QUATRIÈME PARTIE DE L'ÉPITRE
(Ch. XV. La résurrection du Christ et des fidèles). -
Int. Ce chapitre XV est le digne couronnement de la leitre apostolique; on peut dire que le reste y acheminait. Auparavant tous les problèmes ont été résolus par le principe suprême de « charité », qui doit régler l'usage de la « liberté ». Mais la perfection relative que procure sur terre l'union à Dieu dans le Christ n'est que le premier stade de cette union, qui ne sera complète qu'à la résurrection bienheureuse. Alors tout l'être humain, âme et corps, sera parfaitement « réless » et « spirituel », Et si la vision béatifique a êté déjà entrevue pour les individus (ch. XIII, 12), alors c'est toute l'humanité rachetée, le « Corps » entier, qui sera transportée en Dieu. Tout se fera dans le Christ, le premier Ressuscité qui a ouvert la voie aux autres. Saint Paul, disent Rob.-Pl,, s'élève du Christ crucifié au Christ ressuscité. Il le fait avec une vigueur et une richesse de pensée où lui-méme se surpasse; par endroits il atteint à un lyrisme comparable à celui du chapitre XIII; c'est un véritable « discours de sagesse ».
Il semble qu'il avait déjà répondu à toutes les questions posées dans la missive de l'église corinthienne. Mais on ne sait au juste comment ni par qui, l'Apôtre a eu connaissance d'un danger intérieur qui, s'il prenait corps, serait encore plus grave que tous ceux auxquels il a paré jusqu'ici. Il est des « sages » ou des libertins qui, tout en admettant la résurrection du Christ, montrent un certain scepticisme à l'égard de ce qui fait le grand objet positif de l'espérance chrétienne, la résurrection générale de la chair. Sans doute y sont-ils amenés, avec beaucoup d'inconséquence, par les préjugés de la sagesse hellénique contre la matière, et un « pneumatisme », un excès de spiritualisme mal compris. L'immortalité de l'âme leur suffit. Ces « spiritualistes » ne voient pas, ou ne veulent pas voir, qu'ils devraient nier aussi par le fait même la : résurrection de Jésus; mais alors la garantie des promesses, la preuve que Jésus est : le maitre de la vie et de la mort et qu'Il nous a rachetés, enfin toute la foi chrétienne : perdrait ses fondements, et ne serait plus qu'une illusion, comme les autres éthiques’ et mystiques qui se disputaient les âmes de l'époque; ce serait même la plus décevante. |
Paul le leur dit, et les ramène à la juste appréciation des bases de la foi, et de la grandeur de l'espérance nouvelle. La manière calme et modérée dont il s'y prend, son souci d'argumenter et de convaincre, malgré l'ardeur intérieure qui le brûle, nous montre assez que cette erreur « spiritualiste », qui devait s'afficher plus tard en Asie-Mineure (11 Tim. n, 17-18) et chez les Gnostiques et Manichéens, n'avait pas pris encore à Corinthe la consistance d'une doctrine assurée ; Paul aurait parlé avee plus de véhémence dans ce cas. Elle ne devait encore s'exprimer qu'en discussions, chuchotements, hypothèses, tendances à couleur d'intellectualité ou de mystique supérieure, sans doute en ces factions qui professaient avec intempérance le «liberté ». L'Apôtre veut les remettre dans le droit chemin par une controverse pleine de fermeté et de persuasion, mais qui aboutit enfin à une sorte d'apocalypse et aux accents des pv. 5h-suiv., si beaux dans leur sérénité triomphante, qui célèbrent la victoire sur la Mort.
Saint Paul ne parle que des élus; son but était de sauver et de consolider l'espérance (comme la charité dans la partie pratique, et la foi surnaturelle dans Les premières pages). Il fallait montrer le chemin entre deux embüches : ou bien de se
figurer une résurrection qui eût prolongé les mesquines conditions corporelles de la vie présente, — ou bien d'attendre un corps qui n'aurait plus été le nôtre, répondant à notre personnalité. Voici comment l’Apôtre s'y prend :
À. xv, 1-11. Il renouvelle, pour ranimer la foi des lecteurs, les attestations détaillées du fait qui est à là base de notre espérance, la Résurrection de Jésus.
B. xv, 12-34. Ce fait montre la possibilité de résurrection d'un corps humain; si on nie celle-ci, il faudrait nier la Résurrection du Christ, et’la foi s'écroulerait. — (Entre 20 et 28 s'ouvre un tableau grandiose d'eschatologie qui sera complété à la section suivante). — Arguments divers et « ad hominem ».
C. xv, 35-58. Le mode de la Résurrection. Fin du tableau eschatologique : le triomphe du Christ sur la mort universelle. Exhortation à l'activité chrétienne et à l'espérance.
À. Cu. xv, 1-11, LE FAIT DE LA RÉSURRECTION DU CHRIST ET SES PREUVES.
nr. Tout le mal provenait de ce que certains chrétiens n'avaient pas une foi assez ferme, ou du moins assez conséquente, dans la Résurrection du Christ. Ils n'y pensaient pas suffisamment, et ne voyaient pas dans leur ampleur les résultats qu'elle a pour nous. Aussi Paul remet sous leurs yeux les preuves éclatantes de ce miracle, capital pour la fois
Il est clair qu’il tient ces preuves avant iout de la tradition. D'ailleurs son argument, c'est l'unanimité de l'enseignement des Apôtres. Ainsi cette péricope se rattache par l'inspiration aux chapitres précédents, où sans cesse la tradition commune était invoquée.
Cette instruction avec ce qui la suit a été gardée pour la fin, à cause de son importance. Si on n'y croyait pas, tout ce qui a êté dit précédemment des mystères de la foi, de la morale privée et publique, du culte et de l'Église, deviendrait vide de sens.
Comme il n'y a qu'un lien psychologique, doctrinal et mystique avec ce qui précède, nous n'avons pas lieu de supposer que la lettre de Corinthe ait soulevé cette question ; l'absence de l'introduction habituelle aux réponses sollicitées, le reot dé, suggère déjà cette discontinuité matérielle. Mais l'unité logique est très facile à voir, comme nous l'avons indiqué. Paul a pu avoir son attention attirée sur ce point par des tendances du même genre qu'il aurait constatées à Ephèse (voir 1 Tim, ci-dessus), ou par des conversations d'Apollos, des « gens de Chloé », peut-être de la délégation corinthienne.
Selon Delafosse, tout ce chapitre n'aurait vu le jour qu'aux environs de l'an 140, puis de l'an 165, un marcionite et des catholiques, l'un spiritualiste, les autres croyant à la résurrection de la chair, se réclamant de l'autorité de Paul, ou essayant catholiquement de le ramener à l'enseignement des Douse. On laisse à notre imagination le soin de découvrir dans quelle cuisine tout cela a pu s'opérer; la marche grandiose du développement n'est pas le moins du monde aperçue.
