il interdit aux femmes d'y prendre part
36-38. il réprimande les Corinthiens au sujet du particularisme qu'ils étalent encore en ce domaine;
39-40. il conclut qu'il ne faut pas prohiber la glossolalie, mais veiller avec soin au bon ordre des assemblées de paroles.
Et aïnsi se terminent les chapitres, si instructifs et profonds, sur les « dons de grâce ».
A. 1. — Auinete, EndAote, étant des présents, signifient la continuation d'actes commencés déjà; — rù nveuu. coordonné à va, « oratio variata ».
B. 1. Le principal devoir de tout chrétien est donc de « poursuivre » la charité,
comme une proie qu'il est indispensable de saisir; à côté de cette obligation, Paul concède qu'on peut rechercher les « dons pneumatiques », en demander la possesæ sion à Dieu, pour mieux servir l'Église. 11 en est un surtout qui serait l’objet d'une ambition très légitime, celui de « prophétie » (au sens que nous verrons au v. 3); car il est éminemment utile, beaucoup plus que le « parler en langues » dont il va être question. On ne peut s'empêcher de sentir déjà une certaine malice dans ce conseil : la prophétie (sous n'importe quelle forme) était beaucoup moins aisée à simuler que la « glossolalie » (v. infra).
A. 2.D,E, F, G, al., portent AïAüy yAoozt, au lieu du singulier Xak. yAtdoon. Le même singulier réapparaît vv. #4, 13, 19, 26, 27 (9 a un sens différent), tandis que le pluriel a toujours été employé aux chapp. xt et xrnr, et Le sera x1v, 5, 6, 18, 22, 23, 39; il ne peut y avoir là aucune différence de sens (v. Exc. xv). Pour mieux marquer le caractère spécifique de ce don mystérieux, les modernes ont fabriqué sur l'expression yAëgon kakeïv le substantif « glossolalie », qui est assez passé dans l'usage pour que nous l'employions, le cas échéant, dans notre traduction et notre commentaire; mais nous traduirons aussi à la lettre « parler-en-langues », en mettant des guillemets. - &xobe au sens de « comprendre », comme Act. xx, 9 (Ace. 1x, 7, le verbe ne signifie que « entendre »). — nveuatt Ôè xrÀ. appartient encore à ce verset, contre Vulgate.
B. 2. Paul commence ici à marquer les caractères du « glossolale », pour montrer que son action ne vaut pas celle du « prophète » : il ne converse qu'avec Dieu, reste incompris des hommes, et « parle mystères », c'est-à-dire de choses secrètes, et cela « par l'esprit ». Ici le rveüua (cfr. 14) n'est pas le Saint-Esprit ni le principe de la vie spirituelle (voir Gutjahr, contre Schaefer), car ce don n'exigeait pas la sainteté et n'était pas sanctifiant de soi; mais c'est la partie la plus haute de l'intelligence, opérant, à l'exclusion des opérations discursives, sous l'influence transitoire de l'Esprit divin (v. Exc. v).
Paul parle donc ici de Ja « glossolalie » spirituellement authentique, et non de ses possibles contrefaçons; même à la prendre ainsi,.il lui assignera un rang inférieur. Sickenberger note avec raison, pour tout le morceau, que le « discernement des esprits » était bien nécessaire en face d’un phénomène sous lequel pouvaient facilement se trouver des agents occultes — ou d'ordre naturel — bien différents de l'Esprit divin.
Qu'était-ce done que cette glossolalie ? Il faudra unc dissertation spéciale pour le tirer au clair (Exc. xv); ici nous ne dirons que ce qui est essentiel à l'intelligence du texte, Une longue tradition d'exégèse (non pas doctrinale, ni « historique ») l'a assimilée au miracle des langues à la Pentecôte; le glossolale aurait joui par moments de la faculté surnaturelle de s'exprimer en langues étrangères qu'il n'avait jmais apprises. Mais cette interprétation cost de plus en plus abandonnée,
1° Comparaison de la « glossolalie » et de la prophétie (xiv, 1-25).
* 3 … x , > y € CH. XIV, 1. “Auwbusre vhv Gyarnv, Énhodte DE TX nyeuparitxé, UAAAOY DE (va € . x eu , . = eo mpopnrelnre. 2. ‘O ÿap “AaAdy YAwoon oùx &vhpuütors Rakeï, GAAX Bed oùdelc Lo “éxouer, 3. mveuare dè Aaket pucrhois à De mooonteluv avfobrote hakeï yap “axober, 3. mvelparr dÈ Aheï muorhpia" à DÈ mpopnrebwy àvôpwrots œheï ctxodohy La Tapaxhnotv rat mapamubiar. k. ‘O Axkdy YAwoon Eaurdy oixodomei, x , M * s S ce > » \ ô DÈ moopnrebwv éxxAnolay olnodopet. 5. "O£Aw DÈ tévras buas Aakeïy VAwooaus,
quoiqu’elle trouve encore des défenseurs. Ce qui empêche d'abord, « priori, d'admettre pareille assimilation, c'est que le miracle des Apôtres avait pour résultat de les faire mieux comprendre de tous, tandis que, pour ce qui est du glossodale, « personne ne le comprend ». Parmi les catholiques récents, Gutjahr a bien discuté le problème, et nous nous rangeons à ses conclusions, sauf quelques nuances à fixer plus tard : le glossolale parlait, du moins en gros, sa langue maternelle, mais, sous l'influence d'une extase ou d'une excitation violente qui ne laissait pas de place au raisonnement et à la construction de phrases cohérentes, il s’exprimait d'une façon inintelligible pour ses auditeurs, qui demeuraient seulement étonnés et édifiés au spectacle de son transport. Pourquoi cela s’appelaït-il « parler en langues »? Nous ne croyons pas, pour notre part, que ce fût seulement en raison de quelque analogie avec le « miracle des langues » du jour de la Pentecôte, mais aussi — et peut-être surtout — à cause du sens technique qu'avait pris le mot « ÿk@osæ », même avant d’être adopté par les églises chrétiennes; il voulait dire « expression exotique, ou difficile à comprendre »; ce qui se disait, en rhéterique, de mots isolés, est appliqué ici à tout un discours. (Voir l’Exc. xv).
‘Les glossolalies ne devaient d’ailleurs pas être uniformes; de là sans doute l'expression que: nous avons trouvée au Chap. xn, yévn yAüoowv, ou « les divers genrés de glossolalie ». Nous n’excluons pas, bien entendu, (non plus que Guijakr) que l'emploi miraculeux de langues étrangères ait pu s'y mêler parfois, quand cela était utile à la propagation de l'Évangile (cfr. Marc, xvr, 17-fin); mais ce n'était point im phénomène si exceptionnel qui caractérisait la glossolalie dont saint Paul parle en ce chapitre. C'était un langage extatique, sans suite, plus ou moins inarticulé évoir vv. 7-9), quoiqu'on püt y reconnaître vaguement l'intention de faire une prière, d'improviser un psaume où une action. de grâces (voir aux vv. 14-47). Pour qu'il profitât aux auditeurs, autrement que par un vague effet d'émotion au sentiment que l'Esprit était là, il fallait donc qu'on leur interprétât en langage ordinaire, de prophétie, de gnose ou de didascalie, les intuitions qui transportaient l'inspiré. Si Paul les qualifie de « mystères », c’est plutôt à cause de la forme inaccessible du langage que pour le contenu des exclamations (Bachmann),
——— A. 3. Aakei ofxodougv 2tA. (supra, Axket puothoa), cfr. d’autres ellipses ou métonymies expressives, comme xplua éclieiw de x1, 29 (Rob.-PL.).
B. 3. Le « prophète », tout au contraire, sait parler un langage que tous peuvent saisir; il s'adresse, lui, aux hommes, et non à Dieu. Et c'est justement par sa force surnaturelle de persuasion, pour « édifier, exhorter, consoler », qu'il se distingue essentiellement d'un prédicateur ou d'un didascale ordinaire. En ce verset, Paul ne définit la prophétie que par un minimum, qui suffisait cependant pour mériter et recevoir le nom de « prophète »; sans doute les Corinthiens ne dépassaient guère ce degré. Pourtant certains prophètes — ceux que Paul a en vue ailleurs quand il les place à un rang d'honneur, et même tout près des apôtres (Rom., Æph., I Cor. xu, 28, mais non x, 10) — pouvaient recevoir et communiquer des « révé-
‘Ca. x1v, 1. Soyez toujours à la poursuite de la charité, ambitionnez pourtant: les [dons] spirituels, mais surtout de prophétiser. 2. Car celui qui « parle en langue » ne parle pas aux hommes, seulement à Dieu; personne, en effet, ne [l’Jentend, 3. mais en esprit il parle mystères; le prophète, lui, parle aux hommes édification, exhortation et encouragement. 4. Celui qui « parle en langue » s'édifie lui-même, mais celui qui prophétise édifie l'assemblée. 5. Je veux bien vous [voir] tous parler
Jations » (voir v. 26), par exemple dévoiler des choses futures ou cachées, pénétrer le secret des cœurs (voir vv. 24-25).
4. À 6 Aakdv yhwsoas, dans D, E, etc., comme au v. 2. — Qsoù ajouté après ExxAnota, Fer, G, oulg. Rob.-Pl. préfèrent, dans le même sens, traduire ici êxxX, par « église » que par « assemblée »; il importe assez peu.
B 4. Le glossolale s'édifiait lui-même, son charisme pouvait donc contribuer à
son propre avancement spirituel; mais il n’atteignait pas directement l’âme des autres, tandis que le prophète était reconnaissable à cela précisément qu il convainquait les esprits et touchait les cœurs.
À 5. 0élw au sens concessif, et un peu ironique, comme vit, 7 (v. ad loc.); c'est encore plus évident ici, car Paul ne désire certainement pas avec sincérité que tous ses fidèles glossolalisent (voir vv. 22, 23). — Su. Auketv.. va, encore «oratio variata »; — ici yhécoæus, et non plus yAwoon, donc les deux s’équivalent. — éxtoç ef ui, cfr. xv, 2 : c’est une locution formée par la combinaison de éxtôs et et de et u4; elle était assez usitée, d'après les exemples donnés ‘par Wettstein (voir Lietzm.), et Deissmann, « Bibl. St. ». — Après peluv, il aurait été plus logique d'écrire yép que Ôé; mais ce doit être une sorte de répétition oratoire : « Mais je préfère que vous prophétisiez; mais le prophète est plus grand, etc. », toujours en vue de restreindre la concession Oélw dé. |
B 5. Nous comprenons maintenant que l’Apôtre affirme la suprématie du prophète, Il n'aurait certainement pu le faire, après en avoir donné la modeste définition du v. 3, si la glossolalie avait été un prodige éclatant, du genre du miracle de la Pentecôte.
Il fallait cependant ajouter une réserve à cet ordre de préséance : si le glossolale est capable, quand il est revenu à un état psychologique plus normal, de « s’interpréter », de communiquer aux autres la connaissance des pensées et des sentiments qu'il avait dans l’extase, alors il peut être au-dessus du prophète ordinaire, ou pas au-dessous (Chrys., Thom., Gutjahr, Sickenb., al.); car alors il n’est pas seulement glossolale, on peut dire qu'il est, de plus, docteur ou prophète lui-même. C'était le cas d'hommes tels que Paul (voir v. 18).
Recommander la prophétie, c'était d’ailleurs porter une sorte de défi aux simulateurs possibles et aux ambitieux de réclame.
—— À 6. Le sens de vÿv äé, ici, pourrait être soit logique (Hofmann, J. Weiss, Bachmann), soit temporel (Rob.-Pl., Sickenberger, Gutjakr); alors Paul parlerait de sa visite prochaine, ce qui était, dit Gujahr, d'autant mieux en situation que l'on attendait beaucoup, à Corinthe, de la venue de l’Apôtre. — Avec Estius, Messmer, Bisping, Godet, Bernhard Weiss, Kühl, Gutjahr, etc., nous tenons les deux derniers membres de l'énonciation äronaAdber ÿuwos rpopnrelz Giday7 comme répondant respectivement aux deux premiers.
B 6. Voici un exemple concret qui devait convaincre les premiers lecteurs Paul va venir à Corinthe, il le leur a dit, etils sentent qu'ils ont grand besoin de Sa visite. Et bien! s’il venait tout simplement leur montrer des extases et des
manAov DE Îva mpopnrelnte" meltuv D 8 mpopnrebwy À 6 AaAdv Vhwooats, *Enrdc et ph diueppnveln, va h Exxhmoia oixodophv Adén. 6. “Nüv Dé, ddehoo!, av Eh0w mods buas YAvdooaus AadV, Tl buac wpehécu, Ehv ph dptv hakfow À ëv émonaAüde À ëv yrooe À ëv Tpognrela À ddayh; . “Opws ra dbuyx puvhv Budôvræ, elre abAds etre mÔdpa, Eav “Giagrohhv rois pBbyyots LA dS, mc YYwo/hoeTar To abAobmevoy À Tù baprtômevov; 8. Kat Vap aav
glossolalies, quelle déception ils éprouveraient! Ce qu'ils attendent de lui, ce sont peut-être des « révélations », éxoxakbbes, dans ses exhortations de « prophète », vu le don de sagesse (s. Thom.) et le « discours de sagesse » dont ils le savent si éminemment doué; en tout cas, il les corrigera et les confortera mieux que tous leurs « prophètes » locaux, et saura leur expliquer la doctrine et la morale (Giôay) au moyen de la « gnose », grâce au don de science (s. Thom.), sur ious les points où ils demandent à être éclairés.
On voit donc que ni la gnose et la didascalie (ce qui va de soi), ni la « révélation » ne faisaient partie des attributions du « glossolale »; il ne jouissait même pas de « révélations » claires à son propre avantage, s'il ne s’entendait pas luimême par son voës (voir v 14), | À. 7. éuus est difficile à comprendre. Blass voudrait lui conserver le sens ancien de ôu&c chez les poètes, « pareillement » — ôjnolws (Blass-Deb, K 450, 2), mais c'est fort douteux, malgré ses raisonnements. “Ouus signifie « cependant ». Paul l'emploie une autre fois, Gal. ni, 15, et là le sens n’est pas ambigu : uws ävôpérou xexvpwpévnv dialpnv oùdels &fetet « un testament une fois ratifié, [qui n'est] cependant {que celui] d'un homme, personne ne le tient pour nul ». Ainsi, dañs notre passage, on pourrait voir un « hyperbaton » et rapporter &tux soit à idévra : « les choses inanimées qui ont pourtant une voix » (Bachm), soit à dhuya : « les choses qui, bien qu'inanimées, ont une voix « (J. Weiss). Ou bien — et c'est ce que nous faisons — on peut l'entendre ainsi : « Cependant », (c'est-à-dire malgré votre goût pour les mots inintelligibles, reproche insinué dès le vv. 1-2), « vous pouvez voir que les instruments de musique, ces objets inanimés, ne servent à rien si l’on s’en sert sans suivre quelque mélodie ». — Gtaotok“ signifie en général « distinction » de tons, de rythme; le mot propre pour « intervalle » est didormux; ldyyos signifie « ton », « note ». — abloëuevo et l'autre participe présent sont « conatifs » — « l'air qu'on voudrait jouer ».
