‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 4 sur 192 · CHAPITRE II. . IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. . IX

foi et la mauvaise volonté de ses frères de race le portaient toujours davantage à moins compter sur eux que sur les prosélytes, et même les francs païens, pour la diffusion du Règne de Dieu. À Athènes, constatant que sa présence et ses dires faisaient sensation parmi les flâneurs intellectuels de l’Agora, il crut, dans son discours sur l'Aréopage (Act. xvn), pouvoir faire appel à la philosophie non systématique, mais droite et sérieuse, qu'il possédait, pour parler aux maîtres et étudiants imbus de stoïcisme un langage qui les disposerait en * faveur de l'Évangile. Mais à peine voulut-il traiter ensuite de résurrection et de jugement que ces Grecs cûltivés prirent peur ou se moquèrent de lui, le priant plus ou moins poliment de remettre ces questions-là à un temps plus propice. Ainsi l’Apôtre put constater qu’il y avait un abîme entre la « sagesse du monde » et celle de Dieu. Dans la capitale de l'esprit hellénique, c'est à peine s'il put jeter la semence d'une église dont le développement fut très tardif et très modeste. Après la haine fanatique et perfide d'Israël, qui le traitait en rénégat, il apprenait à connaître à ses dépens l’orgueil dédaigneux des penseurs et des dilettantes, qui le traitaient de rêveur et de bavard. Et toujours cette menace était suspendue sur sa tête qu'un calomniateur le dénonçât pour manque de loyalisme envers Rome et César.

Un autre souci avait dû commencer déjà à lui envahir l'âme. Le concile de Jérusalem, malgré la netteté de sa décision essentielle, n'avait pas résolu tous les problèmes pratiques ni fait cesser toute opposition secrète à l'affranchissement des Gentils. Les murmures, l'esprit d’intrigue qui cherche à rattraper en détail ce qu'il a dû concéder en bloc, n'étaient certes pas apaisés chez les anciens fauteurs du mosaïsme. À Antioche (Gal. 11, 11-ss.), Paul dut voir Pierre et Barnahé lui-même amenés pour un temps, par ces menées, à des’ concessions pratiques dont ils ne voyaient pas le danger, mais auxquelles il fallut toute sa hardiesse inspirée de Dieu, à lui, pour mettre un terme. Désormais, ainsi qu’il pouvait le prévoir et le vit bientôt de façon si douloureuse dans les églises qu'il avait fondées récemment chez les rustiques Galates, une contre-prédication allait suivre la sienne à la trace. Des adversaires aussi acharnés que sournois, qui étaient et se disaient pourtant ses frères dans le Christ, ne pouvaient lui pardonner le décret de liberté qu'il avait fait rendre aux Apôtres. N'osant directement s'insurger contre ce décret, ils allaient du moins se venger de son inspirateur, en essayant de miner son autorité, de déprécier sa personne, et par là, espéraient-ils, d'annihiler pratiquement. l'esprit de liberté évangélique dont Dieu avait fait de Paul le héraut principal. Si le danger n'avait pas déjà bien nettement pris corps, l'Apôtre devait cependant le pressentir. Et, au bout de peu de temps il le ressentit. Dans I Cor. ch. 1x, quand il parle de l' « apologie » qu'il doit entreprendre pour sa liberté, conire ceux qui font contre lui des enquêtes, c'est à de pareils adversaires qu'il fait allusion, avant même peut-être qu'il eût appris la crise de Galatie.

Il est fort possible, en outre, que le mal qui, peu auparavant, avait dérangé ses plans d’apostolat en Asie Mineure, eût beaucoup diminué ses forces physiques de résistance, et le menaçât de crises nouvelles. On peutle conjecturer d'après I Cor. 1, 3-5.

Voilà done en quelles circonstances Paul avait tourné vers Corinthe ses regards de conquérant. Peu encouragé par le demi-échec de sa prédication

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