À. 1-2. l'vwpltw Gé : le dé marque le passage à un autre sujet; nous croyons qu'on peut quand même le traduire ici par « cependant » (v. infra, B); Yvupitw signifie proprement « faire connaitre », et il y aurait ici une certaine exagération ironique, si Paul voulait insinuer que ses lecteurs ne connaissent pas encore bién comme. il faut. son évangile; mais il est peut-être plus équitable de l'entendre au simple sens de « rappeler », comme l'ont fait Théodorer, Œcuménius, Théophylacte,
Thomas, etc., Rob.-Pl., Gutjahr, Karl Barth, al.; Bachmann : « Je veux vous rendre attentifs », — napeldfiere, voir au v. 3, infra. — Ectérate, outecle, affirmations « de droit »; à eux d'y conformer le fait. — Tin Adyw ednyy. buiv ei utéyere est une
: * V4 € = x ? € \ CS # Cu. xv, 1. “Tvwpilu dE buiv, dshoo!, vd ebayyékuov 8 ebnyyektoduny buiv, à nat , cd - La * “ CE mapehdéete, ëv w wat Ecrnate, 2. du où nat owbeobe, “rive Ad YU ednyyeATduNv dpEv LE * = 9 , el natéyere, “Éntos et MY “elxf émioreboure.
CH. xv, 1. Je vous rappelle cependant, frères, à la connaissance de l'évangile que je vous ai évangélisé, que vous avez et [d'abord] reçu et dans lequel vous restez fermes, 2. par lequel aussi vous Vous Sauvez,
si vous retenez bien en quel sens je vous ai évangélisés, hors le cas où vous auriez Cru pour rien.
leçon assez difficile; pour l’éclaircir, plusieurs témoins ont écrit ôpeflete xatéyeiv au Jieu de et saréy. (D, F&, e, got. Ambrr : « qua ratione evangelizavi vobis debetis sustinere »). Blass (Blass-Deb. $ 478) voudrait effacer ei pour faire de xatéyere un impératif; mais c’est arbitraire. En gardant le texte tel qu'il est, il y a plusieurs manières possibles de lier les mots et les idées :
19 Lietzmann\ propose de mettre un point après cwfeoûe, et de faire des mots qui suivent une question : : « Je vous rappélle l'Évangile. De quelle manière vous ai-je évangélisés? — si vous le retenez ».… Ce qui ne nous paraît pas impossible, car Paul, dans l'émotion que certainement il éprouvait, pouvait prendre un style un peu heurté.
2° Beaucoup font dépendre tin Adyw de yvwpltw, comme un complément coordonné (par « oratio varia ») à tb ebayy : « Je vous rappelle l'Évangile, [et] en quels termes Je vous évangélisai, — si vous le retenez » (Estius?2, Lap., Heinrici, Lietzmann?; Gutjahr comme plus probable); Bachmann fait de rd edayy. un accusatif absolu : « Je vous rends attentifs, touchant l’ Évang pile... à ceci, en quels discours je vous l'apportai, eic. » — Cette seconde interprétation est certainement très admissible.
3° Beaucoup d’autres rattachent tive Adyw non pas à yvwpifw, mais à xatéyete qui suit : « ...si vous le retenez dans les termes où je vous l'ai préché » ; ou mieux, afin de conserver à tive son sens d'interrogation indirecte : « ...si vous retenez en quels termes je vous l'ai préché. » Ainsi s. Thomas, Hervé, Estius, Maier, Holsten, Schaefer, Cornely, Schmiedel, Rob.-Pl., Bousset, J. Weiss, Lemonnyer, Toussaint, Sickenberger, Loisy, K. Barth, etc. La difficulté principale est que xatéyere est ici rejeté d’une façon un peu dure après son régime; Rob.-Pl. l'expliquent en disant que c'est pour donner plus d'emphase à tiv Xéyw.
Nous pourrions hésiter; mais, pour faire acte de soumission à la majorité, nous suivrons dans notre traduction l'opinion 8,
Adyw : non pas tant la formule, mais le contenu (Bachmann); « sur quel fondement » (Lietzm.). — ëxvds el uf, voir x1v, 5, supra. — ex, (cfr. Gal. ni, 4) signifie « vainement »; mais faut-il le prendre au sens de « sans fondement », ou de « sans profit »? Les auteurs se partagent; nous traduisons avec Loisy : « à moins que vous n'ayez cru pour rien », ce qui ménage les deux sens possibles, et dont l’un, d’ailleurs, entraîne l’autre. — imoteboute, aoriste ingressif.
B. 1-2. Malgré tous les dons spirituels qui remplissent l’église de Corinthe (chapp. précédents et 1, 4-6), Paul doit cependant (Gt) les ramener à une plus juste appréciation de quelque chose de capital dans son évangile. Car s'ils ne comprenaient pas bien la portée de ce point-là, tel que Paul le leur a prêché, et s'ils ne s’y attachaient pas d’une croyance très ferme, alors leur foi reposerait sur le néant, et ne leur servirait à rien.
Ce point, ce Adyos exact sur quoi tout repose, nous allons voir ce que c’est. Les
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Corinthiens ne l'ont pas seulement entendu prêcher, ils ont reçu et accepté (rapeki- Ber:; remarquer l'insistance des deux xai); cette acceptation, comme dit Barth, entraîne un engagement éternel. | À. 8. rapéüwna et mapéhafov (tradition reçue et transmise) ont ici un sens si évidemment dégagé de toute espèce d’ambiguité,. que cela nous a aidé à fixer celui de x1, 23 (v. ad loc. et Exc. x11) — èv roro est masculin et temporel (« à vous les premiers ») pour Chrys., Theoph., Cornely; cela ne nous paraît point probable, car Paul avait évangélisé un certain nombre d’autres pays avant Corinthe; il faut donc comprendre « en tout premier lieu »; comme premier enseignement; cfr. les discours ‘de Pierre dans les Actes, celui de Paul à Athènes, ete. — Marcion a omis 0 xat :xapélafov, d'une manière évidemment tendancieuse (Lietsm.), parce qu'il ne voulait pas que Paul eût rien reçu des Douze en fait de doctrine; maïs cette amputation montre que ce vieux Grec n'envisageait pas pour le mot rapéhafov d'autre sens possible que celui que nous avons fixé, et ne croyait point pouvoir lui faire signifier “« révélation reçue du Seigneur ». — brèp rüv &u. : ailleurs Rom. 1v, 25, Paul use d'une autre tournure, dà Tà rapartéuata; le sens « à cause de » donné à bxép (pas seulement « au sujet de » — xepi) est classique (Bappaïv drép vivos, « être sans inquiéude pour quelqu'un », fréquent), et se retrouve Jean, vi, 51, Act. v, 41; IT Cor. xu, 10, Phil. un, 43, II Thess. 1, 5 (Abel, p. 224) — rat rùs ypayde ne veut pas dire que Paul a lu dans des « Ecritures » le récit historique de la mort de Jésus, mais que .@ette. mort était annoncée dans l'Ancien Testament comme devant avoir leu « pour nos péchés »; on peut se référer surtout à Zsaïe, Lt, 4-9,
B. 3. Avant tout, et comme base de tout enseignement chrétien, Paul a enseigné à ses auditeurs, et avec des preuves (Xéyw du v. précédent), la Résurrection du Christ, -C'était la « tradition » essentielle et universelle qu'il tenait, comme les autres, des apôtres qui en furent témoins (J. Weiss, Bachmann, Gutjahr, Toussaint : « appris par tradition » pour ragékafov; etc.). Les auteurs qui, après Cyr. Alex.; Lomb., Estius, parlent encore ici, comme au chap. xt, d'une révélation directe du Seigneur, (en pensant seulement ou Surtout au miracle du chemin de Damas) n'ont pas apprécié le sens précis du terme; ils n'avaient pas d'autre raison de l'entendre comme ils ont fait, que le besoin. de rester conséquents avec leur fausse interprétation de xr, 28. €e qu'on pourrait leur concéder (mais que Paul ne dit pas expressément dans le mot mapéhafov), est que le converti de Damas a été instruit surnaturellement de la vérité de la tradition, de sa portée, et de sa conformité aux prédictions des Ecritures {Lemonnyer, Guijahr), v. Exc. n. Une lumière d’en haut l'a convaincu que la mort de Jésus avait expié les péchés des hommes, et que telle était l'attente des prophètes.