B. "7. Paul ouvre ici une série de comparaisons (trois, qui se ramènent en fait à deux) pour montrer l'inutilité de la glossolalie non interprétée :,1° des instruments ‘de musique dont on se servirait sans savoir la musique (7-8); ainsi (obtws, v. 9) est . celui qui n'arrive pas à exprimer quelque chose de clair avec l'instrument qu'est sa langue; 2° une langue étrangère qu’on parlerait avec quelqu'un qui ne la sait pas (10-11); ainsi de vous (ot bueïs, v. 12), si vous glossolalisez sans vous soucier d'être interprétés (12-13). Les deux comparaisons sont parallèles, et leur correspondance est bien indiquée par le double oûtus,
La comparaison avec la flûte et la cithare donne l'impression que la glossolalie n'exprimait guère de propositions intellectuelles (même en langues étrangères), mais restait plutôt de l'ordre du sentiment. C'était comme une vague musique; encore fallait-il savoir quel air était essayé.
A. 8. &ünkov, cfr. 1x, 26, désigne ici clairement une succession de notes qui ne font pas un air, comme äôfluws de l’autre passage un sport qui s'exécute en dehors des règles nécessaires pour qu'il réussisse.
B. 8. Ce verset reprend l'idée du précédent sous une autre forme, avec une de ces
ÉPITRE AUX CORINTHIENS, XIV, 6-Ss 359
en langues, mais plus [encore] que vous prophétisiez; car plus grand est celui qui prophétise que celui qui parle en langues, hors le cas où il interpréterait, afin que l'assemblée [en] tire édification.
6. Maintenant, frères, supposé que je vienne chez vous pour parler en langues, de quelle utilité vous serai-je? — supposé que je ne vous parle point ou en révélation, ou en gnose, ou en prophétie ou instruction? 7. Et pourtant! les choses sans âme qui émettent une voix, soit flûte soit cithare, au cas où elles ne mettraient pas de distinction en leurs notes, comment saura-t-on ce qu'on veut jouer sur la flûte ou la cithare? 8. Et
métaphores militaires qui plaisaient à Paul. Dans l'Église, toute manifestation
publique devrait être un clair signal pour la Jutte de l'Évangile, sous la conduite du
Christ (voir à xv, 24-27),
A. 9. tù TÂs YAwoons ne signifie pas ici, malgré l'identité du substantif, « au moyen du [parler-en-] langue », quoique la répétition du même mot y\Gssa l'ait faitentendre ainsi à Chrys., Thomas, Bern. a Pic., Cornely, Schaefer, Schmiedel, etc. ; car la glossolalie, par définition, n'était jamais quelque chose d'eoquov, c'est-à-dire de clair et d'ordonné (eüonuos est hap. leg. dans le N. T., mais classique); Paul ne pourrait done reprocher à un glossolale d’être obscur en tant que glossolale, vu qu’il l'était nécessairement. Il faut par conséquent que la « langue » désigne ici tout simplement l'instrument de chair que les hommes ont dans la bouche pour articuler des paroles, et qui est comparé aux instruments sonores inanimés, flûte, cithare, trompette. Ainsi tout est cohérent. Notre opinion est celle de Heinrici, Bernhard Weiss, Kühl, Bachmann, Gutjahr, etc. — eis äépa Aak., « parlant en l'air », au
hasard, pour faire du bruit, sans s'adresser. à aucune oreille; cfr. encore 1x, 26, ä&épa dépuv, dit du boxeur qui perd ses coups de poing dans l'air. Eis «. À. était une expression classique aussi bien qu'araméenne, voir KXühner-Gerth, 1, $ 353, 4, À. 3,
B. 9. Ce verset est très clair par lui-même : si vous voulez que votre « parler-enlangues » ne soit pas un bruit en l'air, un vain remuement de langue, « flatus vocis » et que les autres profitent du « mystère » qui vous l'inspire, il faut qu'il ne reste pas tout seul, sans interprétation. Telle est l'idée, qui ne sera pourtant développée jusqu'au bout que plus bas, vv. 12-18, cfr. 27.
A. 10. yévn guvüv : beaucoup d'auteurs veulent prendre ici gwvi dans un
nouveau sens, celui de « langage » (grec, hébreu, autres), qu'il peut en effet avoir
quelquefois chez des classiques (Hérodote, Platon), et ägwvoy comme signifiant, d’une façon correspondante, « sans langage articulé ». Ainsi des médiévaux, et Lietzmann,
J, Weiss, Rob.-Pl., Toussaint, Gutjahr, Loisy, etc., en un mot la généralité. De même, on voudrait que obèéy voulût dire : « Aucun [langage] (n’est sans intelligibi-
lité, ou vocabulaire distinct, ou articulations, etc.) ». Nous croyons que c'est aller chercher trop loin, et que guvi signifie tout simplement « voix », comme ci-dessus,
et &pwvoy « aphone », « sans voix »; (sans que rien nous oblige à imaginer une extension de sens dont il n'y a pas d'exemple) et enfin que oÿdév, comme l'a compris la Vulgate, n'est que le pronom « nihil ». — Et tôyor, locution rare et qui devait être consacrée puisqu'elle a gardé le mode, déjà assez désuet, de l’optatif; elle reparaîtra
Xv, 37 (v. ad loc.) et on la trouve chez Cléanihe, Sextus Empiricus, Denys d'Halic.,
Philon (v. Preuschen-Bauer, à tuyxdvw, 2, b). Le sens doit équivaloir approxima-
tivement à celui des expressions plus courantes et classiques mws Étuys, dus Eruye, etc.
L'idée est celle d’indifférence, de rencontre faite par hasard et n'importe où. Nous ne traduisons pas : « par exemple » ou « en tous cas », ete, avec J. Weiss, Gutjahr
nkoy odhr1LYE povhy 0D, Tic mapacrevdoerar els mohepov; 9. “Ourus na dpeïc dx ts “Vhwüoons -Eav ph ebonuoy Aôyoy dore, müc yvwaboerar td hahoÛpevoy ; 3 4 * 9 y + M *x # ? .s , , ?
Écecde ao “etc &épa hahobvrec. 10. Tocaëra “ei rÜyor Vévn puvüv elotv ëv roue, nat ob0Ey dowvoy” 14. &av oùv ph eld& Tv düvauuy Th vuvÿc, Écopar To Aahobvre BéoBapos, nat 6 Randy “èv Euot Bépéapos. 12. “Ourws rai bueïs, xet Cnhwtal 8ote mvevpérov, mods Thv oixodouhy ts ÉxxAnolus Enretre lvx meptooebnre.
et autres, mais « tant qu'on voudra »; cfr. Weizsäcker : « es gibt wer weiss wie vielerlei Sprachen » (Pr.-Bauer).
B. 10. Ici Paul introduit la seconde comparaison : celle du glossolale privé d'interprète, avec un homme qui parlerait une langue étrangère que ceux à qui il s'adresse ne comprenent pas. |
Il commence par remarquer, d'une façon tout à fait générale, que les « genres de
voix » sont innombrables; pas d'objet animé ou inanimé qui ne puisse faire, à l'occasion, un bruit quelconque et qui n'ait, pour ainsi dire, « sa voix ». Si vous ne cherchez, sous-entend-il, qu’à faire du bruit plus ou moins étrange, vous n'avez pas à vous en glorifier comme d'un don si rare. On sent qu'il devient peu à peu sarcastique. C’est que l’abus devait être grave. À. 11. sv Oôvapuy ts quvis : Düvaus pouvait avoir le sens de « force expres sive », « valeur de signification », ainsi chez Platon, souvent, ou encore Polybe, xx, 9-ss. (J. Weiss). — A la place de t® Axkoëvr:, la Vulgate écrit « cui loquor », changement du sens en son contraire, que le latin s’est peut-être permis à cause de la réciprocité qu’il y a dans un entretien. — à Axk. ëv éuot, voir ci-dessous, à B.
B. 11. La voix des hommes, à la différence de tant d'autres « voix » ou bruits, a la propriété de signifier des pensées, Mais à quoi cela me sertl, si j'en fais un simple bruit, sans valeur d'expression pour ceux qui l'entendent? Il$ pourront comprendre que je veux dire quelque chose; maïs quoi? Cela leur échappera. Mes interlocuteurs — ou ceux qui voudraient l'être, mais ne trouvent pas de moyen de communication, — me prendront pour un barbare qui ne sait point parler leur langue, et eux-mêmes seront, réciproquement, pour moi, qui vois bien qu'ils ne me comprennent pas, des barbares. Ainsi en est-il du glossolale en exercice et de ceux qui l’écoutent. C’est un spectacle comique que celui de deux hommes dont chacun parle sa langue particulière, ignorée de l'autre, et qui cherchent malgré cela à tenir une conversation; on le voit parfois quand deux bandes de touristes se rencontrent. Nous ne devons pas oublier non plus comme l'épithète de « barbare » était blessante pour l'amour-propre des Grecs.
Les mots 6 AaAüv èv not B&pôapos sont difficiles pour l'analyse grammaticale. Les exégètes rattachent ëv imoi non pas à AakGv, mais à fBép6apos. Bachmann comprend ëv dans un sens « forensique » — « devant moi » « à mon jugement »; J. Weiss comprend ëv ëpol — « à mes yeux ». Je me suis demandé si on ne pourrait pas simplement traduire « Celui qui parle en moi », au sens plein, eomme chez les prophètes, Zacharie, etc. Or « Celui qui parle » dans le glossolale, ou qui le fait parler, c'est, dans l'hypothèse, l'Esprit-Saint. On exposerait donc ainsi l'Esprit à jouer le rôle d'un « barbare ». Il exciterait les visées. Cette interprétation ne paraît pas impossible, si l'on se reporte au v. 23 (v. infra); mais nous n’osons la soutenir car nous ne l'avons trouvée nulle part.
Du moins n'y a-t-il rien qui oblige à voir en ce verset une description du mode de la glossolalie, Ce n’est qu'une comparaison, comme celle des versets 7-8, mais encore plus frappante. Gutjahr, Sickenberger, al., jugent que Paul caractérise les glosso-
en effet, supposé que la trompette émette une voix indistincte, qui se préparera au combat? 9. Et vous de même avec la langue, supposé que vous ne profériez pas un discours doué de signification, comment saurat-on de quoi vous parlez? car vous serez [des gens] qui [perdent] leurs paroles en l'air. — 10. IL existe, tant de genres de voix, autant qu'on voudra, dans l’univers, et [il y a] rien d’aphone. 11. Supposé donc que je ne connaisse pas la force [expressive] de la voix, je serai pour celui qui parle un barbare, et celui qui parle [sera] à mes yeux un barbare. 19. Et vous de mème, puisque vous êtes grands amateurs d’esprits, que ce soit pour l'édification de l’église que vous cherchez à vous [y] surpasser.
lales, « comme s'ils » s’exprimaient en langues étrangères, rien de plus. Le verset suivant confirme cette manière de voir.
À. 12. Le verset débute par obtus nat buste, exactement comme le v. 9; ce qui semble impliquer un parallélisme dans les idées. — rveiuata, ici, équivaut à rvevuatiad, Cfr, v. 4 (Voir Exc. v).
B. 12. Cet oùtus xaÙ burie, « et ainsi de vous », montre avec netteté que Paul passe au second terme d'une comparaison. Il y a application d'un exemple. Le premier terme, c'était le « barbare » qui parle une langue étrangère; donc le « glossolale » n'était pas précisément ce barbare puisqu'on n'est comparé qu'à quelque chose de différent de soi. Il ne parlait pas plus une langue étrangère (au sens propre) qu'il n'était au sens propre une flûte, une cithare ou une trompette (vv. 7-8, en face du v. 9).
Les Corinthiens sont traités d'« amateurs d’esprits », ou de « jaloux des esprits »; l'expression comporte un certain dédain de leurs goûts spirituels. Faut-il croire avec J, Weiss, que l'Apôtre fait ironiquement une concession de langage, et s’accommode à l'usage qui attribuait à des esprits, chez les païens, ces manifestations extraordinaires? Ce serait alors pour leur insinuer qu'ils n'ont pas assez changé depuis le temps de leur erreur païenne, et qu'ils se comportent eomme s'ils avaient affaire toujours à des dieux de Mystères. Maïs, au v. 32, Paul parlera encore de rvebparta, « esprits » au pluriel, certainement cette fois sans insinuation ironique.
Quoi qu’il en soit, voici la leçon qu'il donne : « Ainsi vous, puisque vous ne voulez pas ressembler à des barbares, et que vous êtes si jaloux de beaux phénomènes pneumatiques, tâchez d’y exceller de façon à édifier l'Église, ce que vous ne faites pas assez jusqu’à présent, avec vos pratiques glossolaliques ». Le moyen, au cas ou ils seraient véritablement inspirés, c'est de demander à Dieu de compléter ses grâces, en donnant, avec le charisme du langage extatique, la faculté de l'expliquer aux autres. C'est ce que vont exposer les versets qui suivent.
——— À, 13. A6 (mot qui se trouve dans tous les groupes d'épîtres, sauf les Pastorales, Rob.-PI.) montre que Paul va passer aux conclusions.
B. 13. D'ici jusqu'au v. 19, Paul va signifier qu'il est nécessaire de soumettre la glossolalie au contrôle de la raison rassise, C'est sur ces versets (et non sur le v. 11), qu'il faut principalement se baser si l’on essaie une description de ce phénomène; il est caractérisé comme extase ou transport, puisque les glossolales, tant qu'ils sont en exercice, laissent lenr entendement dans l'inaction (v. infra). L'Apôtre leur dit que s'ils veulent véritablement exceller, et rendre de vrais services à l'église (v. 42), il faut qu'ils demandent à Dieu de compléter leur don par la faculté de traduire leurs intuitions en langage accessible (dpunveën, cfr. 5). Naturellement ils ne pourront le faire qu'après être sortis de cet état exceptionnel, quand ils auront
\ . € ? , 13. AD 8 Adhdv yhwson roooeuyéohw va Gispunvesin. 14. Eäv yxo mposstyomar LA s n s N » , YAGION, To mvEÏmé pou moocebyetar, à D vois ou duapmoc Éorwv. 15. TE oùv Éotiv; mposebEonar To myebparr, mpocebkouat DÈ nai T® vol’ Wah Tù nvebpant, f
Yang dE nat To voi. 16. ’Emet av ebhoyñs mvsbuart, 6 avamAnpüv Toy Tômov Toi * = + © 3 - Le è , \
iurou müs épet vd apny Ent Th où ebyapuoria; meudh té Aéyeis oùx oidev. 17. DS uèv yap nakdc ebyaporeïs, GA à Erspoc oùx olnoouetrn. 18. Edyapurà rù
retrouvé l'usage de la raison discursive; mais ils doivent prier avant, et toujours, pour obtenir ce supplément de grâce.
B. 14-15. Ces versets sont fort instructifs. D'abord ils illustrent d'une manière éclatante la nature du « pneumatisme » de Paul, de celui qu’il regarde comme authentique, et ils fixent le sens, tout à fait étranger à la mystique païenne, dans lequel il prend rveëue et voës. C’est l'intelligence humaine envisagée dans une double fonction (voir Exc. v). Et l'on ne peut croire avec J. Weiss ou d'autres syncrétistes que l'Apôtre réforme ici la mystique des chrétiens primitifs, pour lesquels l'Esprit, le rveüue, aurait toujours été une force divine étrangère envahissant l’inspiré du dehors, et chassant de lui l'esprit humain. Où a-t-on pu prendre cela, puisque Paul est le premier, et justement dans notre épiître, qui commence à fixer pour nous la notion de pneumatisme? Ce qu'on suppose avoir été avant lui n’est que pure hypothèse, une assimilation forcée à l'hellénisme. Pourtant si les Corinthiens méritent d’ être repris et corrigés, c'est qu'ils sortaient, en cette matière encore, des « traditions » (voir aux vv. 36 ss. infra).
