C. CHap, XV, 35-58. COMMENT POURRA SE FAIRE LA RÉSURRECTION
INT. — Cette troisième section du chapitre est spécialement merveilleuse de doctrine, et, par endroits, de lyrisme. C'est un véritable « discours de sagesse entre parfaits » que l'Apôtre donne à lire à ses pauvres Corinthiens. Et le rythme est si marqué, si intentionnel en certains passages, que nous n'hésiterons pas ici, par exception, à les disposer en « lignes » prosodiques; car, tant pour l'esprit que pour l'oreille, les lignes se détachent beaucoup plus nettement qu'au chapitre XIII, par exemple, ou dans les autres péricopes qui font penser au « style oral ». Saul, quand il était l'ardent disciple de Gamaliel, avait dû s'exercer dans ces improvisations chères à sa race, en araméen ou en hébreu, et il lui était aussi facile d'en faire en grec. Le sujet est ici d'une portée si élevée et si universelle, si dégagé d'applications contingentes ou de réprimandes (à la différence du sublime chap. XIII), qu'il a pu étre exposé dans les mémes termes à bien d'autres auditoires qu'à celui de Corinthe. Saint Paul, après avoir composé celte page en une heure d'enthousiasme, l'a peut-être écrite et gardée à part lui, peut-être utilisée quelquefois dans sa prédication orale, sans cesser d’en clarifier et d'en concentrer l'expression.
Il y répond à une double question que lui poseraient ceux qu'il veut convaincre (J, Weiss, al.) : |
1° Comment une résurrection de la mort serait-elle possible?
20 Si elle est possible, de quelle espèce sera donc le corps dans lequel on ressuscitera ?
Pour le premier point, il recourt à la toute-puissance du Créateur. Pour le second, deux extrêmes étaient à éviter : soit de se figurer la résurrection comme un simple recommencement, à n'en plus finir, d'une existence matérielle et bornée comme celle d'ici-bas (c'était le faible des conceptions rabbiniques en général, et ce qui devait particulièrement soulever les objections des Grecs); soit de tellement transformer et volatiliser l'idée de corps, que le corps ressuscité dût paraître comme n'étant plus « notre » corps, celui qui a travaillé et souffert avec l'âme dans la vie terrestre, de façon que ce ne serait plus proprement notre personnalité qui serait reconstituée.
Voici comment Paul procède pour écarter toutes ces difficultés bien naturelles :
Certains Corinthiens s'étonnent qu'un corps mort et tombé en pourriture puisse ressusciter, et ne voient pas ce que pourra bien étre ce corps nouveau, ni d'où il sera tiré. Muis, déclare Paul, la Nature elle-mëéme doit les aider à le comprendre par les analogies qu'elle met chaque jour sous leurs yeux. Ne leur montre-t-elle pas que, dans le monde végétal, la mort du grain est une condition de sa multiplication, de son passage à une vie plus ample? Oui, loin d'être un obstacle, c'est une condition. Première idée.
Deuxième idée : c'est bien là une opération qui leur révèle déjà la puissance de Dieu : d'un grain qui pourrit en terre, il fait sortir un épi, qui est beaucoup plus qu'un grain, quoique la nature de l'épi reste conditionnée par celle du grain, auquel il demeure donc, d'une certaine façon, identique, Dieu l'ayant ainsi établi, Car il peut créer tous les corps qu'il veut. Paul, laissant là le monde végétal, et la comparaison sous-entendue du grain avec le corps. humain, et la condition du plein épanouissement, qui est la mort (idées qu'il n'a fait qu'indiquer ou insinuer, pour y revenir plus loin), énumère maintenant les corps animaux, avec l'admirable variété par où Dieu les distingue. Mais ce n'est pas tout: qu'ils regardent une autre espèce de corps, bien plus beaux, les corps célestes (que les anciens croyaient incorruptibles),
le soleil, la lune, les étoiles. Quelle variété il y a entre ex, et même d'une étoile à l'autre!
Or, troisième idée : pourquoi croirait-on, après que Dieu nous a donné de telles preuves dela ‘variété ‘de sa puissance créatrice idæns l'univers visible, que cette puissance soit bornée à créer les corps que l'on voit à présent? Tous ceux dont il a été parlé :sont matériels; il peut en exister aussi de spirituels, si Dieu veut les créer.
Quatrième idée : ils pourront apparattre après les corps « psychiques » (comme l'épi, pense sans doute Paul, n'apparaît qu'après le grain) et il revient à la comparaison insinuée d'abord, ou .plutôt il intervertit oratoirement l'ordre logique : « Vous -demandez comment se fera la résurrection? d'une facon analogue -à la levée du grain-qui suit les semailles; -ce qui est semé dans la corruption ressuscitera dans l'incorruptibilité, etc. car, s'il y a un corps psychique, ily a aussi un corps pneumatique »; sa production ne dépasse point la Puissance de Dieu.
Cinquième idée : nous pouvons d'autant mieux le croire, que nous savons qu'il en æxiste déjun:c’estlecorps-du Christ, telqu'ilestaujourd'hui, formé après celui d'Adam. La différence des deux corps comnegpond à la différence du Christ et d'Adam; l'un, d'après la Genèse, a: été constitué « en âme vinanée » (désignation a potiori parte), lui qui n'était d'abord.que poussière, et il s'est trouvé ainsi capable de transmettre la vie psychique naturelle; l'autre a-été constitué « en esprit vivifiant », — avec un rôle par conséquent bien plus élevé et plus actif — parce qu'il était « céleste », Eroupévios, et que ce qui préexistait de lui n'était pas seulement -de la poussière, mais cette partie céleste de son être (qui sera désignée Rom., 1, 4, comme myeüpa &yiwaÿvns, c'està-dire la nature divine, asec les dons surnaturels qui en découlent dans l'humanité de Jésus par l'union en une personne), partie céleste qui est un principe de vivification totale, pour son humanité et pour celle des autres, et qui le fait capable de transmettre non pas une simple vie naturelle, comme Adam, avec « la chuir et le sang » quil'alourdissent, mais une vie iglorifiée, « preumatique », comme celle que son corps a reçue à La résurrection.
Ainsi.nous tous (et le Christ lui-même, après Adam, dont il.est le descendant) nous asons .eu des corps faits à la ressemblance d'Adam notre ancêtre, formé de la terre ; puis, comme le Christ à eu ensuite son corps glorifié — le même, mais transformé — par d'action de son nveüp.a vivifiant, ainsi, par l'action de ce rveüua du deuxième Adam, nous pourrons avoir des corps transformés, parfaitement adaptés à l'esprit, conformes au conps « pneumatique » de Jésus ressuscité.
Une dernière difficulié .se posait : l'Apôtre a paru faire de la mort une condition requise pour da résurrection glorieuse. Qu'adviendra-t-il donc de ceux que .la Parousie trouvera vinants? Garderont-ils dans la vie future toutes leurs infirmités d'ici-bas? Saint Paul répond par le tableau apocalyptique de la grande « Transformation » universelle. qui ne laissera plus chez aucun élu rien subsister les faiblesses «de la chair et du sang ».,.et il exalte en -aacents triomphaux la victoire sur la Mort.
Voici le partage que. nous pouvons faire pour l'exposition :
19.35-4k. Dieu, ‘dont la puissance créatrice est infiniment variée, peut nous faire uR -CO"PS A spirituel».
90 45-49, Ce corps «pneumatique » sera fait sur le modèle de celui du Christ
-glorifié.
30 50-54. Tous, morts ou vivants, obtiendnont ce corps spirituel à la Parousie du
Christ.
1°.55-58. Gräces rendues à Dieu pour celie victoire sur la Mort, et paroles d'encou-
ragement aux fidèles.
C'est une belle unité que ne voudraient pas rompre les critiques; à peine si
Delafosse lui-méme.ose distinguer une rédaction catholique ancienne jusqu'à 44 ct un texte marcionite pour le reste (excepté 52).
ÉPITRE AUX CORINTHIENS, àV, 90r37. . 424
17 xv, 364%, Dieu peut: créer un: corps- « spiräuel » comme il'æ créé tant. de corps matériels.
Int. Image du: grain semé, qui meur4 pour danner un épi plein de grains dont l'espèce est déterminée par. celle de la semence « selon que Dieu l'a voulu ». Les versets 40-suiv. décrivent la Belle variété de cette création matérielle, due au vouloir de Dieu. Qui posera des Bornes, est-il sous: entendu; & cette puissance de création et de régénération? Dieu peut donc faire des corps spirituels, supérieurs à: tous: lès: eorps matériels que l'on voit.
Cn. xv, 38. "ANA dper mic Flüs Éveipourer où veupol; — [Toi GÈ aupor Épyovtau |
36. “’Agouv, aù à amsfpets, où Cuaractrer “éèv ph Gmobdva ST. La à omelpere, où 7 “odpa To “yevmobmevor omelpeus, GARE “yuyvèv xéxnov “el vuyou oftou À
Cu. xv, 35. Cependant l’on dira : « Comment les morts font-ils à ressusciter? — mais avec quelle sorte de corps reviennent-ils {donc|? »
36. L'insensé! Toi, ce que tu sèmes, cela ne prend pas. vie s'il n’est venu à mourir; 37. et ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps qui se fera que tu sèmes, mais un grain nu, de froment si l’on veut, ou de quelqu’une
A. 35. ‘AXE dost tv, transition fréquente en « Diatribe »., — Tiés — « comment (est-il possible): »; &yetpovra présent = l'effort poux se lever, s'éveiller, ressuseiter, — noi — «. de. quelle: qualité: », « de quelle espèce ».
B.. 35. Paul arrive au cœur du problème. Après avoir monté: que: nier La résur-
rection serait un désastre, ik va dire: à: ses. interrogateurs ébrankés comment, elle est possible, at que ka triste expérienee de la ruine du corps dans le sépulcre ne prouve rien contre ekle.
A. 36. ägpuv est un nominatif, une exclamation. — Remarquer comme le style est heurté à ce début. C'est sur le ton de la « diatribe » La plus pressante que Paul entame cet, enseignement. qui, par degrés rapides, va monter au lyrisme ke plus serein. —' Dans la traduction, nous avons voulu conserver la nuance d'éventualité contenue dans édv.
