XXXIV INTRODUCTION
infra; Exc. xvu). Et la mystique de Paul n’est nullement ce que veut cet auteur, une « mystique du Christ » qui n'unirait à Jésus qu'en vue de jouir par lui des biens d'un « Règne intermédiaire » qui suivrait le temps des luttes terrestres, pour s’évanouir à la Résurrection générale, lorsque Dieu sera devenu « tout en tous » et que le Christ s'effacerait lui-même. Si cette théorie avait besoin d'être réfutée, l’exégèse montrera qu’il n'y a aucune place pour elle chez saint Paul. L'Apôtre a fixé et concentré toute l’espérance humaine sur Jésus-Christ, le Dieu-Homme, et pour cette vie présente, et pour la vie éternelle. Sa « mystique du Christ » est une « mystique de Dieu » sous la seule forme qu'autorise la révélation.
Cette première épître aux Corinthiens est donc aussi « eschatologique » que toute autre. Paul regarde la vie de l'Eglise et du monde dans la radieuse lumière du Jour définitif, celui où la mort sera vaincue. Mais, malgré ses aspirations ardentes au triomphe du Christ, à la consommation bienheureuse (ôrev Gè #A0n vo réheuov! xur, 10), aucune parole n’y décèle l'illusion que ce Jour soit prochain ; car ce n’est pas avec cette précision trop matérielle que nous aurons à interpréter vu, 29-34 (v. comm. ad loc.). L'Apôtre savait bien que Jésus- Christ, le roi conquérant, était encore bien loin d'avoir accompli toute l’œuvre qui devait être exécutée avant son retour en gloire (1). Seulement il a envisagé le « corps du Christ » sub specie aeternitatis, — comme du reste toutes choses en cette épître. À Corinthe, d’ailleurs, on n'était pas hanté comme à Thessalonique par l'idée de la Parousie; bien des passages, surtout au chap. xv, indiquent même qu’on n'y pensait pas assez.
Les membres du « corps du Christ ». — Puisque l'Église est conçue comme un corps unique, chacune des personnes humaines qui la composent y remplit le rôle d'un organe ou d'un membre, vivant de la vie de l'ensemble et exerçant sa fonction spéciale en vue du bien de tous les autres. Cette analogie avec l’organisme humain est longuement exposée au ch. x. L'esprit qui anime le tout est aussi celui qui donne aux membres leurs activités ; toutes sont diverses, mais toutes sont nécessaires ou utiles, en sorte qu'un membre n'a pas le droit de croire qu'il puisse se passer de l'autre, et qu'il n'ait à travailler que pour lui-même. L'Apôtre insiste fortement, à propos des « dons spirituels » (ch. xn-xrv), sur cette coadaptation et cette grande loi de solidarité. C’est pourquoi il n’estime et ne classe pas les « dons spirituels » (c'est-à-dire ces manifestations extérieures qu’on attribue à l’activité de l'Esprit présent), d’après l’étonnement plus ou moins grand qu'ils causent, et se montre si défiant et si sévère pour les extases des « glossolales » {c. x1v). Ce qui est sensationnel ne l’impressionne point, mais ce qui « sert ». Aussi met-il au-dessus de tout les dons qui permettent d'enseigner d'une manière ordonnée les choses du salut, et place-t-il ce que nous appellerions de simples « grâces d'état », soit les aptitudes surnaturelles au gouvernement ou au soulagement des maux communs, au-dessus de ce qu'on nomme aujourd'hui les « phénomènes mystiques » (xrr, 8-10; 28-30,
(1) Nous avons cherché à démontrer ce point dans notre commentære de l’Apocalypse (Apoc. 3 édition, p. axxvi-suiv., et surtout GXXXI-CXXXV). — Cfr. l'opinion, que nous ne trouvons pas assez tranchée, de F. GUuNTERMANN, Die Eschatologie des heiligen Paulus, Münster, 1932; nous ne croyons pas que Paul ait entretenu l'espérance, au sens vrai de ce mot, d'une fin prochaine de ce monde,
LR LEE