XL INTRODUCTION
chrétien (voir aux chap. xt, xnt, 3, xiv). La mystique et la philosophie hellénistiques avec leur mépris théorique de la matière et leur « spiritualisme » excessif empêchaient même certains raisonneurs de comprendre quelle était la portée de la résurrection de Jésus, et les faisaient douter de la résurrection corporelle générale, comme d’une chose impossible, ou inutile et indésirable (ch. xv).
Ainsi les mœurs chrétiennes, et même la foi théorique, commençaient à être menacées, et ces abus se couvraient de. telle ou telle maxime de Paul, d'Apollos, d'un autre prédicateur, sottement détournées de leur vrai sens, ou bien s’appuyaient sur telle inspiration prétendue; ce qui causait, évidemment, des réactions extrêmes dans l’autre sens, par exemple de l’« encratisme » (voir au ch. vit; rappelons toutefois qu’une attente prochaine de la Parousie, comme à Thessalonique, ne semble y être entrée pour rien). Et tous ces écarts des meneurs se targuaient du nom de « sagesse ». :
Saint Paul leur déclare {voir ch. 1 et 11), que c’est là une « sagesse du monde », qui ne sert plus à rien, parce qu’elle n’a rien à faire avec celle de Dieu. — Encore ne serait-ce qu'en prenant les choses au mieux, car, au ch. 1, 26-29, il les rabroue impitoyablement pour la vanité qu'ont leurs prétentions même dans l'ordre humain et mondain. Enfin, quoi qu'il en soit, toute cette sagesse-là n'est aux yeux de Dieu que sottise. Dieu en a révélé une autre, la vraie, et c'est elle seule qui peut faire la dignité des croyants, qui ne sont rien et resteront toujours un rien aux yeux des mondains. Pour écarter leurs confusions entre les vérités de la révélation et le fruit des spéculations humaines, l'Apôtre ne craint pas de présenter la « parole de la Croix », — qui résume toute la doctrine chrétienne, — comme un paradoxe insoutenable pour la « sagesse » naturelle; celle-ci ne peut la tenir que pour folie, « niaiserie », ou scandale. Dieu a justement montré la transcendance de sa sagesse et de son pouvoir en choisissant, pour mener à terme ses plans éternels de salut, les moyens qui semblaient à la courte raison humaine en rendre l'accomplissement: impossible. Jamais l’homme n'y comprendra rien qui n’a pas l'Esprit et ne se
sert que de sa raison.
. C'est une des pages les plus belles de Paul, elle découvre le.fond de la philosophie religieuse surnaturelle. Mais il ne faudrait pas croire que l’Apôtre condamne ou méprise l'exercice de l'intelligence. Elle peut mener, si l’on en use bien, à une connaissance naturelle de Dieu et de sa loi, Paul le déclarera au ch. 1 de l'Épître aux Romains; il le suppose ici déjà (1, 21, v. comm. ad loc.), et il invoque au besoin des arguments tirés de l’ordre de la nature, comme un stoïcien l'aurait pu faire (x1, 13-15). Nous n’avons d'ailleurs qu'à nous rappeler ses discours à Lystres et à Athènes (Act. ch. xrv et xvir). La « théologie dialectique » d'aujourd'hui n’a donc aucun droit de s'appuyer sur saint Paul, qui n'ignorait et ne méprisait pas comme elle l’« analogia entis ». Mais c'est un fait patent, aux yeux de l’Apôtre, que les hommes, sages compris, malgré leur intelligence donnée par Dieu pour trouver Dieu, n'ont pas su s'en servir, et se sont, par leur faute, de plus en plus éloignés de la vérité divine. D'ailleurs elle ne les aurait jamais menés jusqu'aux « profondeurs de Dieu « (1, 10), et ne pouvait leur révéler leur propre dignité aux yeux de ce Dieu, et leur avenir dans ses desseins, « ce qui n’est pas monté au cœur de l'homme » (ur, 9). Il fallait pour les instruire la scandaleuse folie du Calvaire.