‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 44 sur 192 · XLVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVI INTRODUCTION

étroits. Il y a bien quelques termes et quelques analogies, ce qui était inévitable, puisque l'Apôtre était un helléniste, et un écrivain religieux. Car il est des aspirations et des concepts génériques qui existent dans toutes les religions, et qui, à une même époque et dans une même langue, doivent s'exprimer par des mots semblables ou à peu près, là où il ne s’agit que de leur acception la plus vague, comprise de tous les esprits et de tous les cœurs humains. Mais on est allé plus loin, et on a voulu — il y a quinze ou vingt ans plus qu’aujourd’hui — expliquer le système de Paul par des emprunts, conscients ou non, faits aux « Mystères » païens. Il n'y a pas à nous attarder là-dessus. Outre que les Mystères n'avaient pas encore la grande vogue dont ils jouirent cent ans plus tard, et qui se développa en partie pour faire pièce au christianisme envahissant, les savants qui ne s'arrêtent pas à de vagues analogies de mots ou de situations concèdent sans peine aujourd'hui que rien, dans le culte païen des « dieux souffrants », pour les initiations de Déméter, des Cabires, d'Isis ou de Bacchus, — ce sont à peu près les seules assez bien connues dont on puisse certifier l'existence en ce temps-là, — ne ressemble à l’adoration d’un homme historique, ayant vécu à une époque toute récente, et mort dans le supplice déshonorant de la Croix (voir énfra l'Exc. n1); rien là non plus qui soit. une résurrection corporelle proprement dite ni pour le dieu, ni-pour ses fidèles, ni une transformation morale effective des initiés, par leur incorporation à un dieu mort pour les sauver et les régénérer. Saint Paul, en raison de son éducation à Tarse, et de sa familiarité avec les grands centres urbains grécoorientaux, connaissait, à n'en pas douter, l'existence de quelques ésotérismes. païens, et possédait quelque notion, au moins approximative, de leurs aspirations et de leurs rites; mais jamais il n’en a fait état pour préparer sa prédication ou la confirmer par quelque analogie. Au contraire, s'il y fait allusion, — comme, à notre avis, au ch. xx, 3, et à certains passages du ch. xiv, v. comm. ad loc., — c'est avec répulsion et mépris, pour faire honte à certains convertis d'avoir encore des manières qui les rappellent. Quant à sa terminologie religieuse, il est impossible d'établir qu'elle aït fait aucun emprunt à cette source impure ; le mot réhsuws, par exemple, ou « parfait », qu’on aurait cru le plus apte à justifier des rapprochements, et qui était assez usuel dans le langage des moralistes et des philosophes, n’avait pas, que l'on sache, le sens technique religieux d’« initié » à une « she » (1). La doctrine de l'Évangile paulinien n’a d'ailleurs rien d'un ésotérisme quelconque (v. infra, exc. v), au sens de doctrine secrète réservée à certains privilégiés. Par l'esprit comme par le contenu, elle s'oppose à tous les mystères rituels du paganisme, malgré tout le « réalisme » sacramentel qu’on ne lui conteste plus guère dans la critique contemporaine.

Le « preumatisme », où doctrine de l'Esprit et de ses opérations, ne la fait pas rentrer davantage dans le grand courant de la mystique hellénistique qui

1) On ne l’a trouvé rapproché d’une mention de « mystères » (ceux de Samothrace), que dans un texte des Philosophoumena, c'est-à-dire du 1n1° siècle, dans une phrase attribuée à des gnostiques qui se vantent d'être des « parfaits » possédant seuls la science à laquelle aspirent les mystes de Samothrace, et non point par l'effet d'une initiation rituelle, 8 pôvors… vois tehelors …uiv. Sur celle question voir l’excellente note du regretté P. pe GRAND- MAISON, Jésus-Christ, Il, note Ro « Parfaits et iniliés », pp. 626-630.

LS

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