Que cette tradition fût hellénistique et non hiérosolymitaine, comme prétend Heit- -müller, ou qu'elle ait été complétée par haggada, comme le suggère J. Weiss, ce ne sont là que des hypothèses du rationalisme.
. La « paradosis » portait probablement aussi sur l'application du texte d'Isaïe (cr. Act. vi, 82 suivants). VNorden (« Agnostos Theos » pp. 267 ss.) voit dans les deux mots rapéAaGov ct raptèwzra une terminologie solennelle pareille à celle des Mystères: Lietzmann voit là aussi une allusion à une primitive « tradition du symbole », ainsi
8. Je vous ai en effet transmis en premier lieu ce que j'ai reçu moi-même, que le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures, 4. et qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures;.5. et qu'il a été vu de Céphas, puis des Douze; 6. ensuite il a été vu de plus de cinq cents frères en une seule fois, desquels le plus grand nombre demeure jusqu’à maintenant, si quelquesuns se sont endormis. 7. Ensuite il a été vu de Jacques, puis de tous les apôtres, 8.-et en tout dernier lieu, comme à l'avorton, il a été vu mème de moi. 9. Car moi je suis le plus petit des apôtres, moi à qui il ne con-
que Lemonnyer, qui regarde comme possible que le tiv: Adyw du verset précédent désigne des formules officielles.
B. 4. La tradition disait ensuite que le Christ avait été enseveli, et qu’il était ressuscité le troisième jour; elle montrait encore dans ces faits un accomplissement des Écritures. On peut se reporter, pour la sépulture, à /saie Lu, 9; pour la résurrection, au même /saïe, à Osée vi, 8, ou Ps. xvi (vulg. xv), 10 (cité par S. Pierre, Act. 11, 27), à Jonas 11, 1-2 (d’après Mat. xx, 40), et pour le troisième jour au même Jonas et à Osée, loc, cit. Il ne serait pas d'ailleurs impossible que « le troisième jour » fût une précision historique (Bachmann) de la tradition et de Paul, à mettre entre tirets, sans dépendance des mots « selon les Écritures » ; seulement fl ne faut -pas, comme J. Weiss, mêler à cela quelque idée populaire a priori, venue du parsisme, que la corruption du corps survenait au bout de trois jours, et qu'il fallait donc que la résurrection l'eût prévenue avant leur écoulement. Le « troisième jour » était donné par la tradition historique, tout comme la mort, la sépulture et la résurrection.
Le plus important à noter, c'est que l'ensevelissement est donné comme un fait
indiscutable (J. Weiss), qu'il exprime la certitude de la mort de Jésus (Bachm.), et peut-être (id.) une similitude avec les fidèles « qui se sont endormis », et dont Paul va parler en ce chapitre ; la résurrection leur est promise aussi à eux. Ce fait de l'ensevelissement est d'un grand poids aux yeux de Paul, sûrement parce que le tombeau, où l'on avait bien constaté la déposition du corps, fut trouvé vide (Æob.-Pl.); c'est pour cela que s. Paul parle du tombeau, ct il n’avait pas besoin de parler plus clairement; Jésus est ressuscité le sroisième jour, donc, ce jour-là, on ne l’a plus trouvé dans le tombeau. .
A. 5. Évero pour duiôeza, D', F, G, 122, lac, oulo., syr.; v. infra, B. — eïxa, et érerta, ici, puis w. 6 et 7, n'ont pas nécessairement un sens de succession chronologique, comme il appert du ch. xn1, 28, d'Æeb. vu, 2, de J'ac. 11, 17, de papyrus cités par Preuschen-Bauer (ex. gr. Pap. Oxyr. 1217, 5, roûtoy uéy doralomévn oë, Éneuta eÜyouévn 47À.) ou Moult.-Mill, (Pap. Giss. 1, 28, exeuta de {ape tu Oewr xt.) ; c'est une simple particule d'énumération. Voir Kühner-Gerth, 11, p. 281.
B. 5. La tradition sc poursuit par une énumération d'apparitions de Jésus ressuscité. Il faudrait certes une grande bonne volonté pour croire que Paul a appris les apparitions accordées à Céphas, à Jacques, et aux autres, par une révélation du Seigneur. Pourtant tous ces faits sont encore objet du rapékaBoy du v. 3.
Saint Paul ne va pas s’astreindre à un ordre toujours chronologique, quoique les deux apparitions indiquées en ce verset soient bien les premières, et faciles à identifier d'après Luc xxiv, 84 et Marc xvi, 14. Il ne cherchera pas non plus à être complet, quoi qu’en pensent Zietzmann ct d'autres, qui relèvent alors, naturellement, des contradictions avec les Évangiles. Il fait un choix de témoins (Sickenb.), prenant
amootoAwv, ds oùx el ixavbs xœheïodar Gmoovohoc, dire ÉdwËx Tv EnxAnolav se (À + L et L L # L s , 9 « 9 U L # ToÙ Beod" 10. yaoutr dE Osod Elu © Elu, wat À yapis abtoù À els ÉMÈ où nevh Éyevéôn, GRRAG meptoodtepoy adtüv Tévrwy Éxomlasx, oùx Eyu DE GARG à yapis Toù Peoë à ody époli.
11. Eire oûv Vo ere Eneivor, oÙtug wnpÜooomey ai oÙtwc Érioreloate.
ceux qui étaient les plus importants pour les Corinthiens ou pour des adversaires juifs; c'est une liste de témoignages officiels, comme disent Rob.-Pl.; s’il n'a point parlé de l'apparition dont jouirent les femmes près du tombeau, c'est qu'elle n'était que préparatoire, ou qu’elle ne lui paraissait pas (J. Weiss) une preuve suffisante ; s. Thomus s'exprime ainsi : « Apostolus noluit ponere teslimonia nisi authentica (= officiels) et ideo tacuit apparitiones mulieribus factas », Il suit le programme tracé par Pierre pour l’apostolat (Act. 1, 21-22), Saint Jean non plus, observent Rob.-Pl,, quand il écrit (xxr, 13) : « Ce fut là une troisième fois que Jésus apparut à ses disciples », ne compte pas toutes les apparitions qu'il a rapportées lui-même (il néglige en effet celle que vit Marie-Madeleine), Paul a certainement pu connaître (et connu de fait) d’autres apparitions encore (Bachmann).
