‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 28 sur 192 · XXX ° INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX ° INTRODUCTION

« seigneurie », cette préexistence, ce rôle créateur et vivificateur, doivent s'entendre au sens de pleine divinité (cfr. Col. 11, 9, Rom. 1x, 5, Tit. 11, 18, al.). D'ailleurs, dès les premières lignes (1, 3), le Seigneur Jésus-Christ est mis sur le même rang que le Dieu Père comme source indivise de la grâce et de la paix, et il est attesté qu’on « invoque son nom » (émixakouuévots vd dvouæ vo xuplou- #uüv TI. X.), c'est-à-dire qu'on l'adore, malgré l'indiscutable monothéisme de Paul et de ses lecteurs, comme on adore Dieu. C'est donc bien à tort que J. Weiss et d’autres libéraux voudront que le titre de xépto (parce qu'il était appliqué parfois à des dieux secondaires) indique une dignité inférieure à celui de %edç; le premier contient tout ce qui est dans le second, en y ajoutant, comme nous l'avons dit, cette connotation de puissance royale exercée par le Dieu- Homme sur le monde nouveau.

Mais si la divinité de Jésus est ainsi affirmée, son humanité réelle ne l'est pas moins. [l est « le dernier Adam » (xv, 45), les « prémices » de l'humanité mortelle qui ressuscitera (xv, 20-23). Son existence terrestre, avec tous ses événements et ses modalités, ne pouvait donc être indifférente à l’Apôtre qui prêchait la Croix et la résurrection. Ce n’est pas seulement la Dernière Cène ou les apparitions du Ressuscité, objets de deux récits détaillés (ch. xr et xv) avec la Passion, naturellement, que Paul avait fait connaître à ses néophytes. Le verset 16 de IT Cor. v, qu’on interprète trop souvent, dans les écoles radicales, comme entraînant dans la prédication et les soucis de l’Apôtre une certaine ignorance ou négligence des détails de la vie du Sauveur, n'a pas du tout ce sens-là, comme il sera prouvé au moment voulu. Feine (1) observe avec justesse que Saul, parmi les pharisiens de Jérusalem en lutte avec l'Église naissante, avait dû être bien informé des causes de dissentiment qui leur avaient fait pousser Jésus au supplice, c’est-à-dire en somme de presque tout son ministère; et plus tard, l'enseignement que le converti reçut à Damas et près des premiers disciples l'instruisit certainement à fond de cette vie du Christ. qui formait la substance de la catéchèse. Qu'il y ait attaché beaucoup d’'importance, il le fallait bien pour expliquer la mort du Sauveur. De plus — des auteurs très divers comme oil, J. Weiss, le P. de Grandmaison, et les commentateurs orthodoxes l'ont bien mis en lumière (2), — Paul entendait enseigner à ses auditeurs une vie nouvelle, qui consistait justement à reformer toutes leurs manières de penser, de sentir et d'agir, sur celles du Christ; il leur imposait une loi, qui était celle du Christ (évvouos Xprorod, 1x, 24), il leur demandait d'être ses imitateurs, comme lui-même s'efforçait d'imiter le Christ (rv, 16, xt, 1); plus d’un exégète a remarqué que les manifestations de la « charité », au beau ch. xur1, paraissent calquées, l’une ou l’autre, non pas sur une éthique quelconque, juive ou stoïcienne, mais sur les exemples donnés par Jésus. Nous devons « porter sa ressemblance » dès la présente vie (xv, 49, avec la leçon gopécuuev, v. comm.). Comment alors, dans son enseignement oral, l’Apôtre

(1) Paul FEINE, Der Apostel Paulus, 1927, 2t* Teil, 2t* Kapitel (avec cette réserve que Paul, selon nous, n’est pas venu comme enfant à Jérusalem, et n'y a jamais vu le Sauveur),

(2) Karl Hozz, Urchristentum und'Religionsgeschichle, 1925, pp. 40 s., al. — R. P. Léonce de GRANDMAISON, Jésus-Christ, 1998, 1, pp. 4, 27-84; 11, 373-881; al. — Joh. Wuiss, Der erste Korintherbrief, passim (voir notre commentaire). El bien d’autres encore.

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