‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 17 sur 192 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

qui ont été, pour ainsi dire, trop prompts : le mauvais esprit chassé des âmes était allé en chercher sept autres pour revenir à l'assaut de sa forteresse perdue.

C'est que les bruits publics qui s’échangeaient facilement entre les deux grandes places maritimes commençaient à lui présenter la situation comme bien pire que la lettre ne l'aurait fait supposer. Des libertins, abusant de la « liberté » chrétienne dont ils déformaient la notion, tâchaient d'introduire hypocritement un certain indifférentisme moral, — et même religieux, puisqu'ils se croyaient autorisés, sous le prétexte que la « science » de l'Évangile

leur a appris que les fausses divinités sont des chimères, à profiter pour se

réjouir des fêtes païennes et immorales; vu qu'ils ne croyaient pas aux dieux,

cela ne pouvait faire aucun tort à leur foi. Un incestueux notoire était publi-

quement toléré, sinon honoré. Des procès entre fidèles déchiraient l'église.

En face de ceux-là d'ailleurs, provoqué sans doute par leurs excès, se dressait

un parti d'ascètes imprudents et intempérants. Ces dissentiments retentissaient

jusque dans les assemblées du culte, dans la Cène eucharistique où divers

groupes faisaient bande à part, en sorte que les réunions dégénéraient jusqu'à

rappeler les banquets païens. L'avis des meilleurs n'arrivait pas à prévaloir,

on se moquait sans doute de leurs craintes et de leurs scrupules. Tout était

légitimé, tout paraissait béni de Dieu par cette surabondance d'inspirations, de

« pneumatisme », qui transportait prophètes, extatiques, « glossolales », sans

qu'on voulût constater que beaucoup d'éléments de mauvais aloi se mêlaient

à cette exaltation spirituelle. Les femmes se distinguaient d'ailleurs dans ces

exercices, et profitaient du culte même pour étaler leur coquetterie et leur

vanité d'émancipées, couvrant aussi leurs nouvelles manières provocantes du

prétexte de la liberté et de l'égalité introduites par l’ Évangile.

Pour ce qui regarde spécialement les coteries, des précisions avaient été fournies à Paul par ceux qu'il appelle « les gens de Chloé », voyageurs anonymes qui pouvaient être la « maison », les esclaves, affranchis ou employés d'une dame ainsi nommée, dont on ne sait d’ailleurs si elle était Éphésienne ou Corinthienne, ni chrétienne, païenne ou juive. Il sut que les coteries corinthiennes, pour se couvrir de prétextes et de noms respectables, prétendaient, selon leurs tendances, se ranger celle-ci autour de la bannière de Paul, celle-ci sous le drapeau d'Apollos, supposant de la sorte, pour justifier leurs disputes, des oppositions qui n’existaient pas entre ces prédicateurs de l’unique doctrine du Christ. Une autre faction se réclamait de Pierre; elle était peut-être groupée autour de Juifs ou d'Orientaux nouveau-venus, qui avaient embrassé la foi sous l'influence directe ou indirecte du prince des apôtres. Peut-être le souvenir du « conflit d'Antioche » (Gal. x1, 41-suivants) était-il exploité contre Paul par ceux-là, car, à la même époque, il fournissait une arme à ceux qui le combattaient en Galatie. Enfin d'autres, plus difficiles à identifier, sans doute des indépendants et des indisciplinés pires que tous prétendaient juger tout le monde, y compris les apôtres, en ne recourant qu'à l'autorité immédiate du Christ (v. infra, comm. de 1, 17-suivants, et Exc. 1v). Ce n'étaient pas des hérésies à proprement parler, ce n'étaient même pas encore des schismes proprement dits, puisque les réunions cultuelles restaient communes en droit, mais cela pouvait y acheminer assez vite. D'un côté, le sens de la fraternité chrétienne, dans l'union au Christ indivisible, en sortait fort affaibli; puis

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