EXC. XIII. — CHARISMES ET FONCTIONS PUBLIQUES DANS L'ÉGLISE PRIMITIVE
Nous trouvons dans les Épîtres de saint Paul quatre listes qui se ressemblent de grâces ou de fonctions rapportées à la vie publique de l'Église. Ce sont d’abord les deux que nous venons d'étudier, puis deux passages postérieurs, Rom. xu, 6-8 et Eph. 1v, 11.
Dans l'Épitre aux Romains, après avoir rappelé (v. 4) la figure du corps et des membres, l’Apôtre énumère sept fonctions diverses auxquelles il donne le nom de « charismes », et qui sont différenciées d'après la « grâce » accordée à chacun : éyovres ôè Lolouare xara Thv yépiv Thv Gobeiouv fiv dépopa (6 a). Ces charismes sont : 1. la prophétie; 2. la diaconie, ou ministère ; 3. le don d’ensetgner (6 Giüaoxwv, GiBacxaltæ, cfr. Ldoxxhos de [ Cor. x1r, 28); 4. celui d'exhorter (6 -xapaxahüv, mapdxAnoic) ; 5. celui de donner ou de distribuer des parts (6: peraôtdoûe); 6. celui de présider (6 rpoïoréuevos) ; 7. d'exercer la miséricorde (8 ëksüv). Il est recommandé aux dépositaires de ces dons ou de ces fonctions de rester chacun dans son office {le « ministre » dans le « ministère », l'instructeur dansla « didascalie », « celui qui exhorte dans l’exhortation »), ou de le remplir de la façon qui convient (le « prophète » en se conlormant à la foi commune, xavk vhv ävaloyiav rc misteux, le « distributeur » en « simplicité » ou désintéressement, etc.). (Voir le comm. du P. Lagrange, ad loc.).
La liste de l'Épitre aux Éphésiens est plus courte, et paraît cependant plus compréhensive. Après le beau passage sur l'unité de corps, d'espérance, de foi, de baptême, de filiation, rapportée aux trois Personnes divines (1v, 3-6), saint Paul parle encore de la distinction des grdces (ici à xépte, et non {apiouora) qui se fait proportionnellement à la donation du Christ (v-7). En effet, par son incarnation et son entrée dans la gloire, le Christ a rempli la terre comme les cieux de sa présence et de son action (8-9). « Et lui-même a donné [à l'Église] ceux-ci comme apôtres, ceux-là comme prophètes, ceux-là comme évangélistes, ceux-là comme pasteurs et didascales (robs dË momévas xal Sidæsxähouc), pour la coadaptation des saints à l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps du Christ, etc. » (11-12).
Il semble donc bien que ces quatre listes, toujours a amenées dans le texte avec la même intention immédiate (décrire l’organisation du « corps du Christ »), ne soient que des variantes plus ou moins complètes, plus ou moins partielles, d'une même donnée. Remarquons que tout ce qui est appelé « charismes » expressément dans Rom., et (au moins implicitement) dans I Cor., est nommé Xäpts, « grâce » dans Eph.; ; etencore ceci, que, dans toutes les listes (sauf peutêtre le première, [ Cor. xu, 8-10), l'Apôtre juxtapose à des dons extraordinaires et transitoires (« gratiae gratis dalae ») d'autres qui paraissent ne se rapporter qu'à des vocations surnaturelles sans doute, mais ordinaires et permanentes,
ce que nous appelons des « grâces d'état » (instruction, assistance, présidence, etc., peut-être « hterprétation des larigues »).
Ce n’est pas chose très aisée que de bien identifiér tous ces « dons de grâce », ni de les distinguer les uns des autres. Plusieurs paraissent se confondre, ou n'être que des subdivisions d'un autre nommé ailleurs, ou du moins devoir se réunir dans le même sujet. On peut voir particulièrement Prat « Théol. de s. Paul », r, note x.
Mettons d’abord à part les Apôtres, nommés deux fois {E Cor. xir, 28 et Ep.) ; nous avons expliqué ce qu'ils sont; eux, ils devaient posséder en grande abondance les charismes, surtout ceux d'enseignement et de prodiges, qui se retrouvaient. à l'état épars chez d’autres; le: « discours de sagesse », et, quand il le fallait, « de seience », la « prophétie », les « miracles », les fonctions de présider et de gouverner, leur revenaient d’une façon éminente. Après eux viennent les prophètes, nommés partout, maïs à un rang variable; la Didachè (xx) paraît les identifier aux « apôtres » itinérants, nrais l'assimilation n’est peut-être pas complète, car en cet ouvrage, être « prophète » semble désigner un don d'inspiration qui pouvait se trouver en plusieurs catégories detravaïlleurs évangéliques, sans: être. joint à une fonction déterminée. Il semble en être autrement chez Paul, qui nomme les prophètes chrétiens à côté des apôtres, FE Cor. xu, 28, ainsi que Æph. 1, 5, et (peut-être) 11, 20, et une fois (E Cor. xxx, 10) la « prophétie » à un rang secondaire. (Les Actes les mentionnent tantôt seuls, xr, 27, xv, 32, xxr, 10, et une fois associés aux « didascales », ximx, 1; l’Apocalypse, ch. x et suivants, est remplie de leur mention). La notion générique paraît n'être pas autre que celle de « prédicateurs inspirés » (Praë, al; cfr. énfra, ch. xiv, et xur, 2); mais nous croïrions qu'il y avait divers degrés dans le don de « prophétie »; ceux qui n'en possédaient que le minimam pouvaient être comptés parmi les moins doués des « pneurhatiques » (1 Cor. x, 10}, et c'est d'eux spécialement que Paul s’occupera au ch. x1v, à côté des « glossolales », tandis que certains grands « prophètes », possédant le « discours de sagesse », capables à la fois de scruter « tous les mystères » et d’éclaircir «toute La gnose » (T Cor. xurr, 2, v. infra) méritaient d'être placés immédiatement au-dessous des « apôtres », dont ils étaient les plus puissants collaborateurs locaux (E Cor. xrr, 28; Rom.; Eph.). — ‘Frois fois sont nommés les « didascales », ow instructeurs, où docteurs (E Cor. xn, 28, Rom., Eph.). lei nulle difficulté : : ce: sont des chrétiens. d'instruction supérieure que l'Église chargeait de préparer les catéchumènes au baptême puis de les entretenir dans la connaissance de la doctrine; on pourraït les appeler des « catéchistes ». Le « discours de science » devait être pour eux le don le plus enviable, et qui vivifiait le plus teur fonction, à laquelle il était du reste proportionné.
Cette triade : Apôtres — Prophètes — Didascales, devait constituer comme l'armature de l'« Église enseignante ». Surles rapports — qui ne sont que possé= bles,. à notre avis, — des trois noms avec des institutions du Judaïsme contemporain, on peut lire Harnack, « Miss. w. Ausbr. », pp. 340-346. IL est clair qu'on ne pouvait s'improviser « apôtre », ou « prophète » au sens le plus élevé, sans quelque désignation spéciale du Saint-Esprit, sans la possession reconnue d'un « charisme » au sens strict, lequel ne pouvait guère être accordé qu'à ceux-là qui avaient atteint une certaine hauteur de sainteté personnelle; voir Act. x,
2-3, le choix inspiré de Saul et de Barnabé comme missionnaires chez les Gentils parmi les « prophètes et didascales » de l'église d'Antioche. Quant à la fonction de « didascale », elle pouvait être postulée par ceux-là qui se croyaient capables de la remplir, à en juger par le conseil de Jac. rx, 4 : pen moïhot Gidoxxlor yiveoûs ; leur choix se faisait donc suivant un mode humain. [l pouvait leur suffire, en soi, d’un « charisme » au sens large, les « grâces d'état ». .
Restent, dans la même catégorie, les « évangélistes », nommés une fois
seulement (£ph.). Ailleurs, le même mot ne se retrouve que Act, xxi, 8 et Il Tim 1v, 5, à propos du diacre Philippe et de Timothée, respectivement. Or, ces deux personnages méritaient certainement le glorieux qualificatif d’ « apôtres », au sens indiqué ci-dessus; s’ils sont appelés là « évangélistes », c'est qu'ils sont désignés par une de leurs fonctions, la principale, celle de prédicateurs de l'Évangile. Là où (comme Æph.) les « évangélistes » sont distingués des « apôtres », et même placés au-dessous des « prophètes », ce doivent être des missionnaires auxiliaires, qui ne posséderaient pas les charismes de la parole d’une manière aussi éclatante que les « apôtres » ou les grands « prophètes .». La chose reste obscure. . La catégorie qui vient en second lieu dans l'ordre de dignité surnaturelle. est celle des dons d'action extérieure, mais d'action extraordinaire, tels que le pouvoir d'opérer des miracles ou des prodiges (duvémeis, deux fois, seulement T1 Cor.), de faire des guérisons (deux fois, #bid.), sans doute par la prière ou l'imposition des mains, y compris les exorcismes; puis celui qui les domine et les inspire, l'intensité de confiance en Dieu que l'Esprit donne momentanément (rioui) pour tenter une œuvre très difficile, jusqu'à la guérison surnaturelle ou le miracle (une fois, [ Cor. xx, 9}. La possession de pareils charismes ne constituait sans doute pas une classe déterminée dans les communautés. Les grands « pneumatiques » comme les « apôtres » les avaient sûrement à un degré éminent, et d'autres, des didascales, même de simples chrétiens, servaient sans doute à l’occasion d'instruments divins en ce genre d'œuvres surnaturelles. Il est possible que quelques-uns n'aient été connus comme « pneumatiques » qu'à ce titre-là ; saint Paul les place au-dessous de ceux qui enseignent.
