les plus hauts, les plus reluisants ». Mieux encore, cette phrase ne serait pas à séparer de la seconde du même verset, et nous l’entendrions ainsi : « Vous enviez les dons les plus élevés; [eh bien, je vais vous montrer une voie qui est encore au-dessus de tous les charismes] ». Maïs il est plus probable, — ce qui est aussi plus frappant, — que Enhodte, « aemulamini » est un impératif (Æstius, Bisping, Bachmann, Gutjahr, al., la plupart). Alors en voici la signification : « [ Vous avez tous envie de posséder des charismes; j'entre dans vos désirs; mais, je vous le conseille], efforcez-vous du moins (5é) de posséder les meilleurs ». Et, en ce cas, ces charismes les plus grands, ce pourrait être la « prophétie » par rapport à la glossolalie (d'après x1v, 1, infra). mais yéptoue peut signifier en général tous les dons de la grâce; ce ne serait donc plutôt aucune « gratia gratis data », ni mission spéciale dans l'Église, mais tout simplement, en mettant en relation 31b avec 314, « la voie qui dépasse toutes les autres », la charité qui va être chantée au chapitre suivant, ce don de grâce absolument indispensable à tous, cet « unique nécessaire » que tous ces rivaux en spiritualité semblent négliger dans leurs disputes. Il y aurait une ironie mordante, mais qui serait bien dans le ton du verset x11, 3 (supra), où Paul a parlé de la simple confession de foi, cet acte initial et rudimentaire de la vie chrétienne, comme d’une manifestation de l'Esprit qui est sûrement authentique, lorsque tant d’autres ne le sont pas.
29. Est-ce que tous sont apôtres? est-ce que tous sont prophètes? est-ce que tous sont instructeurs ? est-ce que tous [font] des œuvres de puissance? 80. Est-ce que tous possèdent des charismes de guérisons? est-ce que tous sont glossolales? est-ce que tous interprètent?
31a. Ambitionnez du moins les dons de grâce les plus grands.