B. 38. Le verset insinue, par la comparaison du grain semé, que. la mort est la candütion. d'une vie plus ample ot plus parfaite. Ce n'est, pas une allégorie, — car Pauk ne. parle encore que du grain, au sens propre, — mais une comparaison (Bachmann), qui porte essentiellement sur la corruption que. doit subir le grain pour se. multiplier. On se rappelle: tout de. suite: là parole du Seigneur « Nisi granum frumenti.… » (Jean, xu, 24). Pour l'origine de l’image, on a pensé à l’épi montré solennellement. aux époptes d'Eleusis, — si: toutefois c'était un symbole de leur bonheur futur. Avec plus d’à-propos peut-être, on aurait pu recourir aux rites osiriens, où la germination des plantes servait de symbole populaire pour figurer la renaissance du dieu et de ses fidèles (Plutarque, « Isis et Osiris », 65; — allégiories du. « Gonte des. Deux frères. », du Tombeau de Rekhmara, otc., voir Virey, « La Religion de l’ancienne Egypte », al.). Mais ü n’est nullement assuré que Paul connût ces rites ou ces traditions. L'image, si naturelle en soi, pouvait naître spontanément dans son propre esprit, ou lui être inspiréo par le souvenir du logion de Jésus,
conservépar La tradition avant d'être consigné dans le Quatrième Évangile,
rtvos Tüv homdv 38. 0 DÈ Oedc Gdootv abr® côua refus YREAnSEV, nai Exdoto 16 oxepuétuvy ldtov cûua.
39. OÙ raca oùpE à « dr odpE, SAAX AN LÈv &vOpwrwv, AXN DE oùpË arnvOY, GANN Où cape “mrnvüv, GAAN OÈ IyOdwv. 40. Kai oüpara éroupévie, nai cupara Émiyeua" GAAù “écépa pèv ñ Tüv émoupaviwy *D6Ëa, Etépa DÈ à Tv énryelwv’ HA. ŒAAM DE hhiou, nai dAAN dE cehfvns, ai dAAn B6Ea Gorépuv &oThp Yap dorépos duugéper Ev BEN. -
A. 87. yevnodpevov, participe futur si rare dans la langue ordinairement familière de Paul (cfr. Luc, xxvn1, 49, ëcôuevos), montre que l’Apôtre élève intentionnellement son style, — et tôyor, voir à x1v, 40, — yuuvôv xdxxov n’est pas à comparer pour le sens à II Cor. v, 3 où il s'agira de l'âme « nue », dépouillée du corps; iln’y a pas encore ici d'intention allégorique expresse, et « nu » signifie seulement isolé, sans les enveloppes qui protégeaient le grain sur l'épi; de même Gévôpoy yugvév était un arbre sans feuilles. Des rabbins ont appliqué, eux, cette image au corps mis en terre, mais pour en inférer qu'il en sortirait avec des vêtements (Pirke R. Elieser, al., v. Str.- Bill., p. 475); Paul dira bien davantage.
A 88. xa0wç ABAnoev.… ltov cûpa, cfr. x11, 18 et Gen. 1, 11.
B. 37-88. Le texte exprime deux idées : d'abord la transformation merveilleuse du simple grain qui devient un épi, ensuite la correspondance exacte de la nature de cet épi à celle du grain. Ce n’est pas une preuve que les corps doivent ressusciter, comme si leur reviviscence rentrait dans le processus naturel de la germination, et il ne faut pas chercher ici de finesses biologiques (Barth); ce n’est qu'un exemple : dans le cas du corps comme dans celui du grain, le sujet persistera mais les attributs changeront. C’est par la volonté de Dieu que la plante sort de la graine;
: Paul ramène tout à la Cause première, persistance de la vie, et appropriation de la plante nouvelle à la nature du germe, — ce qui maintient une certaine identité entre les deux. Seulement il ne dit pas que c’est un miracle, et que Dieu donne un corps qui n'était aucunement contenu dans le grain; il sait bien qu'il y était en puissance, et que c’est une loi de la nature qui s'applique (comme à xu, 18, pour la composition des membres du corps humain); il attribue simplement l'effet de la loi au Créateur qui est l’auteur de cette loi. J. Weiss fait donc bien vainement ici des difficultés botaniques, comme si Paul considérait la plante comme tout à fait étrangère à la graine semée, et n’en dépendant en rien; c'est afin de pouvoir considérer le « corps pneumatique » dont il s'agira bientôt comme un « vêtement », tout entier venu du dehors, et sans aucune identité de nature avec le corps qu'il doit couvrir, afin de ramener ainsi Paul à la mystique hellénistique, conformément aux théories de Reitzenstein. Idem Lietzmann. V. infra, aux vv. 44 et 45,
A. 39. Remarquer la paronomase zxrnv@v… nravé&v, qui montre une fois de.
plus la familiarité de Paul avec la langue grecque; car renv&v, forme poétique, ne se trouve qu'ici, et a été « corrigé » par D", F, G en xetetüv, plus ordinaire; nous
avons cherché à conserver la rime autant que possible : « bestiaux... oiseaux ».
A. 40-41. d6£x : il n'est pas nécessaire, avec Reitsenstein, de ramener ce mot à l'iranisme. Puisque ôdéa avait souvent le sens de « renommée », « gloire », on peut, par extension, le dire de l'éclat, de la splendeur, d'un objet matériel. — owpata ërovpévia : Le mot cäue dans l'usage classique, signifie souvent « substance matérielle » (Plaion, al., exemples chez Bachm.) et non « corps organique »; il n’y a donc aucun lieu de croire que Paul regardait les astres comme des corps d'êtres angéliques.
B. 39-41. Tous ces exemples ne sont pas une allégorie couvrant l’idée des corps
des autres [espèces]; 38. maïs Dieu lui donne un corps conforme à ce qu’il a voulu, et à chacune des grainès un corps qui lui est propre. 39. Toute chair n’est pas le même chair, mais autre [est] celle des hommes, autre la chair des bestiaux, autre la chair des oiseaux, autre [celle] des poissons. 40. Et [il y a] des corps célestes, [il y a] des corps terrestres; mais d'une nature est l'éclat des célestes, d'autre nature celui des terrestres; 41. autre [est] l'éclat du soleil, autre l’éclat de la lune, autre l'éclat des étoiles ; car une étoile diffère d’une étoile en éclat.
ressuscités; il faut les prendre au sens directement exprimé, qui suffit à l'argumentation. Paul veut uniquement, développant l'indication Tdtov cüua du v. 38, montrer la variété de la création. Même la différence des corps célestes et terrestres ne se rapporte pas, comme l'ont cru des Pères, à celle des saints et des pécheurs, et encore moins l'éclat divers des corps célestes aux divers degrés de gloire des corps ressuscités, comme l'ont cru Chrys., Aug., Ambrr., Théodoret, Lombard, Estius, Lap., Corluy, Cornely, etc.; Paul n'a même pas cherché à enseigner ici directement, par analogie avec la multplicité des corps célestes, les degrés variables de la gloire des ressuscités (cfr. Thomas, Bisping, Schaefer, beaucoup d’autres). On peut sans doute en faire une application aux bienheureux, peut-être y avait-il dans l’esprit de l’Apôtre une allusion inexprimée (Rob.-Pl,, Sales, al.), mais ce n'est qu'un sens accommodatice; de fait, en parlant de la résurrection, l'Apôtre ne reviendra pas à cette idée d’une distinction des degrés de gloire et ne parlera que de la gloire commune à tous.
Ce qu'il veut ici, c’est montrer l’admirable variété que le Créateur a donnée au monde visible, sur la terre et dans le firmament, pour insinuer par tous ces exemples qu'une Puissance si illimitée peut encore produire beaucoup de beautés que nous ne connaissons point ici-bas (Lietszmann, Gutjahr, Sickenb., al.).
= À, 42-43. Rythme très marqué ; quatre antithèses parallèles, avec anaphores rimantes; on ne peut. douter ici que ce soit intentionnel (v. Ir. de c). Mais le sujet de onefpetar et d'éyelperar n'est pas exprimé. Â-til été omis par une négligence
d'expression, plus difficile à admettre ici qu'ailleurs, et faut-il le suppléer dans la.
traduction, en ajoutant en tête : « le corps »? (Gutjahr, Loisy, al.). Ou bien, dans ce passage poétique, et de langue recherchée, Paul userait-il de passifs impersonnels? Nous nous rangeons à cette dernière hypothèse, pour laisser au texte son indécision peut-être voulue : « Les semailles se font, etc.. » — àtix (43), dit des choses, signifie « saleté », « sordidité ». — On peut comparer Phil. nt, 21, « (Jésus- Christ), qui transformera (uetasynuatiae) notre corps de bassesse (pour le rendre) conforme au corps de sa gloire ».
B. 42-48. « Ainsi sera la résurrection des morts ». Sur quoi porte la comparaison marquée par obtws, « ainsi »? Expressément, ce n'est que sur la transformation du « grain nu » en une réalité plus parfaite, l'épi de blé. Rien ne répond à l'énumération des divers corps et des diverses chairs faite 39-41, et n'exprime par conséquent divers degrés de mérite et de gloire proportionnée. Quoique Paul ne revienne pas expressément à l'idée d'identité ({ôtov) du v. 38, elle est cependant sous-entendue, car les versets suivants assigneront toujours aux bienheureux des « corps », cüpata, et ils seront toujours des « hommes », ävOpwror.
Reitzenstein (HMS, p. 344-suiv.) toujours par « iranisme », se trompe en n’entendant par le terrain des « semailles » que la matière’et les conditions de la vie terrestre; car, aux versets 36-37, l'accent principal était mis sur le passage par la mort, et il faut que la comparaison soit équilibrée, au moins en son trait principal. De
h2. Obrug at avdaracis TN verxgüv.
VV # 2 + 3 # à LA p e.
Srelpetor ëv pÜopa, Éveioetau èv apÜanata:
. 3 x ? , ; HS. omelcerar. év “anmyla, éyesiperon èv den. ? / ) , omeloetet ëv Goûeucia, éyelperou x dovauer We. orefperar souia d'u, éyeloston. adiix TVEDUzTILAN. LE Éortv oùpa duyrnsv, GTA AE TYEUUATLL.
fait, il s’agit d'abord de la mort et de la sépulture, comme pour le grain, et non uniquement de la vie présente (cfr. Bernard, Charles, Findlay, Milligan, dans Rob.- PL.) Rob.-Pl. rappellent fei avec raison l'insistance qu'avaït mise l’Apôtre, aw v. &, à noter que le Christ, « nos prémices » avait été enseveli; mais ces « semaïlles » ne sont. pas rien: que l'enterrement (cfr. J. Weiss). La corruption, le sordidité, Pimpuissance: représentent aussi le cours médioere de toute vie terrestre, dont la mise au tombeau n’est que l'acte dernier et le plus caractéristique (Rob.-Pl., Bachmann, Gut- Jahr, Sickenberger, al). Cfr.… infra le v. 58 : « IL faut que ce « mortel », Üvntév, revêle l’immortalté ». |
Pour le reste, il n’y a qu'à lire et admirer, sans explications importunes.
À. 44. Ici duyrxôv et. nveupatxdv ont.ur sens « physique », puisqu'il est question. du « corps » et non: plus le. sens morak de 15, 44, eë de rr, 15- ou de x1r, 1, xiv, 37, ete., ni celui de x, 3-4; mais:F «. esprit », nueëua, qui fait le corps « pneumatique », n'est: pas cette matière subtile que Gunkel («e Wirkungen des Geïstes », pp. 47-suiv., 107-auiv.) a découverte et léguée aux synerétistes récents. Voir à l'Exc. v sur rveüpe.