Quant à celles qu'il relate, il les avait certainement déjà racontées aux Corinthiens (d'après les w. 1, et 11, infra, id. Gutjahr), et si Cornely croit qu'il leur apprend alors du nouveau, c'est pour la très mauvaise raison que Zuc, disciple de Paul, ne rapporte pas le tout; il y a là une erreur sur le mode de composition des Évangiles, et le cas est le même qu’au ch. x1, à propos des paroles de l'institution de l’Eucharistie.
L'indépendance à l'égard des Évangiles est une garantie d'authenticité de ce passage, déclare J. Weiss. 11 a raison en cela, mais tort de croire que le mot &voin signifie une vision du ciel, et que Paul n’a pas dû croire aux « quarante jours » des Actes; l'intimité de Paul et de Luc, à elle seule, porte bien plutôt à affirmer le contraire. |
Il est parlé d'apparition aux « Douze », qui de fait n'étaient alors que onze; c'est que ce terme « Les Douze » était devenu un nom collégial (Sickenberger); plus bas, v. 7, nous lirons « tous les Apôtres », ce qui semble indiquer que, pour cette apparition aux « Douze », les apôtres n'étaient pas tous là (Thomas au moins manquait). Ge chiffre consacré, et employé pour désigner toute assemblée, complète ou non, des Apôtres, ne soulève donc aucune objection contre la trahison et la mort de Judas l'Iscariote ; et, au v. 7, nous pourrons encore prendre « apôtres » au sens strict,
A, 6. rAstoves. Saint Paul n'admet pas les formes cantractées comme xäctous, devenues rares dans Ja langue hellénistique.
B. 6. Le mot Exerte n’aurait-il pas ici la valeur de « et, bien plus »? De toutes les hypothèses faites sur ce verset, la meilleure me semble celle qui identifie l'apparition aux 500 avec celle qui clôt, en Galilée, l'évangile de $. Mathieu. Voir Exc. xvur.
Puisque la plupart des témoins survivent, ceux qui doutcraient peuvent les interroger.
= B. ‘7. « Et de plus (érara) il a été vu de Jacques, ensuite de tous les Apôtres ». L'apparition à Jacques est un souvenir de la tradition, conservé et embelli dans l'Évangile selon les Hébreux. Jacques (de Jérusalem) est le seul nommé individuellement, avec Géphas; c’étaient deux témoins hors ligne aux yeux des chrétientés primitives, L'un et l’autre sont nommés en des posilions symétriques avant « les Douze » et « tous les Apôtres »; ce parallélisme pourrait servir de légère confirmation à l'opinion que nous tenons fermement pour d’autres motifs, que ce Jacques était l'un des Douze (v. supra, à 1x, 5), D'après la tradition (cfr. Er. Heb.), l'apparition qui lui fut accordée eut liou une des premières; et il n’y à pas de motif pour
ÉPITRE AUX CORINTHIENS, xV, 10-11, 393
viendrait pas de m'appeler apôtre, vu que j'ai persécuté l'Église de Dieu. 10. Maïs par une grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce qui est [venue] en moi n'est pas devenue inutile; maïs plus abondamment qu'eux tous je me suis donné du mal, non pas moi mais la grâce de Dieu qui est avec moi.
11. Donc, que ce soit moi, que ce soit ceux-là, voilà ce que nous proclamons, et voilà ce que vous crûtes.
supposer que Jacques ne fût point parmi « les Douze » du v. 5. Nouvel indice que la succession des noms n’est pas sûrement chronologique. Car il s’agit ici de l’apparition qui apprit à Jacques la résurrection du Seigneur, donc elle a dû avoir lieu avant la constatation collective du v. 5; autrement il n’y avait pas lieu de nommer Jacques à part.
Le Seigneur apparut encore « à tous les apôtres »; ce fut sans doute quand Thomas était présent, et le nombre des Douze (des Onze).complet. (V. Exc. xvn).
—— B. 8. Cfr. 1x, 1: « Nonne Dominum vidi? » — L'értpwua est le fruit de couches prématurées. Ordinairement, — mais pas toujours, — il se dit d’un fétus mort, « qui n’est pas inscrit au catalogue des hommes » (Théodoret, id. Bachmann : Paul était mort avec son peuple infidèle). Je ne pense pas qu'il faille insister ainsi sur l'idée de mort, mais plutôt sur celle de naissance anormale (Zietzmann, Toussaint), inattendue et violente {Rob.-Pl. : ëxvurpwozw; Prim. : « mortuâ matre (synagoga) vivus educitur »), ou tout simplement de naissance en surplus (7héodoret encore), de vocation forcée (Hervé, Thomas), de condition méprisable {Corn. a Lap.). Strack- Bill. disent que l’épithète avait été appliquée à quelques disciples des rabbins, ce qui montre que la métaphore convenait parfois à des adultes. Il n'y a pas lieu de supposer avec Roë.-Pl, que ce fût une injure lancée à Paul par ses adversaires ou par les Juifs. C'est Paul qui se l'inflige à lui-même par humilité, et toutes les idées énumérées, les diverses nuances de soudaineté, de violence, de non-préparation, de mépris, même d'arrachement à un sein mort, peuvent s'y concentrer. Du reste, la brusque expression est un peu mitigée par Goxepef (hap. leg. dans le N. T., mais trouvé Num., Job), — Pour la portée du mot Écyarov, voir l'Exc. xvit.
= B. 9. Paul converti n'a jamais pu oublier, en effet, qu'il avait persécuté l'Église, et il se jugeait plus indigne que tout autre de la haute vocation reçue. Cfr. Gal, 1,12-15; Eph. in, 8, L Tim. 1, 15.
« L'église de Dieu » est prise ici certainement en un sens universel, et catholique, qui devait donc être familier déjà aux Corinthiens.
A. 10. à obv tuot se lit À, E, K, L, P pes, copt., Chrys., mais seulement où éuai N°, B, D*, F, QG, las., got. — nrwyñ oùx pour où xevf, D, G, latt., got.
B. 10. Le témoignage du chemin de Damas, venu le dernier, est pourtant mis pour la valeur officielle sur le même rang que les autres. Ce qui donne ce droit à l'Apôtre, malgré son humilité profonde et la confusion qu'il éprouve, peut-on dire, à être des témoins du Christ, c'est l'œuvre que Dieu à accomplie par lui. I] ne l’attribue en rien à ses propres forces (cfr. II Cor. 1v, 7), mais à la grâce qui est descendue en lui ct qui accompagne tous ses travaux, rendant capable l’ « avorton » qu'il se sent de prendre plus de mal pour la cause du Christ que tous les autres apôtres. On peut lire la grande et splendide apologie, inspirée du même esprit, qu'il fut obligé de prononcer plus tard, II Cor. x1, 5, 23-suivants, xt, 9-10. Quel retour sur lui-même, mais quel enthousiasme on même temps, suscitait en son âme le souvenir de Damas!
