CHAPITRE IV. XXXI
n’aurait-il pas insisté sur les événements évangéliques, dans lesquels Jésus s'était manifesté comme modèle aux apôtres et à tous les croyants?
Si notre Épitre aux Corinthiens ne contient pas de développement christologique spécial, elle présuppose cependant une doctrine ferme, et connue de tous les baptisés, sur la personne du Christ et sur toute son œuvre; et cela de la première ligne à la dernière. Bien plus, nous sommes autorisés à en conclure qu'aucune des factions de Corinthe, si répréhensibles à d'autres égards, ne mettait en discussion cet enseignement central. Ce n’est que plus tard, au temps des épîtres de la captivité, lorsque le proto-gnosticisme menaçait d’altérer la doctrine évangélique, que Paul jugea nécessaire de résumer par écrit la christologie qu'il avait enseignée à tous dès le commencement. Et encore, dans l'Épitre aux Philippiens par exemple, ne le ferat-il que comme par hasard, pour appuyer son enseignement moral sur une croyance dogmatique indiscutée.
La doctrine sur le Saint Esprit n'est pas non plus l'objet d'un exposé systématique, mais elle remplit tout. La personnalité et la divinité de cet Esprit, qui transparaissent déjà dans les premiers chapitres, se trouvent clairement affirmées surtout par les attributions qui lui sont faites au ch. x1r, comme le montrera le commentaire (voir aussi, infra, l'Exc. V). Partout, à travers cette lettre, le Saint-Esprit apparaît comme le moteur divin de la vie chrétienne, et les Corinthiens aspirent ä ses dons, d'une manière qui n’est pas toujours assez éclairée (voir comm. du ch. xiv). Il habite l'Église, il habite les âmes, les mettant, comme nous dirions aujourd hui, « en état de grâce ».
Le dogme même de la Trinité, qui sera formulé si clairement IT Cor. xux, 13, est déjà très visible dans notre Épitre (xr1, 4-6, v. comm. ad loc.) où les dons de grâce sont rapportés, sous trois angles spéciaux, aux trois personnes divines. On peut dire, avec le libéral J. Weiss, que de tels passages révèlent l'antiquité du dogme trinitaire. [l tient, comme l’a montré récemment l’exégète catholique À. Blüml (1), une place beaucoup plus grande qu'on ne l’expose généralement dans la sotériologie de saint Paul.
Il est évident aussi que la doctrine de la grâce prise dans son ensemble, de la prédestination divine, de la justification et de la loi, que l'Apôtre allait bientôt exposer par écrit aux Galates et aux Romains, avait déjà été communiquée aux fidèles de Corinthe (voir comm. de x, 13, xv, 56).
Enfin la notion de l'Église catholique, comme organisme spirituel où tous les croyants sont unis par leur incorporation au même Christ, quoiqu'elle soit ici l'objet de développements spéciaux (v. infra), n'est pas présentée comme nouvelle, puisque saint Paul, sans explications, appelle la communauté du nom de « Christ » (xrr, 12), le Christ mystique. De même est présupposée la connaissance doctrinale du baptéme (xu, 13, cfr. x, 1-2 et 1, 13-suiv.), de l'Eucharistie (x, 14-suiv., cfr. x, 4), de leur sens et de l'institution sacramentelle du Christ (xr, 23, 8 xal rapédwxa).
Et c'étaient les rudiments, — les principaux, car l'ensemble de ces mentions n'est pas exhaustif, — c'était le « lait » que chaque membre de la communauté
(1) R. BLzümcs, Puulus und der dreieinige Golt, 1929. — Voir surtout Vistoire du Dogme de la lrinité des origines au concile de Nicée, t. I, du P. LEBRETON, S. J, 6° édit, 1927