Ensuite on voit très bien ici que la glossolalie ne pouvait consister en un discours suivi fait dans une « langue étrangère » intelligible en soi. Car alors, ou bien l'inspiré lui-même au moins l'aurait compris, et son intellect n'aurait pas été « sans fruit », &xapros; ou bien, si lui-même ne l'avait pas compris plus que les autres, et qu'il ne se fût pas trouvé dans l'assemblée de polyglotte ou de fidèle doué du don. « d'interprétation », cette manifestation aurait été complètement inulile. Or, les prodiges qui ont Dieu pour auteur sont bien au-dessus des forces humaines, mais ils ne doivent pas être irrationnels ni oïiseux. C'est bien alors que l'inspiré n'aurait été qu’un gong ou une cymbale (voir x, 4), qui n'aurait fait tout au plus qu'étonner; la scène aurait eu je ne sais quoi de charlatanesque qui répugne à la véritable inspiration.
En troisième lieu, il faut noter soigneusement ce souci apostolique de ne rien permettre dans le culte que la raison, éclairée par la foi et la doctrine, n'approuve, à quoi elle ne donne un laisser-passer. Si elle ne peut se le traduire dans son propre langage, et en vérifier par conséquent l'origine, cela n'oflre pas un caractère assez sûr pour être admis dans les assemblées publiques. Sickenberger note comme l'intervention de l'esprit critique, le voës, était particulièrement opportune ici, pour faire distinguer l'inspiration du glossolale d'une possession diabolique, par exemple, qui aurait pu produire les mêmes eflets extérieurs. Qu'on se reporte à xn, 8, La prophétie, au contraire, intelligible et directement opérante comme elle l'était, portait en elle-même ses titres d'authenticité; et, s’il y avait des contrefaçons de prophétie, les didascales devaient être à même de les dénoncer tout de suite (voir Didachè, xi).
Ainsi, dans ces versets, Paul réclame le droit de l’entendement à ne pas rester sans fruit, même dans la glossolalie. Il faut qu'il puisse, au moins quand le transport est fini, comprendre ce qui s'est passé au-dessus de lui, dans le « rveüua », assez du moins pour prendre sa part de la prière, du cantique, de l’action de grâces, qui so sont exprimés d’abord en termes supérieurs à son discours,
————…— À, 16. tv ajouté devant nvebpatt, B, D, E, P, al, — 6 dvaxAnpüv tov Térov vod
13. C'est pourquoi celui qui « parle en langue » doit prier pour [savoir] interpréter. 14. Car au cas où je prie en langue, c’est mon esprit qui prie, mais mon entendement est sans fruit. 15. Qu'est-ce donc [à dire]? Je prierai par l'esprit, mais je prierai aussi par l’entendement; je psalmodierai par l'esprit, mais je psalmodierai aussi par l'entendement. 16. Puisque, supposé que tu bénisses par l'esprit, celui qui est en posture de noninitié, comment prononcera-t-il l’Amen sur ton action de grâce? du moment qu'il ne sait pas ce que tu dis... 17. Toi sans doute tu fais une belle action de grâce, mais l’autre n’est pas édifié. 18. J'en rends grâce
Buerou. Que signifie dwrns, qu'on retrouvera au v. 23? Dans la langue classique, c'est le « simple particulier » opposé au magistrat et à l’homme d'état, et, par extension, un plébéien, un ignorant; ou encore celui qui ignore un art ou un métier, par opposition à celui qui le sait. Gelte seconde acception explique que le terme fût très employé dans les écoles philosophiques pour désigner ceux qui n'y appartenaient pas, les « profanes ». De même, tout naturellement, dans la langue religieuse des Mystères; et cette acception se répandit tellement que les Juifs l'empruntèrent; les rabbins appelèrent nf le « laïque », spécialement l’ignorant, par rapport au con-
naisseur de la Loi (v. Strack-Bill., ad loc.). C'est sûrement en ce sens religieux que Paul l’a pris (sans avoir besoin de l’emprunter directement aux philosophes ni aux mystes) et Théodoret le rend très justement par äuôntos — « non-initié ». Aïnsi Lietzmann, Rob.-Pl., Lemonnyer, Toussaint, Sickenberger, Bachmann, Gutjakr, etc. Il n'est pas question de « néophytes » (Prim.), ni de « laïques » en opposition aux clercs (Chrys., Cyr. Alex., al.), ni de prosélytes qui auraient occupé dans le local une place réservée (rdv téxov t. 15. avaxAneüv, J. Weiss), ni encore moins, comme pensait Estius, d’un clerc instruit qui répondait pour le peuple (rov térov &v. r. &ô.). Ici il s'agit de quelqu'un qui appartient à la communauté, laïque ou clerc, catéchumène ou baptisé, peu importe, mais « qué est dans la situation (xéxov) de non-initié », parce qu’il n’est lui-même ni glossolale, ni capable d'interpréter les dires du glossolale, — Au v. 23, le même mot aura peut-être un sens plus large.
B. 16-17. L'opération du glossolale (qui, d'après ce verset, devait marquer surtout une intention de bénir ou de faire une action de grâces) pouvait être excellente en soi, si elle était vraiment inspirée par l'Esprit; cependant, même alors, elle était insuffisante pour un acte de communauté, puisque l'assistance ne la comprenait point, ou la comprenait trop vaguement. Il fallait donc qu’elle fût expliquée pour avoir l'efficacité que certainement voulait l'Esprit. Autrement, l'auditeur ordinaire, le simple fidèle, n'aurait pu s'y associer en connaissance de cause, en disant : « Amen », — ce que Paul juge nécessaire. (Sur l'Amen, Ton, dans le culte juif, voir
Sirack-Bill. ad loc.; Paul a donné une telle valeur au sentiment d'adhésion pleine, d'achèvement qu'exprimait ce mot, qu'il en a fait presque le synonyme d'union de
volonté avec Dieu, par le Christ, II Cor.1, 20; et l'Apoc. in, 44, en fait un nom du Christ glorifié). Puisque le « non-initié » devait pouvoir dire amen avec une pleine conscience, c'est donc qu'il appartenait, d'une façon ou d’une autre, à la cominunauté — au moins en ce passage.
Ainsi l'Apôtre estime la glossolalie en soi, comme un don divin; mais il veut, si elle devient publique, qu'elle ait une valeur religieuse sociale, ce qu'elle n’a point par elle-même, si le voÿs ne parvient pas à en saisir la portée. Donc elle exige, là au moins, une interprétation, Paul a bien l'air d’insinuer que le glossolale qui n'aurait pas le vif désir, s'exprimant en prière convaincue, de voir scs intuitions communi-
0:d, “révrwv dpüv pAAkov yAdoonç AaAd 19. &ARAG Ev ExxAnoix Béhw mévre
Aôyous To vol mou AxAoar, (va at EARoUS rar yhow, “À muplous Adyous Ey FAIM. 20. "Aderoof, ph maux yiveole taïc ppeoiv, GXAG Tÿ raxla varudbete, vais dÈ
ppeoty téheror yiveode. 24. iv <ù vouw Yéypanra onu « ëv “érepoyAwooots nat èv
ÆEtheoty étépuy Aalico Tù Aa Toitw, rat 055 ofrws elonxoboovra » pou, Aëyer
xbproc. 22. "Qore ai Vhdsoa elg oquetov elouv où rots muorebouoiv GA AX rois dtlotous,
quées aux autres, n’est qu'un illusionné ou un simulateur, bref un homme suspect, comme ceux à qui il à fait allusion xnr, 8.
——— À. 18. yAwoon au lieu de ykéoous, dans N, À, D, E, F, G, al., oulg. — La faute de Vulg., qui a omis p&Alov et traduit : « quod omnium vestrum lingua loquor », est un des faits qui expliquent (avec l'assimilation trop complète au miracle des Douze) pourquoi les Latins ont cru qu'il s'agissait de langues « étrangères », de toutes celles qui pouvaient être parlées, naturellement ou surnaturellement, à Corinthe.
B. 18. Ainsi Paul lui-même « parlait-en-langues », beaucoup plus et beaucoup
mieux que ne pouvaient faire les « glossolales » à qui il s'adresse. Il l’affirme, et il en est heureux, puisqu'il en rend grâces à Dieu. C’est qu'il connaissait lui-même, et à un haut degré, les transports de l’extase. Mais ce n’est pas de quoi il se glorifiait le plus (voir II Cor. xu, 1-10). Il plaçaït bien au-dessus la charité, l'union aux souffrances du Christ, et Le zèle prudent et infatigable du pasteur. A. 19. Ou... #, sans adverbe comparatif, est classique, au moins en poésie, car on le trouve dans Homère; il apparaît aussi dans les papyrus. — révre, pour dire un petit nombre, voir Sér.-Bill., ad loc. et Gerhard Kïttel, « Rabbinica », 4920, pp. 39-47, qui le signale chez tous les peuples. — Singulière leçon de Marcion : &1ù Tov vépov au lieu de r& vot pou; Ambrt l’a suivie : « per legem »; sans doute elle doit son origine à la variante Gtà roë vods pou, qu'on trouve K, L, Chrys.
B. 19. Cette phrase énergique montre l'horreur de l'Apôtre pour tout ce qui était inutile, ostentatoire ou encore un peu païen dans les manifestations religieuses de cette église. Le ton recommence à être vif, même un peu âpre. Ces glossolales devaient vraiment bien abuser, et beaucoup n'être que des « spirituels » peu authentiques! À de longues glossolalies sans effet d'instruction, Paul préfère une courte « catéchèse », l'office le plus humble des « instructeurs ». Ce n’est pas lui qui cherchera à éblouir ses fidèles. Les paroles dictées par le simple « voÿs » pouvaient d’ailleurs comporter les charismes de prophétie ou de didascalie inspirée, le « discours de gnose » et d'autres plus hauts encore. « Cinq paroles » de Paul devaient facilement devenir un « discours de sagesse », même dans une catéchèse.
—— À. 20. pà radla yivesle, cfr. Eph. 1v, 14, et I Cor. ut, 1-8. xt, 41. — tais gpesiv; hap. leg. dans le N. T., maïs ppéves en ce sens LXX, Proverbes Sal, — xaxia, autrefois surtout « lâcheté » ou « infamie », plus tard « malice » ou « vice », toujours le contraire d'épérn. — vnridtere, hap. leg. dans la Bible. — téleto, cfr. 11, 6, xut, 12 (&vés), Eph. 1v, 48, Phil. im, 45, Col. 1, 28, 1v, 12: aussi Heb, v, 44.
B. 20. Le ton est très sérieux. Paul fait appel à leur cœur et à leur confiance en les appelant « frères », maïs on le sent irrité de tant d’enfantillages qu'il voit chez eux prendre la place de la vraie spiritualité. Eux qui croient être des « adultes » dans le Christ, des parfaits, ils se comportent en vimo, on le leur a déjà assez dit. Cette surestime des manifestations extraordinaires, ct prêtant le plus à la vanité, en est encore une preuve. Ils devraient être des enfants, oui, mais comme l'enseigne le Christ, par l'innocence recouvrée et la: simplicité du cœur (Mat. xvin, 3), non par la futilité de leur jugement, Leur devoir est d'acquérir une intelligence clairvoyante et
à Dieu, je « parle en langues » plus que vous tous; 19. mais, dans une. assemblée, j'aime [mieux] prononcer cinq paroles avec mon entendement, pour instruire les autres aussi, que dix mille paroles « en langue ». 20. Frères, ne devenez pas des enfants en fait de jugement; mais soyez petits enfants pour ce qui est du vice, et en fait de jugement, devenez adultes. 21. Dans la loi il se trouve écrit : « Par des hommes de langue étrangère et par des lèvres d'étrangers je parlerai à ce peuple, et même ainsi ils ne » m’ « écouteront pas », dit le Seigneur. 22. En sorte que les lang gues doivent servir de signe non aux croyants mais aux infidèles;
virile, et de la montrer tout d'abord dans leurs pratiques de religion. La simplicité chrétienne n'est pas la niaiserie; il était bon que le Saint-Esprit lui-même le déclarât par la bouche de son grand Apôtre.
S'ils étaient moins enfants, ïls comprendraient que l'envahissement de leurs assemblées par tant de glossolales n'est pas un signe de haute perfection ni d'une complaisance spéciale de Dieu. Les versets qui suivent vont l'expliquer,
A. 21-22. Vient une citation très libre, ou plutôt une paraphrase d'Isaie, xxviir, 41-12. Le texte hébreu s'exprime ainsi : « Car par des gens qui balbu- ‘tient et dans une langue étrangère il (le Seigneur) parlera à ce peuple à qui il avait dit, etc... et ils n'ont pas voulu écouter ». C'est une menace adressée aux railleurs qui, pour contrefaire le prophète de Dieu, feignent de radoter en bégayant: ils subiront l'invasion des Assyriens, gens dont ils ne comprendront plus du tout la langue. Les LXX portent très inexactement : à oxulouoy yethéwv, dk yhdsons Étépas, Bt Aal- “coust té Audi Toûrw, Aéyovtes abroïs 2TA... 4al oùx %6£Anoav äxobev. Paul a donné le sens essentiel de l'original, en pensant peut-être aussi à Deutér. xxvinr, 49 : Ené£er ét où #bptos... Eôvoc Ô ob4 axoûon The puvis adroë. Origène (« Philocalia » 1x, 2, cité Rob.:PI.) dit avoir trouvé les termes de Paul chez Aquila et les autres traducteurs, sauf les LXX. — EteodyAwoaos (-tros), hap. les. dans Le N.T.,se rencontre chez Polybe, Strabon, al. ; il s'applique aux hommes qui parlent des langues étrangères; la Vulg. qui traduit par « aliis linguis » a sans doute lu EtepoyAtiosæts, — els onuetoy.. vos àxlotois;s ici gnuetov est simplement un signe de l'activité divine, prodigieux ou non, donné en faveur ou en défaveur de quelqu'un, avec datif « commodi » ou « incommodi » (Gutjahr),
B. 21-22. Paul applique à la glossolalie ce qu'Isaïe a dit des langues étrangèrés ; il faut bien voir quels sont les termes et Ia portée de cette comparaison.