B. 44. Ce verset comprend deux parties, qu'il faut examiner à part.
La: première serait mieux: rattachée à 43, car elle n’est: que le: dernier trait, exultant et magnifique, des. antithèses. précédentes : « Ce: qui est semé psychique se lèverx spirituel ».
&äb dit que: s'il y & un corps. « psychique », il y en à aussi un « spirituel ». Est-ce une. simple affirmation, où une conclusion logique? C’est ure simple affirmation, triomphale; ear malaré: la prétendue loi métaphysique d’antithèse de Leisesang (op. cit.), et d'autres, on n’a pas le droit de: conclure, du fait que Die erée: des corps sans: « esprit », qu'il doit aussi. créer des corps munis de « Fesprit ». El n'y à pas fc de preuve,. mais l'énonciation d'un fait. La preuve est. ailleurs, dans Fes oracles du Seigneur qu'ont. conservés les. Synoptiques. (« ils seront comme les Anges de Dieu »), et dans l'exemple, déjà actualisé, du Christ glorieux (v. infra, vv. 45-suiv.). Aïnst Barth; eontre Gutjalr.
Que: signifient maintenant « corps psychique ». et. « corps pneumatique »? D'abord ces termes expriment que la corporéité ne disparaîtra pas à: la résurrection: (Sickenb.}, Le même sujet restera, mais sera transformé (onsiperar.. éyelperar, puis les vv. 49, 53- 54, v. ad loe.), Le corps « psychique » était constitué pour être mü simplement par une âme, duy#, le corps « pneumatique » sera perfectionné: de façon à être un organe parfait de l'esprit, ruedue, qui le pénétrera et le glorificra; il aura changé de qualité, (Gutjahr},.ne sera plus alourdi par « la chair et le sang » (voir énfra, v. 50). Maïs il aura toujours l'âme, la duy4, qui en fait un corps vivant; ear le. rveÿuz transformateur ne l'aura pas expulsée (pas plus qu'il ne chassait le voës, xrv, 14), malgré ce que dit Reitzenstein (loc. cit.), en invoquant la Pythie de Lucaën (« Pharsale », v, vers 464-s). la « Liturgie de. Mithra » et le reste, paree qu’il conçoit le xveüua, peut-être ä la stoicienne, comme une foree ow une substanec. éthérée qui compose Dieu et les esprits, et constituerait aux régénérés un corps nouveau qui germe au baptême, et remplicerait l'autre à la résurrection. Comme un corps « psychique » n’est pas un corps
Lk2. Ainsi [de] la résurrection des morts :
Les semailles se font dans la corruption, la levée dans l’incorruptibilité ;
k3. les semaïlles [se font] dans Ia honte sordide, Ia levée dans la gloire;
les semailles [se font] dans l'impuissance, la levée dans la puissance;
kk. les semailles [sont d’] un corps psychique, la levée d’un corps spirituel. |
S'il existe un corps psychique, il en. existe aussi. un. spirituel.
«. fait d'àme: », mais animé: et. mw par une: âme, ainsi. un corps « pneumatique » n’est pas un corps « fait d'esprit », mais pénétré: et. mu par E « esprit » (Rah.-Pl,, Back mann,.al.)et cet « esprit » n'est. que la partie la plus haute de l'âme. buy 1;. transformée dans ses qualités et ses opérations par la présence de: l'Esprit-Saint (Voir Exe. v} J. Weiss s'embarrasse: fort, pour plier le texte aux « découvertes » de Reïtzepstein ; mais ik faut. dire avec Sickenberger que tout ce passage de Paul na pas d'origines: autres que: chrétiennes, malgré quelques possibles rapports de terminologie avee des mystères spiritualisants. |
Ainsi l'Apôtre à répondu: à. la première question : Comment des. corps marts fexont-ils pour redevenir vivants? Il a. seulement fait appel à la puissance de Dieu, qui nous met. sous les. yeux, comme symbole, le renouveau de lx végétation. ka germination des plantes, et.a rempli. la. nature de corps.si variés et. si beaux. S’ik æ fait le corps: psychique, que nous connaissons, le: Créateur ne peut-il lui danner des formes nouvelles, que nous ne connaissons pas? Oui, affirme l’auteur inspiré; & existe un Corps spirituel, parce que le Tout-Puissant l'a voulu.
20 xv, 45-49, L’ « Homme céleste » sera le modèle des ressuscités, :
Int. — Voici la réponse formelle à la question : « Avec quelle espèce de corps les morts peuvent-ils revivre? » eo
Rappelons-nous qu'il ne s'agit toujours directement que des élus. Comme ils tenaient ‘ d'Adam leur corps avec ses propriétés naturelles, ils tiendront du « Deuxième Adam », le Christ, la spiritualisation de ce corps, qui sera l'« image » du corps glorieux de Jésus-Christ ressuscité. Leur corps passera aussi de l'état terrestre à un état céleste.
Le ». 50 sera un verset de liaison, qu'on peut faire servir de conclusion à la présente péricope, comme d'ouverture à la suivante.
L'exposé très concis de l'Apôtre, et qui donne lieu à de multiples discussions, se réfère évidemment à des instructions dont il avait déjà donné la substance à ses ‘Corinthiens. On y trouve un parallèle très caractéristique, Phil. 20-21, dont la doctrine, quoique donnée dans une lettre postérieure (de peu), ne s'était certainement pas formée dans l'intervalle des deux écrits, car Paul n'en parle aux Philippiens que comme d'idées à eux bien connues. h
La correspondance de ces deux textes qui s'appuient l'un l'autre est portée très loin :
Phil. 11, 20-21 (trad. Lemonnyer) : « Notre cité à nous est dans les cieux d’où nous attendons que vienne comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps misérable (cfr. encore v. 51) pour le rendre semblable à son corps glorieux, en exerçant le pouvoir qu'il possède de s'assujettir toutes choses (cfr. supra, 25-28) ».
Cu. xv, 45. Ofrus ‘rat yéyparrar” « ’Eiyévero à toüros &vôpumoc, ’Ajdu, “ets buyny Cooav, » à Écyaros "Ada “els mvebpa Cwomotoïv. #6. ’AXN où rpürov Td mVEUpaTxOV, GAÂAG Td uyinov.
‘O rpüros àvOpwumos èx Yhs, yoïuôs, 6 deûtepos dvOpumos Ë obpavoë.
A. 45. L'Ambr' omet obtws xal yéypanrar — Citation de Gen. n, 7 : éyéveto sie duyñv Géoav, d'après les LXX; nn vip39 DIN, WIN dans l’hébreu original: de pareilles
tournures sont fréquentes dans le N. T. surtout aux citations, et peuvent d’ailleurs se rattacher à la xouwx (Abel, p. 166). Le sens est qu'Adam, par le souffle de Dieu, devint un être animé, en désignant le tout par la partie principale. La question est de savoir si la phrase parallèle qui suit est donnée aussi comme une citation de l'Écriture. Lietzmann croit que c’est une paraphrase du premier membre; J. Weiss, que Paul dépend d'une tradition exégétique ou spéculative sur deux créations de l'homme dans la Genèse (1, 27 et 11, 6-7), et que le verbe unique ëyévero montre que le second sujet, 6 #oyutos "Ad, appartient à à la même citation (approximative) que le premier; c’est, à notre avis, tenir peu ‘de compte du style de Paul. Sickenberger, Bachmann, Gultjahr, Roberison-Plummer croïent aussi, à cause de cette unité syntactique, que la citation comprend 45b, et l'expliquent, avec plus ou moins d'assurance, comme un résumé des prédications messianiques de l'A. T., ou du fait que le second membre est joint au premier parce que celui-ci parle du premier homme comme du « type » du second Adam, ou bien que 45b est le commentaire paulinien de 45 a. Nous admettrions à la rigueur que 45* est écrit pour servir de « type » et préparer la proposition suivante (Gutjahr), et qu'ainsi il n'y a pas simple juxtaposition ou opposition, Cependant, avec Heinrici, Sales, al., nous croyons plutôt que la citation s'arrête à {&oav; Sickenberger admet que, à 45°, c’est peut-être Paul lui-même
qui parle. S'il y a un lien entre les deux propositions, le premier Adam étant présenté comme type, ébauche, préparation de l’autre, c’est surtout la différence, l’antithèse que l'Apôtre a voulu faire ressortir : « me qui a la vie; — esprit qui donne la vie ». Ce qui prépare évidemment le v. 49 (et 50).
Reitsenstein (« Das iranische Erlôsungsmysterium », p. 107 ss., cfr. HMS, pp. 346- 850) aurait voulu changer 45, par la suppression de els, en à Éay. *Adèpu nvedua Cwonotoëv [éoru]; modification qui, pour J. Weiss lui-même, manque de raison suflisante; et il n’en est pas d'autre, en effet, que les nécessités d’une théorie qui veut faire du Christ l « Urmensch », | « Anthropos » préexistant à Adam, et « fait d'esprit », (v. infra). |
B. 45-46. L’Apôtre, pour expliquer la possibilité du « corps psychique », revient à l’antithèse annoncée aux versets 21-22 (v. ad loc.) entre l’œuvre d'Adam et l’œuvre du Christ, Comment le « dernier Adam » fut-il fait « en esprit vivificateur »? Le verset 47 répondra. La plupart l'expliquent de la Résurrection, quand le Christ, ayant racheté l’humanité par sa Passion, put lui communiquer sa vie glorieuse, après avoir reçu lui-même comme une nouvelle naissance (cfr. Act. xur, 33, « Ego hodie genui te », dans le discours de Paul à Antioche de Pisidie); ainsi Ambr', Hervé, P, Lombard, Estius, Läp., Cornely, Rob.-Pl., Bachmann, Gutjahr, al. Nous croyons cette interprétation trop étroite; il faudrait au moins dire, avec Sales et d'autres, que le Christ devint alors vivificateur « ên actu », mais qu'il l'était déjà virtuellement dès le premier moment de son existence. En effet, la comparaison entre le premier et le dernier Adam porte sur le moment où l'un et l’autre furent formés. Or, l’Homme- Christ, dès qu'il a commencé d'être, a possédé par l’Incarnation, dans l'union de la
Cu. xv, #5. Et il est écrit ainsi « Le premier homme (Adam), fut fait en âme vivante »; le dernier Adam [le fut] en esprit vivifiant. 46. Mais [ce n'est] pas en premier lieu le spirituel, mais le psychique.
K7. Le premier homme [fut] de la terre, fait de poussière;
Le deuxième homme [est] du ciel.
nature humaine à l'Étre. divin, l'esprit qui donne la vie, le veux &yimoivns de Rom. 1, 4, parce que son origine et sa personnalité étaient du ciel (v. 48).
