CHAPITRE III, XXII
chacun de ces groupes plus ou moins tranchés, qui faisaient de la propagande, jetant le trouble dans les assemblées eucharistiques, et appuyant sans doute leurs préférences et leurs préventions de prophéties ou de révélations à eux {voir comm. du ch. xiv), entendait donner à ta doctrine et à la vie chrétiennes quelque forme particulière qu'il eût été le seul à bien saisir; chacun se réservait le monopole de la « gnose», de la « sagesse », de la perfection. Paul, de son regard profond et inspiré, vit et le danger qu'ils faisaient courir à l'Évangile, et la qualité de &esprit qui les inspirait : besoin grec de faire des sectes, vanité d'être les seuls « sages » et d'avoir une doctrine originale, ou de se faire estimer par ce monde païen (qui était si dédaigneux des nouveaux croyants en général), comme une école philosophique ou mystique supérieure au commun des chrétiens. C'était la « sagesse du monde » ou des « princes de ce monde » qui leur dictait leurs ambitions, une sagesse qui est incompatible avec celle de Dieu, ou, devant celle-là, réduite à rien, car la chose essentielle à connaître, le Mystère du salut par la Croïx, échappera toujours à ses vues. En certains cercles les tendances subreptices de l'humanisme païen s'étaient déjà réintroduites si avant qu'on y prenait des airs sceptiques à l'égard de la vérité essentielle qui est le terme de l’espérance chrétienne, la résurrection générale (v. comm. du ch. xv).
Paul vit que, sans attendre d'aller lui-même à Corinthe — ce qu'il ne pouvait faire, d'après ses prévisions, avant quelques mois, — il était grand temps d'intervenir par une lettre nouvelle qui préparerait ses réformes, et à laquelle les fidèles soumis pourraïent toujours se reporter. Scripta manent. L'occasion s'offrait d'elle-même, puisqu'il fallait répondre aux Corinthiens, qui avaient posé dans leur écrit des questions pressantes. Et leurs délégués étaient là pour emporter la réponse. Il en profita, non seulement pour satisfaire à leurs demandes, mais pour exprimer son jugement au sujet de tout ce qu'il avait appris avec une suffisante certitude par les rapports des « gens de Chloé » et de tous ceux qui lui avaient apporté des nouvelles sûres.