‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 15 sur 192 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

apôtre de Corinthe s’il n'avait été baptisé). Comme l’ardent néophyte voulait se . rendre dans la capitale de l'Achaïe, les « frères » (Act. x1x, 27), c'est-à-dire Aquilas et Priscilla avec les quelques coreligionnaires qui avaient pu se réunir autour d'eux, écrivirent à l'Église de Corinthe de lui faire bon accueil. (1) Et c'était une recommandation justifiée; car, à peine débarqué, Apollos, plein de la grâce de Dieu, se mit à persuader et à prêcher; il eut surtout contre la résistance des Juifs des démonstrations scripturaires convaincantes, mais rendit les plus appréciables services d'enseignement à tous les croyants (Ac£. xix, 27-28), « arrosant » ainsi, dira Paul, ce que l’Apôtre avait planté {I Cor. xx, 6).

Paul, qui s'était pendant ce temps-là fixé à Éphèse, ne put que se réjouir de voir son œuvre étendue encore par un évangéliste si compétent. Apollos, dont la prédication éloquente devait avoir une certaine tournure philosophique, peut-être plus ou moins analogue à l'exégèse de son compatriote Philon (2), atteignait

des groupes que n'avait pas conquis entièrement la manière de Paul. L’Apôtre n’en était pas jaloux. Apollos étant revenu à Éphèse, Paul le reçut comme un collaborateur envoyé par la Providence.

Apollos lui fit sans aucun doute un rapport détaillé sur l’état où il avait trouvé et laissé Corinthe. Que lui dit-il? A côté des progrès de l'Église en extension, il lui signala probablement certaines ombres qui commençaient à se dessiner. L'absence du « père » avait déjà laissé se desserrer quelque peu les liens qui unissaient les frères, et les tentations de l'ambiance païenne commençaient à se faire sentir davantage.

Est-ce pour cela, sur les informations d’Apollos et d'autres peut-être, que Paul se décida à écrire aux Corinthiens une première lettre qui est perdue, mais dont il y a mention expresse Ï Cor. v, 9 (3)? Probablement, à ce qu'il nous semble. En tout cas, Paul y mettait ses fidèles en garde contre la fréquentation des « fornicateurs », c’est-à-dire, comme il l'explique dans I Cor., contre des baptisés qui retombaient aux mœurs païennes.

Un petit problème d'histoire se pose ici. Est-ce que Paul, avant d'écrire sa lettre, ne serait pas allé lui-même à Corinthe, constater de ses yeux ce qu'il en était? Les communications entre-les deux villes étaient aisées, fréquentés et relativement rapides. Un voyage de deux à trois semaines aurait pu édifier FApôtre. Et il se trouve justement, en divers passages de la Deuxième Épitre, que Paul parle d'un double séjour qu'il a fait à Corinthe (voir surtout IL Cor. xt, À : Écce tertio hoc venio ad vos). De plus, dans I Cor. (xvr, 7), il écrira qu'il ne veut pas « cette fois» ou « maintenant » (&px) ne visiter l'église qu'en passant. Plusieurs auteurs en ont conclu qu'il faisait allusion à un court voyage accompli avant la composition de I Cor., et le plus vraisemblablement avant l'envoi même de la lettre perdue. Ces opinions seront à discuter systématiquement dans le commentaire de II Cor., où elles prennent de l'importance pour

(1) L'interpolation du cod. Bezæ et de syr". à Act. xviir, 27, dit que ce furent des Gorinthiens en voyage à Ephèse qui le déterminèrent à passer dans leur ville,

(2) On sait que l'Épitre aux Hébreux, avec son exégèse allégorique si élevée, et bien supérieure à celle de Philon, est, à tort ou à raison, altribuée à Apollos, — comme traducteur, du reste, des idées de Paul — par un grand nombre des critiques modernes.

(3) Nous pensons par contre que IT Cor. vi, 14-vir1, 1 ne saurait être un fragment de cetle première lettre perdue; ce qui sera à démonter en temps et lieu.

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