Comme s'il avait voulu rendre impossible de se méprendre sur le sens qu'il donne à « dernier Adam », constitué en « esprit vivifiant », et réfuter prophétiquement les interprètes qui confondraient ce « dernier Adam » avec un « Anthropos », ou Homme céleste ou « pneumatique » créé avant l'homme « psychique », Paul a pris soin d'affirmer que le « pneumatique », dans l'ordre du temps, n'a paru qu'après le « psychique ». Peut-être connaïssait-il (par Apollos?) la théorie de Philon sur la double création de l'homme (« Legum allegoriae », 1, 34 : Gicrà av0puémuv yévn° 6 uèv yép Eotiy odpévios &v0pwnos, 6 DE yhtvos xtA. ; al.), qu'on voudrait faire coïncider avec certaines spéculations fabuleuses des Midraschim et du Talmud sur Adam. Mais, pour le Judaïsme, Strack-Billerbeck affirment (p. 477 s.) que jamais on n’a opposé au premier homme tiré de la poussière un « deuxième » ou « dernier » Adam, et qu'il n'y a dans l'ancienne littérature rabbinique rien d'analogue aux spéculations de la Cabbale médiévale sur un « premier » et un « dernier » homme, un homme « d'en haut » et un homme « d’en bas ». Quant à Philon, on admet généralement qu'il platonise, et que son « Premier Homme » créé (d'après Gen. 1, 27) avant Adam, est le Logos ou l'Idée d'homme, l'Homme idéal; il ne l'a jamais identifié au Messie, et ne lui a jamais donné de rôle sotériologique, en dépit de tous les efforts que fait Reitzenstein pour le ramener à une prétendue tradition gréco-orientale sur un « Urmensch »
k8. Otes & wpoinoc. rorodtar. ab. dE yoixot,
Kai. oios 8 Eroupaviec, vowobror nat oÙ Émougavrer. 49. Kai vas Epopécamey iv “elxbva To yoïxoë, *gopéawpes Kai Thy elxévæ Toÿ Émoupayiou.
sauveur. Bousset et J. Weiss cherchent dans la même direction; tous voudraient trouver un « Premier Homme » qui serait pour Paul l'être préexistant du. Christ, afin de ne pas reconnaître chez l’Apôtre la doctrine catholique de l'Incarnation de Dieu. J. Weiss, très embarrassé. par cette phrase. de Paul sur la postériorité du: « spirituel » ou du « dernier Adam », voudrait pouvoir intervertir les versets, les ranger dans l'ordre 46-45-47, ou. même supprimer 46; il ne l’ose cependant, et se contente de dire que le « pneumatique », bien qu'antérieur, n’est « entré en action » dans l'histoire qu'après le « psychique. » ; solution désespérée.
Nous ne savons si Paul a. voulu réfuter la théorie des Deux Hommes de Philon (Lietzmann,. Bachmann, Barth, al.) ou certaïne manière de la comprendre; mais, ce qui est sûr, c’est que pour lui le « dernier Adam », le Christ, n'existait pas comme: tel, avant le premier, et n’a par conséquent. rien à faïre avec cet « Anthropos », cet « Homme Primordial » découvert par les syncrétistes chez les gnastiques, les Eermétistes et les Manichéens, et reculé par eux à l’époque iranienne afin de pouvoir expliquer par l'histoire des religions la croyance chrétienne à Ia préexistence du « Fils de l'Homme » (Voir notre com. sur l'Apocalypse, % édition, Exc. n). Comme « homme », le Christ est, selon l’Apôtre, un fils d'Adam.
Le v. 46 signifie sans doute que, comme l'humanité a longtemps attendu Île Deuxième Adam et son « esprit vivifiant », en gémissant sous l’hérédité du Premier Adam, aussi il faut passer par les dures. conditions de vie qu’on subit dans le « corps psychique » avant de connaître la gloire du « eorps pneumatique ».
A. 47. Ici commence une autre série d’antithèses rythmiques, comparable à celle de 42-44, et dont la solennité hiératique nous fait voir encore à quel haut diapason était monté l'esprit de l'Apôtre. Le v. 49 montre pourquoi ik fäut attendre, dans les efforts et les douleurs de l'existence psychique, l'assimilation à l’homme « pneumatique » ou céleste, et par conséquent. {cfr. J. Weiss}, la série. se rattache aussi bien — quoique d'une façon qui paraît plus subtile — ax verset 45 qu'au verset 46.
Au lieu de 6 Geëregos &vfpwras. à obcavoë,. Mareion a li : 6 Gebrepoc, nügroc, E oùcavad, « le deuxième, le Seigneur, est du ciel » ; il est. vraisemblable que: c'était. à une modi-: fication tendancieuse; l’hérésiarque, en changeant « homme » cm « Seigneur », voulait supprimer le lien entre Adam et son Christ à lui, qui n'était pas sorti du tronc d'Adam. Une autre lecture : 6 Beur.. &vlo., 6 xotos, € 030. (A, K, Li, P, Chrys., pes., got.) est une combinaison probable: de l'original avec Marcion (Lietzm.); une autre, qui ajoute 6 abpdmas après obpavoë (F, G, Vulg., Latt., Grecs, Amd) est influencée par 48b (Id.) — yoirés. vient de yoû, qui est au sens littéral de la terre émiettée. — Voir Gen. ll, 7. .
B. 47. Si l'on sait par Ice récit de la Genèse comment le premier homme, notre ancêtre selon: la: nature, vient da: la terre, comment le « deuxième homme » est-il du. ciel, ou vient-il du ciel? On ne peut l'entendre comme Bachmann du jour de l’avènement glorieux, car ce n’est pas à la Parousie seulement qu'il sera fait « esprit vivifiant » (v. supra), et le parallétisme avec Le « premier homme » serait rompu; car il s'agit de l'origine de celui-ci, il doit donc s'agir aussi de l'origine du second. Aussi J, Weiss trouve-til, avec raison cette fois, pareille interprétation contraire au contexte. Nous ne croyons pas non plus avec Guljahr qu'il s'agisse de la Résurroction,.
48. Tel celui qui [fut] de poussière, tels aussi ceux [qui sont] de poussière;
Et tel celui [qui est] céleste, els ‘aussi ceux [qui sont] célestes. ” 49. Æt de même que nous avons porté la ressemblance de celui [qui fui] de poussière,
Portons aussi la ressemblance de celui qui est céleste.
qui a fait glorieux le corps du Christ; il est vrai que cet exégète catholique ajoute que cette glorification fut due à l'union hypostatique, que Le « deuxième Homme » possédait dès le premier instant. Mais pour nous, c'est exclusivement, ou du moins essentiellement, de l'origine divine du Christ qu'il s'agit, car le texte compare les deux Adam au point de vue des attributs différents qu’ils doivent à leur origine respective.
Nous en restons donc à ce que Gutjahr appelle « l'opinion commune »; Il « est du ciel » à cause de sa personnalité divine éternelle, (bien différente, contre les Tubingiens et les découvreurs de |’ « Anthropos », d'une préexistence corporelle et humaine), « quia divinitas », dit saint Thomas, « quae humanae naturae unita est, de coelo venit, quia fuit prius quam corpus Christi ». Le Christ était, comme l'enseigne Phil. nu, 6, « en forme de:Dieu » avant d'exister comme homme (Sickenberger). Cette interprétation est parfaitement adéquate et rend compte très suffisamment de tout le contexte. Cfr. PAïl, loc, cit., Rom. 1, 8-4, 1x, 5, al.
A-B. 48. Adam avait engendré Seth xarà tv idiay aûrob zai 2atà Tv etxdva abroë (Gen. v, 3, Lxx; dans l'héb. 9x2 inn2); etxbv signifie « image », « portrait »,
mais aussi « ressemblance » due à une communauté de nature. Ainsi il est des hommes qui ressemblent à Adam, et d'autres qui ressemblent à l'Homme céleste. Ce ne sont pas deux catégories naturelles et tranchées, comme les « pneumatiques » et les « hyliques » de la Gnose; car tous descendent d'Adam ct portent d'abord sa ressemblance (voir verset suivant); ce sont deux états, l'un universel, l'autre qu'on devra gagner. Ici encore, c'est une affirmation de Paul; le second membre n'est pas une conclusion logique du premier (voir supra, au v. 44b Bj; il en sera ainsi pour les élus parce que Dieu l'a voulu (xa06s n0éAnoev, v, 38), Cfr. le petasymuation, « transformera » de Phil, (Lietzmann), un texte qui établit bien l'identité permanente du corps des élus en cette vie et après La résurrection.
A. 49. Les uns lisent Le futur gopéoouev (B, 17, 46, T'héodoret, arm., eth.), mais les plus nombreux (N, À, C, D, E, F, G, K, L, P, pulg., latt., copt.) popécwuav, aoriste subjonctif, équivalent à un impératif, -es- pour -ns- au verbe oopéw est une formationde la xorvi.
B. 49. Comme o ct w se confondaient déjà souvent, dès le 1 siècle, dans Ia prononciation, il est difficile de choisir entre les deux lectures de popeoo{ow)uey, Si l’on prend le futur (avec Bachmann, Gutjahr, Loisy, Barth, et J. Weiss avec hésitation), Paul prophétise simplement aux croyants leur sort glorieux à la résurrection; Théo- ‘doret est très décidé pour cette leçon : +b yèp popésouer mpogintiadis, où mapauverixdis elpnxev. Cependant T'ertullien, Chrys., Ambrr, 5. Thomas, cte., Callan, Sales, et les critiques en général, T'ischendorf, W.-H, Soden, Nestle, Vogels opinont pour l’aoriste : toër’ Éotiv, porta mpdéwuev (Chrys.). Cette deuxième lecture paraît préférable, et le sens en est plus plein. Saint Paul ne prédit pas seulement la gloire, il dit qu'il faut la gagner,
en s'assimilant progressivement à l’image du Ghrist, jusqu'à l'heureux jour où notre corps lui-même devicndra conforme au « corps pneumatique » de notre Sauveur, qui a été glorifié le premier dans son corps, comme « prémices » de l'humanité, Et
QI
cette exhortation à imiter le Christ montre encore une fois que les Apôtres, Paul compris, prêchaient aux églises les exemples de la vie terrestre du Sauveur, et pas seulement sa mort et sa résurrection.
Ainsi Paul a répondu à la deuxième et la principale question : « Mais avec quelle sorte de corps les morts peuvent-ils donc revenir? » Ce sera avec un corps « spirituel », c’est-à-dire parfaitement adapté à la gloire de l'esprit, comme est, depuis sa résurrection, celui du Christ, qui assimile graduellement ses fidèles, ses « membres » à leur Chef. |
La péricope qui suit répondra aux difficultés qui pouvaient subsister, et éclairera un peu la nature du « corps spirituel ». ;
80, xv, 50-54, La « Transformation » universelle et ia victoire sur la mort.