Dieu, irrité de ce que son peuple n'écoutait pas les prophètes, et qu'il manquait de foi, menace les habitants de Jérusalem de leur parler bientôt par des ennemis et des oppresseurs qui leur feront entendre une langue étrangère et incompréhensible, au lieu des clairs avertissements de ses envoyés qu'ils ont tournés en dérision, Ce sera l'invasion de Sennachérib et de ses Assyriens. Ce sera donc une punition, un dernier effort pour les ramener à leur Dieu par le châtiment; et Paul, interprétant le texte, dit que cela encore demeurera inutile, — comme il arriva en effet, puisque Dieu dut finalement livrer son peuple à Nabuchodonosor,
Ainsi, un langage inaccoutamé, incompréhensible, a été un signe menaçant donné aux hommes de Juda, parce qu’ils étaient infidèles; autrement Dieu aurait continué à se faire entendre dans leur langage usuel, par la bouche de ses prophètes,
Faisons l'application à Corinthe. D'abord (cfr. vv. 7-8 et 11), il ne s’agit toujours que d'une comparaison entre la langue étrangère et la glossolalie; elle porte sur l'inintelligibilité de l’une et de l'autre, qui exigent parcillement des truchements. Dieu, dans Isaïe, parle ainsi à des infidèles, et non à des fidèles, Car les « infidèles »
rh dÈ roopnteis oh vois Grisrous &ANX vois miorebovouv. 23. "Eav oùv ouvéAbn à ExxAnola On “mi ro adro mal mévres AaAdotv hocouc, elcéAlwotv D “Üiüro À émuovor, odx Épobouy On malveodes; De. ’Eav DE mévres moopnreiuow, elcéAUn dë ris Emtoros # “Burns, Éhéyyetar dTd révrwy, àvaxplverar bnd räévrwv, 25. xà xpurTa hs xapôlas abroÿ pavepa yiveran, nat oÙtus meowv ti rpowmoy Tposruvhoer Tù Bed, énayyéAkwv bte Gvrus à eds Ev duiv Éoriv.
à qui cela servira de signe sont évidemment les Judéens, et non les Assyriens; ceux-ci correspondent aux glossolales, et le peuple de Jérusalem aux Corinthiens leurs auditeurs.
Cet exemple que Paul évoque doit faire terriblement réfléchir l'église. Ge « parler-
‘en-langue » si fréquent, où ils avaient vu jusque-là la preuve qu'ils étaient particulièrement favorisés du ciel, ne serait-ce donc qu'un avertissement donné par Dieu parce qu'ils n'ont pas assez de foi, parce qu'il ne les juge pas dignes de dons plus spirituels? Ne voudrait-Il que les « étonner », parce qu’ils n'ont pas le vrai désir d'être « éclairés », et leur faire sentir d'une façon vague seulement une Présence mystérieuse qui peut se tourner contre eux? Ou bien, oserons-nous commenter, est-ce le signe qu’il abandonne la communauté et la laisse retourner au paganisme, à l'état d'ämovos, qui se trahirait par l’extravagance de faux dons spirituels, produits d'une exaltation toute humaine et démoniaque (cfr. xn1, 3)? Tandis que la « prophétie », signe beaucoup plus sûr, domine chez ceux qui croient, qui sont vraiment Chrétiens comme ils le doivent, et sont tout disposés à l’accueillir et à en tirer profit.
. Cela ne vent pas dire, certes, que les Corinthiens en fussent là déjà; mais Paul leur fait pressentir où ils pourraient en arriver s'ils ne se réforment pas ; l'exubérance des « langues » au détriment de la prophétie n'est pas un bon signe, mais plutôt un avertissement qui doit porter à la réflexion et à la crainte. « Faut-il tant se glorifier d’un privilège promis à l'infidélité? » (Prat). Ainsi le comprennent, très justement, Toussaint et Sickenberger. La plupart des autres pénètrent moins bien ce sens, parce qu'ils ne pressent pas assez la comparaison tirée d'Isaïe, et cherchent à tort à ramener le sens du v. 22 à celui du v. 28, à cause de la présence du même mot &rtoro dans l’un et l'autre. C'est une erreur, comme nous allons le voir.
————— À. 238. Cfr. Act. 11, 13 : musto pleni sunt isti. — Ici ärtotor, et probable- “ment re, ont un autre sens qu'aux versets 22 et 16.
B. 28. Les Corinthiens attribuaient certainement une grande valeur apologétique à leur glossolalie ; elle devait prouver à tous que « Dieu était parmi eux ». Or, Paul, qui a déjà insinué que les « avertissements » ne servaient pas toujours — exemple Jérusalem, — leur déclare maintenant qu'une glossolalie trop fréquente n'est pas faite pour inspirer beaucoup d'estime de l'Église aux « infidèles » (ici ce sont les païens et les Juifs), ni à édifier les « iüiüta », c'est-à-dire les non-initiés ou les noninformés, qui ne sont pas au courant des habitudes prises dans l’église de Corinthe. (Il est.hors de doute qu'äriotot ici, signifie simplement « non-croyants », sans contenir l'idée particulière de blâme attachée à l’« infidélité » des Israélites au v. 22: il ne faut donc pas interpréter un verset par l’autre, et dire que le précédent signifiait, par exemple, l'intention divine d'endurcir dans leur incroyance les païens, par le mépris que leur auraient inspiré les excès de la glossolalie; — quant aux trou, ils ne peuvent être les mêmes que ceux du v. 16, qui étaient habitués aux us de Corinthe, faisant partie de la communauté, puisqu'ils devaient prononcer l'Amen ; ce ne sont ici que des étrangers quelconques, même chrétiens, qui ne savaient pas encore comment les choses se passaient à Corinthe).
mais la prophétie n'est] pas [destinée] aux infidèles, seulement aux croyants. 23. Supposé donc que l’église entière se réunisse au même lieu, et que tous « parlent-en-langues », et qu'il entre des gens non initiés ou des incroyants, ne diront-ils pas que vous êtes fous? 24. Supposé au contraire que tous prophétisent, et qu’il entre quelqu'un d'incroyant ou de non initié, il est convaincu par tous, il est provoqué à l'examen par tous, 25. les [replis] cachés de son cœur [lui] deviennent manifestes, et ainsi tombant sur la face, il adorera Dieu, publiant que réellement Dieu est en vous.
Donc, en supposant un cas extrême, figurons-nous une assemblée chrétienne dont tous les membres se livreraient à la fois au parler-en-langues, et l'entrée de nouveaux-venus, qui seraient soit des païens (des païens de sens rassis, non des-mystes forcenés), ou des Juifs, soit même des chrétiens d’une autre église où les mœurs sont plus calmes. Seront-ils édifiés? Non; ils diront : « Quelle bande de fous! ». Et les infidèles n'y prendraient certes pas envie de se faire baptiser.
La haute réprimande de l'Apôtre de Jésus-Christ, dispensateur des vrais dons qui édifient, est devenue tout à fait mordante.
Mais ce n'est pas tout ce qu’il faut remarquer. En parlant de l'entrée d’« infidèles », païens ou Juifs, dans une réunion chrétienne où se manifestaient les charismes, Paul, malgré la couleur hypothétique de ëdv (particule qu’il emploie d'ailleurs souvent pour des cas réels), n’a nullement l'air d'envisager une conjoncture purement théorique. Ce verset est très précieux historiquement; car il montre que certaines assemblées de chrétiens, au contraire des Mystères du paganisme, étaient ‘ouvertes, sans doute pour des raisons de propagande, à des gens qui n'appartenaient encore nullement à l'Église (Gutjahr), et ne pensaient eut-être même pas encore à y entrer. Sans doute n'admettait-on pas tout le monde, et fallait-il aux païens admis la recommandation de quelque chrétien. Mais nous voyons au moins que le christianisme du rt" siècle était une religion de plein jour, ce qu'on ne saurait dire des conciliabules hellénistiques, thiases ou Mystères, auxquels on veut si souvent le comparer.
Les païens, au spectacle de ce désordre, seront détournés de la foi et enfoncés dans leur incrédulité (Gutjahr), et cela est dit fort à propos, contre la surestime de la glossolalie. Mais ce n’est pas un signe contre eux, comme pensaient Bachmann et d'autres à propos du verset précédent; c'est un « signe », si l'on veut, contre les chrétiens « amateurs d'esprits » qui manqueraient de discrétion; ils nuisent à l'Evangile au licu de le servir.
mm B. 24-25, Tout le contraire arriverait si le don de prophétie était universel. (Le tableau est moins fantastique que le précédent, car tout pourrait s'y passer en ordre). Les nouveaux-venus, les mêmes que ceux dont il a été question, seraient. saisis alors d’une profonde émotion religieuse. La force pénétrante, la vérité psychologique et morale de ce qu'ils entendraient réveillerait des résonances obscures de ce qu'ils ont peut-être déjà entendu dans le fond de leur propre cœur, Ils ne seraient certainement pas les victimes d’une inquisition indiscrète (cfr. Sickenberger) ou d’une « lecture de pensées » (contre Weinel), — quel profane aurait alors voulu Se risquer en de telles réunions ? — mais tel mot, tel rogard d'un « prophète » ferait. tressaillir l’auditeur étranger qui se dirait : « Comme ceci est fait pour moi! » C'est le secret de la prédication inspirée, celle qui convertit. Ce profane découvrirait
lui-même le secret de son propre cœur (Gutjahr), qu'il s'était peut-être jusqu'alors soigneusement dissimulé. La « prophétie » dévoilerait « occulta cordis,.… non prophetis.… sed illis in quibus sunt et latent ipsis » (Estius). Et il sentirait que Dieu le regarde et le juge; il se prosternerait (rpocuvetv fréquent dans les Évangiles et l’'Apocalypse, mais ici seulement chez Paul), confessant que la Divinité habite vraiment parmi ces chrétiens, et en eux,
20 L'ordre à observer dorénavant dans les assemblées de paroles (XIV, 26-40).
Inr. Ce n'était pàs assez d'une critique; il fallàit des règlements pratiques et autoritaires pour supprimer. tous ces abus. Paul se charge de les édicter. La glossolalie surtout est soumise à de telles conditions qu'il devient bien impossible qu'elle se produise si ce n'est pas très authentiquement l'Esprit qui l'inspire, et qui, pour ainsi dire, force l'église à l'entendre. -
Cette réglementation est encore donnée (implicitement au moins) comme reposant sur la tradition des églises (vv. 33b-86). Depuis le ch. XI l'unité du principe est donc
très sensible.
Le texte ne soulève pas de vrai problème. Il n’est guère que le passage relatif aux femmes, vers la fin, qui ait donné lieu à des discussions. Heïnrici y verrait une note marginale de la main même de Paul; Weiïnel, Hilgenfeld, Holsten, Schmiedel, Bousset et d'autres rejettent, ou du moins soupconnent 34-35, et Loïsy 33b-35, comme interpolation; J. Weiss lui-même inclinerait à juger 33b-36 inauthentiques. Ces opi-
nions ne sont pas justifiées, malgré les interversions qu'on trouve en quelques manuscrits.
CH. x1V, 26. TE oûv Éotv, adeAvol; Orav ouvipynole, Éxaotos Vaud Eye, ddoynv Éyer, amondAuuy Éyer, VAdooav Éyer, épunvelav Éyer mévra mpdc otxodou y vécu. |
27. “Eire VAwoon is haheï, uata Dud À To mheiotov Tpeïc, nat “ava mépos, ka
Cu. xiv, 26. Qu'est-ce donc à dire, frères? Lorsque vous venez à vous réunir, chacun a un psaume, a une instruction, a une révélation, a une « langue », a une interprétation; que tout se fasse de manière à édifier.
27. Soit que l’on « parle-en-langue », que ce soit chaque fois deux,
A. 26. Cfr. xt, 48-20; xu, 8-10; — et Eph. 1v, 12.
B. 26. Il y avait donc toujours en ces assemblées grande variété de manifestations, il y en avait trop aux yeux de Paul (Roë.-Pl.); cela cessait d'être édifiant, si l'on n'y mettait ordre. L'Apôtre va le faire avec grande fermeté, et il ne régente point pour cela l'Esprit, car ce n'est pas l'Esprit qui pouvait causer cette confusion (voir v. 33). Il n'est pas nécessaire du reste de considérer tout psaume, toute instruction, toute interprétation comme manifestation proprement pneumatique; l'initiative de l'esprit humain pouvait souvent y suffire; mais il n’en va point de même pour « révélation » et « langue », — les deux points auxquels Paul va s'attacher, On a remarqué comme ce verset est précieux, pour la connaissance du culte antique,
———— À. 27-28. ere appellerait un autre eïte, et pourtant, au v. 29, nous ne trouverons qu'un simple dé de consécution; encore une anacoluthe. — ävà uépos se trouve chez Aristote et Polybe; — ici ets équivaut très probablement à un simple te, ct n'est pas le sujet du ayérw qui suivra; « qu'il se taise », au singulier, se rapporte au « glossolale » en général, collectif.
B. 27-28. Ainsi, le nombre des glossolales devra désormais être fort réduit, et il ne sera plus licite à personne d'exercer ce don s'il ne se trouve dans l'assemblée
un À Bteppveurés, “ouyéru Ev Exxknole, Eaurÿ BE
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ets Gepunveuérw" 28. av d haïeitw vai T@ 0e.
29. [Toowÿrar dÈ dud à tpsis Awheitwoav, xal oi HAAOL Gianptvétuoav" 30. Eav GE &kko dronakuo0n xalnpéve, à mpdrocs cuydrw. 81. Abvaohe Yap na’ Eva mévrec moopnreberv, Îva mévres pavOdvwouv ua mévrecs “mapaxaküvrar 82. xa “nvebpare moopntüy mpophrais Ümordoseru. 33. Où Ydp Écruy dxaraoraolac à Bebc, aXA& cipAvas:
‘Qc Ev récats vais ÉuxAnotars Tüv dylwv, 34. ai vuvatxes Ev vaïc Éxxnoiatc
quelqu'un, un assistant au moins (ef), qui puisse interpréter. Voilà üne consigne qui paraît d'abord audacieuse; car des gens qui sont saisis par l’extase ne sont plus libres de ce qu’ils font et disent, et ne peuvent pas régler à l'avance leurs manifestations avec un interprète, ou bien avec le président ou les commissaires de l’assemblée; après tout ce qui précède, nous ne saurions croire avec Gutjahr que. les glossolales pouvaient exercer leur don à volonté; d’ailleurs, ce semble être par contraste. avec eux que Paul parlera au v. 32 du pouvoir qu'ont les « prophètes » sur leurs « esprits ». Il faut donc reconnaître que Paul impose à la glossolalie publique des conditions prohibitives, — à moins qu’elle ne résulte d’une vraie extase, causée parle vrai Saint-Esprit; car Paul, pourrait-on dire, compte sur la complicité du ciel pour l'exclusion de tout désordre (voir v. 83), il sait que l'Esprit ne donnera son inspiration que si elle doit être utile à tous, par conséquent s’il y a un interprète dans la salle. Mais tout illuminé ou simulateur sera à peu près forcément réduit au silence, expulsé au besoin.
Veut-il donc prohiber tout langage émotif et extatique qui ne serait pas immédiatement traduisible en termes rationnels? Non certes; il.ne le pourrait pas d’ailleurs. Mais cela doit rester entre Dieu et le mystique, et ne pas être donné en spectacle, Autrement, dans la conviction de Paul, la signature divine manquerait, — On voit bien encore ici qu'il n’est pas question de discours suivi en « langue étrangère »; le bel avantage qu'il y aurait à se tenir, et à tenir à Dieu, dans la solitude, un discours. bâti comme un autre, mais en syllabes dont le sens échapperait au parleur lui-même. (d'après le v. 14)! Cela s’appellerait bien « parler en l'air », ou faire du bruit comme. les cymbales.
