‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 43 sur 192 · CHAPITRE IV. XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. XLV

existence même; mais la Première Épiître aux Corinthiens nous montre ce qu'elle aurait voulu être dans ses rapports avec la société païenne à convertir, si celle-ci l'avait laissée agir normalement et librement. De ce chef encore, c'est un document unique, auquel il faut toujours se reporter.

LES INFLUENCES PRÉSUMÉES QUI SE SERAIENT EXERCÉES SUR LA DOCTRINE DE Pau. — C'est chose purement admirable à voir, que la façon aisée, sûre ct large dont Paul, qui a commencé par mettre en contraste si saisissant la « sagesse de Dieu » et la « sagesse du monde », sait pourtant assimiler ct diviniser tout ce qu'il reste de vrai et de bon dans cette « sagesse du monde » pour faire accepter la « folie de la Croix » par la société grecque. Est-ce que, malgré l'antithèse dramatique du début, l'accommodation se serait étendue jusqu'au fond même des idées, et la Première aux Corinthiens nous présen- terait-elle un produit mixte de l'Evangile et de l'hellénisme ?

On n'a pas manqué de le prétendre, avec l'appui d'innombrables arguments, depuis les anciennes écoles « libérales » jusqu'à celle qui domine — ou dominait récemment — la critique, l’école de « l’histoire des religions ». Nous ne pouvons nous dispenser de porter dès l’'Introduction un jugement sommaire sur ces théories. Le commentaire fera voir s’il est fondé.

Le premier rapprochement, et le mieux indiqué de beaucoup, devait se faire entre Paul et les stoïciens. I] n’y a pas à mettre en doute la fréquence de leurs points de contact. De part et d'autre nous trouvons une morale basée sur le principe de la solidarité, ou de l'unité, et l'affirmation répétée de la liberté du sage ou du croyant. Seulement, — et Joh. Weiss entre autres l’a fort bien montré dans son commentaire, — si Paul avait emprunté au Portique, il aurait du moins fait subir à ses emprunts une transposition complète, dans un autre ôrdre de faits et de pensées. Les stoïciens ne parlent que de l'unité de la nature; et, chez l’Apôtre, l'unité résulte de l'incorporation de tous les croyants au Christ mort en croix et glorifié, c'est-à-dire d'une personne et d'un événement qui sont historiques, contingents, et surnaturels; leur liberté ne vient pas de ce qu’ils sont souverains de naissance, mais de ce qu’ils ont été associés à la souveraineté de leur Chef. Ce qui est dans le Stoa plutôt froid et théorique devient dans la doctrine de l'Apôtre un principe de vie qui commande toutes les manifestations de la vie, quelque chose de concret, d'humain, de chaud, d'actif, excluant toute suffisance et tout égoïsme retranchés dans une tour d'ivoire. Du reste, il n’est point du tout certain que Paul ait opéré cette merveilleuse transposition d'une manière consciente et volontaire; les idées, et parfois les termes, qu'il a de communs ou d'analogues avec le Portique, il étaient déjà dans l'air, ainsi que les procédés de la « diatribe » cynico-stoïcienne (voir Ch. suivant), et l'Apôtre a pu se les approprier par instinct, sans réfléchir à leur provenance, en leur donnant d'ailleurs une richesse de sens divin, une force de pénétration qui n'est due qu'à son génie divinisé par la foi et l'amour du Christ rédempteur.

: Les rapports qu'on a relevés chez Paul non plus avec les philosophes moralistes, mais avec le monde religieux des Gentils, sont certainement moins

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