Une troisième classe comprend les membres du « corps du Christ » qui n'auraient pas eu besoin de « charisme » extraordinaire poûr remplir des fonctions qui pouvaient être les plus indispensables dans les églises une fois constituées, mais qui s’exerçaient d'après une vocation régulière, un choix ou une consécration officielle, ou par l'usage surnaturalisé de qualités naturelles. On pourrait déjà y ranger les « didascales » (supra); mais saint Paul a voulu mettre ceux-ci à l'honneur, au voisinage des apôtres et des prophètes, en deux passages (I Cor. x, 28 et Rom.). Dans Eph., il est vrai, il ne les nomme que les derniers, après. les pasteurs (rouévec). Qui sont ces « pasteurs »? Nommés une seule fois, ils paraissent confondre leurs fonctions avec celles des didascales (robe SE noruévas xx GiBaoxdouc). Ne faut-il pas y voir tout simplement les rudiments d'un « clergé » local, chargé tantôt et en partie d'une mission d'enseignement catéchétique (à côté d’autres « instructeurs » qui pouvaient ne pas faire partie de ce « clergé »), tantôt des œuvres d'assistance (Btaxovia de Rom., ainsi que distribution des aumônes, uerañdoûs, exercice de la miséricorde en général, ékeév), fonctions qu'ils pouvaient d’ailleurs partager avec d'autres fidèles?
Ce sont eux qui devaient être plus tard appelés (s'ils ne l’étaient déjà) « épiscopes et diacres » (Phil. x, 4), et de plus « presbytres » (Acé. xiv, 23. I Tim. et Tit.) et qui furent, avant la fin du 1° siècle, partiellement peut-être dès l'âge apostolique, rangés sous l’épiscopat monarchique. Ils formaient au moins deux classes, dès le temps de Phil., les « épiscopes (presbytres) » et les « diacres », les premiers plutôt occupés au culte, les seconds aux œuvres d'administration et de charité. Les pouvoirs leur étaient conférés par l'imposition des mains des apôtres ou du « presbyterium » (Act. viur, 44, Î Tém. 1v, 14; IL T'm. x, 6, peut-être Acé. xux, 3, cfr. Heb. vi, 2, émiôeor rüv yeroûiv) ; parfois il y avait un vote à mains levées (Act. x1v, 23, yetporovñonvrec.… mp:66urépous). Leur emploi devait en faire les sujets prédestinés de certains charismes, tels que le « discernement des esprits » Guapéoets Tôiv nveupéruv (L Cor. xi1, 10); car c'étaient eux certainement qui, à défaut de personnages plus notables, et possédant éminemment les mêmes pouvoirs, comme les Apôtres surtout, présidaient (mpoïstauevos, une fois, Rom. cfr. I Thess. v, 12) les assemblées, où il fallait juger l'inspiration des « prophètes », des « glossolales » {voir ch. xrv; cfr. I Thess. v, 19-21). Un autre charisme qui, sans leur être propre devait leur être particulièrement utile, était celui de savoir exhorter, consoler (rapéxinow, une fois Rom. cfr. I Thess. v, 14), Enfin, les dons d'assistance (dvrekbsu, T Cor. x1r, 28) et de gouvernement (xu6eoviouic, ibid.) étaient tout spécialement appropriés à l'office des diacres et des « surveillants », ou épiscopes (— presbytres). Il y a toute raison de voir dans ces « présidents » (rpoïsrauevor) des assemblées les mêmes que les « presbytres dirigeants » ..… mposorüres mpecürepat) de [ Tim. v, 17, et (avec aussi les diacres) les fyoügavor (guides, directeurs) de l'Ép. aux Hébreux, xur, 7, 17, 24, peut-être Act. xv, 22. Aussi verrions-nous dans ce don de « présidence » {cfr. Lagrange, Comm. de V'Ép. aux Romains, sur xn1, 8), qui doit être accompagné de zèle et d'empressement (Ëv oxoudÿ), celui des préposés qui non seulement administrent des aumônes, mais aussi qui président aux assemblées de paroles {ch. xiv) et aux assemblées du culte, au « banquet du Seigneur », et par conséquent consacrent et distribuent le pain et le vin (voir ch. xr, supra). Et qui, sinon ces préposés, aurait pu trancher avec une autorité suffisante les litiges entre chrétiens (v, 13; vr), ou présider l'assemblée qui devait promulguer la condamnation de l'incestueux (v, 2-5)?
En tout dernier lieu viennent les glossolales (deux fois, [ Cor. xx) et ceux qui interprètent leurs paroles (une fois, cbid., v. 10). Pourquoi Paul leur a réservé cette place — quand il aurait pu, par exemple, les metire près des « instructeurs », ou des « prophètes », — nous le comprendrons en commentant le chap. xiv. Si les « interprètes » ne se contentaient pas d'expliquer l'intention des glossolales, mais qu’ils savaient aussi les critiquer par « discernement des esprits », ils auraient pu être placés plus haut. Quant aux « prophètes », si, dans la première liste, ils n'occupent que le sixième rang, après les charismes d'action, c'est probablement parce que Paul ne pense alors qu'aux « prophètes » de Corinthe, qui semblent, quand on voit la règlementation que l’'Apôtre dut leur imposer, n'avoir possédé le charisme de « prophétie » qu'au sens le plus réduit (v. ënfra, xiv, 29 ss., 37).
Ce chapitre et ses parallèles nous présentent donc, sous le nom commun de « charismes »-ou de « grâces », une double série d'actes surnaturels : les uns
extraordinaires, transitoires, et les autres présupposant des fonctions permanentes, qui ne nécessitent pas de manifestation extraordinaire de l'Esprit, mais des grâces d'état. lis ont de commun dans les deux séries d'être tous ordonnés, non directement au bien spirituel de leur sujet, mais à celui de la communauté, de l'Église. D'un côté, autrement dit, au-dessous des apôtres nous avons les « spirituels » et de l’autre la hiérarchie. Sans doute beaucoup de membres de la hiérarchie étaient-ils susceptibles de posséder les charismes extraordinaires, à. cette époque-là surtout, et ce devait être de préférence parmi les « pneumatiques » que les Apôtres et l’église choisissaient les dirigeants. Pourtant les deux catégories étaient distinctes de droit, et l'on sait que cette distinction n'a pas été sans soulever plus tard quelques problèmes; déjà la Didachè nous montre que la hiérarchie avait à surveiller les « apôtres » et les « prophètes », ou des prédicateurs soi-disant tels (Did. x1); elle montre d’autre part que les « prophètes » pouvaient prolonger autant qu'ils le voulaient l'action de grâce eucharistique (x, 7), c'est donc probablement qu'ils pouvaient aussi, à l'occasion, présider la cérémonie, et être évêques, également diacres, puisque ces dignitaires « remplissent aussi le ministère Àcevoupyobor... Aseroupytav) des prophètes et des didascales » (Did. xv, 1). Il pouvait en être ainsi, au temps de saint Paul, — au moins certainement pour l'office de « didascales » — pour les dirigeants élus par l’église ou nommés par l'Apôtre. Stéphanas, Fortunatus et Achaïcus étaient certainement chargés de ministères réguliers ([ Cor. xvi, 15-18), et, comme c'étaient des parfaits, très estimés de Paul, nous avons bien lieu de croire qu'ils étaient distingués aussi parmi les possesseurs de « Charismes » Mais cela ne change pas le caractère des énumérations de ce chapitre : Paul mêle à dessein les fonctions spirituelles qui n’exigcaient pas de charisme extraordinaire avec les « charismes » les plus impressionnants par leur caractère surnaturel, — en plaçant en dernier lieu ceux qui, d'après le ch. xrv, étaient les plus estimés à Corinthe, — pour bien montrer à ses lecteurs que les « pneumatiques » à manifestations extérieures ne sont pas d'une espèce supérieure au commun des bons chrétiens, qui servent l'église d’une façon ordinaire, selon un mode humain.
Notre chapitre x, par le fait, prélude, non seulement à à l'ecclésiologie théologique des épîtres de la captivité, mais à l’ecclésiologie morale et pratique des Pastorales.
Dans nos conclusions il reste certes une part de conjecture; ce sont elles cependant qui tiennent, croyons-nous, le plus de compte des exigences et des suggestions du texte sacré.
[Voir comment. de Connezy, RoserTson-PLummer, Gursaur, al — M. J. Lacnance, Saint Paul, Épitre aux Romains, 1916; — F. Pnar, La Théologie de saint Paul, Première Partie, note H; — À. Launenr, Les Pères apostoliques, I, Doctrine des Apôtres, Épitre de Barnabé, 1907; — A. von Hanvack, Die Mission und Ausbreitung des Christentums, k Auf. 1924, pp. 340-377; — P. Barrrroz, L’ Église naissante el la catholicisme, ch. [, ux, ch. Il, 11. — Ete.].
B. La charité, nécessaire à toute vie chrétienne, est au-dessus de tous les dons extérieurs, et la première des vertus {xir, 31b-xm1).