Int. — Nous faisons commencer cette nouvelle péricope au ». 50 (qui pourrait aussi bien se rattacher à 45-49), à cause du très solennel roÿro dé gnu, ddeAgof, qui montre que Paul aborde une nouvelle idée, ou une nouvelle explication très importante à ses
yeux. Le « voici un mystère » annonce cette révélation essentielle que le nouvel état des élus ne comportera plus aucune des faiblesses d'ici-bas, et que les vivants du dernier Jour devront étre eux-mêmes profondément « transformés » dans leur vie corporelle pour arriver à cette perfection. Ce sera la victoire absolue sur la « mort » et tout son cortège de misères.
Ainsi sont rejetées les idées trop matérielles sur la résurrection qui auraient donné à des Hellènes l'occasion d'en douter. C'est le dernier mot de l'eschatologie paulinienne. Nous verrons d’ailleurs que, s’il dit à ses lecteurs « Nous serons transformés » au lieu de « nous serons ressuscités », Paul n'enseigne nullement par là la proximité du grand jour.
Cu. XV, 50. Toëro SE ou, &dehgot, Ort “oùxpË Kat aiua Brorheixy 0eoÿ xAnpovopour où düvarar, oùdE à pÜopa Tv apbapalav xAnpovomet.
CH. xv, 50. Mais j'affirme ceci, frères : la chair et le sang ne peuvent hériter le Royaume de Dieu, et la corruption n’hérite pas l’incorruptibilité.
A. 50. toùro dé em fr. vit, 29; dé ne nous semble pas ici être une simple particule de consécution, mais marquer une contradiction à quelque réserve que Paul devine, voir à B. — ùeE xat cuæ, formule juive connue (OT 2), ne signifie pas, comme
souvent sipë quand il est seul, le mal ou la propension au mal, maïs c’est comme la personnification de la faiblesse de notre présente nature, cfr. Mat. xvi, 17, Gal. 1, 16, Eph. vi, 12, Heb. u
B. 50. Pour compléter son instruction et sa démonstration, Paul fait une déclaration solennelle, — comme il en a fait à vi, 29 sur l’inanité des choses qui passent avec le temps. La « chair et le sang » qui ne peuvent entrer dans le Royaume de Dieu consommé, c'est, dit Gutjahr, notre Corps psychique avant qu'il ait acquis les qualités futures, — ou, mieux encore, les déficiences et les tares qui font que notre corps, notre unique corps, n’est pas encore « pneumatique »; car ce sera toujours le même, il ne sera que « transformé » (Sickenb. voir infra, v. 51). Paul répond à ceux qui auraient encore fait des objections à la résurrection, parce qu'ils l’auraient comprise, à la juive, comme la reprise d'une vie limitée, trop semblable à celle d'à présent.
« Chair et sang » et « corruption » s s'équivalent ici, parce que « corruption » est une désignation méprisante pour « ce qui se corrompt ». Rob.-Pl. se trompent avec subtilité, en faisant se rapporter oèpË xat aîua à ceux que la Parousie trouvera vivants, et p0opé à ceux qui seront déjà morts.
——…—— À, 54. rävies où : le mot ravres est placé le premier, contre l’usage, parce que tout l'accent porte sur lui (Lietzm.). — Grande variété dans la transmission du texte :
54. ’Idod puoréproy buiv Aéyu' mévres “ob xoumünoomela, mävres DÈ aXXaYyToiueba, 52. ëv àrouw, Ev pur dphañuod, Ev Tÿ Éoyarn odAmtYY, “ouhmios Yép, “rat ct venpol dyepÜhoovrar Xop0aprou, nat huets Alaynoomela. 53. Aet yap rd pBxproy roùro évèdoacdar &obapolav, nat Tù Ovyrèv vobro Evèboachar dÜavaclav.
4, Notre lecture, qui est celle de B, K, L, P, sah., got., etc., de ‘tous les critiques,
2, nüvtes uèr xouuy0noo ebx, où rrévres de dleynod ue0a. N, C, F, G, 17.
8. oi névres uèv où xœummodu:ôu, où mävres © Glayyoo ue0e. À.
L, Rävres draornodueba, où révres dù dAlaynoo sde... D, 6, f, oulo., lait.
Le vrai texte est 1, celui de B; le texte 2, qui change où de place pour le transporter devant &\«y., est dû à un scrupule doctrinal, parce qu'on s'est dit que ce changemerit {en gloire) ne convenait pas à tous, vu qu'il y aurait des damnés; ce qui est certainement étranger à l'idée de Paul dans le contexte. Le texte 3 a combiné en répétant deux fois où : il y en a qui ne mourront pas, maïs tous ne seront pas changés en gloire; c'est le plus visiblement artificiel. Le texte 4, « occidental », a changé l'original radicalement, toujours par scrupule de doctrine, pour sauvegarder æt la résurrection générale, et le fait que tous ne seront pas « changés » en mieux, puisqu'il y aura des réprouvés. Il ne va pas du tout au contexte, où il n’a été et ne sera question que des élus (Zemonnyer, Sales, Callan, Sickenb., etc.). Saint Jérôme (malgré la leçon de la vulgate, qui a peu de chance d’être de lui pour cette épître, et les épîtres en général) préférait déjà Ia leçon de B, celle qui l'a emporté, à la leçon occidentale (Æp. 119).
T1 faudrait — comme le font les éditions critiques, — continuer la phrase jusqu'à èv +9 écydtn cénuyye, mots ui se rattachent à &Akeynoôpela comme complément circonstanciel (v. infra, à 52 A), malgré la division actuelle des versets. — &ropos et br 60., sont des hap. leg. ; le premier mot, au sens d’instant indivisible, se trouve dans la Physique d’Aristote.
B. 51. Le « mystère », le sccret si solennellement annoncé, ce n’est pas (cfr. Sickenb.) que quelques-uns seront exemptés de la mort; c'est que tous les élus de Dieu, même ‘ceux qui ne mourront pas, devront être soudainement transformés, en un instant, en un clin d'œil (les Grecs, Messmer, $imar, Cornely, Schaefer, Godet, Lietzmann, Rob.-Pl., Gutjahr, etc.). Ainsi ceux qui vivront encore à la Parousie ne seront pas exclus du Royaume, ou retardés à sa porte, pour n'avoir pas passé par la condition dela mort(Bachmann). Athénagore (cité par Bachm.), « De resurrectione 33 », l'a très bien vu et exprimé : eos yéo tt erafokts xat révrwv Üoratoy ñ dvdotaotç, Ÿ TE TEV rat’ Éxelvov TOv LpÜvov repiôvtTuov Étt xpôs TÔ xpeïtTtoy metaBokf : la dernière sorte de changement sera la résurrection, et le changement en quelque chose de meilleur encore des vivants de ce temps-là. L'objet du « mystère », c'est «e grand acte décisif de Dieu par lequel il élèvera ses élus, d'un seul coup et en une fois, à l'état « d'hommes célestes », quel que soït l'état de mort ou de vie corruptible où il les trouvera, — Paul, dans sa deuxième épiître ÎT Cor. v, montrera comment le fidèle peut se consoler de ce que cette transformation ne soit pas toute proche.
En disant « tous nous ne dormirons {mourrons) pas », l'Apôtre veut-il affirmer qu'il y aura, de fait, de ses contemporains de Corinthe à ne pas passer par la mort, parce que la Parousie serait prochaïnce? (cfr. T Thess. 1v, 15, muets oi Cüvres oi mepraerrépevor lg tmv mœpouoiuv roû xuplou). Nous avons traité cette question dans notre commentaire de l'Apocalypse (Apoc. 3, pp. cxxiv-suiv.). It Paul se place-il, avec assurance, comme Rob.-Pl. et bien d'autres le disent, dans la classe de ces survivants ? Mais ce serait contraire à vi, 14, à IT ‘Cor, v, 8, à Phil. ui, 11, pour ne parler ici que de ces passages, Non, en réalité, Paul dit « nous » au nom de tous les fidèles (Sicken-
51. Voici un mystère [que] je vous dis : Tous nous ne nous endormirons pas, mais tous nous serons changés, 52. en un instant, en un clin d'œil, à la dernière trompette; — car la trompette sonnera, — et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous serons changés, nous! 53. IL faut en effet que cet [être] corruptible revête l’incorruptibilité, et que cet [être] mortel revète l’immortalité.
berger, cte.); le mot révree, « tous », les deux fois où il est écrit, désigne également tout le corps des élus, formé de morts et de vivants (Lietszmann, Gutjahr, etc.}), et considéré en bloc; c’est trop restreindre le sens du second rävtes, si évidemment mis en parallèle coextensif avec le premier, que de l'entendre seulement, comme J. Weiss et d'autres, de « ceux qui resteront »; et « nous serons transformés » comprend la « résurrection » comme un de ses modes, pour ceux qui seront morts ; si &laaynsôuela ne s’appliquait qu'aux lecteurs contemporains de l'Épître, alors Paul aurait l'air de croire que plus un fidèle de Corinthe ne mourra après sa lettre, ce qui est manifestement absurde, quoique J. Weiss propose cette interprétation comme une de celles qui lui paraissent possibles.
Les Latins qui ont suivi la Vulgate ont cru que, d'après l'Apôtre, tous les hommes mourraient (ce qui est contraire à 1 Thess.), mais que tous ne seraient pas sauvés. Saint Thomas (après l'Ambrosiaster), dit que l’exemption de la mort pour quelquesuns n'est pas contre la foi, maïs que les vivants d'alors mourront dans leur ravissement au ciel (I Thess. 1v, 17); Æstius et d’autres disent que ce sera dans l'incendie final de l'univers. Ce ne sont là que des idées introduites dans le texte, où il n'y en a pas trace, à la suite d’une correction de scribe mal inspiré.
Il reste que tous les fidèles, de Corinthe et d'ailleurs, morts et vivants, seront « transformés » et échapperont à « la chair et au sang » de la vie terrestre. Tout cela est dit contre la matérialisation et la spiritualisation excessives de l'espérance chrétienne (Sickenberger).
——— À. 52. Sur la mauvaise division des versets, les mots ëv &rduw, fn dp0añuoÿ, voir à 51 A. — Pour oxkxice qui n'a pas de sujet, il faut sous-entendre 6 cakriyxtis; on trouve pareille ellipse dans Xénophon avec le même mot (Abel, p. 155); oxXzfosr pour carie est une forme de la xouwvx,
B. 52. Paul adopte la même mise en scène apocalyptique que dans I Thess. 1v, 16, et que Mai. xx1v, 31. Puisque c’est la « dernière » Trompette, c'est qu'il n'y aura plus rien après (Voir Exc. xvin). Agiba comptait sept trompettes pour la résurrection (Str.-Bill., ad loc.). Sur le sens des « Trompettes », voir notre commentaire de l'Apocalypse, spécialement l'Exe. xxur.