—— BB. 11. Ce verset n'offre aucune difficulté d'interprétation, Mais comme sa teneur catégorique est précieuse! Tous les faits merveilleux qu'il vient de rapporter,
ce n’est pas lui seulement qui les prêche, mais tous les Apôtres. C’est à tout cela qu'on a dû croire nécessairement pour devenir chrétien. L'entente est parfaite entre tous Iles prédicateurs, et il y a une « tradition » commune qui s'impose à tous les disciples du Christ:
Exc, xviI. — LA VALEUR DU TÉMOIGNAGE DE PAUL POUR L’HISTORICITÉ DE LA RÉSURRECTION.
Il ne s’agit pas en cette péricope d’une révélation de « pneumatique » qui viendrait éclaircir ou appliquer quelque vérité de la foi, mais bien du point de départ de la prédication, de ce qui était proclamé uaiversellement, connu de tous, admis de tous, enfin d'un bloc de faits assez solides et assez incontestables pour supporter l'édifice paradoxal d'une connaissance et d'une vie qui bravaient toute la sagesse du monde. De là viennent la solennité, l'assurance du langage de Paul; il sait qu'aucun de ses frères en apostolat ne peut présenter les choses autrement, que c’est la « tradition » consacrée, et arrêtée sans doute jusque dans sa forme, de façon à surmonter toutes les négations et tous les scepticismes, dans un monde à qui répugnait l’idée d’une résurrection de la chair.
Les faits devaient donc être soigneusement triés, et bornés à l'essentiel. Ainsi les apparitions aux femmes, le matin de Pâques, n'entraient pas dans ce faisceau, parce que leur réalité n'était pas d’une évidence aussi immédiate, et que l'expérience multipliée des Apôtres avait seule bien démontré que ces premières n'étaient pas du « délire » d'âmes émotives. 1] fallait le témoignage d'hommes responsables, qui se fussent défendus contre les entraînements, et. n’eussent cédé qu'à la clarté des faits. Or Pierre et Jacques — deux des disciples de la première heure, ceux qui jouissaient de la plus haute autorité dans la société nouvelle — affirmaient l’un et l’autre que le Christ vivant leur était apparu à chacun. IL était pourtant bien sûr qu'on l'avait placé mort dans un tombeau; mais il n'y était plus le troisième jour, il s'était levé (éyñyeprui) de sa couche funèbre. Malgré cette disparition du corps etl'attestation de ces hommes qualifiés, un individu, deux individus peuvent avoir des illusions. Il fallait que tous vissent ce que ceux-là avaient vu : c'est ce qui arriva, et par deux fois, d'abord devant le plus grand nombre, puis devant la totalité des « Douze » ou des Apôtres. S'il y eut d’autres apparitions devant des personnes isolées ou des groupes restreints, la « tradition » officielle ne s’attachait pas à celles-là, parce que ce n'étaient pas elles, du moins principalement, qui avaient entraîné l’adhésion du groupe. Un seul fait restait à mentionner, parce qu'il mettait pour ainsi dire le sceau à la preuve : l'« Église enseignée », en son premier noyau, avait pu vérifier la réalité de ce qu'assurait le premier Collège de « l'Église enseignante » : cinq cents frères réunis avaient pu constater de leurs yeux, tous à a fois, qne le Christ était vivant, et que les Apôtres ne les trompaient pas.
Telle était l’armature, très logiquement agencée, comme on le voit, de la démonstration. Bien entendu, les prédicateurs développaient, complétaient, expliquaient, groupaient d'autres témoignages secondaires autour de ces témoignages capitaux. Les auteurs des lvangiles canoniques. ne s’en sont pas tenus à ce plan; au milieu de la catéchèse unanimement reçue, et qu'ilé
n'avaient pas besoin de répéter par écrit, ils ont choisi les faits qui illustraient le mieux l'enseignement spécial de leurs relations respectives, et chacun l'a fait sous sa propre inspiration, sans lien avec les autres qui écrivirent dans un autre temps, un autre pays et avec un autre but. Saint Paul, autant qu'on peut le croire, est celui qui nous a conservé le mieux, dans son résumé si concis, la forme universelle, « ecclésiastique », des souvenirs apostoliques groupés avant lui déjà de manière à faire une preuve, puis reçus par lui, avec révérence et pleine adhésion, et transmis inaltérés par lui. Qui fut son instructeur à luimême? Peut-être Ananias (Act. 1x), quand fut baptisé à Damas le persécuteur, convaincu par l'apparition miraculeuse du Christ de la vérité substantielle de la Résurrection; il n'avait plus à en apprendre que les détails concrets, et il vit plus tard, dans ses rencontres avec Céphas, avec Jacques, et d'autres, que tous les confirmaient et prêchaient de la même manière le fait capital.
À leur autorité il pouvait joindre la sienne propre, surtout depuis que Dieu avait accrédité son ministère par de tels succès. L'apparition du chemin de Damas était à ses yeux d’une nature tout aussi objective que celles dont Pierre et les Douze avaient été favorisés. Il l’invoque donc hardiment, quoique cette ‘attitude par où il s'égale aux grands témoins primitifs effraie son humilité, à lui « l'avorton », « le moindre des apôtres ». On dirait qu’il n’est pas encore revenu de la stupeur que lui cause cette vue du Christ. « Même à moi »! II a fallu que je Le voie aussi, « en dernier lieu ». Ce fut bien la dernière apparition, dans l'ordre chronologique, mais le mot ésyarov ne signifie pas seulement cela; il indique aussi que l’« avorton » réclame pour lui le dernier rang. Et l’on ne peut en conséquence conclure de cet adverbe que la série précédente devait être ordonnée suivant la succession temporelle.
En y regardant de près, nous pensons voir dans quel ordre-elle a été établie. Paul a d’abord donné les trois grands faits spécifiques qui, en se succédant avec une ampleur progressive dans le nombre des témoins, établissaient la preuve en substance, et qui auraient déjà bien suffi : l'expérience de Pierre ; — celle des Douze ; — celle des cing cents. Il la fait suivre d'une série secondaire, ‘qui n’a plus la même nécessité pour l'argumentation, mais qui confirme la ‘première triade essentielle des témoignages : l'apparition à Jacques, la nouvelle apparition aux Apôtres tous réunis cette fois, enfin l'apparition qu'il vit Zuimême près de Damas. La combinaison est dialectique, et l'ordre de chronologie, s'il est réalisé de fait d ns chacune des séries respectives, n’est pas indiqué pour la synthèse des deux, parce qu il n'était pas nécessaire à la démonstration.
Si nous cherchons à identifier chacun de ces faits « officiels », tout n’est pas également clair. |: ;
Aucune difficulté au verset 5 : ce sont les deux apparitions à des Apôtres, l'individuelle et la collective, qui eurent lieu le jour même de Pâques. d'après Luc pour les deux, puis la finale de Mare, et Jean xx, 49-23, pour celle qui fut générale.