Ixrropucriox. L'exposé de « gnose », qui se poursuivait sur un ton rassis et parfois ironique, s'interrompt tout à coup; Paul se trouve saisi lui-même par l'Esprit dont il parle, et son âme s'épanche en une sorte de poème, d'hymne, de psaume, qui est le meilleur exemple qu'il nous ait donné pour comprendre la nature du 1dyos oopiæs, le « discours de sagesse ». C'est la plus belle page de l'œuvre apostolique, avec Rom, vit, 31- suivants. ;
L'objet qu'il chante est la charité, éyénn. Nous voici au point culminant de l'Épitre
où toute question, nous l'avons déjà assez dit, est ramenée à celle de l'union à Dieu et au Christ, c'est-à-dire à l'amour mutuel qui, descendant de la Divinité, la relie à ses créatures rachetées. Bien qu'il soit surtout question en ce passage de l'attitude à l'égard du prochain, il n'est pas douteux que la « charité » dont il s'agit soit l'amour de Dieu d'où l'amour du prochain découle, et dont il est le signe, comme dira saint Jean. Tous les commentateurs orthodoxes tiennent cela pour évident, et Bachmann {comm. p. 410, note) s'élève à bon droit contre le moralisme plat et incolore et la pure philanthropie que certains « activistes », à côté desquels l'on regrette de compter Harnack, voudraient voir enseignés dans ce chapitre comme l'essence de la religion. Paul, qui a écrit le mot àyénry soixante-quinze fois, dont neuf en cette Lettre, sans parler du verbe dyandw, très fréquent aussi dans son œuvre, le précise formellement neuf fois (Rom., II Cor., Eph., II Thess.)\ comme « l'amour de Dieu » ou « du Christ », et, si ces génitifs sont ordinairement subjectifs, c’est-à-dire expriment l'amour qui est en Dieu ou dans le Christ, ils ont une valeur objective correspondante, car « l'amour de Dieu a été répandu en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Rom. v, 5). En cette même épitre, VIII, 3, (v. ad loc.), à propos des idolothytes, et avant d'en appeler de la « liberté » à l'amiour du prochain, saint Paul a commencé par écrire : « Si quelqu'un aime Dieu, et Ô€ ris &yan& roy 0edv », pour bien faire voir quel principe commande toute la question; d'ailleurs, la raison de l'amour commandé aux hommes les uns pour les autres, c'est toujours que le Fils de Dieu les a aimés Jusqu'à mourir pour eux tous, et qu'ils doivent aimer leurs frères s'ils aiment ce Dieu qui les a tous aimés d'une ielle manière. Comprendre autre chose, c'est ignorer Paul radicalement. D'ailleurs, dans le présent chapitre, la charité est associée à la foi et à l'espérance, vertus qui ont bien Dieu pour objet, (Voir notre Exec. vit sur dyanr.)
L'importance dogmatique de ce chapitre XIII est immense, car il ne traite pas seutement de la charité, essence de la vie chrétienne, mais des autres vertus théologales et de la vision béatifique. L'importance historique et apologétique n'en est pas moindre, puisque nous y voyons la position de principe prise par l'Apôtre en face de la contemplation hellénistique ou gnostique. 11 fire « ex professo », après les chapitres initiaux sur la vraie « Sagesse » — qui y était déjà donnée implicitement comme fruit de l'unique charité (voir à III, 1-3) — la caractéristique des « parfaits », des adultes dans le Christ, des vrais « pneumatiques », comparés aux vyriot aux adexvo qui se passionnent puérilement pour des dons extérieurs, secondaires et transitoires, relatifs à une connaissance essentiellement parfaite de Dieu et des
choses divines.
La valeur littéraire de cette page a ravi tous les exégètes qui Gnt le s sens du beau.
Un commentateur anglais du XIX° siècle, Stanley, (cité par R.-Ph,), s'exprime ainsi : « Comme le secrétaire de l’Apôtre a dû alors s'arrêter pour lever les yeux sur la face
ÉPITRE AUX CORINTHIENS, XI, 31P-x111. 341
* de son maître, au soudain changement de style dans la dictée, et la voir devenue comme la face d’un ange, à cette vision de perfection divine qui passait devant Lui!» On a dit que c'était « le Cantique des Cantiques » de l'amour chrétien; un magnifique exemplaire de « discours de sagesse », ou de « prophétie », bien plus en tout cas qu'une « glossolalie interprétée », car tout y est bien de Paul en personne, de son roÿs comme de son nveüue. L'énergie et l'enthousiasme y sont imbus de sérénité, et le ton, dans son ardeur, demeure parfaitement rationnel.
L'idée essentielle est que sans la charité, qui seule mène à la perfection et puisse subsister toujours, tout le reste est inutile, et que, par conséquent, elle est nécessaire à tous, à la différence des « charismes » convoités qui sont pour eux, en somme, caractéristiques de l'état d'enfance et de transition. Ils ne font pas voir Dieu, la charité ést seule capable de nous élever jusque-là. Et voici la division, reconnue de tout le monde.
Trois « strophes », si l’on veut parler ainsi :
1-3. Comparaison de la charité avec les charismes et les actes de vertu extérieurs; sa transcendance, son absolue nécessité ;
4-7. ses glorieuses caractéristiques, qui se révèlent surtout dans les rapports avec le prochain;
8-13, sa valeur absolue de perfection, et son éternelle durée.
Le ion lyrique est soutenu, mais ce ne sont que des « siôphes » très approximatives, car la longueur en est très diverse, ainsi que celle des « lis gnes » selon lesquelles bien des commentateurs divisent le morceau. La symétrie des idées et des mots est indiscutable, mais ne paraît pas régie par des procédés techniques, ni de prosodie ni de « style oral ». Il n'y en a pas besoin pour expliquer ce style; des prosateurs, a-t-on remarqué, comme Rousseau, Chateaubriand, s'élèvent subitement et spontanément aux formes les plus rythmiques quand ils sont le plus fortement émus; il en est ainsi dans tous les temps et toutes les langues, et il faut se souvenir que Paul appartenait à une race orientale bien douée pour “les improvisations de ce genre et habituée au parallélisme des. psaumes. Il a pu n'être pas très conscient lui-même de Son changement de style, ou du moins ne pas le calculer. car nous ne croirons pas avec J. Weiss qu'il aë composé cet « hymne » avant l'Épitre, attendant une occasion de le placer; les allusions au sujet fondamental de XII-XIV, et à la situation morale très précise de Corinthe, nous paraissent s'opposer à cette opinion.
C'est que J, Weiss y voit une « digression », et prétend trouver des traces de
suture artificielle avec le reste du morceau; nous verrons qu'il n'en est rien. Une digression? Oui, dans la forme littéraire, mais qui fait le cœur même du sujet traité avant et après, comme la « digression » sur la liberté au ch. IX, ou sur la Dernière Cène au milieu du ch. XI. Elle n'est due qu'au coup d'aile de l'inspiration. Ce distingué exégète n'u pas bien compris les procédés instinctifs, et la psychologie de l'Apôtre, D'autres erreurs n'ont point pour elle cette circonstance atténuante d'être encore intelligentes : ainsi celle de Loisy, qui doutcrait que le ch. XIIT soit de Paul et le croirait introduit pour corriger l'importance donnée aux « charismes »; et encore moins celle de Delafosse, quand il découvre que ce beau morceau si spontané est inspiré de Clément et fabriqué par un catholique qui croyait à « l'Esprit » comme les montanistes, mais conserpait des tendances raisonnables. Ces auteurs feraient mieux de ne pas se méler de la psychologie de saint Paul.
On peut d’ailleurs comparer, avec Gutjahr, mais sans prétendre plus que lui l'égaler, le ch. XLIX de Clem. Rom., qui est d'ailleurs visiblement inspiré de notre passage; et le très beau ch. 5 du Livre LIT de l'Imitation de Jésus-Christ.
342 ÉPITRE AUX CORINTHIENS, XII, 31P-x111, 1-13.
[Cm. x17, 31a. Zmhoëre DE à yapiouara rù pellova] 31 D. voi “Er “rap Bnepbonhv éDov butv Séfxvuue. | Gn. x, 1. "Eüv raïs YAüooaçs rüv àvbpurwv had at Tüv &YYÉAUV, dyér nv dÈ ph Éyw, yéyova yahrds YySY à xÔUÉEROY GAahator. 2. Kaï éav Éyw mecparelz
# a k- = A ; ai eldo Ta puorhpux ravira nai rücav Thv “yvüoiv, Kat ÉGv Éyuw macay Thv Tor
À. XII 31 b. Ka manque dans plusieurs témoins, et D‘ a écrit st s pour Et; Klostermann l'interprète ainsi : « Et si [vous ambitionnez, {nloïte de 31 a] quelque chose d’incomparable, je vous [en] montre le chemin » (voir Bachmann, J. Weiss);
cette variante est trop peu attestée, et l’ellipse est trop forte. — Kaë” ôxepfokwy : Chrys : vrouréorty bnepéyouaav, « c'est-à-dire qui est plus élevée ». — üetxvuw, présent à
sens de futur tmmédiat, ou bien présent « de conatu ».
B. 31 b. Il ne faut pas chercher, comme J. Weiss, à couper le lien de cette phrase avec ce qui précède. Paul a dit : « Si vous êtes férus de charismes, vous devez du moins rivaliser pour la possession des meilleurs; — eh bien, je veux vous y aider en vous montrant une voie (vers la perfection, le pneumatisme) qui est audessus de toute autre ». Il va leur parler de la charité, qui peut bien dans un sens s'appeler un « charisme », puisqu'elle est aussi un don de grâce; mais elle est intérieure, et ne se prête pas comme les dons dont il a été parlé à l'ambition et à l'ostentation. Pourtant elle dépasse tout le reste, elle est seule la reudrns (Lietsmann), « le lien de la perfection », sévdeouos rüc TAhe6TNTOS, Col. ur, 14, l'achèvement de ces té que les Corinthiens voudraient être, mais qu'ils ne sont pas, malgré tous leurs charismes, car ils négligent la charité (voir les premiers chapitres). L'Apôtre use d'une bonne et saine ironie, en feignant d’exciter leur curiosité et leur ambition « pneumatique », pour ne leur dire que ce qu'ils devraient tous savoir, et ne leur offrir que ce qu'ils devraient tous posséder, même les plus humbles, et dont ils ne comprennent pas le prix. — Est-ce que ce lien si évident avec le sujet général paraît trop subtil à J. Weiss, pour qu'il veuille joindre XIII à VIII (parce qu'il est question de charité dans les deux; maïs il en est question, en réalité, partout!), comme des parties de la « Deuxième Lettre » à laquelle il doute qu'appartiennent XII et XIV? ou que peut-être un rédacteur aurait inséré ici un morceau composé par Paul indépendamment de la lettre? ou autres hypothèses toutes moins naturelles que cet ordre de tous les manuscrits ?
