CHAPITRE III. XXI
l'exégèse. Nous y établirons que ce « voyage intermédiaire » {certain à nos yeux d'après IL Cor. xur, 1 et d'autres passages) n’a eu lieu que beaucoup plus tard, dans l'intervalle entre Ï Cor. et II Cor. Quant à l’adverbe dom de I Cor. xvi, 7, il n’a pas nécessairement le sens qu'on lui donne (voir Commentaire, ad loc.). Car, en plus du silence des Actes et de toute la Première Épître (sauf en ce verset obscur xvi, 7), en plus aussi de la difficulté que Paul aurait trouvée à s'éloigner d’Éphèse dans les conjonctures notées Act. xix, 8-9 (le temps du « combat contre les bêtes »), il faut bien constater, que dans notre « Première Épître » canonique, l'auteur, pour tous ses reproches ou ses recommandations, ne se réfère nulle part à ce qu'il aurait pu, mais à ce qu'il a appris par les rapports d’autres personnes, ou le bruit public, ou une lettre envoyée par l'église. De plus, le ton général indique bien que les Corinthiens n'ont pas revu leur apôtre depuis les années de l’évangélisation.
Paul songeait en même temps, dès que les affaires d'Éphèse lui laisseraient quelque liberté, à retourner voir ses églises de Macédoine et d’Achaïe; c'est le projet qu’il annoncera I Cor. xvi, 2-8 (v. ad loc., comment.), lequel dut être remis et modifié, parce que le soin de la chrétienté a Éphèse le retint bien plus longtemps qu'il n'avait prévu. Cependant il avait fait partir devant lui ses deux disciples Timothée et Eraste (Act. xix, 22) qui, après avoir visité les églises de Macédoine, devaient aboutir à Corinthe;. Timothée était même muni d'instructions éventuelles pour cette ville, au cas où il y parviendrait avant son Maître (I Cor. 1v, 17, cfr. xvr, 10-11).
Mais des mesures plus immédiates devinrent opportunes. À Corinthe, la lettre de Paul avait produit grand effet. On s'y demandait avec trouble quelle était l'exacte portée de ses prescriptions; sans doute on aurait voulu hâter son retour, et en même temps celui d'Apollos, le nouveau favori. L'église rédigea donc une missive en ce sens, et elle la fit porter (au moins cela est le plus vraisemblable) par une délégation de trois de ses membres — ou de ses Chefs — particulièrement estimés du Fondateur, Stephanas, Fortunatus et Achaïcus (TI Cor. xvi, 15 ss.). 11 y était demandé des éclaircissements au sujet . du premier message de Paul; en outre, bien des cas de conscience nouvellement surgis, ou devenus plus pressants qu'autrefois, y étaient soumis à son autorité. Ils concernaient spécialement l'usage de la « liberté » chrétienne, les discussions soulevées sur le mariage et l'idéal nouveau de la virginité, l'état des esclaves, la mesure dans laquelle on pouvait, civilement et même en matière religieuse, communiquer avec les Gentils, la dignité respective enfin des « dons de l'esprit » qui éclataient en une extraordinaire floraison, ce dont les Corinthiens croyaient pouvoir se montrer très fiers. Ils se vantaient du reste de rester très fidèles aux « traditions » communiquées par l'Apôtre, — malgré l'idée, présumable dans l'esprit de quelques-uns, que tant de faveurs immédiates et palpables du Ciel faisaient d'eux des chrétiens parfaitement « adultes », qui pouvaient désormais se dispenser d'obéir à aucune tutelle.
Paul fut, n’en doutons pas, touché de cette déférence et de cette confiance de ses néophytes, mais il sentit que, chez une partie au moins d'entre eux, elle était trop devenue « officielle », et il s'étonna des naïves prétentions qui perçaient dans la lettre elle-même. Sa vue surnaturelle lui fit découvrir qu'il se passait à Corinthe ce qui arrive toujours après de grands et éclatants succès