CHAPITRE IV. XLI
Voilà sous quel aspect de subversion de toutes les idées humaines Paul entend présenter sa grande idée de l'union au Christ crucifié, et toutes les conséquences qui en découlent pour toute l'existence humaine.
Un mode d’exposition si incisif et si personnel pourrait faire supposer que Paul donne sa doctrine, à luë, qu'il entend faire triompher sur celle d’Apollos, .de Céphas, ou d'autres ; une doctrine de « pneumatique » ou d’inspiré, qu'il aurait immédiatement reçue de Jésus par l'Esprit, et qui n'admettrait aucun contrôle. De fait, certaines assertions de l'Apôtre (Gal. 1, 1, al.) ont été tirées à ce sens par l'« école d'histoire des religions » qui veut le ranger, de gré ou de force, dans la catégorie des mystiques de l'hellénisme ou de la gnose; Reïtzenstein notamment (H M3, Beigabe xvri, Paulus als Pneumatiker, pp. 333-393); et quelques exégètes très orthodoxes font, sans le vouloir, le jeu de ces théoriciens, en soutenant, par exemple, que Paul doit sa connaissance des détails de la Dernière Cène, ou même des apparitions du Ressuscité (voir comm. de xr et de xv), à des révélations immédiates du Ciel. Mais l’épître aux Corinthiens, elle-même, nous montrera comme ces vues sont fausses; et ce n'est pas l'un de ses moindres enseignements. |
En effet, l'on y découvre, si l’on veut regarder de près, la mention répétée d'un critère sur lequel doit se régler toute croyance et toute discipline; en d’autres termes, une rèole suprême de la foi et des mœurs, qui s'impose également et à Paul, et à tous les apôtres, et à tous leurs disciples. C’est la tradition (ou, au pluriel, les traditions, rapaddoac) remontant au Christ en personne. Les apôtres et les prédicateurs autorisés ne peuvent y ajouter, ni y retrancher, ni la déformer; tous sont d'accord pour la transmettre telle qu'elle est (cfr. xv, 11, comm. &d loc.); car ils n'ont pas à inventer ni à créer, fût-ce sous l'inspiration de l'Esprit, n'étant que les administrateurs, les « économes » (1v, 1-2), d’un bien commun. et inaltérable, les « mystères de Dieu » révélés par Jésus. Les « traditions » qui l’explicitent {voir x1, 2, supprimer mov après apaddoei, et remarquer le verbe napañSôva x1, 2, 23, xv, 3; cfr. II Thess. 11, 45. m1, 6) sont celles de £outes les églises (cfr. iv, 17, vis, 17, x1v, 83, surtout xr, 16 et x1v, 36, v. comm. ad loc). Les « charismes » les plus élevés, même celui d'apostolat, ne donnent pas le droit d'en inventer de nouvelles, mais seulement d'illustrer, d'expliquer, d'appliquer cette doctrine commune, qui embrasse, nous le verrons, les vérités à croire aussi bien que les actions à accomplir. Ceux que le Christ a délégués à leur enseignement ont reçu divinement « de sonintelligence » (voëv Xpicro, 11, 16) pour ce travail de communication et d'interprétation; c’est là un don permanent (que tout croyant possède à un certain degré par la foi), et qui s'exerce selon un mode rationnel; toutes les communications « pneumatiques » ne sont recevables qu'autant qu’elles se conforment aux données de ce vois, qui exerce un sévère contrôle sur le « pneuma », pour reconnaître s’il est ou non sous l'influence de l'Esprit-Saint (v. comm. de x1v). Nous pouvons dire, en un mot, que l'Epître aux Corinthiens contient déjà l'idée fort nette du € dépôt » (rapxdixn) de la foi, dont son auteur parlera I Tim. vr, 20, et que « Paul le pneumatique », qui n'aurait obéi qu'aux impulsions variées de l'Esprit qu'il croyait avoir, n'est qu'un personnage mythique forgé par les modernes.