A. 29. ot omis devant &ko, D, G, L.
B. 29. Nous passons à la « prophétie », charisme le plus estimé après celui des. « langues », et qui aurait dû l'être bien davantage. Là encore il y avait quelque chose à régler. [1 faut croire que les « prophètes » de Corinthe, tenus pour tels par eux-mêmes ou par leurs frères, ne parlaient pas toujours, dans leurs exercices, sous une motion actuelle de l'Esprit, une aptitude naturelle, et bien agréable, à « édifier, exhorter, encourager », pouvait les entraîner toute seule, et leur faire croire parfois qu'ils recevaient des « révélations ». Ainsi Paul commence par limiter ces exercices, tout comme ceux des glossolales. Puis il exige que les autres, — c'est-à-dire l’assistance, par la bouche de membres autorisés, par exemple des didascales, — jugent. et contrôlent ce qui à été dit. Cela n'est pas contraire à l'interdiction portée Didachè, x1, 7, de juger les prophètes; car, dans cet écrit-là, il s'agit de prophètes. déjà reconnus, et un contrôle assez sévère est prescrit xr, 1-6, 8-12, et xur. Il n'y à pas lieu non plus de croire avec J. Weiss que « les autres » soient seulement les autres prophètes; c'étaient tous ceux qui avaient le « discernement des esprits », principalement les chefs de l'assemblée, Cfr. I Thess. v, 20-21.
J. Weiss fait d’ailleurs sur ces versets une observation excellente : c'est que la
au plus trois, et à leur tour, et que quelqu'un interprète; 28. mais au cas où il n’y aurait pas d'interprète, qu'il se taise dans l'assemblée, et qu’il se parle à lui-même et à Dieu...
29. Pour les prophètes, qu'ils soient deux ou trois à parler, et que les autres [en] jugent; 30. mais, supposé qu'à un autre vienne une révélation quand il est assis, que le premier se taise. 31. Car vous pouvez prophétiser tous un par un, afin que tous soient instruits et que tous soient exhortés; 32. des esprits de prophètes, c'est soumis aux prophètes. 83. Car Dieu n'est pas [un dieu] d’agitation, mais de paix.
Comme en toutes les églises des saints, 34. que les femmes se taisent
personnalité éthique de Paul, son esprit de raison et d'ordre, apparaît ici en pleine lumière, dans sa conception du « pneumatisme »; « au lieu de la représentation animiste de l'habitation d'un esprit étranger dans une maison étrangère, émerge cette conception que l'Esprit de Dieu et la volonté de l'homme peuvent se joindre en une force combinée ». À condition, devons-nous ajouter, de maintenir la transcendance de l'Esprit, et de ne pas croire, comme fait cet auteur, que Paul ait eu besoin d'inventer cela, ct que la « communauté primitive » en était restée, avant lui, aux idées les plus païennes et grossières sur l'inspiration.
À. 30-382. «0° Ëva, distributif hellénistique (ailleurs xa0’ is, Rom. xt, 5). — raparahGvre, non moyen, mais passif. — rvebuata (D, G, Lait. rveüua) — les « sout- Îles », les inspirations, cfr. xrv, 12.
B. 30-32. On voit que les prophètes chrétiens étaient libres d'user ou de ne pas user de leur don qui consistait essentiellement à consoler, etc., avec puissance mais selon un mode humain, intelligible, réfléchi. S'il s'y joignait parfois de véritables « révélations », cas que Paul envisage ici, c'était accidentel, et naturellement imprévu; et le prophète restait libre de les communiquer ou de les garder pour lui; car ses « esprits », ses inspirations, lui étaient soumis, non dans leur source, mais au point de vue de l'usage qu'il en faisait. C’est encore un point qui distinguait ces « prophètes » des glossolales (voir 27-28 B); eux ils n'agissaient pas, au moins pour l'ordinaire, sous des impulsions irrésistibles, n'étaient pas &rayépevot (x1t, 2) comme des mystiques païens. Et c’est là un point sur lequel saint Paul s'éloigne non seulement de la gnose et des Mystères, mais de la mystique alexandrine de Philon, pour qui, chez le prophète et tout autre inspiré, une « folie divine » supprime l'usage de l’humaïne raison, incompatible avec elle (voir « Quis rerum divinarum haeres », $ 52-53).
C'est pour cela que l’Apôtre leur impose tout naturellement un règlement; il leur était beaucoup plus facile de s'y plier que s'ils avaient « parlé-en-langues ». Ainsi aucune contestation ne pourra naître ou durer entre eux. Mais, remarquons-le, il fallait bien un arbitre, par exemple le « pasteur » ou l’« épiscope » qui présidait l'assemblée, pour donner ou retirer la parole; autrement il est à présumer que tous les prophètes, dont quelques-uns devaient aimer à discourir et y mettaient encore un peu d'amour-propre humain, ne se seraient pas, à moins d’une inspiration et d'une motion spéciale de l'Esprit, laissé imposer silence dès qu'un de leurs frères prétendait discourir à leur place.
—— A. 33. Ce verset devrait finir au mot elofvns, « paix ». — Sur les leçons de Marcion et d'Ambr', voici infra, 84,
B. 33. Voici le grand principe qui a inspiré Paul, à côté de celui de la solidarité des « membres du Ghrist », dans le traitement de tous ces phénomènes mystiques,
ouyéruoav où ap “émirpérerar adtais Axheïv, GAAX “bmoraccéobwouv, xaÎWS Hat à vouos héyer. 35. Ii DE ve mabety Béhououv, v ox rod flou dvèpac èrepuTaTwoav" ai ypèv väp Éotty yuvauxi AœAeïv Ev ExxAnoia.
36. "H 4?” buy 6 Adyos To 0eoù ETAGE, À eïs dbuas évoug xavhvinoev; 37. Et mg Donet mpophrns elvar À mveupatixôs, Émiyivwoxérw à ypéqu div OTrt xupiou 3 + ] le 3 D - x sriy Évrokn 38. el dE Tis ayvoet, ayvoeïtar.
39. “Qote, adeAgoi pou, Gnhoëre To mpopnredetv, wat To Aaheïiy ph xwAVETE Thdooos” mévra DÈ eboynmovus nat xaTa TéEuv yuwvécôw.
Le Dieu des chrétiens, qui est un « Dieu de paix » (cfr. Rom. xv, 33, xvi, 20), ne peut vouloir et inspirer de désordre, comme les dieux païens, créés par l'imagination humaine ou les suggestions du diable. Se reporter encore à xu, 8. Il fallait un maître comme Paul pour empêcher ces convertis imaginatifs et excitables de verser le vin nouveau dans leurs vieilles outres, et de retomber pratiquement dans le mysticisme superstitieux d'antan; c'est lui qui a, chez eux du moins, sauvé la nouvelle doctrine d’une chute dans la Gnose gréco-orientale, comme, grâce à ses instructions du début de la lettre, dans une sorte de philosophie rationaliste.
A. 34. Nous rattachons à ce verset, comme il se doit, les derniers mots du précédent : d ëv x. t. ëxxh. t@v éyluv. Tout le monde est maintenant d'accord sur ce point. Cet appel à l'uniformité de l’enseignement et de la discipline dans les églises, nous l'avons déjà trouvé 1v, 17, vi, 17, plusieurs fois depuis lé ch. x1, et il se retrouve aussi en d'autres ‘épitres: c'est bien déjà du « catholicisme » (malgré J. Weiss). Mais le membre de phrase offre de notables variantes dans les plus vieux témoins. G, Chrys. et Vulg. ont ajouté à la fin Gtôéoxw ou « doceo », ce qui peut être une assimilation à 1v, 17. Marcion avait une leçon plus curieuse au verset précédent; il supprime 6 0eds (sans doute par horreur du Dieu de l'A. T.) et lit « [Les esprits des prophètes seront soumis aux prophètes]; car ce sont des esprits non pas de bouleversement [« aversionis », d'après Tertullien « Adv. Marc. » vi, 4, qui peutêtre le cite et le traduit littéralement], mais de paix » (Harnack, « Maxcion », p. 88*, 1921); l'Ambrr a dù être influencé par la leçon marcionite, quand il écrit : « Pneuma non est dissensionis auctor, sed pacis, sicut in omnibus ecclesiis sanctorum doceo » (le mot « auctor » ferait supposer qu’il a lu «frtos au lieu de 6 0edç, Lietzm.), — buüv ajouté après yuvaixes D, E, F, G, K, L, al., Ambrr; — Grotéoceobou, pour — sôwoav, dans les mêmes codd. et latt., syrh,; À ajoute rois dvüpéotv.
Les versets 34 et 35 ont été mis après Le v. 40, à la fin du chapitre, par D, E, F G, 93, Ambr, Toutes ces variantes et déplacements ont fourni à quelques-uns une paison de nier leur authenticité (voir l'Inr. à cette péricope). Mais c'est peut-être le trouble apporté par le texte marcionite de 33, et les rectifications qu’il nécessita ensuite, qui en sont cause. Quant à Marcion, on sait qu'il arrangeait les textes à sa guise. — Holsien et Schmiedel ont supprimé à la fois ce passage et xr, 4-5, (également sur les femmes), parce qu'ils leur paraissent en contradiction.
B. 34-85. Guljahr et d'autres, après s. Thomas, ont bien noté que les femmes sont exclues de l'exercice public de la prophétie, seulement; car nous savons qu'il y avait des prophétesses chrétiennes reconnues. D'après ce passage, elles ne pouvaient montrer leur don qu'en dehors du service divin. Quant à la glossolalie, on comprend que saint Paul ait redouté l'impressionnabilité des femmes encore plus que celle des hommes. Il ne voulait pas de pythonisses dans ses églises,
Au chapitre xr, v. 5, l'Apôtre paraissait cependant supposer que des femmes prophétisaient en public; ‘et il ne le leur interdit pas, il dit seulement qu'il est inconve-
dans les assemblées; car il ne leur est pas donné mission de parler; mais qu'elles soient soumises, ainsi que dit la Loi elle-même. 35. Et si elles veulent s’instruire sur quelque point, qu’elles interrogent à la maison leurs propres maris; car il est malséant à une femme de parler dans une assemblée.
36. Ou bien est-ce de chez vous que la parole de Dieu est sortie, ou
est-ce à vous seuls qu'elle est parvenue? 37. Si quelqu'un estime être prophète ou pneumatique, il doit reconnaitre ce que je vous écris, que c’est un commandement du Seigneur; 38. et s’il le méconnaît, [c’est qu’lil n'est pas [lui-même] reconnu.
39. De la sorte, mes frères, ambitionnez de prophétiser, et n’empêchez pas de parler en langues; mais que tout se fasse décemment, et en bon ordre.
nant qu'elles le fassent sans être voilées, Ce n'est pas une contradiction comme Sickenberger le montre bien, maïs un exemple de la tactique suivie par l'Apôtre en ses controverses. En face d'un abus complexe qu'il veut détruire, il commence par ne l’examiner que sous un aspect, qui peut être secondaire, avant de s'attaquer au principal, à ce qui en fait la substance. Nous l'avons vu encore aux chapp. vu et x, à propos des repas dans les temples païens; il ne les a blâmés d'abord que pour une raison générale de charité, et puis c'est pour la raison propre qu'ils font une « communicatio in sacris ». De même ici. Ou bien, comme pense Labriolle (x Montanisme », p. 176), Paul envisageait au ch. xt des cas exceptionnels; car toute loi a ses exceptions.
Cette prohibition n’est pas dérivée, par interpolation, de I Tim. un, 11-sqq, qui la répète. La pratique de Paul sur ce point a dû être invariable, car elle lui était dictée par l'expérience, et par les exigences des mœurs grecques (qui faisaient juger inconvenant, aisypév, pour une femme de discourir en public), beaucoup plus que par ce prétendu reste d'anti-féminisme sémitique (Bousset, al.)., qu'on lui reproche souvent. On a beaucoup écrit sur le féminismè ou l'anti-féminisme de Paul. Le dernier ouvrage à nous connu sur cette matière, G. DELuNG, Paulus Stellung zu Frau und ÆEhe (Stuttgart. 1931), suppose encore chez l'Apôtre trop de préjugé juif, quand il lui impute l'idée que la femme est un être humain de seconde classe; au moins, x1, 7, 11, (v. ad loc.) et les célèbres passages d'Eph., font voir la haute idée que se faisait Paul du rôle de la femme dans la famille et dans la société chrétienne.
Mais il ne lui concède pas pour cela de manquer, sous prétexte de religion et d'émancipation évangélique, à ce qui était tenu pour une convenance rigoureuse dans la bonne société grecque. Cette raison de dignité, et les abus qu'il avait constatés, lui ont fait trouver très opportun de rappeler aux Corinthiennes brillantes, disputeuses et trop enthousiastes, que leurs instructeurs naturels, c'étaient leurs maris, et le lieu de leurs initiatives, le foyer.
On peut rapprocher x1, 2-8; Eph. v, 22, [ Tim. un, 11 ss, et lire l'étude de P. DE Lagnioze « Mulieres taceant in ecclesià » dans le « Bulletin d'ancienne littérature et d'archéologie chrétiennes », I, 41, sur le voile des femmes.
B. 86. Ce verset et les deux qui suivent sentent encore presque l'irritation. Paul ‘semble prévoir encore, comme x, 16, des résistances qui se déclareront surtout à propos de ce qu'il vient de dire pour les femmes. Est-ce donc Gorinthe qui doit imposer une règle aux autres églises, ou se dresser contre toutes, comme si elle était le foyer de l'Évangile, ou seule à le posséder dans sa quintessence ?
= B, 837, Des « pneumatiques » prétendront-ils le contredire au nom de l'Esprit, soit sur l’usage des charismes, soit sur toute la discipline qu il a donnée — ou plutôt rappelée — dans cette section ? Mais, dit l’Apôtre avec ironie, si l’on se fait de soi-même l'opinion (ÿoxsï) qu'on est « prophète » ou « spirituel », on devrait être capable de reconnaître qu'il a parlé au nom du Seigneur, avec l'autorité de l'Esprit. A. 38. äyvocitu B, E, K, L al., syr; mais œyvositot N°, À, D, Origène, copt. Ambrr. oulg.; l'indicatif, attesté dans les textes égyptiens comme « occidentaux »» paraît préférable.
B. 38. Si on lit l'impératif : « [S'il le méconnaïît], qu'il le méconnaisse », il faudrait entendre que Paul, presque agacé, laisse les disputeurs à leurs chicanes, comme s'il déclarait : « Tant pis! il peut le méconnaître, mais ce ‘sera à ses dépens »; « c’est son affaire » (Lemonnyer, 1922). Il romprait court à toute discussion, comme xi1, 16 (v. ad loc.). Chrys., Calvin, Bèze, Rob.-Pl., Lemonnyer, ont admis cette leçon. Mais si on lit l'indicatif (ce qui vaut mieux), avec Lietsm., J. Weiss, Bachmann, Sickenb., Gutjahr, Loisy, al., cette parole de Paul est plus grave et plus impressionnante : ce prétendu prophète ou « spirituel » prouve qu’il n’a aucun droit au titre qu'il se donne. Lietzmann va jusqu'à expliquer : « Dieu l’ignore et c’est un mauvais esprit qui l'anime », un démon; c’est peut-être aller un peu loin. Pourtant s. Jean dira plus tard (I Joan. 1v, 6) : « Celui qui connaît Dieu vous écoute, celui qui ne connaît pas Dieu ne vous écoute pas; c'est à cela que nous distinguons l'esprit de vérité et l'esprit d'erreur ».