L'apparition aux cinq cents frères, du v. 6, est moins facilement reconnaissable. Inutile de nous engager ici dans la défense de son authenticité, contre les rationalistes qui, comme Schmiedel ou Renan (« Les Apôtres »), cherchent, tout en l’admettant, à l'expliquer par des illusions collectives du genre de
celles des Camisards ou autres illuminés. Mais cherchons seulement si l'on en trouve quelque mention ailleurs; car le contraire serait étonnant,
Nous n'irons pas croire avec von Dobschütz (14) ou Jülicher qu'il faille identifier le fait avec l'enthousiasme de la Pentecôte, où il'ne s’agit que de cent-vingt frères (si l’on s’en rapporte à Act. 1, 15, qui donne le chiffre complet des croyants des premiers jours; car les Apôtres, toujours occupés à prier ensemble, 'après r, 14, n'avaient guère encore pu faire de nouveaux prosélytes); il n'est pas dit que ces frères, ni aucun groupe de la foule avec eux, aient. eu alors une vision du Christ. Les interprètes catholiques sont divisés. Il en est un grand nombre qui veulent placer cette apparition saisissante à Jérusalem, dans l’octave de la Pâque, au profit sans doute des nombreux pèlerins venus de Galilée. Nommons s. Jérôme (« Ep. ad Hedibiam » 7), s. Thomas, Bisping, Schaefer, Gutjahr, al. Maïs comment alors le fait auraitil été négligé de tous les Évangiles, et où ces cinq cents se seraient-ils réunis? Si c'était dans le Temple, la chose eût fait quelque bruit et n’aurait pas laissé les échos muets. Cornely et Sales donnent le choix entre cette hypothèse, et celle d’une apparition en Galilée. La seconde nous paraît avoir un fondement bien plus solide. C'est l'opinion de Chrys., d'Estius, de Corn. a Lap. et d’autres encore, de la grande majorité au temps d’Estius; Jok. Weiss — qui ne peut se convaincre, dit-il, de la légende scientifique qui fait les Apôtres regagner la Galilée d'une fuite éperdue — place les 500 en Galilée, maïs sans les Douze. Mais il n’en est pas question ailleurs. Alors elle est à identifier (Æstuus, al.}.avec celle qui eut lieu sur la montagne, d’après Mat. xxviur; Rob.-PI. le tiennent pour probable. En effet, le rendez-vous donné par l’Ange apparu au sépulcre ne concernait pas seulement les apôtres et les saintes femmes, mais « les onze et tous les autres » (Luc, xxiv, 9). « Là vous le verrez », avait-il été promis à l’ensemble des premiers fidèles, apôtres, femmes, pèlerins croyants de Galilée, auxquels avaient pu se joindre très naturellement, quand tous se furent rendus en Galilée, d’autres fidèles que Jésus avait dans son pays. Nous croyons sans doute {avec le P. Lagrange contre Levesque) que dans of à &loracav du v. 17, il peut ne s'agir que des apôtres, le verbe équivalant à un plus-que-parfait. Mais il n’est. pas dit que les Apôtres fussent seuls sur cette montagne galiléenne, où Jésus leur donna la grande mission. Cette clôture du ministère terrestre de Jésus dans le Premier Évangile répond au « Sermon sur la Montagne » qui, dans la prespective du même Évangile, l'avait i inauguré; or, en cette première circonstance, les disciples qui, d'après Luc, vi, 20, entendirent comme à eux proposé spécialement le programme des Béatitudes, n'étaient cependant pas les seuls à voir Jésus; une foule nombreuse se tenait aux environs. De plus il est difficile de croire qu'une apparition aussi éclatante que celle dont parle Paul ici, et si importante pour la prédication, si universellement répétée dans la catéchèse, n'ait été rapportée que par lui parmi les auteurs sacrés; saint Matthieu, l'évangéliste « ecclésiastique », est celui qu'on peut le mieux supposer ne pas l'avoir omise. Nous identifions donc, avec une certitude morale, Î[ Cor. xv, 6 avec Mat. xxvirr, 16-20.
Sur l’apparition à Jacques, nous ne pouvons rien préciser; elle était,
(1) Dans « Ostern und Pfingslen ».
même dans la catéchèse ici reproduite, d'importance moindre que les trois premières, et il n’en est resté de témoignage écrit par ailleurs que dans le récit, tourné à la légende, de l'Évangile selon les Hébreux. On peut toutefois supposer qu'elle eut lieu, comme celle dont jouit Pierre le jour même de Pâques (v. supra), avant l'apparition du soir aux Apôtres assemblés.
L'apparition « à tous les apôtres » du v. 7 a donné lieu aussi à des opinions diverses. Certains pensent qu'il ne faut prendre « apôtres » qu’au sens large (y compris, par exemple, peut-être les soixante-douze disciples), afin de distinguer cette apparition de la deuxième du v. 5. Ainsi, avec quelques variantes d'opinion, en ont jugé Théodoret, Estius, Bisping, Messmer, Bachmann et bien d'autres. Par contre, Harnack y voit encore les Douze: Lietzmann (à la suite de Holl) également, en y joignant des « frères du Seigneur » qu'il ne croit pas apôtres. Et leur raison foncière est juste : c'est que räow fait penser à un groupe clos, bien déterminé, et que d'ailleurs il n'y avait pas, en ce temps-là, de « missionnaires » de profession portant le nom d’« apôtres ». Gutjahr, et d'autres qui admettent un ordre chronologique strict dans l'énumération, voient ici l'apparition aux « Douze » qui précéda immédiatement l'Ascension du Seigneur (Marc, Luc, Act.). Mais, comme nous ne croyons pas à cette rigueur chronologique, il nous paraît bien plus naturel, après Cornely, Schaefer et Sickenberger entre autres, d'identifier le fait en cause avec l'apparition narrée par s. Jean, xx, 26-29, à laquelle assistèrent cette fois tous les apôtres, y compris Thomas; les mots müotv voi äx. ont été écrits pour en fixer la note spéciale, qui la distingue de la précédente accordée « aux Douze », pris en un sens « collégial » qui comportait des absences.
Ainsi compris, le récit de Paul présente comme le cadre de catéchèse où s'insèrent facilement toutes les narrations des Évangiles canoniques (1). Il y manque sans doute les événements du matin de Pâques. Nous avons cru comprendre pourquoi. D'ailleurs, en donnant comme un fait essentiel à connaître et à retenir la mise au tombeau, Paul enseignait implicitement que Jésus en était sorti (J. Weiss), et cela « le troisième jour », puisque c'est alors (Évangiles) qu'il avait commencé à apparaître en personne véritable et vivante. Peutêtre, comme le suppose J. Weiss, voulait-il combattre l'idée d'adversaires (de « spiritualistes » à tendances docètes, comme il pouvait s'en trouver déjà à Corinthe) portés à confondre la libération de l’âme du Christ par la mort avec résurrection, ascension et glorification au ciel (2).