Ainsi la « résurrection » et [a « transformation » auront lieu en même temps, dès que la trompette sonnera. Faut-il voir deux catégories tranchées dans « les morts » et « nous », avec Rob.-Pl,, ct comme Gutjahr le croit aussi, puisqu'il veut donner ici un sens moins étendu aux termes « nous serons transformés » qu'au verset précédent? Nous ne l'admettons pas, car eo serait compliquer l'idée et attribuer à saint Paul la responsabilité d'une faute de stylo et d’une équivoque dans un passage par ailleurs très soigné; — bien qu'on pt admettre sans rien changer à la doctrine qu'il y a deux formes de « transformation » iei distinguées, l’une par mode de résure rection, l'autre dans un mode qui n'est pas décrit, et qui est un des élémonts du « mystère »; seulement, ce serait moins naturel, et inutile, Car si Paul écrit mets, « nous », c'es, je crois, moins pour l’opposer à of vexpot, que pour l'expression concentrée cl savouréc de son attente joyeuse : « Nous sorons transformés, nous! »
ÉPLTRE AUX CORINTILLENS. 18
54. “Oxrav dÈ ro ofaprèv roëro évdonTar apapolav, aa To Ovnprèy Toëro ÉvdGonTe &favasiav, rove yevésetar à Aëyos à ysypaupévos" & Karexoün à Odvaros els vixos.
[55. IToÿ oov, Odvate, rd viros; moû ou, Odvate, Td xévrpor; »].
nous, nous-mêmes, morts ou vivants, nous tous qui aurons cru au Christ mais aurons gémi dans ce corps corruptible, + #0aptôv toÿto, voir v. 58.
A. 53. On sent en effet dans ce verset et ceux qui suivent la ferveur d’un enthousiasme contenu, mais qui éclatera au v. 55. Paul s’est plu à redire les mêmes mots pour lui si pleins de sens. J. Weiss, qui a bien perçu cette beauté, parlait encore ici de strophes; on pourrait en effet établir encore une division en lignes, mais ce serait moins frappant qu'aux deux passages rythmiques qui ont précédé.
B. 53. 11 faut (äeï) de par la volonté de Dieu, et pour qu'on puisse participer pleinement aux joies de son Royaume, que la corruptibilité, la mortalité, tout ce qui est dénommé « chair et sang » disparaisse, et que le corps, en revenant à la vie, soit investi de qualités nouvelles, incorruptibilité, immortalité, que la nature ne lui avait pas données. Mais il n'en sera pas moins toujours ce corps-ci que nous avons à présent (tb pfaprèv roëro), l'identité persistante est clairement affirmée. Le yép rattache cette phrase à toute la précédente, et non pas à y. key. seulement (qui a d’ailleurs un sens très général, v. supra); c’est donc de toute façon une erreur que de faire signifier aux expressions « ce corruptible- ci», «ce mortel-ci » les seuls corps de celui qui écrivait et de ceux qui devaient lire Ja lettre; il s’agit de tous les élus de n'importe quelle église et de n ‘importe quel temps, d'autant plus que les expressions susdites ont certainement la même extension qu’au verset $4 qui va suivre (v. infra). Ces deux versets 53 et 54, arrivant à [a fin de cette longue instruction, se rapportent certainement à tout le sujet traité, pris dans toute son ampleur, donc à tous les hommes, ou plutôt à tous les élus.
L'adjectif démonstratif voÿro est répété quatre fois, pour inculquer fortement l'identité du corps ressuscité avec celui qui est maintenant, ou qui a été, corruptible et mortel; ainsi l'image initiale du grain (voir vv. 35-38) est toujours applicable pour l'essentiel. Mais il ne faut pas poser, comme J. Weiss, la question bizarre de se demander si le changement se fera graduellement dans le tombeau, comme le grain se change peu à peu en épi dans la terre. C'est se figurer cette fois (cfr. supra, Reütsenstein) que le corps pneumatique existerait déjà matériellement, dans son germe, et se développerait suivant un processus pareil à celui de la germination d’une plante. Si les résultats sont comparables, — et encore de très loin, — les modes sont absolument différents; pour le grain Dieu agit par une loi de la nature, pour le corps — dont tous les éléments se sont dispersés dans la corruption, ce qui n’est pas le cas du grain — il faut une intervention immédiate de la Toute-Puissance divine, Le « comment » échappera toujours à notre science en cette vie; c’est du surnaturel, c'est le « mystère ». Pour affirmer que la résurrection est possible, l’'Apôtre n’a recouru (supra, vv. 38-44) à d'autre argument qu’à la puissance illimitée du Créateur.
———— hi, 54. Fa ds..., jusqu'à dfavasiav, omis F, G; 70 60, toüro évôva. aç0. at, omis Marcion, N°, C',1, M,al., vulg., par dos scribes qui n'ont pas senti la beauté de ces répétitions. — vixos, forme tardive pour vin, se trouve Bible, papyrus, al. Quelle est la citation qui suit yeyexuuévos? Est-ce même proprement une citation ? Feine croit que 54-55 offrent une combinaison de textes bibliques (Zsaïe et Oséec) d'après la méthode rabbinique; mais if nous semble que la dissertation finit avec le v. 54, tandis qu'au v. 55 commence une autre péricope, où c'est Paul qui parle luimême, en s'appropriant des paroles d'Osée (v, infra). Pour le Xdÿos cité dans notre
54. Mais une fois que cet [être] corruptible aura revêtu l’incorruptibilité, et que cet [être] mortel aura revêtu l'immortalité, alors deviendra [vraie] la parole qui a été écrite : « La mort a été engloutie dans la victoire.
[55. Où [est], Ô mort, ta victoire? ton dard, 6 mort, où [est-il]? »
verset, on renvoie à Zsaïe, xxv, 8, qui est en hébreu ny39 nM27 ya; le mot nY5, nu, signifie « toujours », « à jamais », et le sens de « ce qui dure toujours » se joint pour ñx3 à celui de « briller »; Plan du titre des Psaumes désigne un instrument; ‘il est rendu ets vo tékos par les LXX, +® vwoxoiw par Aquila, els vd vixos par Théodotion, « victoire » par s. Jérôme. Ainsi Paul aurait lu dans Isaïe Île sens de « victoire ». Quant au texte des L:XX pour ce passage, xatériev 6 Odyatos ioxüsas, il va très mal au contexte, et est presque inintelligible; Théodotion a ravéruev, le même mot que Paul, et Aquila à peu près ke même, zaraxmovrios, (Rob. P1.). Peu importe; on voit assez le sens de Paul —. Cfr. le v. 26. B. 54, Voici le dernier mot du « mystère », c'est-à-dire du secret de la sagesse de Dieu (voir à 11, 7 s./ pour le salut de ses créatures. « Alors », quand cette transformation merveilleuse aura lieu, à la Parousie du Christ, la mort sera à jaunaiïs abolie, avec ses prodromes et ses suites; ce « dernier ennemi » (v. 26) sera « englouti dans la victoire » ({cfr. II Cor. v, &, « pour que le mortel soit englouti (même mot x2t5ax00%) dans la vie »). Il n’y aura plus de vie incomplète, précaire, toujours tendue vers un autre sort, comme celle que nous vivons sur cette terre. En d’autres termes, Paul écarte, pour en finir, et toutes les imaginations matérielles des rabbins sur la vie future, et tout ce qui ressemblerait au Règne préparatoire d’un Messie juif, toute espèce de chiliasme (voir l’Exc. xviu).
L'accent est devenu triomphal, comparable, dit Barth, à l'enthousiasme de Rom. vit, 31-38 ou x1, 32-36, — ct à la fin du chapitre xur sur la charité qui se termine par la vision de Dieu.
4° xv, 55-58. Actions de grâces rendues à Dieu et encouragement aux fidèles.
Int. Paul se sent exultant pour s'étre tiré d'un si grave enseignement. Il a rendu le plus magnifique hommage à la Royauté du Christ vainqueur, après avoir préché dans toute sa lettre l'union à Lui comme le principe qui éclaire et résout tout problème. Ces préventions helléniques contre la résurrection corporelle, qui auraient pu tout affaiblir et remettre en question dans la croyance évangélique, il les a victorieusement écartées ; il a affermi ses chrétiens sur le roc de leur espérance, pour qu'ils fassent progrès sur progrès jusqu'au « Jour du Seigneur ». Alors ilse laisse aller au lyrisme d'un vrai cantique, revoyant tout le chemin que la Providence a fait suivre à l’homme, à travers le domaine sombre du péché et de la loi, pour lui faire goûter au terme le triomphe de la charité.
C'est bien le couronnement de l'Épitre, dont la leitmotis était « l'union ». Maintenant l'Apôtre inspiré contemple dans l'avenir l'union achevée, le Dieu vivant devenu, par le Christ, « tout en tous ».
Cu. xv, 55. « [loÿ oov, Oivare, 1ù vinoc; moù oou, Oévare, To xévroov; » 56. To DÈ névipov Toë Oavérou à Guaprla, n dE Güvapus TH auaprias 5 vom. 57. To 0 Os yépis To dore Auiv vd vixog due roù xupiou Andy ’Inooë Xpioro. 58. “Qote, &dehgol mou dyarntol, Edpator viveole, ueraxivnrot, Teproselovtec y r@ Épyw Toù rupiou mévrote, eldoves Ov 6 nômoS buy oÙx Éoriv xevds ëv xupiu.
— À. 55. Les exclamations sont d'Osée, x, 14; dans les LXX, on lit &ôn au lieu du deuxième Odvare; cet « Hadès » classique a été rétabli dans notre texte par quelques témoins, À, K, L, M, P, al., syr., got. Les deux questions du prophète peuvent ne former, nous l'avons vu, qu'une citation faite en blocage avec les paroles tirées d’Isaïe au verset 54. Mais il semble bien que ce soit l’ Apôtre Juimême qui parle ici dans les termes d'Osée, car une nouvelle péricope s'ouvre avec ce verset. — Voir sur ces textes Srr.- Bill, p. 488.
B. 55. Quand Paul est enthousiaste, il lui vient naturellement à la bouche des textes de l'Écriture, qu'il ne s’astreint pas du reste à citer littéralement. La citation très libre qu'il venait de faire d'Isaïe le porte à continuer sur le même ton biblique, et d'une façon tout à fait sublime. Si, comme le croient Cyrille d'Alexandrie, Cornely, Gôbel, le texte précédent (yeypæumévos), vérifié au jour de la grande victoire, était placé par l'Apôtre dans 1, bouche des saints glorifiés, alors nous pouvons dire que Paul lui-même, dans sa vue prophétique, s'associe à leur chœur triomphal.
À. 56. Pour « péché » et « loi », voir à Rom. vi, 14, vu, 18, et la doctrine générale de l'Épitre aux Galates, 1, 19, al.
B. 56. Si cette réflexion sur le péché et la loi n'était qu'une « remarque exégétique », une « courte digression » (Lietzm.), au moins elle ferait voir comme était parfaite l'unité de la pensée de Paul et de son enseignement; car les Corinthiens sont supposés instruits de la doctrine sotériologique qui devait être exposée un peu plus tard aux Romains, après les Galates, et qui n'avait donc pas été créée pour ceux-ci.