= B. 39-40. Vient enfin la conclusion, sur un ton calme et pratique. Paul recommande la prophétie (quoique fnhodte soit peut-être un peu ironique encore); quant à la glossolalie, il dit seulement de « ne pas l'empêcher »; il la tolère, parce qu'elle peut venir de l'Esprit, mais on a vu comme il se méfie de la manière dont elle s’exerçait à Corinthe; il semble n'avoir pas cru que l'Esprit-Saint voulût donner souvent ce charisme, si malaisé à authentiquer et à rendre utile pour l'édification de l'Église corinthienne.
Ici se termine la partie de l'Épître consacrée aux charismes et au culte en général, en même temps que toute la section où il était répondu aux questions posées dans la lettre de l’église. Maïs ce dernier chapitre réclame encore quelques éclaircissements, qui feront l’objet de deux excursus.
Exc. xv. LA « GLOSSOLALIE » ET LE MIRACLE DES LANGUES A LA PENTECÔTE.
Cette « glossolalie » de Corinthe, que l'Apôtre de Jésus-Christ, grand extatique lui-même, traite pour ainsi dire en suspecte, qu'il met du moins au dernier rang des « charismes », fait naître un problème qui paraît d'abord assez troublant, à cause du retentissement qu’il peut avoir sur la question de l’historicité des Actes des Apôtres, et par conséquent sur celle des origines miraculeuses de l'Église. On s'explique l'embarras qui a longtemps régné, qui règne encore, dans l’exégèse orthodoxe pour l'interprétation du xrv° chapitre de la Première Epiître aux Corinthiens.
Voici les données. |
Dans l'Épangile selon saint Marc, xvi, 17, le Seigneur ressuscité promet à ses apôtres, entre autres signes qui accréditeront leur mission, qu'ils « parleront des langues nouvelles », YAGocats Axhoouatv xavri,
Au jour de la Pentecôte (Actes des Apôtres, Il), le Saint-Esprit descend sur
les disciples sous forme de langues de feu, Y\üoou del mupde (v. 3); « et ils commencèrent à parler en autres langues (que leur langue maternelle, étéparc yhoosoums), selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer » (v. 4). La foule réunie du monde entier pour la fête s’assemble autour d'eux, et c'est « dans son propre dialecte (17 t3ix Gtxhéxren) que chacun les entend parler » (v. 6). Parthes, Mèdes, Elamites, etc., s'en émerveillent. Ces Galiléens, disent-ils, parlent dans nos langues maternelles (raïç fuerépais YAwoows) des grandeurs de Dieu (v. 11). Pourtant d’autres raillent, et disent : « Ils sont pleins de vin doux » (v. 13). Suit le discours de Pierre, — en une seule langue, assurément — qui en convertit trois mille. Aucun doute dans l’interprétation de ce récit : les Apôtres, saisis par l'Esprit manifesté sous forme de « langues » de feu, font retentir des accents de joie et de louanges en idiomes étrangers, etles pèlerins cosmopolites s'en aperçoivent. De quelque pays qu'ils viennent, ces accents vont remuer dans leur cœur les vieux souvenirs de famille et d'enfance, et la jubilation religieuse des apôtres y éveille les échos Les plus personnels, les plus intimes. Vrai symbole et prédiction de la catholicité de l'Église. C'est pour cela que le miracle avait été fait (qu'il soit de locution ou d'audition, ou des deux ensemble, peu importe), et non pour que tous comprissent matériellement, car ces pèlerins, qu'ils vinssent d'Orient, d'Égypte ou de Rome, avaient tous l'usage d’une au moins de ces deux langues, l'araméen ou le grec. Mais il en demeure quelques-uns qui ne sont sensibles qu’à l'état d’excitation extraordinaire où ils voient les Apôtres, et déclarent : « Ce ne sont que des gens qui ont trop bu. »
Au cours des années suivantes, se produisent çà et là des conversions collec= tives, qui sont accompagnées aussitôt de manifestations sensibles de l'Esprit. C'est à Samarie (Act. vin, 17), c'est à Césarée le centurion Cornelius et sa maison (Act. x), ce sont plus tard les « disciples » rencontrés par saint Paul à Éphèse, Act. xix, 1-7. Quand l'Esprit s'empare d'eux, Cornelius et les siens « parlent en langues » (Axhoëvrwv hoooousc, x, 46), et, comme les Apôtres à la Pentecôte, « magnifient » Dieu (meyæhuvvrov vôv Asôv, ibid). Pierre alors les baptise, puisque « ils ont », dit-il, « reçu l'Esprit saint tout comme nous », ro nvebux To dyrov ÉAxGov dc xat fueis (v. 47), ce qui est une allusion évidente à la Pentecôte; il le répète, pour défendre son initiative, aux frères de Jérusalem (Act. x1, 15 : Emémecev td nveduo vo &yrov mn” arobs éomeo xal ép” fuGc v &oyÿ, ce qui est plus clair encore : « L'Esprit Saint est tombé sur eux comme sur nous-mémes au commencement »). Les « disciples » d'Éphèse, ayant reçu de Paul le baptême et l'imposition des mains, « parlaient en langues et prophétisaient », éadhouv ve phüooux xat rpopñceuor (Act. x1x, G), c'est-à-dire qu'ils manifestaient exactement les deux grands charismes qui étaient en honneur à Corinthe.
De la comparaison de ces récits, il ressort :
Que les phénomènes mystiques produits à Césarée et à Éphèse devaient être les mêmes, et les uns et Les autres pareils à ceux de Corinthe (4).
Que ceux de Césarée avaient rappelé à Pierre lui-même le miracle de la Pentecôte.
(1) Avec cetle différence, qu'il ne faut pas perdre de vue, qu'à Césarée et à Éphèse l'inspiralion était tout à fait imprévue, et lemporaire sans doute, tandis qu'à Corinthe « la glossolalie » élait presque passée à l'état d'institution.
Puisque deux quantités égales respectivement à une troisième sont égales entre elles, ne faudrait-il pas conclure que les phénomènes de « glossolalie » à Corinthe étaient identiques de nature au « miracle des langues » opéré au profit des Douze? et par conséquent que la « glossolalie », Aukeïiv Yhbaomç (Act. x, x1x; 1 Cor..), que ce fût à Césarée, à Ephèse, ou à Corinthe même, était un parler miraculeux en langues étrangères non apprises, hokeiv étéparc yhwooats (Act. 11)?
Or, à n'étudier que le texte de Paul dans I Cor. xrv, il paraît évident, nous l'avons établi, que la « glossolalie » corinthienne était un phénomène mystique d'autre nature, et d’un ordre bien inférieur au miracle de la Pentecôte.
D'où problème.
Cette considération n'a pas arrêté la grande majorité des exégètes, soit catholiques, soit protestants et rationalistes; ils soutiennent l'identification. Mais ils en tirent, naturellement, des conclusions bien différentes pour l'histoire.
La tradition exégétique, à travers l'antiquité chrétienne, le moyen âge et les temps modernes, paraît avoir été d'une teneur. Les Pères, saint Thomas (voir pourtant ci-dessous), Estius, etc., Ad. Maïer, Messmer, Seisenberger, Knabenbauer (sur les Actes), Cornely, Bartmann, Fonck, Prat, Simar, Pôlzl, Lemonnyer, Toussaint, Sales, Callan, ete., ainsi que les anciens orthodoxes protestants, ont tous parlé d’une élocution surnaturelle en langues étrangères. Cornely, Bartmann et Fonck (Lex. bibl. de Hagen, dans le « Cursus » des PP. Jésuites) se sont efforcés, par des raisons de convenance, d’exclure la théorie d'un langage extatique et incompréhensible (à cause, dit Fonck, de la nécessité du « rationabile obsequium »), et de démontrer la rationalité, ainsi que l'avantage pour l'instruction de l'assistance, d’un discours en idiomes étrangers. Bisping et Beiser (« Apostelgesch. ») ont pensé à une langue nouvelle ou universelle, peut-être (Bisping) celle d'avant la confusion de Babel; Bachmann, à une langue incompréhensible pour l'homme en tant qu'homme. Ce n’est qu'à une époque récente que des catholiques comme Rohr, Feliten, Gutjahr, et quelques autres, ont donné des interprétations qui tiennent mieux compte du texte.
Du côté libéral et rationaliste, la même assimilation aux faits de la Pentecôte a été maintenue. Mais ce n’est pas dans le même esprit, car on a conclu là que le récit d'Act. Il n'est pas historique, et que le « miracle des langues » n'est qu'une projection embellie, faite sur les débuts de l'Église à Jérusalem, du simple « parler-en-langues » que l'enthousiasme religieux déchaïnait en beaucoup de communautés primitives. Or, qu'était-ce que cette « glossolalie »? L'histoire des religions, comme les « revivals » des méthodistes, et les observations cliniques d'aujourd'hui, nous renseigneraient assez sur ce point. Eichhorn, Holsten, al. n’y voyaient qu'un phénomène pathologique : un état d'aliénation et d’inconscience, où la langue (y\üoox) remue toute seule pour émettre des sons incohérents: J. Weiss leur objecte que Aux. Y\woon n'est pas une expression qui entraîne l'idée d’inconscience, et que le pluriel üoo« ne s’expliquerait pas s’il s'agissait simplement de la langue qu'on a dans la bouche. D'autres, Renan, Bleek, Heinrici, Schürer, y voient un langage extatique où pouvaient se mêler quelques mots étrangers, hébreux ou araméens, comme maran atha (v. [ Cor.
xvi, 23) et d’autres (Renan). IL y a du vrai, mais ce n'est pas suffisant. Enfin les syncrétistes amènent tout l’attirail bizarre des mots forgés avec des consonances sémitiques, égyptiennes, etc., qu'on trouve en si grande abondance dans les papyrus magiques de l’époque. Les mystiques païens donnaient ces abracadabras comme des noms secrets de Dieu ou des dieux. Reitzenstein (« Poimandres », pp. 55 ss.) rappelle que les dieux inférieurs louaient ainsi les supérieurs, dans la vieille Egypte, en une langue à eux, et qu’au temps du syncrétisme on attache beaucoup d'importance à invoquer la divinité méon puvn xat méon dtaléxtw (Déeterich, « Abraxas », p. 4}; on se servait de préférence de vocables appartenant aux langues censées les plus anciennes, comme le phrygien; un mage pouvait dire à son dieu, pour être plus sûr de le toucher : ofdé sou xat vù BapBaptxù évouata, « Je sais jusqu'à tes noms barbares ». Des chrétiens exaltés auraient transporté dans leur religion ces pratiques contre lesquelles Paul dut protester, et ils croyaient parler ainsi « la langue des Anges » (I Cor. xux, 1; Weinel, al.). On sait par le Testament de Job, écrit qui se tient entre le judaïsme et Le christianisme (v. Reëtz., ibid. p. 57) que, sur les trois filles de Job, avant la mort de leur père, l’une se mit « à chanter à Dieu selon l'hymnologie des Anges », l'autre « dans le dialecte des Archontes », la troisième « dans le dialecte des : Chérubins », enfin « chacune dans le dialecte qu’elle choisissait » en son transport. Delafosse pense naturellement aux inspirés #0ntanistes, pour les glossolales de Corinthe, dont les prouesses auraient été plus ou moins réglées par un catholique ancien et un catholique récent, tandis que l'hymne à la charité du ch. xxx aurait été introduit comme correctif. Etc. — Quant aux psychiâtres, ils évoquent la glossolalie des aliénés, et les phénomènes parfois morbides que l'épidémie d’ enthousiasme religieux produit encore sous nos yeux dans les « revivals » (1).
On voit que la question est de celles qui méritent d'être pleinement élucidées, — en admettant que la chose soit possible.
D'abord, existe-t-il une tradition historique qui puisse fixer nos idées, en dehors du texte lui-même ?
Il faut répondre négativement. Déjà au temps de CArysostome, il semble que le souvenir des faits s'était perdu. L’illustre docteur d'Antioche ne fait pas difficulté d'avouer, à propos des charismes en général (kom. 29, xn, 1), et cela vaut spécialement pour le don des langues : « Le passage tout entier est très obscur. Cette obscurité provient de notre ignorance de ce qui se passait alors, mais n'arrive plus de nos jours ». (Cela peut valoir aussi pour les conditions du « repas du Seigneur », v. Exc. x). Pourrions-nous au moins, à travers l'histoire primitive, suivre une série de témoignages ou de similitudes qui illustreraient un peu la nature de la « glossolalie » du r°" siècle? On invoque un passage de s. /rénée (« Ado. Haer. » v, 6, 1) : moAÂGv duobouev déshpüv év ri éxxAnotx
(1) De l’abondante littérature consacrée à ce sujet, on peut signaler particulièrement Hermann GünrerT, Von der Sprache der Gôtter und Geister, 1921, 2 et 3, pp. 23-54 (théorie de la « langue des Anges ») et plusieurs auteurs qui l'ont précédé, EVERLING, Paulinische Angelologie, Eddison MosiMan, Das Zungenreden, 1911, comm. de Liets:mann, Bousset, J. Weiss. Notes à la fin de cet excursus.
TROPNTILÈ YApiouxTe épovtov, «at mavrodamaic Axhoëvrwv Où Toù rvebmaros TAHOE, « nous entendons dans l’église beaucoup de frères qui possèdent des charismes prophétiques, et qui parlent, par l'Esprit, en (?) glosses de toute sorte ». Gutjahr a raison de dire que cela n'éclaircit pas du tout le sens de Aüoom, et on peut certainement douter qu'il s'agisse là de « langues étrangères ». En cette fin du n° siècle, les illuminés montanistes s'excitaient sans doute à la glossolalie comme à un exercice favori; Hilgenfeld particulièrement a prétendu trouver chez eux l'explication du « parler-en-langues » de Corinthe; or on ne voit pas du tout qu'ils se soient servis d’idiomes exotiques; l'oracle de Prisca la prophétesse « Carnes sunt et carnem oderunt » (Tertullien, « de Res. carnis », xt), donné par ce savant comme exemple typique de « glossolalie », est une phrase latine qui n’a rien de particulièrement mystérieux. On pourrait aussi penser à ces « prophètes » dont parle Ceise (Origène, « cont. Celsum » vir, 9), qui gesticulent et vaticinent dans les sanctuaires, les villes et les camps, en Phénicie et en Palestine, déclarant « Je suis Dieu, ou le Fils de Dieu, ou l'Esprit divin. Le. monde va bientôt périr, etc... », et faisant suivre leur prédication de paroles inconnues, furieuses, absolument obscures (éyvmsra, moüpororpa, müvrn dnha), « dont nul homme de bon sens ne pourrait trouver la signification, etc. ». Si le polémiste païen n'a pas cherché purement à ridiculiser la propagande chrétienne. et ses évocations d'eschatologie, en prêtant aux fidèles des manières observées chez des inspirés d’autres religions (comme l'en soupçonne Lombard, « De la Gloss., » p. 99), ou encore s’il n’a pas voulu assimiler simplement les prophètes bibliques à des païens excentriques de-son époque (Farnack, « Mission » r, 2, p. 297, et Reitzenstein, « Poimandres » p. 222 et H M5, p. 316), on pourrait penser à des montanistes, comme la prophétesse Maximilla qui disait en esprit : « Je suis parole, esprit et puissance » (Æus. IH. E. v, 16); Ritschl l'a cru, mais Reitsenstein (loc. cit.) et Labriolle (p. 99 s.) rejettent cette identification. Il pourrait s'agir de gnostiques semi-païens imitant le langage secret de la magie; ce ne sont pas de vrais chrétiens, puisqu'on peut les rencontrer déraisonnant dans les temples, êv fepois, comme ëtw tepëiv; et rien n'éveille dans cette description caricaturale l'idée d’une liturgie comme celle de Corinthe. Par ailleurs, on ne trouve aucun indice — sauf peut-être parmi des gnostiques paganisants — que les fidèles du Christ aient jamais loué Dieu, en l'appelant ao, Elohai, Marmarachada, Menephô, Marmai, léor, etc., ou d’autres termes mystiques comme dans le Papyrus de Londres 1 (cfr. Lietzmann, p. 71).