Karl Barth, — à la profondeur duquel nous aimons du reste, en bien des occasions, à rendre justice, — use à propos de cette péricope d'un argument bien arbitraire, et aussi inadmissible que dangereux. Les mots xura vas ypapds indiqueraient, d'après lui, que Paul ne s’appuyait, pour prêcher la résurrection du Christ, que sur les Écritures et sur l'expérience des Apôtres, qui n'auraient prétendu ni à des visions réelles, ni à une « expérience », etc., mais affirmaient
(1) Nous avons cherché à en fixer l'ordre et les modalités dans notre livre de vulgarisation « Le Scandale de Jésus », 1927, pp. 185-192.
(2) On a cru à tort (Bertram, ctr. Harnack) trouver trace de celle conception rationaliste dans « l'Évangile de Pierre ». Voir l'ouvrage de. VAGANAY, l'Évangile de Pierre, 1930, et notre recension RB 1931, pp. 440-suiv.
seulement que le Christ s'était démontré, à eux, comme vivant. (Comment ??). Tout se borneraïit, dans le champ de « l’histoire », au fait que le Christ « a été enseveli », etle « le tombeau vide », sion pouvait le prouver, ne signifierait rien; l'histoire est du reste inutile à la foi, et Paul, qui le savait bien, voudrait prouver la résurrection du Christ non comme une « vérité historique », mais en vertu du principe général, invérifiable historiquement, que les morts doivent ressusciter, en lui et par lui, qui est donc ressuscité avant eux. C'est renverser complètement toute l'argumentation de notre chapitre. Les Apôtres, gens humainement simples qui ne connaissaient pas la « théologie dialectique », croyaient certainement (Loisy même le concède) avoir eu une expérience extérieure et très objective en royant le Christ ressuscité, avec leurs yeux de chair. Et Paul partage entièrement la conviction des Douze. C'est là, avec l'événement de Damas, ce qui était pour lui, comme pour l'Église, la preuve inébranlable.
B. Cu. xv, 12-34. LES FIDÈLES DU CHRIST RESSUSCITERONT AUSSI:
Int. Du fait bien établi de la résurrection du Christ, Paul conclut à l'erreur de ceux qui n'ont pas foi à la résurrection générale. Grâce au nouvel Adam, les fidèles jouiront d'une vie glorieuse et indéfectible. St d'ailleurs ils n ‘avaient pas cet espoir, l'existence chrétienne perdrait toute espèce de sens.
Quels étaient les sceptiques auxquels il s'en prend? Ils ne formaient certainement qu'un petit cercle (J. Weiïss, Bachmann, Gutjahr, etc.). Quoique Rob.-PL. ne pensent pas qu'il faille les identifier à aucune des factions combattues aux premiers chapitres, nous serions pourtant tentés de les chercher parmi ces libertins qui ont été rencontrés si fréquemment déjà en cette lettre, et qui s’intitulaient probablement « parti du Christ » (v. Exc. 1v), peut-être les mêmes qui disaient : « Les aliments sont pour l'estomac », etc., (J. Weiss; voir à VI, 13). Leur erreur, encore peu affichée, devait ressembler à celle d'Hyménée et de Philétos à Éphèse (II Tim. ZI, 17; cfr. I Tim. L 20), lesquels disaient que la résurrection avait déjà eu lieu, c'est-à-dire n'atiendaient qu'une résurrection spirituelle. Cérinthe (Bus. vi, 23) nia aussi plus tard la résurrection des corps, et s. Justin (Dial. LXXX, &) parle de « gens appelés chrétiens... qui prétendent qu’il n'y a pas de résurrection des morts, mais qu'au moment même de la mort leurs âmes sont enlevées au ciel ». (Voir Heïnrici, J. Weiss, Gutjahr, al.). Aënsi ces Corinthiens. devaient croire simplement à l'immortalité de l'âme, et sans nier la résurrection du Christ, la considérer comme un fait exceptionnel, dont ils ne voyaient pas très bien la portée. Ces opinions ou ces tendances devaient résulter des préjugés philosophiques grecs contre la matière : le corps n'était qu'un tombeau, cdua coque. On sait que Paul (Act. xvu) eut à Athènes la parole coupée dès qu'il voulut parler de résurrection de la chair; les apologistes Athénagore, Quadratus, Aristide, eurent à réfuter des idées semblables. Peut-être même quelques-uns s'en tenaient-ils aux anciennes conceptions grecques sur la survivance dans un Hadès ou une sorte de Shéol, ou même doutaient-ils de toute sorte de survie, influencés par l'épicuréisme (voir aux pv. 117-s., 32), Cependant ce dernier point nous paraît bien moins probable (Gfr. Rob.-Pl., J. Weiss, Toussaint, Sales, Sickenberger, al.). Nous n'admettrions pas cette suggestion de Lietzmann, qu'ils réserpaient tout leur espoir d'immortalité aux survivants de la Parousie; car la situation n'était pas la même à Corinthe qu'à Thessalonique (v. Exc. xvur). Disons tout simplement, avec Bachmann, que, s'ils ne doutaient pas de la résurrection du Christ, ils se montraient sceptiques à l'égard de celle des autres (sans doute, à notre avis, par « spiritualisme » exagéré), et ne réfléchissaient pas aux conséquences de la foi de Päques, grâce à la superficialité de leur esprit et à une certainc absence de pensée. Quelques-uns aussi pouvaient s'en tenir aux vieilles idées grossières, populaires encore en certains milieux, dont parle Toussaint.
Paul va leur montrer que même cette eschatologie « spiritualisie » qu'ils pouvaient avoir (ce qui s'accorde au mieux avec II Tim. et Justin) manquerait de toute base si
‘ l'on n’admettait pas la résurrection corporelle du Christ, cause et gage de la nôtre; et Pourtant, s'ils sont conséquents, ils devront la nier aussi. De leur foi il ne restera Plus rien.
Barth énonce ici d'excellentes réflexions : ce chapitre est le couronnement très positif de toute la lettre (qui n'était pas, d'ailleurs, « négative » comme il l'avance). D'honnétes chrétiens, qui n'étaient pas disciples d'Epicure, et qui croyaient à la rémission du péché et au salut, ne se rendaient pas compie que la négation d'un
dogme qu'ils jugeaient isolé, où ils ne voyaient pas le centre (ou mieux l'aboutissement) de toute la doctrine, entraînait celle-ci dans une ruine totale. Paul et eux comprenaient la résurrection au plein sens corporel, et eux la rejetaient en ce sens; mais l'Évangile se dresse contre cette religiosité rationaliste: et si l’on abandonne Paul sur ce point, il faut l'abandonner sur toute la ligne. — Avis à bien des exégètes protestants!
Voici la division de la péricope : ,
1° Si la résurrection des morts ne peut se faire, le Christ non plus n’est pas ressuscité, et alors toute l'espérance chrétienne s'écroule (12- 49):
2° Mais heureusement le Christ est bien ressuscité, et nous serons tous vivifiés par Lui (20-28);
3° Autrement, tout ne serait qu'inconséquence, chez les chrétiens et Paul lui-même; plusieurs arguments « ad hominem ». Conclusion sévère (29-84).