J. Weiss, quand il y voit une « glose théologique », ou tout au plus une note que Paul aurait ajoutée après coup, montre encore une fois co mme il a mal compris tout ce chapitre. De fait, cette note est tout à fait « organique », et, dit Bachmann,
bien mise à sa place quand Paul en vient à penser au dernier fond des choses — ou plutôt de l'histoire humaine. Parvenu au terme de sa lettre, il regarde avec triomphe ce péché et cette Loi dont ses fidèles sont enfin délivrés, — s'ils comprennent leur vocation. Tout cela c'était le cortège de la mort, vaincue par le Fils de Dieu!
—— A. 57. 16 àù de yéou, cfr. Rom. vir, 25, pour la délivrance du « corps de la mort », escomptée là comme ici. — Le participe présent Bëévz« marque le progrès continu (Rob.-Pl.); l'aoriste dévu, de D, vulg., latt., donne un sens également admissible. — Il y a ellipse de &n ou de Éotw.
B. 57. Il ne restait plus qu’à s'épancher en reconnaissance pour le Dieu qui, par le triomphe de Jésus-Christ, donne aussi aux membres du Christ la « Victoire » parfaite sur le monde, le péché et la mort.
B. 58. L'Apôtre se retourne pour conclure, dans une apostrophe tendre et pressante, vers ses « frères bien-aimés », dont il espère avoir vaincu les derniers doutes païens qui les empéchaient d'être de parfaits disciples du Christ. Ce chapitre, réservé à la fin de son écrit, devait surmonter les tendances dangereuses qui
Cu. xv, 55. « Où [est] d mort, ta victoire? ton dard, à mort, où [est-il]? »
56. Or, le dard de la mort, [c'est] le péché, et la puissance du péché, [c'est] la Loï.
57. Mais grâce [soit] à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ. .
58. Aïnsi donc, mes frères très aimés, devenez solides, inébranlables, vous surpassant dans l'ouvrage du Seigneur, toujours, sachant bien que votre peine n'est pas inutile dans le Seigneur!
auraient porté graduellement les néophytes au scepticisme et au découragement (voir vv. 32-34), et compromis tout le travail de la vie chrétienne. Ils doivent désormais, s'ils comprennent, se sentir armés contre l'inconstance, l'esprit de vanité et de division, les illusions d’une liberté mal entendue: il faut qu'ils se donnent de tout leur cœur au « travail du Seigneur » (c'est-à-dire à l'imitation des vertus du Jésus historique dont la vie et les exemples leur étaient certainement prêchés), dans l'attente ferme de la magnifique récompense que ces pages leur ont fait entrevoir. Nora. L’écrit de Kanc Barru sur ce chapitre, « Die Auferstehung der Toten », est bien digne d’une mention spéciale en exégèse; sa profondeur contraste avec les gauches finesses des commentateurs « religionsgeschichtlich ». Maïs c'est une œuvre, en fin de compte, qui déçoit tristement. L'auteur dit que la fin des choses n'est pas la conclusion du cours des choses, parce qu'elle se produit sur un autre plan, sans qu'il y ait contact; c'est un plan supérieur, évidemment, mais auquel l'humanité, et chaque âme rachetée, doit s'élever par le chemin des événements terrestres et historiques. — La résurrection, nous dit-on, c'est Dieu, le passage à l'ordre de Dieu; elle signifie simplement que « Dieu est Dieu »; la « fin » n'est que le retour au commencement, l'homme ne s'affirmant plus contre Dieu; le « corps pneumatique » n'est pas futur, mais caché, et la Parousie n'est que l'émergence à la surface d’une réalité latente; le Pneuma, « ce qui fait que Dieu est Dieu »
doit remplacer la « Psychè »; Le v. 48 (rouoüror xx où érouodvio) s'entendrait d'un présent intemporel, et création, résurrection du Christ, fin et résurrection des hommes, tout ne serait qu'un « jour », Etc. On voit trop que cette sibylline
« théologie dialectique » prend le contre-pied du véritable enseignement de Paul,
qui se basait sur une véritable intervention contingente de Dieu dans le monde; préparée, réalisée et continuée par des événements de l'histoire; Barth et son école ne mettent, à la place d'une doctrine si objective et solide et concrète, qu'un fidéisme abstrait et plutôt sombre, qui ne sait même pas, quand il prétend apprécier les faits du salut (par exemple à propos de Pâques, du Pneuma et du « Corps pneumatique »}, se dégager des « placita » de l'école d'histoire des religions, tout en faisant profession de les dédaigner.
. Exc. XVIII. SAINT PAUL ET LA ( DOUBLE RÉSURRECTION CORPORELLE ».
Notre commentaire a indiqué les raisons multiples qni empêchent d'admettre en ce chapitre xv l'idée d'une « double résurrection » des corps. Mais comme cette théorie a été mise très à la mode de nos jours, il convient de l’examiuer de plus près.
L'interprétation du chapitre xx, 1-10, de l'Apocalypse par un Règne de mille ans pris à la lettre, avec le Christ visible trônant sur la terre au milieu des martyrs ressuscités, possède encore la faveur de la majorité des exégètes non orthodoxes. Cependant ceux à qui il ne suffit pas de la répéter comme une leçon de leur catéchisme scientifique, n'en ignorent pas les graves. difficultés. Catte conception a beau être analogue à celle de certains apocryphes juifs, et paraître confirmée par le chiliasme de quelques anciens Pères, elle est en désaccord. manileste avee les prophéties du Seigneur dans les. Synoptiques, suivant lesquelles la Parousie, survenant inattendue, mettra le point final à toute histoire terrestre; elle ne peut même pas s'appuyer sur Daniel. Aussi Zahn voudra-t-il la considérer comme une révélation nouvelle et toute particulière accordée à saint Jean; le catholique Wikenhauser, en la maintenant comme sens littéral, tâchera d'expliquer que c’est seulement une espèce d’allégorie pour signifier que les martyrs auront une situation privilégiée dans le monde futur. Mais ceux qui n’ont pas à faire d'apologétique. par exemple Loisy, reconnaissent sans ambages que le millénarisme littéral apparaît comme un élément étranger dans l’ensemble du Nouveau Testament, et demeure inconciliable avec bien des affirmations de l’Apocalypse elle-même; ce ne pourrait donc être qu'un spécimen de ce conflit de traditions hétérogènes qui se trouvent généreusement et peu intelligemment, selon leur système, juxtaposées dans un même livre. Cependant on ne s’en tient pas à cette solution désespérée; depuis quelque temps on se met à insister sur certains traits, assez obscurs. de l'eschatologie de saint Paul, où l’on prétend découvrir au moins l’amorce de la croyance chiliaste. Ainsi nous aurions, dans la révélation chrétienne, deux perspectives eschatologiques en conilit : l'une, générale ct pure de chiliasme, qui est celle des Synoptiques et aboutit à la Deuxième Épitre de Pierre; l'autre, millénariste, empruntée à des cercles juifs de la même époque, qui se mêle à la première chez Paul, et s’épanouit dans l'Apocalypse, Papias, Justin, Irénée, d'autres encorc.
Parmi les exégètes du siècle dernier, wall (1857), Edwards (1885) étaient déjà favorables aux « deux résurrections » chez l’Apôtre. Godet (« Com. sur Ja 1'° épître aux Corinthiens », Il, pp. 374.379) défend très honnêtement cette théorie, et pense même la retrouver dans le reste du Nouveau Testament. Tous-
saint, dans son commentaire catholique de notre épître (p. 415, 1910) inclinait assez visiblement vers la même thèse. Loisy n'en doute plus. Enfin Albert Schweitzer, dans son remarquable livre sur « la Mystique de l'Apôtre Paul » (1930), faussé malheureusement par sa thèse eschatolog'iste, qui lui fait restreindre tout ce que saint Paul dit de l'union au Christ à l'intervalle d'un « règne messianique intermédiaire », prétend (pp. 94-96. al.) qu'une résurrection anticipée des justes précédera la résurrection générale, pour que les fidèles qui étaient morts jouissent aussi des biens messianiques en compagnie de la dernière génération des vivants, « transformés » à la Parousie; Paul aurait trouvé le premier cette solution, étrangère à Jésus, en adaptant au spiritualisme chrétien l'eschatologie de ZV Esdras et de l'Apocalypse de Baruch.
On n'aurait point d'abord pensé à découvrir pareille théorie dans les épîtres pauliniennes, s’il n'avait fallu à toute force trouver un parallèle ou un antécédent néo-testamentaire au prétendu millénarisme de Jean; et cette étude veut montrer au prix de quelles complaisances violentes, de quel refus d'analyse on y est parvenu.
Si l’on voulait d'abord mettre un intervalle, comme plusieurs le font, entre la résurrection des justes et celle des réprouvés, il fallait oublier ou détourner de leur sens des passages comme Rom. 11, 5-suivants, qui n’envisage qu'un seul jour du « jugement » pour les uns comme pour les autres, oublier que le « Jour du Seigneur », ou la Parousie, caïncidera avec la ruine des impies (1 Thess. v, 2. suivants), textes clairs qu'aueun autre ne contredit, et que tous au contraire paraissent confirmer.
Mais le passage de Paul qui est en cause essentiellement, c'est [| Corinthiens, xv, 22-26; pour en faire l'exégèse suflisante, nous devons recourir à un parallèle tout proche, I Cor. xv, 50-55, et à un autre plus éloigné, I Thessaloniciens 1Y, 13-18. |
Disons tout d'abord pourquoi nous tenons ce rapprochement entre I Cor. et T Thess. pour légitime et nécessaire. Bien qu’un intervalle de cinq années peutêtre sépare ces deux épîtres, rien n'autorise à penser que les vues de Paul touchant les fins dernières aient varié durant ce temps. S'il avait eu à rectifier quelque enseignement autrefois proposé par lui à ses fidèles — et cela sur un sujet aussi capital en sa prédication que l'étaient les fins dernières. — ses écrits nous en auraient bien conservé quelque signe, au moins sous forme d’allusion. Mais tout signe, toute allusion de cette espèce fait défaut.
Il avait bien pu le faire, dira-t-on, dans sa prédication orale. Personne ne le niera. Mais ce n’est qu'en désespoir de cause qu'on pourrait se réfugier dans cette inconnue, et seulement si l'ensemble des Ictires de Paul, qui sont des quantités connues, présentait des incohérences ou des contradictions inexplicables autrement. Il n'en va pas ainsi an cas où les leltres, s'éclairant l’une par l'autre, montrent — ou du moins n’excluent pas — la continuité de l'idée et ia cohérence des points de vue.
Cela étant bien compris, abordons le fameux passage où saint Paul est censé préluder au chiliasme. Il se trouve dans la °° aux Corinthiens, ch. xv, pp. 29-56.
