X INTRODUCTION
d'Athènes, il estima peut-être que, dans le monde beaucoup plus hétérogène du grand port d'Achaïe, il rencontrerait des milieux qui, moins rétrécis par les traditions et la vanité héréditaire de la culture hellénique, se montreraient plus perméables à l' Évangile. Là, ses premiers essais de propagande au milieu d’une : foule bigarrée échapperaient mieux à la railleuse surveillance qui l'avait entouré dans l’aristocratique Athènes. Ses compagnons laissés en Macédoine l'y rejoindraient peut-être aussi plus facilement.
Quoi qu'il en soit, il n'abordait la grande ville qu’« avec crainte et tremble- : ment » (I Cor. 11, 3). On se l'explique déjà bien par ses récentes expériences, mais encore mieux par le caractère à lui connu de l'étrange cité qu'il allait essayer de conquérir au Christ.
Car il faut savoir re qu'était cette Corinthe du 1°" siècle de notre ère.
Il. Corinthe au [ siècle après J.-C.
Corinthe n’était plus l'antique cité dorienne des temps classiques, la ville fameuse par son industrie de vases peints et de bronzes d'art, l'entreprenante république maritime qui avait inventé les trières, ces vaisseaux de haut bord, et parsemé le long des mers lointaines des colonies telles que Corcyre, Potidée et Syracuse. Le consul Mummius, en bon Romain de la vieille école, s'était chargé, l'an 146 avant Jésus-Christ, de la mettre au ras du sol, pour supprimer
.une rivale commerciale qui empêchait le port plus récent de Délos et ses - négociants italiens d'accaparer le trafic de l'Égée. Mais, un siècle plus tard, Jules César, après sa victoire sur Pompée, la reconstruisit et la repeupla; ce fut la colonie romaine « Laus Julia Corinthus ». Les premiers habitants furent des vétérans de l’armée vaincue à Pharsale, auxquels se joignit, comme d'habitude, un afflux de plèbe accourant des pays voisins. Cette population déjà mêlée vécut d'abord, en grande partie, de l'exploitation des ruines, d'où les destructeurs n'avaient pas enlevé tous les trésors. Maïs bientôt la nouvelle colonie prit une vie moins précaire, à cause de cette excellente position entre deux mers, que Mummius n'avait pu enlever avec les statues. Délos avait à son tour été ruinée pendant les guerres de Mithridate. La population grossit, les affaires se remirent en marche, Corinthe devint «le marché et la ville commune de la Grèce », comme dira plus tard Ælius Aristide; le mouvement fut très considérable en ses deux ports, Cenchrées à l'Est qui regardait l'Asie, et à l’ouest le Lechaion, ouvert sur le monde occidental. Le transit était si actif que, pour ne pas changer de bateaux leurs cargaisons, commerçants et voyageurs pouvaient se servir d’un « chemin de bois », le Gtokxo où, à l'endroit le plus resserré de l'isthme, les navires étaient tirés d’un golfe à l’autre sur des rou- Icaux ou des glissières. Néron devait bientôt essayer de percer un canal à la place. Au milieu d'une Grèce dépeuplée et appauvrie, la ville cosmopolite se mit donc à grandir comme une cité américaine du xix° siècle, et la petite préfecture qui porte de nos jours son nom, étouffée par le voisinage de ports comme le Pirée et Patras, n’en donne plus la moindre idée. Au 1° siècle de notre ère, la population de Corinthe et de ses ports (d'après certaines évaluations sans doute exagérées), pouvait atteindre 600.000 âmes, dont les deux tiers dans la condition d'esclaves. Depuis que, l'an 27 av.J.-C., Auguste ct le