Bref, on ne peut constater qu’il y ait eu, entre l'âge apostolique et le rv° siècle, où commence une « tradition » exégétique sur notre passage, continuité de phénomènes pareils à ceux dont traite notre épiître, et dont la vue, ou le souvenir rapproché, eût instruit les exégètes sur ce qui avait pu se passer au temps de saint Paul. Rien notamment ne permet de croire que les chrétiens orthodoxes, au moins depuis [rénée (dont le témoignage ne tranche rien, v. supra), ni même les montanistes, aient pensé à se servir dans le culte ou les manifestations prophétiques de « langues étrangères », où d’un galimatias magico-gnostique qu'on aurait pu comparer à des idiomes barbares.
Ce fait négatif joint à l'aveu de Chrysostome (supra) démontre qu'il n'y avait pas de tradition historique concernant ces « langues » de l'Épître aux Corinthiens. Ce n'est que l’instinet ou la réflexion un peu précipitée des exégètes qui
es ont identifiées — solution trop facile — aux « langues étrangères » des Apôtres.
Au moins, cette longue « tradition exégétique » est-elle absolument ferme et continue? On invoque en sa faveur la haute autorité de saint Thomas, par exemple. Or voyons de près le texte du Docteur Angélique. Il apparaîtra dès le premier regard, que, s’il parle comme les autres de « langues étrangères », c'est surtout qu'il est tenu par la fausse leçon de la Vulgate (« omnium vestrum lingua loquor », v. 18; un don perpétuel que tous les Apôtres auraient reçu à la Pentecôte, et Paul comme eux à son tour), mais qu'il ne s'en tient pas à cette solution comme à la seule possible, sans doute parce qu’elle le gêne quelque peu (1). On voit, à beaucoup de passages, que saint Thomas a toujours hésité entre les sens de « langue étrangère » et de « langage obscur », pour le cas des Corinthiens; on dirait bien qu’il préfère, dans son for intérieur, la seconde acception, et ne maintient l'autre qu’à cause du v. 18; en tout cas, il ouvre une perspective différente de l'opinion alors commune, et c'est justement celle que nous avons défendue.
Une tradition purement exégétique ne s'impose pas, surtout lorsqu’ elle n'est pas absolument unanime et décidée.
Parmi les catholiques récents, il en est, comme Rohr et Gutjahr, qui ont donné une explication très plausible de ce qui se passait à Corinthe. Le premier (« Paulus und die Gemeinde von Korinth », p. 49) note que la glossolalie critiquée par Paul offrait une analogie atténuée avec les « saintes fureurs » des cultes antiques et qu'elle avait les prédilections d’une communauté qui, sur bien des points, s'attachait aux manifestations sensibles, la majeure partie en étant formée par des Grecs du commun. Gutjahr analyse très bien, d'après le texte, le phénomène : ce « don » consistait en un état d’extase où étaient prononcées des paroles incompréhensibles aux auditeurs, dites à voix haute, en partie articulées et en partie inarticulées, dont l'intention était vaguement reconnaissable (prière, action de grâces, etc.), mais qui pouvaient se comparer à des notes émises sans liaison par des instruments de musique, ou à quelque langue exotique; si ce
(1) Voici ses manières de parler : à propos du v. 2 (éd. Vivès, p. 13’) « Quod ergo dicitur hic loqui lingua, vult Apostolus intelligi lingua ignota, et non explanata; sicut si in lingua theutonica loquatur quis alicui gallico, et non exponat, hic loquitur lingua. Vel etiam si loquatur visiones tantum el non exponat, loquitur lingua »; — à propos de 5: « Et hujus ratio est quia aliquando aliqui moventur a Spiritu sancto loqui aliquid mysticum, quod ipsi non intelligunt; unde isti habent donum linguarum »; — à propos de 10 (où il voit aussi un exemple, et non une définition, v. ad loe) : « Tertio, per exemplum sumplum ab hominibus diverse loquentibus »; — à propos de 6 : « si venero ad vos linguis loquens; hoc dupliciter potest intelligi, scilicet vel linguis ignotis, vel ad lilleram quibuscumque signis non intellectis »; — sur le v. 13: « ….prophetiae, quae est excellentior illo qui loquitur lingua ignola, vel extranea, vel aliqua myusteria occulla »; — sur 23 : « et omnes, qui jam convenerunt, loquantur linguis ad litteram extraneis, vel‘loquantur ignota et obscura; et dum sic confuse loquuntur, intret aliquis idiota, ete, »; « Quod si intelligilur lingua, nihilominus quae loquuntur sunt occulla »; — enfin à propos du v. 40, « loqui linguis nolile prohibere », le commentateur explique : « ne fiat dissensio », comme si le parler-en-langues public n'avait pas eu pour se justifier des raisons plus hautes!
n'eût été qu'un discours en idiome étranger, les glossolales n'auraient pu avoir l'air de « fous ».
Sur un point cependant nous ne pouvons partager son avis. Il estime que le pluriel de Aaheiv ÿAwoous, « parler-en-langues » s'expliquerait par un rapprochement avec le miracle de la Pentecôte, et les « Zangues de feu» qui descendirent sur les disciples.
Or l’expression, croyons-nous, s'explique d’abord, — non pas exclusivement, mais d'une façon plus directe — par le sens technique que le mot ÿ\üoca avait pris depuis longtemps dans le monde grec, et qui pouvait être familier à Paul, à l’auteur des Actes, et aux lecteurs corinthiens. C'était celui de terme sortant de l'usage ordinaire, et à cause de cela difficile à comprendre, — quel que fût d’ailleurs ce terme, étranger, archaïque ou rare. J. Weiss a le tort, comme toute l'école syncrétiste, de chercher des spécimens de la glossolalie corinthienne, comme ayant prétendu être un « langage des Anges », dans les excentricités des papyrus; mais il a raison d'expliquer yévn ÿAwooëv, « les genres de glosses » (x, 40) comme une expression courante dans la communauté, le mot Yhüooe, qui ne désignait d'abord que des mots isolés, ayant été appliqué à des phrases entières formées de « glosses » en partie, lesquelles pouvaient être de toute espèce, étrangères, nouvelles, etc.; d’où une certaine variété, qui permettait de parler de « genres » divers.
C'est à Heinrici, après Bleek comme précurseur, que revient le mérite d’avoir attiré l'attention sur ce sens technique de y\üose. Puis bien d’autres ont développé ses indications.
Les Athéniens appelaient yAürrar les mots étrangers à Ia langue courante, qu'Aristote définit clairement, en opposant la « glosse » au « mot xbptov », c'est-àdire au terme propre et usuel. IL dit (« Poétique » 1457 b 3) : « J'appelle xépuv (« dominant », « principal ») [le terme] dont se sert tout le monde, et yAücræ (« glosse », expression exotique ou dialectale) celui dont se servent des étrangers ; ainsi il est clair que le même mot est yAürra et xüprov, mais non pour les mêmes gens; Car ctyuvov (— Ôdps en attique) est xüpuv pour les Cypriotes, et pour nous c'est une glosse » ; — « tout nom est soit xépuv, soit glosse, soit métaphore, soit xouos (épithète d'ornement), etc. ». Il recommande d’user parfois de « glosses » (« Rhétorique » 1404b 26) : « En certaines circonstances, rares toutefois, il faut se servir de glosses, de noms doubles et fabriqués; mais le xépuv et l'usuel, ainsi que la métaphore, sont seuls de mise pour les conversations roulant sur des choses simples » (les GimA& évouura xal mexomuéve paraissent rentrer dans la catégorie des glosses). Il est bon cependant de se servir de glosses pour relever le langage dans la poésie : « car on admire ce qui est éloigné, et admirer est agréable » (Rhét. 1404 b 8). Les glosses sont utiles surtout dans l'épopée, car elles ont un air de solennité et de fierté, et la métaphore dans les ïfambes (Rhét. 1406 b 2); mais il ne faut abuser ni des unes ni de l’autre, car trop de métaphores changent l'énonciation en énigme, et trop de glosses en barbarisme; « ce qui est étranger à l'usage vulgaire (td ph iôwrixiv) empêche la banalité.…, mais le xüprov fait la clarté ». — Après Aristote, il y a surabondance d'explications identiques ou à peu près sur le mot « glosse » en grammaire et en rhétorique, depuis des contemporains de saint Paul jusqu'au Byzantin Eustathe {(v. J. Weiss, pp. 336 s.). Les Latins mêmes admettent le terme ou celui de « glossème », tout voisin.
Quintilien dit (« Inst. » 1, 8) que les « glossemata » sont « poces minus usitatae », appartenant (1, 17) à la « lingua secretior, quam Graeci ÿ\üooaç vocant ». Plutarque, en parlant de la Pythie (« De Pythiae oraculis » 24) explique que le dieu, se pliant à la marche du monde qui va de la poésie à la prose, a fait cesser sa prophétesse d'appeler les Delphiens mupixéous, les Spartiates ôpro6dsouç, les fleuves épeurorac, etc. et a supprimé de ses oracles vers, glosses, périphrases et obscurité. On peut trouver chez J. Weiss et d'autres encore un certain nombre de références au même Plutarque, à Sextus Empiricus, Galien, Marc-Aurèle, Denys d'Halicarnasse (évéuura ÿhwrimmerxé), ete. Cela revient toujours au même.
‘Nous voyons donc bien ce qu'étaient des ÿ\üoox pour les contemporains de saint Paul. Non pas précisément des termes tout à fait étrangers, ou absurdes comme ceux des papyrus, que personne n'aurait compris, mais des noms empruntés à une langue étrangère et encore peu courants, des expressions dialectales, rares, archaïques, des néologismes et des composés imprévus, même des circonlocutions trop emphatiques (comme xwémns &véocwv, « régnant sur la rame », qu'Aristote reproche à Eschyle et à Euripide, comme glosse homérique bien inutile pour dire « ramant », Meïllet).
Est-ce que l'enthousiasme des chrétiens de Corinthe, surtout de ceux qui étaient lettrés, les portait à faire tant de lyrisme dans leurs assemblées? Ou plutôt les interjections, les paroles décousues des extatiques, n'étaient-elles pas appelées « glosses » par extension, parce qu'elles étaient difficiles à comprendre du commun des assistants, des tüiru, comme de vraies « glosses »? Il pouvait y avoir de l’un et de l’autre; — et quelque chose encore en plus.
Nous pouvons maintenant comprendre comment « parler-en-langues » (en glosses) ne veut pas nécessairement dire tenir des discours en langue étrangère. Mais tout cela n’explique pas encore qu il se soit fait une espèce d'identification entre un miracle de premier ordre comme celui de la Pentecôte, et un charisme fréquent, dont le caractère surnaturel pouvait quelquefois rester douteux. Que des écrivains postérieurs aient pris le « parler-en-langues », dont la nature était oubliée, pour l'usage miraculeux de langues étrangères qui était, lui, décrit sans ambiguïté dans les Actes, et aient identifié ÿAuooatç à Étépais ÿAwooatc, puis que la lignée des commentateurs, où les saint Thomas sont des exceptions, les ait suivis sans voir de problème, on le comprend encore. Mais la difficulté est plus grave : c'est que les mêmes termes, AxAëtv yhwooutc, désignent le charisme corinthien et la manifestation de l'Esprit chez les « disciples » d'Éphèse et dans la maison de Cornelius, et que saint Pierre déclare, à propos du dernier fait : « Ils ont reçu le Saint-Esprit comme nous au commencement », c'est-à-dire comme les Douze à la Pentecôte.
Faut-il en conclure qu'il y eut un miracle de langues étrangères à Césarée et à Éphèse? On ne voit vraiment pas dans quel but Dieu aurait fait parler Cornelius de cette manière extraordinaire à Pierre et à ses compagnons de Joppé, ou les Éphésiens à Paul, Ils ont dû simplement s'épancher en langage extatique, comme les Corinthiens; il n’est pas question pour eux, dans le texte, de ÿAüocou étépau,
Mais alors, Pierre n’enseignerait-il pas, ruinant par avance le récit que devait écrire l’auteur d’Actes x, et pour le grand bénéfice des exégètes rationalistes, que lui et les apôtres ses compagnons, au jour où le Saint-Esprit est descendu sur eux, n'avaient pas fait autre chose que « glossolaliser » ?
Répondons qu'il y eut certainement, éntre les phénomènes spirituels de Corinthe, d'Éphèse et de Césarée d'une part, et le grand événement de Jérusalem de l’autre, une analogie assez frappante, mais une différence plus frappante encore.
L'analogie consiste en ceci que l'Esprit mit les Apôtres hors d'eux-mêmes, comme les convertis de Césarée et d'Éphèse, et les glossolales — les vrais — de Corinthe. Les uns et les autres, en extase, chantaient les louanges de Dieu. Le transport des Douze était tel que certains témoins les prirent pour des gens ivres.
La différence est que, à la Pentecôte, l'Esprit, pour attirer d'un coup des milliers de Juifs dans l'Église naissante, joignit à cette extase collective, saisis. sante déjà, le grand miracle des langues étrangères entendues par la foule des pèlerins, — tandis que dans les autres cas, le texte ne parle de rien qui y ressemble, et qu'un pareil prodige aurait d'ailleurs été inutile.
L’analogie — cette descente de l'Esprit mettant en extase les croyants, — était assez grande pour que les phénomènes spirituels de Césarée, d'Éphèse, et même de Corinthe, fussent considérés comme une sorte de continuation, ou de répétition, de la Pentecôte. Puisque yAüoout (— langues) signifiait toute espèce de parler extraordinaire; il est compréhensible que les premiers chrétiens aient mis dans un même genre les « glosses » inspirées dont ils étaient bénéficiaires, et les « autres langues », ÿAüooxt étépar, bien plus extraordinaires encore, que les Apôtres avaient parlées. Sans doute il y avait une forte nuance qui distinguait le parler clair et miraculeux de la Pentecôte, et les expressions obscures des glossolales. Mais ils avaient de commun ceci, de n'être pas la manière de parler habituelle et d'être un effet de la présence de l’ Esprit.
Quand on ne sut plus très clairement ce qui s'était passé au 1°" siècle, la. nuance fut oubliée, et tout fut ramené à la manifestation la plus éclatante, le chant des louanges de Dieu en idiomes humains et intelligibles en eux-mêmes, mais non appris de ceux qui les parlaient.
