CHAPITRE IV
ANALYSE DE LA PREMIÈRE ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS. SA RICHESSE DE DOCTRINE. SES RAPPORTS AVEG LES AUTRES ÉPÎTRES.
La Première Épttre aux Corinthiens se présente à première vue comme une série d'instructions concrètes qui n'ont pas entre elles de liaison bien étroite. Mais il apparaît aussi tout d’abord qu’elles sont ordonnées systématiquement. Paul débute par les observations que lui inspirent les rapports oraux qu'il a entendus sur l'état de division de l’église de Corinthe (chapitres 1-1v) ; — puis il réprime des abus moraux qu'il a appris par la voix publique (ch. v-vi) — ensuite, du ch. vir au chapitre x1v, 27 répond point par point à des questions que les Corinthiens lui avaient posées par écrit, sur le mariage et la virginité, sur les idolothytes, et sur les charismes, en y mêlant très naturellement des instructions sur la tenue des assemblées chrétiennes, d’après les informations qu'il a reçues soit par la lettre de l'é église, soit d'une autre manière; sur tous ces points, il rappelle ses néophytes à l'observation exacte des « êr aditions » qu'il leur a communiquées en les évangélisant; — enfin, pour couronner le tout, il appelle leur attention sur une « tradition » capitale qui paraît n'être plus assez universellement comprise et estimée parmi eux, quoiqu’elle soit le fondement même de l'espérance évangélique, la promesse de lu résurrection des fidèles contenue dans le fait assuré de la résurrection de Jésus {ch. xv). — Il termine par des questions pratiques et personnelles (chap. xvr). .
Non seulement il règne dans toute cette épître un ordre très clair, qui peut faire dire qu'elle est vraiment bien construite, et qui en garantit l’unité contre certaines critiques récentes (v. énfra, Inr., ch. vi); mais, si on la médite tant soit peu, on y découvrira une idée directrice qui est absolument une, et à laquelle se ramèneront, toujours et sans exception, les développements les plus divers. L'intention formelle est disciplinaire, et non proprement dogmatique comme dans Rom. ou Eph. Cependant toutes les ordonnances les plus pratiques, s'agit-il simplement du voile des femmes, découlent d’un principe suprême qui est le résumé de tout le dogme chrétien et de toute la morale et de toute la mystique en une seule proposition : les croyants sont appelés à une communauté éternelle de vie avec le Christ- Dieu, donc avec Dieu. C’est la vocation à la « Sainteté », la vocation chrétienne. Tout est vu dans cette lumière : il ne doit pas y avoir de division entre les fidèles du Christ, parce que le Christ est un; pas de fornication, car le croyant est un membre du Christ ; pas de rivalité entre ceux qui sont doués de charismes, parce que tous n’ont à accomplir que des fonctions coor-
données pour le service du « corps du Christ » qui est l’ Église. Et ainsi toujours.
La connaissance de cette incorporation au Christ, opérée par la Croëx, est la « Sagesse de Dieu », qui remplace toute sagesse purement humaine; le seul devoir, la seule voie qui mène au but, c'est la « charité », qui est cette incorporation elle-même; union qui met dans l'état de « Ziberté » à l'égard de