A. XIII, À dlakéGew, mot classique depuis Pindare pour les cris de guerre et les bruits d'instruments, se trouve aussi LXX; et Marc v, 38, pour lamentations funéraires,
B. XII, 1. Ici commence la première « strophe » (1- 3). Au lieu de donner une explication didactique, de « gnose » ou science, Paul entonne une sorte d'hymne, qui devra beaucoup surprendre et frapper les Corinthiens. D'abord il exalte la transcendance de cette « voie qui les dépasse toutes » en face des charismes qu'il nomme en ordre ascendant : glossolalie— prophétie — prodiges — œuvres de dévoucment extérieur; et il en proclame la nécessité, en dictant le grand nom : « Charité », Tous les dons de Dieu ne garantissent rien, si elle n'est pas. L'esprit est le même que celui de x, 1-13, où l’Apôtre a montré l’inutilité qu'avaient eue pour les Hébreux, par leur faute, les plus hautes faveurs que Dieu leur conféra à la sortie d'Égypte.
Il commence par « les langues des hommes et des anges », c’est-à-dire la « glossolalie » (v. ch. xiv), parce que c'était le don le plus convoité à Corinthe, et, en somme, le moindre de tous. « Langues des Anges », ce doit être une expression rhétorique, pour dire le langage le plus sublime dont on puisse rêver (s. Thomas, ctc.; Gutjahr, etc). 11 est très invraisemblable que Paul fui ait donné
ÉPITRE AUX CORINTHIENS, x, 31?-x1rr, 1-2. | 343
[Cx. x, 31a Ambitionnez du moins les dons de grâce les plus grands;] 31b. Et je veux encore vous montrer une voie qui les dépasse toutes.
Cu. xur, 4. Supposé que je parle Les langues des hommes, et [celles] des anges, maïs que je ne possède pas la charité, je suis passé à l’état d’airain sonnant ou de cymbale retentissante, 2. Et supposé que je possède la prophétie, et que je connaisse les mystères, tous, et toute la gnose, et supposé que je possède toute La foi, de manière à transporter des montagnes, mais que je ne possède pas la charité, je ne suis rien.
un sens plus précis, et se soit préoccupé des spéculations rabbiniques ou païennes sur cette matière (4); il veut seulement englober dans le même jugement toutes les glossolalies, même en leurs formes les plus spirituelles (Bachmann).
Si céleste que soit votre langue, dès lors que vous n'avez pas la charité, vous n'êtes plus, selon l’Apôtre, qu'une chose qui fait du bruit. Transcrivons ces mots dans nos caractères, avec la prononciation probable d'alors : ghegona khalkos ékhôn kè kymbalonn alaladzonn; ne croirait-on pas entendre les gongs et les cymbales évoqués? Ces instruments font du tapage, mais ne donnent pas de mélodie; Paul semble viser l'inintelligibilité des « glosses » (voir infra, xiv, 8, &dnhkov uv); de plus, il raille les virtuoses dénués du véritable amour de Dieu, comme s'ils rivalisaient avec le tapage païen des cymbales de Dionysos, de Cybèle, des Corybantes, du tympanon d'Attis, etc., car il avait dû entendre parler de tout cela; Gwdwvatoviyæastiov, à ce que rappellent Rob.-Pl,, désignait proverbialement un discoureur vide. Plût à Dieu qu'il n'y eùt pas trop de rhéteurs religieux à mériter un compliment de ce genre! (Voir comm. de Godet, Rob.-Pl,, J. Weiss, Bachmann, Gutjahr, al.), Bachmann explique très bien la leçon de l'Apôtre : d'abord extase et glossolalie, en soi, si elles ne sont pas jointes à la charité, n'ont pas une origine divine discernable; puis, même si c’est l'Esprit qui les cause chez un homme qui n'a pas l'Esprit dans son cœur, elles ne servent qu'à attirer l'attention des autres, sans lui profiter à lui-même, qui n’est que comme un instrument inanimé.
A 2. Cfr. Mat, vu, 22; — xvu, 20, xx1, 21.
B 2. Nous passons à deux genres plus élevés de charismes : ceux qui étaient destinés à l'instruction la plus haute et la plus intelligible, et ceux qui donnaient les plus hauts pouvoirs d'action. Eux aussi, sans la charité, seraient inutiles au bien propre de ceux qui les possèdent,
On discute sur le nombre et la distinction des dons ici nommés. S'agit-il de quatre charismes : prophétie — science des mystères — gnose — foi? (s. Tomas, Estius, Bisping, Cornely, Rob.-Pl., Bachmann, Gutjahr). Bachmann, qui suppose le verbe ëyw « je possède », répété tacitement devant « toute la gnose », croit toujours, à tort,que « gnose » dit autant que « prophétie » (v. Exc. v et comm. de xu, 8, supra), Rob.-Pl, voient en «tous les mystères » la « sagesse » des Apôtres, en « toute la gnose » la science des didascales, et en « prophétie » le don des « prophètes » du chap, xu. Ce que nous croirions plutôt (après Chrys., Théodoret, Bousset), c'est qu'il
(1) Ceux qui sont curieux de connaitre ces imaginations, peuvent, outre les commentaires de Lietzmann, Bousset, Weiss, lire H. Günrerr, Von der Sprache der Gütter und Geister, 1921; STRAGK-BILLERBECK ad loc., particulièrement sur les « langues des Anges » d'après Jokhanan ben Zakkaï; les Anges en général ne parlent que l'hébreu, excepté Gabriel., etc. L'Ascension d'Isaie comme le Poimandres attribuent des langages différents aux anges ou aux esprits suivant les sphères. Sur le « Testament de Job », voir Exc. xv. Le pire Charabia des Papyrus magiques était censé emprunté à la langue des dieux. Etc.
344 ÉPITRE AUX CORINTHIENS, XII, 31P-x111, 1-13.
dore ëpn peblordvar, érrérnv D ph Éyu, oùbéy eue. 3. Kot Eav ”pupésu réÿra rà Üdnépyovré pou, nai uv mapad 1ù cumé Ho va “xavdhoopar, &ydmny dE oùx Éyuw, obDèy Woshodpou.
k. ‘Ho yérn paxpobvpet, xPnorederar h dydrn, où Emhoï, [ñ ré] où Repnepeberar, cd “puotoëtor, 5. obx Goympovet, où Enret tx Exutis, où mapoËbvetou, où
n'y a que deux charismes, les plus représentatifs, envisagés ici:la« prophétie » (au sens le plus intégral), ou grand charisme de connaissance; et la « foi », xéoruç, ou grand charisme d'action. En effet, la structure naturelle de la phrase, et la forme identique des mentions respectives des « mystères » et de la « gnose » (1à uvor. révra xat räcav Tv yv.), invitent à y voir deux compléments coordonnés du verbe eldw, « je connaisse », immédiatement précédent, {plutôt que de rapporter, comme Bachmann, l'un à Eyw et l'autre à edw trop éloigné, et qu'il faudrait de nouveau sous-entendre. C'est un développement de la « prophétie » à son degré le plus élevé, comme pouvaient le posséder les apôtres et leurs principaux collaborateurs; elle s'appliquait et à la connaissance des mystères (communicable par le « discours de sagesse »), et aux exposés logiques de la ‘foi et de la morale, lumineux et profonds, par le « discours de gnose ».
La « foi », xiotw, est d’un autre ordre. C'est la foi pratique (voir à xu, 9) qui pousse à entreprendre ce qui est grand. « Transporter les montagnes » était un proverbe, pour signifier « faire l'impossible » (voir Strack-Bill.). Maïs, comme cette promesse est attribuée ici à la « foi, » c'est indubitablement un rappel de la parole évangélique, Mat. xviur, 20 et xx1, 24. C’est un signe encore que Paul avait rendu familier aux convertis de Corinthe l’enseignement moral que Jésus donna dans sa vie mortelle, et ne leur avait point prêché seulement sa mort et sa résurrection. —- À. 8. Cfr. Mat. vi, 2. — Sur l'emploi de l'indicatif futur (xav0fooua) après tva, cfr. 1x, 15, 18, Gal. u, &, Phil. u, 11; cette irrégularité est fréquente surtout dans l’Apocalypse; voir notre comm. sur ce livre. et Blass-Deb, $ 369. — Plusieurs ‘témoins ont lu xavynco(w)ua, « afin que je me glorifie » : N, 17, À, B, Orig., copt., got.; c'est une correction de scribes, qui ne s’expliquaient pas pourquoi Paul venait à parler de mort par le feu; à leur texte banal, il faut préférer la leçon xav. qu'ont admise presque toutes les versions et la masse des Pères, et tous les critiques modernes.
B. 8. Saint Paul passe aux c dons, et aux actes de vertus connexes, qui ont, par leur nature, le lien le plus étroit avec la charité, et paraissent procurer le plus de mérite devant Dieu, comme de popularité près des hommes : ceux d'assistance, de bienfaisance, qu'il a nommés ävrebsrs (xu, 28) et qui ont d’autres noms dans l'Épître aux Romains (Toussaint, Rob.-Pl,, Bachm., etc). Ce-sont des dons actifs, comme ceux de la rat, qui ont une apparence très évangélique — et qui, malgré cela, peuvent ne servir à rien, si leurs opérations ne procèdent pas de l'amour de Dieu, mais ne sont dues chez le pneumatique qu'à l'impulsion de la nature ou à la contrainte de l'Esprit, et ne répondent de sa part qu’à un intérêt humain, le désir de se rendre connu ou populaire (cfr. Mat. vi, 2), de satisfaire sa sensibililé naturelle, ‘ou s’il est tout simplement passif dans la circonstance, sans avoir par ailleurs une vie conforme à la charité. Ayant parlé du dévouement extérieur qui consiste à se priver de ses biens pour les autres, Paul envisage même le cas le plus saisissant d'abnégation qui consisterait à donner, non plus ses biens seulement, mais sa vie, soit pour l'avantage de la communauté, soit pour se camper dans l'attitude d'un héros; il a pris pour type la mort la plus cruelle, le supplice du feu. 11 faut certainement comprendre quelque chose de plus grave que ce qu'y a vu Preuschen.
