‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 34 sur 192 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

chair qu’au prix d'efforts continus qu’il lui inspire et où il le soutient. La vie chrétienne est essentiellement une marche progressive. En règle normale, elle procède par phases, et commence par une enfance spirituelle, avant d'atteindre l'âge adulte, la « perfection »; mais la masse des Corinthiens semble n'avoir pas l'impulsion du progrès, et vouloir s’attarder obstinément dans l'état d'enfance, où l’on ne supporte comme aliment que du lait {rnr, 1-2 et suiv.). Se croiraient-ils « parfaits » parce qu'ils possèdent des « dons spirituels », vrais ou supposés? Mais l'intelligence du monde divin qui peut leur y être communiquée, ce ne sont là encore que des échappées fugitives et partielles de la Lumière dont ils seront appelés à jouir; elles sont proportionnées à un état de connaissance qui n'est encore que celui d'enfants, de commençanis (xunr, 9 s.), de voyageurs qui peinent sur le chemin, et à qui leur fo? elle-même, cette illumination constante si supérieure à ces éclairs passagers, ne fait entrevoir le but que dans un reflet, comme dans une énigme (ibid. 12-13). Cependant, dès lors qu'ils ont reçu l'Esprit, et qu'ils sont unis au Christ, rien ne doit plus les arrêter sur la route. Car ils possèdent la Ziberté, ils participent à cette liberté souveraine du Christ dont ils sont devenus les ‘membres. Saint Paul usera beaucoup de ce principe, dans les épîtres aux Galates et aux Romains, pour montrer que le chrétien est affranchi de la tyrannie de la Loi purement extérieure, et de celle de la chair. On voit qu'il ne l'avait pas moins répété à Corinthe : mévre por Ééeorw, omnia mihi licent. Il y revient dans notre épître à plusieurs reprises (vi, 12, bis; x, 23, bis), parce que beaucoup tendaient à en altérer le vrai sens (v. énfra). Il a voulu dire que l'homme est délivré des contraintes par lesquelles ses instincts inférieurs, son égoïisme, les intérêts temporels, les entraînements d'une société extérieure qui ignore Dieu, et la pression de conditions sociales très imparfaites, chercheraient à l'empêcher de vivre conformément à sa dignité de membre du Christ. En d'autres termes, le chrétien est libre parce qu'il est uni au Christ, et il ne l'est que par la charité; en conséquence, l'usage de cette liberté ne peut jamais aller contre la loi du Christ (cfr. 1x, 21), contre l'amour et les services d'amour qu’il doit à son Chef et à ses frères, les autres membres du corps, ainsi qu’à tous les hommes quels qu'ils soient, dont il doit vouloir le salut (cfr. x, 32-33); autrement elle se détruirait elle-même, on retomberait dans l'esclavage du péché. Cette liberté sert donc à garantir l'exercice de la charité. Et de ce double aspect de l'union au Christ — l'amour que donne l'Esprit, et qui fait libre (« où est l'esprit du Seigneur, là est la liberté » IL Cor. xx, 17), — découlent toutes les obligations comme toutes les franchises de la vie régénérée, et, pourrait-on dire d’un mot, toute {4 morale chrétienne (1). C'est parce que les baptisés sont incorporés au Christ qu’ils ne doivent pas'se diviser en factions sous le nom de divers maîtres (r, 9 s.; 1v, 21s.); c’est pour ne pas asservir et déshonorer des membres du Christ qu'ils doivent fuir la fornication (vr, 12 suivants); pour ne pas ruiner leur solidarité fraternelle qu'ils doivent éviter de se faire des procès (vi, { suivants) ; cette liberté intérieure, qui est la réalité vraie pour eux, les met au-dessus des circonstances extérieures, et peut leur faire

(1) Voir G. SrarreLnacH, Die Vercinigung mit Christus als Prinzsip der Moral bei Paulus, Fribourg-en-Brisgau, Herder, 1932.

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