XLII INTRODUCTION
APPLICATION DE LA DOCTRINE AUX CIRCONSTANCES CONCRÈTES. — Paul avait donc implanté la Croix, et l'Evangile de la Croix, au milieu de la ville d’Aphrodite et de toutes les prostitutions sophistiques ou rhétoriques de la pensée. La réaction des « princes de ce monde », avec leur « sagesse », ne pouvait manquer de se produire, vive ou insidieuse. Comme pour y répondre l'apôtre ne fait pas un traité doctrinal ni un catéchisme, mais oppose à chaque falsification ou à chaque groupe d’abus les vérités spécifiques qui chasseront l'erreur, éclairciront les doutes, ou rectifieront les conduites, son épître prend, comme nous l'avons dit, en plus de sa portée doctrinale, une valeur historique incomparable concernant les rapports de l'Évangile avec les habitudes, les croyances et les préjugés de ce monde hellénique, qui, dans Corinthe (et dans la cité voisine d'Athènes, à laquelle l’auteur sacré pense quelquefois) se trouvait concentré comme dans un panorama en miniature.
Ainsi les trois ou les quatre premiers chapitres montrent la différence essentielle qui distingue l'esprit de la Révélation de celui de la philosophie grecque, et de tous les « humanismes » qui y ressembleront à n'importe quelle époque, et de toutes les chicanes intellectuelles qui en découlaient; le rôle des apôtres y est nettement dégagé de toute confusion avec celui des chefs d'école, ce qui nous a menés à reconnaître l'affirmation d'une règle de foi qui s'impose à tous (v. supra).
Les tendances au syncrétisme sont réprimées par l'interdiction de prendre aucune part aux repas de sacrifices (ch. x); de même tout ce qui rappellerait la mentalité des initiés païens est exclu par la réglementation de la cérémonie eucharistique (ch. x1), et des prophéties et glossolalies (ch. xiv). Le « spiritualisme » hellénistique, le dualisme qui condamne irrémissiblement la matière — tout en faisant leur part à ses exigences les plus basses, comme à une chose aussi indifférente qu’elle est méprisable — se heurte aux enseignements sur la résurrection, et sur la chasteté, des chapitres xv et vir. Enfin les scrupules concernant les « idolothytes » sont calmés, sans détriment de la charité, et sous la réserve de ne pas scandaliser les « faibles » qui accordent encore aux « dieux » une certaine réalité maudite, aux chapitres var et xr. — Les restes de laxisme et d'immoralité païenne sont réprimés aux chapitres v-vir, particulièrement à propos de l’incestueux.
Voilà, en gros, ce qui concerne la croyance et la vie privée. Mais la vie de famille, la vie des métiers ou de relations, faisaient naître chaque jour des problèmes embarrassants dans cette minorité chrétienne perdue dans le vaste milieu de Corinthe, ville si païenne et si corrompue. Paul apporte, avec beaucoup de süreté et de fermeté, mais, peut-on dire aussi, de prudence et de mansuétude, toutes les solutions désirables aux difficultés qu'on lui propose. Ses principes, son principe plutôt, n'est pas autre que celui qui a éclairé toutes celles de la vie privée. Le chrétien, considéré comme être familial ou social, doit régler ses pensées, ses sentiments, ses gestes, sur la loi de l'amour ct de la liberté qu'il porte en lui-même de par son union au Christ; il aura la conscience toujours présente d'une solidarité divine qui le lie non seulement