3. Et supposé que je donne par morceaux toute ma propriété, et supposé que je livre mon corps pour être brûlé, mais que je n'’aie pas la charité, je n’[en] ai aucun profil.
__ k. La charité prend patience, la charité est prévenante, elle n’a pas de jalousie, la charité ne manque point de tact, elle ne s’enfle pas, 5. elle n’a pas de mauvais procédés, elle ne cherche pas ce qui lui revient,
le sacrifice de sa liberté, avec la marque au fer rouge des esclaves. Quoique le supplice du feu ne fût pas très usité à cette époque, Paul a pu penser aux Trois Enfants dans Ia fournaise (Dan. II, cfr. 1 Macc, n, 59) ou aux martyrs juifs de la persécution d'Antiochus fWacc. VIT). Il se peut aussi qu'il ait pensé à ces bravades de détachement et d'héroïsme, très admirées des stoïciens comme exemples de force d'âme, qu'on prétait à des gymnosophistes indiens, comme à ce Calanos qui, d'après Cicéron (« Tuse. 2, 2) et Strabon (xv), se brûla devant Alexandre, et à tel autre qui, d'après le même Strabon, et Nicolas de Damas, l'aurait imité en pleine Athènes sous le règne d'Auguste (voir J, Weiss), comme devait le faire le « Proteus Peregrinus » de Lucien. -
Si des sacrifices, même héroïques, faits à l'occasion pour la communauté, peuvent n'être pas reçus de Dieu, malgré le profit qu'en tirent les hommes, c'est donc que la « charité » n'a pas seulement pour objet les hommes (v. Inr.), mais d'abord Dieu, et qu’elle dépasse les plus hauts actes de bienfaisance.
Remarquons encore que Paul parle i ici de ses « propriétés », lui qui n'avait rien!
Cela nous apprend que le « moi », ëyw, dont il use si souvent dans ses argumentations, peut représenter non sa propre personnalité, maïs un homme quelconque, un homme-type, au nom duquel il parle, suivant un procédé cher à la diatribe. Il faut s’en souvenir, par exemple, dans l'exégèse de Rom. VII. À 4. à &yérn® est omis B, 17, al., f, vulg.; mais ces mots sont probablement authentiques, et les éditeurs en général les rattachent au verbe qui suit, où rex, et non à où EnAoï, auquel la Vulg. a rattaché le deuxième « charitas ». — ypnorebeteu, hap. leg. dans la Bible, où souvent pourtant on rencontre xpnotds (« serviable », ou « bénin », « accueillant » quelquefois chez Platon « naïf »; ailleurs, « noble », « utile ») et aussi ypnotétns. — nepnepebestor, ici seulement dans le N.T., se retrouvera chez Marc-Aurèle 5, 5; plus fréquent est le composé Euxepreo. Epictète, 2, 1, 34, Cicéron « ad Attic. » 4 (Pr.-Bauer). lequel vient de xéprepos, plus connu, qui signifie surtout « vantard »; d'après Hésychius, idée d'ostentation; d'après le Lexique de Zonaras le verbe signifierait entre autres choses « manquer de tact »; c'est peut-être le sens qui convient le mieux ici: l'autre est d’ailleurs très admissible, et les deux sont voisins. — puotoÿolar est un mot que Paul n’emploie que dans cette épître (cinq fois, l’une ici et quatre aux chap.iv-v, au ch. van, 4, l'actif quotot) et une fois Col. 1, 18; le reste du N. T. l'ignore; insistance révélatrice sur le caractère des Corinthiens, et nouvel indice que ce chapitre ne peut être détaché du reste.
B 4. Paul ne décrit pas théoriquement ce qu'est l'äyérn (Bachm.), parce que c'était une notion très courante chez tous les chrétiens (v. Exc. xiv). Mais il la décrit par ses caractères et l'attitude qu'elle impose dans les relations, jusqu’à la fin du v. 7. Il la personnifie pour ainsi dire, comme mère et reine des vertus (Gutjahr), de même qu'il personnifiait la Loi, le Péché, la Mort (Rob.-Pl.). Il semble qu'il ait pensé aux vertus du Christ (Rob. PI, ), et aux défauts opposés qu'il constatait chez ses néophytes de Corinthe. Dans notre traduction, il a bien fallu paraphraser un peu pour exprimer les nuances, J. Weiss compare Phil, 1v, 8; mais ici
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*hoyiberar To raxdv, 6. où yaloer ëmt 19 adinla, ouyyafper DE 19 aAn0eix" T. mévra otéyer, mévra. moteber, mévra EAmiler, mévra broméver. 8. ‘H &ydrn obdémore “éumimrer elve DÈ mpopnreior, xatapyn0oovrar elre
= ko { hdoom, rabsovra ete yrüois, xarapynôñoera. 9. [x MÉpous YÜD YWWTLOpLEV tal x pépouc mpopnredomev" 10. brav DE EAOn Tù “réherov, vd Èx Dé Épous nataoyn0-
les vertus négatives (où) sont idéalisées, par contraste avec leurs défauts positifs, La charité souffre les injures sans les rendre, elle est bienveillante, accueïllante et serviable, elle n'a point de jalousie, elle ne blesse point par fanfaronnade ou indiscrétion, elle ne se « gonfle » pas en laissant tomber les bienfaits du haut de sa grandeur. Ce n’est pas encore tout.
À. 5. äoymuovei, cfr. vi, 86, et Rom. 1, 27, doynuocévn : violer les bienséances, ou user de mauvais procédés; « ambition » de Vulg. n'est pas le vrai sens, — où Enret Tù Éautis, et non pas tè ph £., comme on lit dans B et Clem. Alex, « Paedag. » nt 3, 2 (mais « Quis dives salvatur », 88, 1 cet écrivain supprime le un). — où koyiGerar td xaxdv : nous l'entendons, à cause du v. 6 (infra), au sens de : « elle ne fait point entrer le mal dans ses calculs ou ses projets »; la Vulg. ne le rend que ‘très approximativement, avec « non cogitat malum ».
À. 6. Gdria et &Anfela formant une antithèse, je ne crois pas devoir entendre &An0ela de la vérité générale de l'Évangile, comme l'ont fait Cornely, Bisping, Heinrici, Bachmann, car c'est banal à force d'évidence; ce mot, ici, a plutôt le sens moral de « justice », parce que La vérité divine est la source de la justice humaine, et que ceux qui aiment l'injustice se détournent de cette vérité (ainsi ÆEstius, Lap., Messmer, al.; cfr. Rom. 1, 18; 1, 8; II Thess. 11, 10, 12; voir Rob.-Pl.).
B. 5-6. La charité ne se contente pas de respecter Les droits du prochain (ce que ne faisait pas tout le monde dans cette église, voir vi, 8, Lietzmann); elle évite encore de mêler à sa justice aucun procédé désagréable ou blessant. Non seulement elle ne convoite pas ce qui n’est pas à elle (leçon de B), mais elle est désintéressée, et ne défend pas avec acharnement son bien propre; elle n'a pas de rancune ni d’aigreur contre les ennemis ou ceux qui ont violé ses lois. Enfin, ce n'est pas assez de dire qu'elle n’'enregistre pas (Aoylçeræ) le mal qui lui est fait (Roë.-Pl., Gutjahr, Sickenberger), mais « elle ne tient compte du mal » (Loisy) ou « elle ne compte pas sur le mal », comme ces vertueux pessimistes qui n'attendent rien de bon de leur prochain, ou les gens bien pensants qui escomptent et bénissent le mal fait par leurs adversaires, comme adjuvant du succès de leur bonne cause, Cette interprétation coïncide bien avec Le « elle croit tout » du v. 7. Il est dit immédiatement après : « Elle ne se réjouit pas de l'injustice » commise contre ses adversaires ou par eux, comme pour prendre sa revanche, par rancune, ou par la satisfaction du mépris et l’orgueil d'une comparaison à son avantage, maïs elle sympathise avec la « vérité », où que ce soit qu'elle la rencontre. Saint Paul lui-même en donna l'exemple d'une façon illustre, en face des adversaires chrétiens qu'il devait trouver à Rome (Phil, 1, 15-19).
B. ‘7. Paul termine sa description, négative jusqu'ici, par quatre verbes affirmatifs ; ils doivent exprimer le contraire des défauts qui ont été niés ci-dessus. Aussi, pour que la description soit cohérente, vaut-il mieux ne pas les rapporter directement à l'amour de Dieu, à la suite des Latins médiévaux, Zombard, etc, La charité excuse tout (« couvre, dissimule » otéyet) se tait sur le mal : elle « croit » tout, faisant crédit même avant d'être sûre que les autres le méritent; elle « espère » tout, même des hommes, tant qu'il n'y a pas lieu de désespérer, et elle « supporte »,
elle n’a pas d’aigreur, elle ne fait pas fond sur le mal, 6. elle ne se réjouit pas de l'injustice, mais se réjouit avec la vérité; 7. elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout.
8. La charité jamais ne tombe [de son rang]; qu'il s'agisse de prophéties, elles deviendront inutiles; qu'il s'agisse de langues, elles cesseront; qu’il s'agisse de gnose, elle deviendra inutile. 9. Car c’est partiellement que nous connaissons, et nos prophéties ne sont que partielles; 10. mais quand sera venu l'achèvement, ce qui est partiel deviendra inutile.
en attendant, les froideurs, les avanies qui ne peuvent manquer à qui la pratique, et les démentis infligés à sa « foi ». et à « son espérance ».
Avons-nous amenuisé les défauts que Paul combat? Mais il faut se souvenir qu'il s'adressait à une communauté composée, somme toute, dans l'ensemble, de gens de bonne volonté, qui n'avaient pas besoin qu'on leur apprit l'essentiel des vertus chrétiennes. La lexicographie est en faveur de toutes nos interprétations.