Il est d’ailleurs fort possible, — ni nous, ni Gutjahr, ni les autres catholiques nous ne le nions — que, suivant la promesse du Christ (Marc, xvi, 17), le miracle des langues se soit quelquefois reproduit au profit des prédicateurs de l'Évangile; on rapporte des faits semblables dans la vie de quelques saints. Il a pu coïncider aussi avec des transports extatiques, et des « glossolalies » proprement dites. Nous ne le savons pas; mais la chose est possible, et elle aurait contribué à faire confondre dans le bloc d'une seule perspective toutes les façons surprenantes de s'exprimer qu'on notait chez les « spirituels ».
Nous pouvons sans doute nous représenter de la sorte ce qui arrivait dans les assemblées corinthiennes.
Des membres de l'Église, saisis par l'enthousiasme religieux, commençaient
à louer Dieu à haute voix, en grec, dans une improvisation ardente, et ils perdaient bientôt, à force d'émotion, le fil de leur discours. Plus ils s’animaient, plus leur langage devenait entrecoupé, leurs exclamations mystérieuses; les auditeurs finissaient par ne plus y saisir aucun sens. Des paroles liturgiques en langue araméenne, comme « Abba, Pater », « Ephpheta », « Maran atha » pouvaient s'échapper de leurs lèvres. D'ailleurs, comme la communauté chrétienne de cette ville cosmopolite venait en partie de tous les coins du monde méditerranéen, des extatiques qui n'étaient pas nés Grecs pouvaient retourner instinctivement à leur langue maternelle, se mettre à ne plus prononcer que des mots latins, égyptiens, puniques, étépar YAüosw, mais toujours en une telle confusion que ceux-là mêmes qui savaient ces langues ne pouvaient les comprendre. L'assistance était surprise et édifiée du spectacle; mais elle ne pouvait s'associer consciemment aux pensées et aux sentiments précis des « glossolales » que si un « interprète » lui en communiquait ensuite la substance. Autrement, la chose était plus théâtrale qu'utile, et réveillait trop certains instincts du vieux paganisme; il était par conséquent douteux que ce fût l'œuvre d'un Esprit d'ordre et de paix. Paul le leur dit, et agit en conséquence.
Nous semblons beaucoup affaiblir le caractère surnaturel de ces manifestations. Mais, de fait, il n'était pas toujours facile à reconnaître, car les contrefaçons de « pneumatisme » pouvaient aisément se faire jour, et des illuminés, des hystériques encore demi-païens, hommes et femmes surtout, peut-être même des gens ayant fait trop bonne chère (voir xr, 21), des simulateurs qui voulaient se faire valoir, ou parler prétendument sous l'influence de l'Esprit contre Paul, contre les chefs de la communauté ou les factions rivales (voir xrv, 37; xr1, 3; x1, 48), et surtout « ceux du Christ » si nous les avons bien identifiés (Exc. rv), se manquaient pas d'attribuer à l'Esprit une inspiration exaltée ou contrefaite qui leur venait de toute autre source. Si jamais pareils abus ne s'étaient produits, l’Apôtre n'aurait point institué une réglementation si sévère. La supposition ne paraît pas très digne d’une assemblée des premiers chrétiens, où la piété populaire s’est habituée à ne voir que des saints; mais nous savons assez que tout le monde n’était pas saint dans l'église de Corinthe. Notre chapitre xrv, loin d’être attristant, est tout à la gloire, en somme, du sage, de l'admirable homme de Dieu, du modèle des vrais mystiques inspirés, de l’authentique Apôtre de Jésus-Christ qu'était Paul; Schweïtser dit justement (« Mystik » p. 470) : « À peine trouverait-on quelque passage où Paul apparaisse autant dans la grandeur de celui qui est de son temps, et cependant au-dessus de lui, que dans ce chapitre x1v de la Première Lettre aux Corinthiens. » Depuis le ch. var plutôt, il nous apparaît comme méritant à un titre nouveau, qui n'était pas assez aperçu autrefois, la vénération reconnaissante de l’ Église : : celui de sauveur de la vraie tradition et de l'esprit authentique du christianisme, celui d’instrument que Dieu s'est choisi pour empêcher la nouvelle doctrine de sombrer, dans les églises les plus importantes, mères des autres, au milieu de je ne sais quelle gnose et syncrétisme fameux de Grèce et d'Orient.
[On peut voir les commentaires de saint Tuomas d'Aquin; — de Conneuy, Gursaur, SickENDERGER; — de Hpeinnicr, Lierzmann, Bousser, J. Wriss, — Srisensercer, Kirchenlexikon 11%, p. 87; Prar, La Théologie de s. Paul, 1; Fonex, dans Lexikon biblicum; Banrmans, Kathol. Seclsorger, 1897, pp. 401
ss. — Ï, Rour, Paulus und die Gemeinde von Korinth, 1899. — Pierre de LasrioLce, « Mulieres taceant in ecclesia », un aspect de la lutte antimontaniste, dans Bull. d'anc. littér. et archéol. chrét. 4911; Id. La crise montaniste, 1913. — J. M. Vosré O. P., Theses in Actus Apostotolum, I De Pentecoste Christiana et glossolalia, 1931; — Commentaires sur les Actes des Apôtres » de BELSER, FELTEN, TAcQUIER. — Testament de Job dans « Texts and studies » de Robinson, v, 1, par James; dans le « Jewish Quarterly Review » 4901, par Conyseare. — E. Renan. Les Apôtres et Saint Paul. — Hircenren, Die Glossolalie in der alten Kirche, 1850.—Everune, Paulinische Angelologie. — Rrrscur, Die Entstehung der altkatholischen Kirche, 1857. — Wrinez, Die Wirkungen des Geistes und der Geister im nachapostolischen Zetlalter bis auf Irenäus, 1899. — E. Lomsar», De la glossolalie, chez les premiers chrétiens et des phénomènes similaires, 1910, Lausanne. — Eddison Mosiman, Das : Zungenreden, geschichtlich und psychologisch untersucht, Leipzig 1911. — Hermann Günrerr, Von der Sprache der Gôtter und Geister 1921. — Rerr- ZENSTEIN, Poimandres; Id. Die hellenistischen Mysterienreligionen * 1927. — A. Merccer, Apercu d’une histoire de la langue grecque, pp. 136-140. — etc.]
Exc. xvi. — L'« ASSEMBLÉE DE PAROLES » ET LE « REPAS DU SEIGNEUR ».
Les chapitres xr et xrv nous donnent l'image assez complète, semble-t-il, de la liturgie qui se célébrait à Corinthe. Deux éléments la constituaient essentiellement : un repas commun, à la fin duquel (ou bien au cours duquel) se célébrait le sacrifice eucharistique (voir Exc. x) et un ensemble de prières, de louanges, d'actions de grâces, au milieu duquel les pneumatiques manifestaient leurs charismes. Nous avons étudié ces deux actes sans chercher encore à fixer les rapports de l’un avec l'autre. >
Maintenant la question se pose : l’ensemble de ces rites occupait-il deux réunions bien distinctes, parce qu'elles auraient été séparées par un long intervalle, et tenues soit une le matin et l'autre Le soir, soit même à des jours différents de la semaine?
Il serait difficile, avec le seul texte de I Cor., de répondre par un oui ou un non catégorique. Nous n'irons pas non plus recourir à la pratique du rr° siècle, au temps de Pline et de Justin; on sait que le banquet fraternel fut séparé de l'Eucharistie, et celle-ci transportée aux premières heures du matin (Pline à Trajan, ep. 97). Pour la Corinthe du temps de Paul, nous croyons avoir bien . établi que- repas et sacrifice coïncidaient et avaient lieu le soir (à moins que l'Apôtre n'en ait disposé autrement après l'envoi de sa lettre, ce que nous ignorons). -
Etait-ce dans cette réunion du soir qu'opéraient les charismes? Nous ne les transporterions point, en tout cas, à un jour séparé, car « l'assemblée de paroles », solennelle et longue comme elle était, prenait une partie notable des vingt-quatre heures, et il est peu vraisemblable que les esclaves, ouvriers, petits commerçants qui formaient la masse de la communauté, pussent abandonner ainsi leur travail et leurs affaires plus d'une fois dans la semaine, — Ou bien on pourrait supposer encore que « l'assemblée de paroles » n'avait pas lieu aussi souvent que le « repas du Seigneur », mais je crois que personne n’y a pensé.
— Tout fait donc croire que l’ensemble trouvait place le même jour, le « jour du Seigneur ». Or, il est peu vraisemblable que la réunion des pneumatiques eût lieu dès le matin; autrement toute la journée aurait été prise; et les esclaves au moins ne pouvaient sûrement compter sur un « repos hebdomadaire » garanti. Ce n'est pas impossible cependant, quand on pense aux loisirs du sabbat juif et aux multiples féries des corporations païennes.
Mais Paul ne parle nulle part de deux réunions: il ne dit pas non plus, expressément, qu'il n'y en ait qu’une seule; seulement il emploie toujours le terme général : « Quand vous vous réunissez », &rav cuvépynshs, auvepyouévev Époiv, sans indiquer de distinction, aux chap. xret xrv. Schweitzer (« Mystik », p. 247) fait avec d’autres remarquer pertinemment qu'il doit toujours être question de la même assemblée; à notre avis, c'est au moins le plus probable de beaucoup. Rokr (op. laud. pp. 29 ss., 35 ss.) discute la question et se prononce aussi pour l'unité. Baurmgartner (v. Exc.-x) met bien l'Eucharistie à part, le matin, mais laisse ensemble Le repas commun, ou agape, et les manifestations charismatiques.
Il nous semble que la question pourra être directement tranchée, avec une certitude approximative, par d'autres témoignages du Nouveau Testament, en dehors de notre Epître. Nous ne revenons pas sur la cérémonie de Troas (Act. xx, 7-20), dont on ne peut cependant prouver que l'ordre fût différent de celui des assemblées de Corinthe (v. Exc. x). Nous n'insisterons pas non plus sur les cérémonies d’autres régions, quoique Jude 12-14, et la ZI de Pierre, 11, 12-14 semblent désigner de joyeux repas fraternels comme l’occasion que saisissaient les libertins pour étaler leur licence coupable et répandre en même temps leurs erreurs (II Peë. x, 13 porte émérais comme la leçon la mieux attestée, mais Jude, dans le développement correspondant — et Jude, selon nous, est antérieur, — a sûrement le mot éyémau, « agapes »; Keating, op. cit., y voit l'agape et l'eucharistie réunies). Adressons-nous à Paul lui-même. Dans l'Æpitre aux Ephésiers, v, 18-20, l’Apôtre a bien l'air de faire allusion à un repas coïncidant avec des manifestations analogues à celles de Corinthe, lorsqu'il dit aux fidèles d'Asie- Mineure : « Ve vous entvrez pas de vin, mais remplissez-vous de l'Esprit, vous parlant les uns aux autres en psaumes, en hymnes, en cantiques spirituels,.… rendant grâces (ebupioroüvrs<) toujours pour toutes choses, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à [celui qui est] Dieu et Père ». Cette mention du vin, assez inattendue, doit être justifiée par une raison particulière; le rapprochement de la boisson et des manifestations spirituelles s'explique au mieux si les psaumes, les cantiques, les actions de grâces trouvaient place dans un repas, dont il ne fallait pas oublier le sens spirituel symbolique. |
L'analogie avec la situation de Corinthe paraît alors frappante, d'une part avec instruction du ch. xr, et de l'autre avec celle de xiv. Si repas et charismes étaient unis en Asie-Mineure, ils pouvaient bien l'être à Corinthe aussi. Et nous comprenons mieux comment des abus pouvaient s’introduire, dans l’usage de la glossolalie notamment, si quelques-uns se mettaient à « parler-enlangues » au cours d’un souper où Paul nous révèle qu'on s'enivrait.
Mais c'était durant ce repas, nous l'avons vu, que l’Eucharistie se célébrait dans l'église de Corinthe, — et probablement ailleurs aussi. Nous ne suppose rons pas qu'il y avait en un seul jour deux banquets.
D'autre part, les saints mystères devaient être entourés de prières et d'ins-
ÉPITRE AUX CORINTITENS. 25
tructions. La Didachè, 1x-x, nous en fournit des exemples. C'était là une occasion, la meilleure, pour les pneumatiques de manifester leurs dons. L'auteur de la Didachè nous éclaire encore sur ce point, quand il dit (x, 7): « Permettez aux prophètes de rendre grâces (eçuptoreiv) » non seulement dans les formules qu'il vient d'écrire, mais « autant — ou aussi longtemps — qu'ils voudront;
8cx 6éhouoiv. » À Corinthe, il fallait bien sans doute, avant la réforme de saint Paul,
concéder le même privilège aux glossolales.
Ainsi nous croyons qu'une séance continue, commencée l'après-midi du:
dimanche, et prolongée jusque dans la nuit, dans le lieu réservé au culte, embrassait à la fois les prières et instructions (simples didascalies et paroles inspirées), le repas fraternel et les saints mystères, Malgré tout le désordre qui put s'y introduire, nous n'irons cependant pas nous reconstituer cette assemblée sur le type d'une sorte de dîner de noces campagnard agrémenté de chansons, disputes et toasts innombrables et bientôt avinés.
Certainement il y avait un temps de silence relatif et de recueillement — autant qu'on pouvait l'obtenir — quand on arrivait à l'action sacrée et que les paroles du Seigneur étaient prononcées sur le pain et le vin, puis la communion distribuée. Nous pouvons éroire que des prières et des hymnes, d'une forme assez arrêtée déjà, entouraient cet acte. On attendait pour l’accomplir que les retardataires fussent arrivés et toute la communauté réunie. Jusque-là, il y avait eu des prières et insjructions pour débuter, et sans doute déjà des manifestations charismatiques s’ y étaient mêlées; puis les riches blâmés par s. Paul et tous les gens trop pressés avaient commencé le banquet, qui cessait ainsi d’être fraternel, puisqu'on n’attendait pas les autres et qu'on ne se souciait pas de partager avec eux. Ensuite venait, à la clôture du repas, la liturgie proprement dite, avec la consécration et la communion. Il est possible que, après la communion, le repas se prolongeât toujours du moins pour beaucoup de convives, en une sorte de « symposion » spirituel, où, naturellement, toutes sortes de charismes et de glossolalies éclosaient encore.
Nous avons placé l'eucharistie après le repas proprement dit (voir comment. et Exc. x). Une des raisons qui nous y déterminent, c’est la présence possible d'incroyants, ämovor {xiv, 23), à des moments où la glossolalie battait son plein. À coup sûr, ces infidèles n'étaient pas admis à l'acte solennel du « repas du Seigneur » ; il faut donc que, dès la fin de la première partie, ceux qui n'étaient. pas membres de l'église ou chrétiens venus d'une autre église (et peut-être ira à Corinthe) aient été congédiés, puis les portes fermées. Nous pourrions, à la rigueur, supposer aussi qu'ils n'étaient admis qu'après la communion, au moment du symposion présumé, quand on aurait rouvert les portes: mais la chose est bien moins probable, car ces étrangers, avec le peu d'ordre maintenu
dans la cérémonie, ne pouvaient guère savoir l'heure où il leur serait loisible .
d'entrer; eton ne se figure pas des groupes de païens ou de Juifs attendant indéfiniment en plein air qu'un chrétien vienne les chercher dehors.
Quoi. qu'il en soit, l'Apôtre fondateur de l'église trouvait certainement beaucoup de choses à y remettre en ordre, dans la liturgie et la mystique comme
dans tout le reste.
[On peut voir les mêmes ouvrages que pour les Exc. x, x1 et l'Exc. xv].