(J. Weiss dit que le chapitre pourrait appartenir à la « première lettre » précanonique, si le vo. 32 (sur Ephèse) ne faisait pas une difficulté de chronologie. Remarquons, sur cet aveu-là, que puisque ce chapitre, qui n'offrirait pas moins de raisons internes que.d’autres en faveur de la théorie Weiss, se révèle, par le fait d'un seul trait accidentel qui aurait pu manquer facilement, incapable de s'y plier, toute la théorie en devient, déjà de ce seul chef, suspecte pour les autres passages qu'il voudrait faire « vorkanonisch »).
40 xv, 12-19. Rapport nécessaire de la résurrection de Jésus et de la résurrection générale.
Inr, — Nier ôu révoquer en doute la possibilité de la résurrection des hommes, c’est nier célle du Christ, qui a eu tant et de tels témoins! Mais alors le Christ ne nous aurait pas justifiés ni sauvés ; toute la foi serait vaine ! Conséquence impitoyable, que Paul tire avec horreur.
CH. xv, 12. Ei DE Xpiorèc “xnpÜooerat Ont Ex venpüy EVhyeptar, müs Aéyououw ëv Duiy rives Oti avéotaots vexpov oùx Éctiy;
13. E GE avdotaois vexpüv obx Éotiv, obDE Koiotès ë éyhyepre 1h. et dE Xprordc
oùr Éyhyeptar, xEVOY dou nai To “xhpuyux AUOY, 2EVN 44
à mio duüv. 15. Eôpro-
À. 12. Xo. 2nplooetar tte. v. ey., prolepse comme on peut en trouver en grec classique; cfr, II Cor., nt, 8; xngéaoiv a ici toute la force de « proclamer » solennellement par la voix des hérauts; plus bas, au v. 14, nous rendrons xfpuyua par « prédication », car là il s’agit non plus d’un fait proclamé, mais de tout l’ensemble de la doctrine. — oùx Éottv, « n'existe pas », au sens de « n'est pas possible ».
B. 12. Il en est cependant qui ne tiennent pas compte d'un fait si patent, proclamé si haut, ou qui au moins ne comprennent pas ce qu'il signifie. Paul a bien lieu de s'en montrer surpris. Mais ces « quelques-uns », vwes, qui sont-ils? L'expression vague qui les désigne est la même que II Cor., x, 2, et ce pourrait bien être le même groupe (le « parti du Christ »?) Ils étaient peu nombreux, en tout cas, et l'on a remarqué (Rob.-Pl.) que Paul ne les excommunie pas, qu'il est même moins sévère ici qu'ailleurs. Je me l'explique parce qu'il les considérait seulement comme des gens sans réflexion, et peut-être ne les connaissait-il que par un ouï-dire encore peu consistant, n'avait-il appris qu'une tendance diffuse chez « quelques-uns », Il fallait pourtant tout de suite, et vigoureusement, y couper court.
—— À, 13. 05 après et (au lieu de u#), construction fréquente surtout à l’époque hellénistique et dans le N. T., voir pour la nuance Abel, p. 332. |
B. 13. Si une résurrection d'hommes morts est déclarée impossible, il faudrait que le Christ, en dépit des témoignages irréfutables, ne fût pas ressuscité, puisque le Christ est un homme, Paul, d'ici au v. 17, ne se lassera pas de répéter les mêmes mots, dans une argumentation pressante.
Le lien logique est des plus simples, et c'est un syllogisme élémentaire; Paul argumente du fait que le Christ et les hommes ont une commune nature (Gutjahr). On veut cependant que le lien ne soit pas puremont logique, mais causal : si notre résurrection, qui est un effet de celle du Christ, ne doit pas avoir lieu, alors c’est que la cause — contre toute évidence — n'a pas été posée (Rob.-Pl., al.). La plupart des catholiques l'entendent ainsi, et croient que l'argument s'appuie sur la notion du « corps mystique »; si le corps ne ressuscite pas, pourquoi la tête serait-elle ressuscitée? (Chrys., Thomas, Estius, Cornely, Schaefer, etc.). Cette idée est belle et très juste en soi, Paul l'avait probablement déjà présente à la conscience, et il La présupposera et l’esquissera plus bas. Mais ici il ne la formule pas expressément, et l’idée de la communauté de nature lui suffit au début de son argumentation.
A. 14. xevé — « vide », sans objet. — Ici xfpuyuax — l’ensemble de la prédication apostolique.
B. 14. « Votre foi est vide ». Quelle apostrophe foudroyante! « Vide », parce qu'elle n’est pas seulement sans appui (rien n'en garantissant plus la vérité), mais sans objet (Lemonnyer). Les chrétiens auraient mis leur espérance dans un mort (Lietzm.), dans un homme que la mort a engiouti!
A. 15. éircp Gpa; dans la langue classique, ei &pa peut signifier « si, véritablement »; c'est le sens ici. —elnep pa vex. ox éyeip. est omis par D, E, 43, Ambrr., pes., qui l’auront trouvé inutile. — xarà voë 00; il y a des cas où xarè peut signifier « au sujet de », et ainsi l'ont entendu en ce passage Ærasme, Bèze; Rob.-Pl,, ne le rejet
CH. xv, 12. Mais, s’il est proclamé que Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous disent-ils qu’il n'est pas de résurrection de morts?
13. Pourtant, si une résurrection de morts n'est pas, Christ non plus n'est pas ressuscité; 14. mais si Christ n'est pas ressuscité, vide par. conséquent est notre prédication, vide aussi votre foi. 15. Il se trouve
teraient pas. Mais la plupart conservent justement à xaté le sens de « contre » (Lietzm., J. Weiss, Gutjahr, Loisy, etc.).
B. 15. Les apôtres, tous les apôtres, eux dont le rôle entier consiste à être « témoins » (Act. 1, 22; v, 32; 1 Cor. 1, 5), « se trouveraient » être de « faux témoins ». Quelle chute et quelle déception! Ce serait, comme le disait Job, offenser Dieu « qui n’a pas besoin de mensonges », que de chercher à le glorifier par des prodiges qu'il n'a pas faits, et de tromper ainsi ceux qui mettent en Lui leur confiance, — Pas un instant Paul n’a envisagé l'hypothèse rationaliste moderne, que les Apôtres, et lui à leur suite, auraient pu être hallucinés de bonne foi. C'est que rien, dans leur façon d'affirmer les faits, ne prêtait à pareille supposition. Il ne faut pourtant pas dire que la mentalité de ce temps-là n'aurait pu la concevoir; eux-mêmes (Luc, xxiv, 11) l'avaient bien faite à propos des dires des femmes. Non : ou bien ils ont vu réellement ce qu'ils ont dit, ou bien ils ont été des imposteurs.
mm B, 16-17. Paul se répète avec émotion, et il insiste sur la conclusion déso-
402 ÉPITRE AUX CORINTHIENS, Xv, 12-19.
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