Encore une remarque. L’Apôtre, qui n'avait l'intention d'enseigner qu'une conduite surnaturelle, en est venu à tracer le plus beau portrait de « l’honnête homme », de « l’homme du monde » au meilleur sens, du « gentleman », comme on dirait aujourd’hui, .ou, comme disaient les Grecs, du « Kalos kagathos »; — ce qu'il était lui-même, pouvons-nous croire, déjà par son naturel et son éducation, malgré le zèle emporté des temps de sa jeunesse aveuglée. La grâce perfectionne toutes les qualités naturelles, dans leur propre ligne.
Le mieux qu'on trouverait à comparer chez les Juifs, ce sont quelques conseils du livre inspiré de l'Ecclésiastique, ici affinés par l'esprit du « Sermon sur la Montagne ».
Maintenant, à la « troisième strophe », la délicatesse et la chaleur du moraliste surnaturel vont le céder au plus sublime élan lyrique du mystique et du théologien.
—— A. 8. On lit rirte N, À, B, C, Clem. Al. (« Paed. »), et éxnintet D, G, K, L, P, Clem. Al, (« Quis dives »), Chrys., Tert.. latt., vule. (excidit); nous préférons, avec Bachmann, Vogels, cette seconde lecture, qui n'est pas seulement « occidentale ». — Il faut mettre des virgules après rpopntetu, yAGosu, yvüsts; le style de Paul est ici rapide, elliptique, et très vif. — xatapy., mot fréquent dans cette épiître, aux chap. 1, 11, vi, Xv, et partout chez Paul.
B 8. Voici le sommet de cet hymne enthousiaste. La charité, qui est maintenant si haut (440 uxepfBokñv 606% x11, 31), jamais ne déchoira (ex-mmtet). Elle possède une éternelle valeur, tandis qu'un jour il n'y aura plus lieu d’user de prophéties, de langues, ni de gnose (ici Paul ne suit pas l'ordre de dignité) pour communiquer avec Dieu ni servir les hommes.
—— B. 9. La raison en est que ce sont des choses d'ici-bas, quoiqu'elles fassent un lien avec le ciel. La connaissance que donne notre science ou notre « gnose » (yivcisroper rappelle yvüow) n'est que partielle, fragmentaire, non totale et intuitive; de même la prophétie, même sous sa forme la plus haute, ne peut faire connaître qu'une toute petite part des secrets divins.
J. Weiss prétend que, si notre chapitre était en connexion naturelle avec xit et XIV, Paul aurait dû parler encore en ce verset de la « glossolalie ». L'argument est très faible; si l'Apôtre néglige ici de faire mention des langues, c'est qu'elles étaient peu de chose à ses yeux à côté de la prophétie et de la science (Bachmann), et cette prétermission, qui est peut-être voulue, a beaucoup de signification.
— B, 10. Quelle solennité, quelle ferveur profonde et concentrée de désir il
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oerar. 11. Ore “Aumv vérios, EAGhoUY De vérios, Epphvouv be vémios, EkoyuÉéuny de vmos" Dre Véyova àvhp, xarhpynra Ta voù vamiou. 12. Bhérouey vap äpre > \ L . » A “O0 éobmtpou Ev aivéypatt, Tôte DÈ mpéowmoy mpès mpécuwrov" dptt Yivwoxw Ex. LA
S , * s * mépous, vote 0 Emryywoomat af at Emeyrwobnv. 13. “Nuvi dE “péver téotis, Ehris, dyérn, Ta Tola Taïta’ pelluv DE roiruv à &yarn.
y a dans ces simples mots : « Mais, quand sera venue la perfection, to téhetov.., »! Le tékewv, le « complet », l’ « achevé », le « final », c'est la totalité de ce qui est parfait, soit en morale (Rom. xu, 2), soit, comme ici, en n'importe quel genre de connaissance et d’être. Il faut l'entendre de la perfection dans l’autre monde, de la vue dé Dieu (v. 12 infra) et de la béatitude qui en découle. Cela s'oppose aux fragments de science divine et de bonheur spirituel dont on peut jouir ici-bas, comme la fleur épanouie ou le fruit au germe. Alors tout ce qui, dans sa définition, n'est que partiel (ëx uépous), n'aura plus de rôle à jouer, et disparaitra, comme l'aurore se perd dans le plein jour.
Aux premiers chapitres, (1, 6, cfr. nt, 1-3, v, ad loc.), l'auteur avait employé ce terme téletoe, appliqué aux hommes, dans le sens d’« adulte » (spirituel) en opposi- .tion à « enfant », véxtos, céprivos. Cette antithèse est toujours dans sa pensée, comme on va le voir au v. 11. Seulement, ce ne sont plus ici les ambitieux de « sagesse »,
ce sont les « pneumatiques » eux-mêmes, y compris les meilleurs, doués d’une vraie charité, qui sont encore à l'état d'enfants, vimi, en comparaison de l’état auquel ils doivent aspirer de tous leurs vœux.
A. 11. fun’, imparfait non-classique, formé dans la xow4 (mais employé parfois même chez les atticistes, Abel, p. 82), sur le modèle du moyen athématique. B. 11. En disant « lorsque j'étais enfant », Paul sous-entend : « comme vous . l'êtes dans l'ordre spirituel (cfr. 1, 1-3), avec votre convoitise de dons tout extérieurs par lesquels vous pensez être constitués adultes parfaits ». Il s'exprime avec une grande élévation, qui empêche tout soupçon d'ironie méchante, mais il leur donne cependant, comme aux premiers chapitres, une leçon très grave.
Les qualités spécifiques de l'enfant, fussent-elles les plus aimables et les plus précieuses pour l'état où il est, ne conviennent cependant plus à l’homme fait. Ainsi en est-il de la possession des charismes, qui n'auront plus de place à l’âge parfait des élus. On voit comme la mystique de Paul est différente, quoi qu'en ait pensé Rettzenstein et son école, de celle des hermétistes et autres’ païens qui croyaient, grâce à leurs « révélations », atteindre l'état définitif dès ici-bas. Cfr. Phil, 11, 48, où Paul déclare si expressément que toute sa vie se passe à tendre vers quelque chose de meilleur, vu qu'il a trop conscience de n'être pas un « comprehensor », de n'avoir pas tout saisi.
Dans une des publications de la « Bibliothèque Warburg : », le protestant K. L. SCHMIDT (1) à montré excellemment (si l’on fait abstraction du faux point de vue de la « théologie dialectique » de Barth), que l'helléniste Paul de Tarse a sauvé le christianisme de la fusion et de la perte dans l’hellénisme, en ramenant à l'éthique . et à la poursuite d'un Absolu encore distant toute tendance mystique vers la perfection. Ce qui ne l'a point empêché d'utiliser les procédés ct le langage des moralistes hellénistiques; J. Weiss rappelle la fréquence de l’antithèse « enfanthomme » chez Épictète, dans toute la « diatribe », chez Philon aussi.
A. 12. Kai ajouté après écéntpou, L, P, al. — à? ëcérrpov signifie : « au moyen
(1) Karl Ludwig ScamioT, Der Apostel Paulus und die antike Welt, Bibliothek Warburg, Vorträge 1924-1925, pp. 38-64.
11. Lorsque j'étais petit enfant, je parlais en petit enfant, je pensais en petit enfant, je calculais en petit enfant; lorsque je suis devenu homme, j'ai rejeté comme inutile ce qui était du petit enfant. 19. Pour le moment, en effet, nous regardons dans un miroir, en énigme, mais alors [ce sera] face à face; pour le moment je connais partiellement, mais alors je reconpaitrai de la même manière que j'ai été reconnu. 13. Au temps présent, subsistent bien la foi, l'espérance, [a charité, ces trois choses; mais la plus grande d’entre elles est la charité.
‘un miroir », et non « à travers un Écortpov » (Rob.-Pl.); car ce mot (cfr. Jac. 1, 23, il n'est pas ailleurs dans le N. T.) signifie « miroir », et non une fenêtre semitransparente, « specular » comme l’expliquait Tertullien; le mot requis en ce cas serait, non eloorthov, mais Glontpov (voir surtout Bachmann), — rodowzov xpds npdo., cfr. Num. xu, 8, otôpa pds atdua, et la paraphrase du Targum d'Onkelos (Str.-Bill.); surtout cfr. I Jean ut, 2, 6bépela adrov naduis cru, « videbimus Eum sicuti est »; êv aiviyuart : ce n'est certainement pas une glose, contre Preuschen, ou J. Weiss; le Targum dit que Moïse ne vit pas Dieu « en énigmes », {112
B. 12. Voici un verset de la plus haute importance doctrinale, qui contient, aussi expressément que Ï Jean nr, 2, la sublime promesse de la vision de Dieu face à face. ;
-Ici-bas, quel que soit notre développement spirituel, nous ne connaissons Dieu qu'indirectement, comme par le reflet d'un miroir. La figure n'est pas si difficile à comprendre, Il n'y a certainement aucune allusion aux visions dans les miroirs magiques (contre Achelis, « Katoptromancie bei Paulus », 1918). Dans un miroir, si parfaitement poli qu’on le suppose, on ne voit pas l'objet lui-même, mais son image, son apparence; et Bousset ne dépasse peut-être pas les limites de l’ingéniosité permise, en ajoutant que celui qui regarde une glace, s'il est tourné vers sa propre image, tourne le dos aux autres personnes ou objets qu'il y perçoit, il ne les regarde pas « face à face ». Ainsi, dans la vie présente, nous ne pouvons regarder Dieu que dans son reflet, plus ou moins trouble, et le champ du miroir est trop restreint pour que l'immensité divine s’y reverbère. Nous ne le voyons que dans ses œuvres (Rom. 1, 20), ou tout au plus en ses opérations dans notre âme, ct c'est par une réflexion, si facile et spontanée qu'elle puisse être, que nous en coneluons les perfections invisibles de leur cause. On peut done bien dire que nous ne le voyons que dans une « énigme » qu'il faut deviner; la théologie thomiste dirait que nous connaissons Dieu seulement par « analogie ». Philon donnait à peu près la même comparaison : 6 yap did narémtpou pavtastobtat 6 voÿs Dedy Bodivra za 2oauomotoëvra at täv GAwv érerponeboyra (« De Decalogo », 105; voir d'autres passages du même chez J. Weiss).