22. Ainsi, on eflet, qu'en Adam tous meurent, de même aussi c'est dans le Christ que tous seront vivifiés. 28, Mais chacun au rang (ou « dans le groupe ») qui est le
sien (ëv t& ôlw téyuart) : le Christ, prémices ; ensuite (érera) ceux qui sont au Christ, à sa Parousie. 24. Et puis (eîta), la fin! (ro tékoç) quand il livre (rapaüidot) la royauté au Dieu et Père, quand il aura fait évanouir toute principauté et toute domination et puissance. 25. Car il faut qu'il règne (et yào aurov fBaotheberv) jusqu'à ce qu'il ait mis tous les ennemis sous ses pieds (Ps. 110). 26. Le dernier ennemi qui s'évanouit, c’est la Mort.
La théorie à juger est celle-ci :
Entre les versets 23 et 24 s'introduirait la notion du « Règne intermédiaire », comme dans l’Apocalypse. La résurrection se fait en trois temps : d'abord cellé du Christ, prémices, qui a eu lieu déjà; — ensuite (#xetra) celle des fidèles du Christ, à l'heure de la Parousie; — et puis (etre, coordonné à ireuxa), celle du reste des hommes (rù xélos) qui n'ont pas eu part à la première. Donc deux résurrections corporelles. La deuxième est séparée par un intervalle de la première, comme celle-ci l'a été de la résurrection de Jésus. Trois téyuara : le Christ — les fidèles — « les autres ». Le premier intervalle a été rempli par la vie militante de l'Église j jusqu'au retour de son Chef, à la Parousie; par quoi le sera le deuxième? Par le « règne » du Christ redescendu parmi les siens ressuscités; il prendra vigoureusement en mains son pouvoir royal (Basrkeüew) pour réduire toutes les puissances qui ne lui sont pas encore soumises {cfr. l'A pocalypse, Gog et Magog), et détruira tout empire de la mort (qu'il jettera dans : l'étang de feu, Apoc.), en ressuscitant les derniers morts, auxquels le jugement général assignera leur sort éternel.
Si nous admettions ce parallélisme avec l'Apocalypse, il faudrait au moins
commencer par noter qu'il cloche en plusieurs points. D'abord, dans l'Apocalypse, le combat victorieux contre les puissances signifiées par Gog et Magog, qu'exceite Satan libéré, n'a lieu qu'à la fin des Mille Ans, tandis que chez Paul tout le règne qui, dans l'hypothèse, suivrait la Parousie, paraît occupé par une guerre de conquête et d’extermination; mais on pourrait dire que c’est là un simple eflet varié de perspective. Ce qui est plus grave, c'est que, chez Paul, tous les fidèles, tous « ceux du Christ », sont ressuscités et doivent par conséquent régner avec Lui, tandis que l'Apocalypse ne fait (dans l'hypothèse des mêmes exégètes) ressusciter et régner que les « martyrs ». Ce ne sont donc point, chez Paul et chez Jean, les mêmes ressuscités ni les mêmes « rois » — à moins qu'on ne veuille croire, avec Charles et Loisy, que « fidèles » et « martyrs », c’est unum et idem, parce que tous les chrétiens, d’après l'Apocalypse, doivent être martyrisés par la Bête, entre la publication du livre et la Parousie, les fidèles morts auparavant et autrement étant négligés dans la perspective ; idée formellement contraire à celle de Paul, qui représente des chrétiens vivant encore à l'heure du second Avènement. Mais ceux qui ne donnent point dans cette fantaisie (ainsi Wikenhauser) ne peuvent assimiler Paul et Jean; il faut qu'ils reconnaissent une divergence essentielle entre ces deux perspectives. Et ils ne pourront justifier les vues de Paul comme ils tentent de le faire pour celles de Jean, en disant que celui-ci a voulu tout simplement enseigner, par l'emprunt du mythe judaïque du « Zwischenreich », une glorification spéciale et anticipée d'une catégorie spéciale de fidèles, les « martyrs »; cet expédient apologétique leur échappera pour ce qui concerne Paul, et ils devront reconnaître que celui-ci, à la différence de Jean, ne saurait être absous de millénarisme matériel.
Pour l'interprétation de Jean, nous renvoyons le lecteur à notre commentaire de l'Apocalypse, auquel rien ne nous semble devoir être changé ici. Quant à l'exégèse de 1 Cor., xv, 22-26, tout y dépendra d'abord du sens, et du rôle dans la phrase, qu'il faut donner aux expressions :
3 … HI ! at:
év ro lp Téypart; EîtTa ; A LA To Té}OG; .ei yap aûrov Baorsuev.
19 &v +5 uw réyuaur. — Il est évident que cette expression commande au moins les deux qui suivent: Xpcorés et of voù Xp1oro5; ils auront (ou occuperont) leur réyua respectif. Mais que veut dire ce mot réyux? Le sens ordinaire, depuis le 1v° siècle et surtout Xénophon, est « corps de troupe », « subdivision militaire » petite ou grande. On le trouve dans les papyrus, les inscriptions, chez Josèphe, Clément de Rome, Hermas, etc., et il passe souvent au sens plus général de « groupe » quelconque. Les Septante l’emploient une vingtaine de fois, le plus souvent au sens dérivé de « bannière « (pour rallier les groupes), et parfois au sens plus écarté d’« hommes de pied »; les autres traducteurs grecs de la Bible lui font signifier « bande », « fête », « rangée ». Ainsi la signification, au 1°’ siècle, en était fort extensible; et comme réyux, étymologiquement, veut simplement dire : « ce qui est ordonné ». ou « mis en ordre », rien d'étonnant s’il prend d'autres acceptions encore. Ainsi, dans les Définitions faussement attribuées à Platon, 414°, nous lisons : Gixutov vouou véyua mountixèv Siauooüvne, où il signifie « ordonnance » — « prescription » : « prescription légale qui réalise la justice », est-il traduit d dans la coll. Budé. Aristote, Pol. 1v, vx (9), 3, écrit : êx Gvoiv rayuarotv, tk mèv êx voD dluyagyixo vouou, rx D’ Ex où Onsoxowzxo%, où la constitution, soit oligarchique, soit démocratique," s'appelle un réyux. Au reste, du sens commun de « groupe » ou « troupe » occupant sa place déterminée dans un défilé, militaire on non, il était facile de passer à à celui de « rang » ou de « place » d'un individu dans la troupe. C'est ainsi qu'Épioure (A Herodotos, 71, dans Diogène Laërce I} parle des choses güseuc 00° Eœurà réyux Éyovta — « ayant chacune pour soi son rang dans la nature », et probablement c'est le même sens qu'il faut reconnaître I Clément. xur, 4 (malgré xxxvir, 3 où téyua — « groupe ») : Éxaoros uv, dôeApat, àv ri dl Téypart ebapeoteires ré) 0Eû = « que chacun de nous, frères, à son rang, se rende agréable à Dieu », dans la fonction individuelle qu'il accomplit, plutôt que « au sein de son ordre » (de prêtres, lévites, laïques, xz, 6). — Alors, si, dans notre passage de saint Paul, nous traduisons « à son propre rang », on évitera ainsi la difficulté de faire représenter par le Christ une « troupe » à lui tout seul (cfr. Lietzmann).
20-30 éêca vd réAnç. — ra signifie « ensuite », ordinairement au sens chronologique; mais ce mot, ainsi que son composé Ërerva, marque souvent aussi, non pas une idée de postériorité dans le temps à l'égard des choses qui précèdent dans une énumération, mais simplement que l'on continue à énumérer, comme en français « et encore », ou un « alors » indéfini, ou ce qui est immédiatement conséquent, sans intervalle temporel, aussi bien que ce qui est subséquent. Dans la même épître aux Corinthiens, x11, 28, Ëxute ne marque qu'un ordre
inférieur de dignité, et surtout. il faut remarquer ce que nous avons observé au début de ce même chapitre xv, v. 7. Tout cela nous autorisera, s’il Le faut, à voir dans l'eira de xv, 24 autre chose que la marque d'un: intervalle où l’on pourrait loger une guerre messianique.
Cette question est liée à celle du sens qu’il conviendra de donner au mot suivant, vo vékoç. En soi, rékos signifie « fin », « conclusion », mais aussi « bout », « queue » {/saïe x1x, 15); cette seconde acception (— mepirroux « ce qui reste », Liet:zmann, ad loc.) se rencontre par exemple chez Aristote, De gen. an., pour « ce qui reste » de la nourriture et s’en va du corps. On pourrait donc, abstraitement parlant, l'entendre en notre passage du « reste », des « autres », c'est-àdire des hommes qui ne sont pas « ceux du Christ », peut-être avec une nuance de dédain dans l'expression. Nous verrons si cela convient mieux au contexte que le sens commun et abstrait de « fin », « conclusion ».
Mais déjà nous pouvons voir que la structure de la phrase, aux vv. 23-24, oblige à elle seule de joindre étroitement era vo vélos à ce qui suit (6rav rapaô.ôoi..….) bien plutôt qu'à ce qui précède. On pourrait croire à première vue que eîra est coordonné à reve de 23, et appelé par ce premier adverbe; mais, en considérant mieux, il apparaît d’abord clairement que cette « livraison » de la royauté au Père ne peut être jointe logiquement aux trois membres (qu’on présume) dans l’énumération; car le Christ-prémices est exclu, ce n’est pas au moment de sa résurreetion qu'il a remis un royaume pacifié à son Père; cette exclusion du premier membre rend au moins douteuse la liaison de ëruv mapaô. avec le second membre ëreura of roù Xpiorob; ce qu'il reste de certain, c'est qu'il est impossible de séparer la chose ou l'événement signifié par ro +élo de la proposition qui suit; les mots ôrav mapad. xré. peuvent très bien n'être donc que l'explication de rélos, ou désigner un fait concomitant avec ce seul +£ho; et alors il serait tout naturel de faire commencer une nouvelle phrase, elliptique, une nouvelle idée avec era vo vélos, ce qui empêcherait de trop insister sur une coordination de elra avec Éretra pour en conclure-que aire introduit quelque chose d’homogène à of toù Xpiorob, un troisième groupe.
A9 Geï yap adrov Baorheberv ur£. — Le yéo indique que cette phrase est explicative; le Christ doit régner nécessairement parce qu’il lui faut avoir le temps d'anéantir tous ses ennemis. Mais le temps présent de l'infinitif Baotsteiv ne montre pas que c’est seulement lorsqu'il apparaîtra à la Parousie, et aura ressuscité « ceux du Christ », qu’il commencera cette royale guerre devant aboutir à la destruction de la mort: si Paul avait sûrement voulu exprimer cette idée (Règne intermédiaire), il aurait mieux fait d'employer l’aoriste ingressif Baothsüoou.
Une fois débarrassés de ces préliminaires, nous pourrons déterminer, pour toute la péricope 22-26, en paraphrasant s'il est besoin et commentant quelque peu, le sens qui paraît de beaucoup le plus naturel.