CHAPITRE IV. XLIIT
à ses frères dans la foi, mais à tous les hommes; et par là seront éclairés tous les devoirs qui s'imposent à lui du fait qu’en étant chrétien, il n'a pas cessé d'être homme et membre d'une société terrestre.
Ainsi d’abord, pour les relations les plus intimes, celles du #2ariage (ch. vu), Paul évite le rigorisme que la réaction contre la dissolution corinthienne poussait certains chrétiens à prôner. Sans doute, il présente la continence parfaite et la virginité comme un bien supérieur réservé à des privilégiés, du nombre desquels il était lui-même; car elles garantissent mieux la Zberté de se donner totalement au service de Dieu. Mais pour la masse des fidèles, il s’en rapporte simplement à l'ordre de la création établi dans la Genèse (cîr. vr, 16, la citation, ad loc.), mais ramené par la loi nouvelle du Christ à son originelle pureté; et il faut remarquer qu'il n’insiste pas moins sur les droits de la femme, si négligés des Juifs et des Gentils, que sur ceux de l'époux. En un autre passage, s’il est obligé de combattre certains excès « féministes » (xr, 1-16),
‘il le fait encore en invoquant l'ordre de la nature, et l’ordre surnaturel du rap-
port des croyants au Christ et à Dieu (1). Sur ce point, le christianisme a fait une heureuse révolution.
Et il a fait de même sur un autre point capital, d'ailleurs plus généralement remarqué, celui de la subordination de l'homme à l’homme. La société antique vivait dans et'par le régime de l'esclavage, et Corinthe comptait peut-être jusqu'à des centaines de milliers d'esclaves; leur proportion devait être assez forte parmi les convertis. Or l'Évangile, et Paul son plus grand interprète, proclament bien haut la dignité de toutes les créatures humaines, leur égalité devant Dieu, quelle que soit leur race et leur condition sociale. L'Apôtre va-t-il dire aux
esclaves baptisés de prendre tous les moyens licites de s'émanciper ? Il fait bien
mieux; avec une audace qui ressemble à celle des stoïciens, mais qui est bien plus fondée et bien plus sublime, il leur rappelle qu'aucun membre du Christ, acheté si cher, ne peut être en réalité esclave des hommes, et que la conscience de leur liberté intérieure peut leur faire supporter, et mettre même à profit pour leur perfection la condition basse et opprimée où ce n'est que sous un
rapport tout extérieur et transitoire qu'ils sont placés (vi, 20-24). Tous les
saints sont libres en Dieu, les esclaves et les maîtres, et c'est là ce qui importe; comme tous, maîtres ou esclaves, sont écalement les serviteurs du Christ. Ceci prépare les belles instructions plus détaillées des épitres de la Captivité. L'abolition de l'esclavage devait sortir de là, quand le levain évangélique aurait assez transformé la société humaine.
Mais, comme son action commence à peine, il y a intérêt, pour la pénétration de l'Évangile lui-même, à ce qu'il dérange le moins possible les usages ambiants, en ce qu'ils ont de bon, ou au moins d'acceptable. Ainsi la nouvelle doctrine deviendra plus sympathique à ceux du dehors, plus largement acceptée, et clle pourra opérer graduellement, sans violentes secousses qui la compromettraient elle-même, les transformations que Dieu lui réserve d'accomplir, Que les fidèles se fassent tout à tous, ainsi que leur Apôtre leur en donne l'exemple,
(1) Chez Paul aucune « misogynie », soil dil contre un préjugé assez courant; voir la bonne étude du P, RoizLzianb, O. P., Le symbolisme du mariage selon saint Paul, RSP T, mai 1932,