« Mais, alors », continue l’auteur inspiré en donnant une grande expression à ce simple mot, « alors que sera venu l'achèvement (v. 10), nous verrons face à face, (et bien mieux que Moïse, car cette vue durera toujours); au lieu de ne connaître que par des reflets ou réflexions, en énigmes multiples et fragmentaires, je connaîtrai en toute exactitude (Erryaouat), selon que (xaûois) j'ai été connu de même »; cela implique une réciprocité de connaissance qui évidemment, du côté de l'homme, ne peut être égale à celle de Dieu, mais qui sera proportionnée à la connaissance d'amour (voir à vin, 3, Éyvoota) que Dieu a prise de lui. — Ge sera l'effet de la charité, destinée à « ne déchoir jamais », et qui sera devenue, alors! une amitié éternelle.
———… À, 13. On a discuté beaucoup sur le sens de wvi dé; nous croyons nécessaire de lui donner une signification, non logique, mais temporelle; voir infra, B. teitwv pour le superlatif peyisrn, car uéyioros était tombé en désuétude à l'époque hellénistique.
B. 13. La charité, qui mène à la vision | éternelle. est supérieure même à la foi et à l'espérance, à ces ‘grandes vertus qui ont aussi Dieu pour objet, et que l’Apôtre, ailleurs, a tant exaltées.
Ce verset si court, et qui termine si bien l'éloge de la charité, a été tiré dans tous les sens par les exégètes modernes. Presque tous les protestants, et même des cathollques (au moins le commentaire de Toussaint sur I Cor., d'autres esquivent la difficulté) ont cru que le mot « demeure », péver, oppose la triade de ces vertus à l’ensemble des « charismes », comme jouissant d'une durée stable tandis que les charismes sont passagers; et, comme les charismes caractérisent la vie présente, il s'agirait, pour la foi, l'espérance et la charité, d'une permanence éternelle. Ainsi comprennent Lietzmann, Rob.-Pl., Bachmann, Toussaint, al. Mais ils sont très embarrassés alors pour expliquer cette assertion de l'Apôtre; même après avoir réduit vwvt & à une simple signification de particule conclusive, comment admettre que Paul fasse durer éternellement la foi et l'espérance, lorsqu'il a dit si clairement ailleurs qu'elles passeront avec cette vie (Rom. vi, 24; IT Cor. v,7; cfr. Aeb. x1, 1), et que le verset précédent exclut pour l'autre vie l'obscurité inhérente à la foi? Il ne suffit certes pas de s'en tirer, comme Bachmann, en parlant. de la persistance de leurs effets, et d’une « foi » qui ne serait plus « la certitude d’un invisible » ou, comme T'oussaint, de laisser la question à trancher aux théologiens, ou de recourir, avec Rob.-Pl., à la possibilité d’un progrès dans la connaissance céleste.
De fait, le problème nous paraît artificiel.
Nuvi ici est un adverbe de temps, et s'oppose à véte de 12; il n'y a là contre aucune raison a priori tirée de la grammaire grecque, ou de l'usige paulinien. Les mots wv(:) dé servent bien à introduire une conclusion logique Rom. vu, 17; 1 Cor. v, 11; x, 48; xv, 20 (xiv, 6 est douteux, et vüv pourrait indiquer ici l'avenir prochain. quand Paul fera la visite annoncée, v. ad loc); mais, bien plus souvent, ils ont leur sens temporel ordinaire, Rom. vi, 22; vu, 6; xv, 23, 25; II Cor. vin, 114, 22; Ep. 1, 13; Col. 1, 21, 26; it, 8; Philénon, 9,41.
Quant à pévety, il signifie « subsister », mais personne n'ira dire que ce soit nécessairement une subsistance sans fin, malgé Reitzenstein, qui déclare (HM3, p. 384) : « Pour une. interprétation non prévenue, cela ne pouvait vouloir dire qu'une chose : [ces vertus] demeurent dans l’Au-Delà »,
L'équilibre du développement, pourra-t- on dire, empêche de penser à un ww temporel opposé à rôre; car ce vôtre avait déjà son corrélatif, le &prt du v. 12. C'est ne pas voir que ce vw£ peut (et doit) se confondre exactement pour le sens avec cet &ptt précédent : au v. 12 il était question de la vision « en énigme »; or, cette vision n'est autre que celle de la foi. La foi, l'espérance qui l'accompagne, et les charismes qui mettent en exercice la foi et l'espérance, tout cela caractérise le temps présent (ä&prtt, vwl) où l’on ne voit pas encore Dieu; tout cela sera aboli ensemble, parce que les charismes sont essentiellement joints au régime actuel de la foi et de l'espérance (1). IL ne faut pas opposer la condition de la foi et de
(1) Ne mentionnons que. pour mémoire l'opinion d’ Osiander, qui entendait vuvi du cours actuel de l'histoire, puis des « Mille Ans », pendant lesquels, les charismes cessant, la foi et l'espérance subsisteraient, pour ne disparaitre qu'à la Résurrection générale. L'idée d'un pareil Règne intermédiaire avant la consommalion est entièrement étrangère à Paul (Voir au ch. XV, EXC. xviIl).
l'espérance, qui « resteraient », à celle des charismes qui ne « resteraient pas ». Nulle part le texte ne dit que les charismes doivent cesser au cours de l'histoire terrestre (contre Æolsten, Heinrici, Meyer, al.) ; pévet ne marque pas une opposition avec les charismes. (Id. J. Weiss). |
Alors, que peut-il signifier? Paul a dit ci-dessus (v. 8) que la charité, au contraire des dons, ne passera pas. Maïs, si la charité, telle que nous la connaissons ici-bas, est déjà indépendante des charismes, elle ne l’est point des deux autres vertus, la foi et l'espérance. C'est toujours ensemble que les trois subsistent (uévwe); cette triade paraît indissoluble ; péver.… pla rare signifie : « ces trois-là restent liées », et la charité paraît subir quelque imperfection de ce contact. Oui, mais ce n'est que pour le temps présent (wvi); quand il sera écoulé, la triade ne subsistera plus, où pevet, voilà l'opposition qui est dans la pensée de Paul; mais la charité, elle, durera toujours, dans un splendide isolement, dégagée des compagnes et soutiens actuels, parce qu'elle est la plus grande des trois (ueitwv GE toitwv). :
Paul a donc parlé, à la fin de son hymne, des deux autres vertus théologales, non pour en opposer la durée à celle des charismes, maïs parce que le nom de « charité » évoquait aussitôt, par une association d'idées déjà vieille, ceux de « foi » et d’« espérance ». Le v. 12 avait déjà appelé sa pensée sur la foi (et l'espérance), autant et plus que sur les charismes, dont le sort futur était déjà réglé au v. 8. Il a voulu dire — suprême gloire de la charité — qn'elle subsistera même alors que ses deux sœurs, qui appartiennent ‘encore à l’état d’« enfant », auront fini leur rôle: celà est dit implicitement dans la dernière proposition enthousiaste : « Elle est la plus grande », répondant seule au téketov, à la perfection d’« alors »!
Ainsi, vw au sens temporel, pour désigner la vie terrestre, est parfaitement en situation. Il faut le traduire par « maintenant », ou un terme similaire, comme l'ont compris s. Chrysostome et les anciens et les médiévaux, puis Cornely, Sales, Guijahr, Callan (« now, in the present day »), presque tous les catholiques, et même Harnack (1), — et non par « donc », « il reste donc » (Toussaint), « or donc demeurent... » (Loisy), « donc elles sont stables », (Lemonnyer, en 1905 mais non en 1922), Lietzmann, etc.
En toute assurance, nous paraphraserons ainsi ce v. 13 :
« Il est vrai que pour le temps présent — à [a différence d’« alors », — subsistent ensemble trois vertus qui paraissent inséparables : Ia Foi, l'Espéranee, la Charité; et cette triade implique en soi de l'imperfection ; aussi la foi « en énigme », et l'espérance qui ne tient pas ce qu'elle désire (Rom. vin, 24), celles-là tomberont; mais l’une des trois subsistera seule « alors », parce qu'elle est la plus grande, nullement liée à l'état d’« enfance », d'obscurité, d'attente, et de perfection « partielle » seulement, parce qu'elle est au contraire la vertu définitive et parfaite, rendant capable de voir
Dieu : c'est la Charité »..
Le « Cantique de la Charité » ne pouvait finir sur une note plus vibrante,
EXC. XIV. — D'OÙ VIENT LA TRIADE &« FOI — ESPÉRANCE — CHARITÉ » ? | \ Une autre question, importante pour l'histoire de la doctrine paulinienne, est aujoud’hui fort débattue à propos de ce verset 13. Paul unit les trois noms, & {oi — espérance — charité », comme si c'était une formule reçue depuis
(1) A. von HannaoK, Sitsungsberichte der Berliner Akademie der Wissenschaften, 1911, Pp. 132-163. Mais il s'embarrasse à vouloir établir une distinction entre la Gurée des dons el celle de La foi et de la charité, toujours à cause da péva qu'il croit opposé à xarapynôñoov- Tai xTh, du v. 8.
longtemps de ses lecteurs : pla rabraæ, « ces trois choses [que vous connaissez bien] ». D'où vient la triade, et est-ce Paul lui-même qui l’a formée?
Il ne l'aurait point formée, en tout cas, à cette occasion-là et à l'usage des Corinthiens les premiers. D'abord sa façon de l'introduire exclut cette hypothèse. Puis elle paraît ailleurs dans les épitres, et, notons-le, dans la Première aux Thessaloniciens déjà, qui est antérieure à notre lettre :
I Thess. 1, 3 : pvnpovevovtes Gpbv ToÙ Épyou T6 TIOTEUWG xat voë xémou TAG dydrns Xu\ TAG sv TAG EkmÔog où xbp. fu. ’I. X.
Ibid. v, 8 : évôvoduevor dwpaxa micrews rai dydnnç nat nepixepahaiav Ar cwrnplac.
‘ Dans la seconde citation surtout, les mots sont si serrés qu'ils constituent presque une formule comparable à celle de Cor.; si l'espérance est nommée non la seconde, mais la troisième, c'est à cause des versets suivants, qui traitent du salut; r, 3 l’idée est orientée vers l'attente du Christ, quoiqu'il n’en soit question expressément qu’au v. 10. Reitzenstein n'est donc pas fondé à objecter (HMS, p. 390) que Paul n'avait pas l'intention de frapper là une formule; nous voulons bien, mais il a tout l'air au moins de se servir d'une formule qui était frappée déjà.
Viennent ensuite Gal. v, 5-s.; Rom. xu, 6, 9, 12; Ep. 1, 15-18; 1v, 2-5; Col. 1, k-suiv.; cfr. encore Æeb. vr, 10-12; x, 22-24; 1 Pet. 1, 7-8; 21-ss. Ces textes peuvent être moins serrés que les deux premiers; mais aux Galates, comme aux Romains, aux Colossiens et autres fidèles d'Asie-Mineure, Paul rappelle les trois vertus associées, comme un groupe qui leur est familier, à eux qui n'avaient sans doute pas lu les lettres destinées à Thessalonique et à Corinthe. Et que dire de l'Epître aux Hébreux et de celle de Pierre? Il apparaît clairement que la formule n’a pas été « frappée » pour les Corinthiens, puisque
“tous leurs frères dans la foi paraissent avoir été habitués à l'entendre. L'association paraît d'autant plus consacrée par le temps et l'usage, qu'un nom appelle l'autre sans que l'auteur, semble-t-il, l'ait calculé.
Or, d'où pouvait provenir ce groupement constant des trois vertus?
Ce n'était point des Juifs ni du rabbinisme ; là, les plus grandes vertus sont la « piété » et l« humilité ». On le trouvera établi dans Strack-Billerbeck, ad loc.
Était-ce de l'hellénisme? Reïtzenstein a voulu le démontrer (1). D'après le brillant érudit, Paul aurait trouvé à Corinthe, courante parmi ses fidèles et choyée peut-être surtout par ceux qu'il combattait, une formule à quatre membres contenant la « gnose »; il aurait simplement supprimé la « gnose », non qu'il cessât de la considérer (avec les hermétistes, v. Exc. v) comme une « vision », mais, affaiblissant dans la: circonstance le sens qu'il donnait à ce mot d'habitude, en faisant de cette « gnose » une vision encore trop partielle. Il leur enseigne. à mettre bien au-dessus la « charité », qui mène seule à la vision complète (et qui est nécessairement accompagnée de foi et d'espérance). Cela n’était pas hellénistique, mais authentiquement chrétien, authentiquement paulinien, dit notre auteur à la fin : « Nulle part l'Apôtre n'est si proche de nous que dans ce combat contre l'hellénisme » (p. 391).
(1) R. ReIZENSTEIN, Die hellenistischen IMysterienreligionen (3 Auft., 1927, pp. 383-393). 11 y condense des idées exposées dans plusieurs de ses travaux antérieurs. Lietzmann 1es adopte dans la 2° édition de son commentaire, 1923.
Ce dernier mot est juste et louable, il nous rappelle l'appréciation de Schmidt (supra). Mais toute la construction n’en est pas moins caduque. R. explique la prétendue formule à à quatre membres des Corinthiens par un recours à Porphyre, qui parle de #ioriç, &An0ela, Ep, EAmte (« Ad Marcellam », 24). Le philosophe païen n'aurait pas inventé lui-même sa formule, car avant lui, chez Clément d'Alexandrie (« Strom. » vir, 57, 4), nous trouvons coordonnées la foi, monte, la « gnose » (— ädhnfela) et l'amour, äyéry (— pu). Clément n’a pas dû emprunter cela à Paul, ni — malgré Corssen, — Y'inventer; R. oublie que, sous des influences hellénistiques, le docteur alexandrin pouvait fort bien mêler de sa propre initiative la « gnose » à des données chrétiennes de la tradition. Puis, par Philon, Mani, il établit toute une filiation, où malheureusement il se laisse guider surtout par son flair trop connu, pour supposer finalement une source iranienne très antique (naturellement! mais il ne s'appuie guère que sur les documents d'âge très tardif découverts dans l'Asie Centrale), une énumération de cing éléments, qui, en se modifiant ou se simplifiant de manières diverses, : aurait passé aux Corinthiens, à Clément, à Porphyre, — et, par Corinthe, à Paul, qui aurait, appuyé sur son expérience, et méfiant de la « gnose » de ses néophytes, précisé qu’il fallait donner la préséance sur tous les dons, à « ces trois », à ces trois seulement, la foi, l'espérance et la charité.
11 suffit, pour rejeter cette théorie, de rappeler les textes de la lettre à Thessalonique, sans parler de ceux des autres épitrés.
En fin de compte, la familiarité que saint Paul ét ses fidèles paraissent avoir eue avec la triade de nos « vertus théologales » ré peut s'expliquer qu'en remontant à une formule des tout premiers temps de l'Église (Sickenber ger, Bachmann, Harnack, « Ueber den Ursprung der Formel Glaube, Liebe, Hoffnung », Preuss. Jahrbücher, 1916, J. Weiss, p. 320, al.). C'est peut-être le Seigneur lui-même qui l'avait « frappée »; Resch avait même supposé un «agraphon » (mais sans raison démonstrative). En tout cas, le groupement par trois ne suffit pas à faire supposer, avec Vorden (« Agnostos Theos », p. 352-s5., 1913) une influence des religions à mystères sur sa forme. L'analyse la moins compliquée de la vie et de l'expérience chrétiennes, c'était bien assez pour mettre tout à fait à part ces trois vertus solidaires, d’où dépendait tout le salut, alors comme aujourd’hui.
” C. Paul compare deux charismes : « la prophétie » et la « glossolalie », et réglemente l'usage de l’un et de l'autre dans les assemblées (ch. x1v).
Ixr. De ces hauteurs, l'Apôtre redescend aux considérations les plus pratiques, estimant que les Corinthiens doivent désormais le comprendre. Admirons encore une fois sa souplesse, qui se mélera ici d'un humour calme, mais très pénétrant et très propre à ramener les exaltés au bon sens, lequel ne perd jamais ses droits chez les vrais mystiques.
Deux dons étaient particulièrement convoités : la « prophétie » et la « glossolalie » (comme on dit de nos jours), celle-ci surtout. Paul prouve d’abord que la première devrait être plus estimée que la seconde, parce qu'elle est plus directement et sürement utile à la communauté; c’est le principe des ch. XIT et XIIT concrétisé dans les faits. Mais l'agitation de certains « pneumatiques », chez qui l’humain, sinon le païen, se mêle encore trop au divin, — et dont quelques-uns même peuvent étre des simulateurs ou des exaltés très profanes, — exige une réglementation de leurs attitudes dans le culte public. Paul les rappelle, comme à propos de la tenue des femmes et de la célébration de l'Eucharistie, à la discipline commune, aux « traditions » des églises,
Nous apprenons ainsi (et d’autres épitres le confirment) qu'il y avait à Corinthe, ailleurs aussi, des réunions consacrées aux manifestations charismatiques. Quel en était le rapport avec le « repas du Seigneur »? C'est là une question historique intéressante, malheureusement assez obscure. En tout cas, ce chapitre forme le plus précieux document, que rien ne remplacerait, pour l'histoire de l'Église primitive.
Nous savons déjà à peu près ce qu'était la « prophétie »; cette instruction le précise. Quant à la « glossolalie », elle est bien plus mystérieuse, et il n'y a aucune vraie « tradition » ecclésiastique qui en explique la nature; il faut donc tâcher de la définir par une analyse minutieuse du texte. Nous verrons ce qu’elle pouvait avoir de commun avec le grand miracle.des langues, à la Pentecôte, etce qui l'en différenciait. Il faudra pour cela un Excursus.
Ce qui est très clair dès la première lecture, c'est que Paul se fait encore ici le défenseur du bon sens, de l'ordre, et de la charité qui rend tous les croyants solidaires. Il pourchasse impitoyablement les derniers vestiges d'égoïsme, de vanité et déséquilibre païens. Nulle part mieux qu'icine se révèle son esprit profondément pratique de psychologue et d'organisateur, indulgent mais ferme, et toujours baigné dans la lumière des vérités suprêmes. La « folie religieuse » n'a jamais trouvé, même chez les théologiens les plus rassis et les mystiques les plus classiques, d'adversaire plus décidé.
Son instruction peut se diviser en deux parties :
19 Paul compare les deux charismes de prophétie er de glossolalie [du v. 1 au v. 25):
1-5. i/ montre que, des deux, le don de prophétie est le plus désirable, parce qu'il est plus utile;
6-12. que la ‘glossolalie ne sert à rien pour le bien général de l'Éclise tant qu'elle: demeure inintelligible ;
8-19. le « pneuma » des glossolales exige donc un commentaire du vos, ou entendement;
20-25. la glossolalie, toute seule et se refusant à l'explication en langage intelligible, serait un « signe » menaçant, et plutôt nuisible; — la vraie prophétie, au contraire, est toujours utile.
20 Ensuite il règlemente l'usage de ces deux charismes (26 à 40) :
26-33. Il fire l'ordre à observer dans leurs manifestations ;