CHAPITRE IV. XLVII
entraînait alors, aussi bien en dehors des cercles d’« initiés », une grande partie des penseurs païens religieux et cultivés, pour qui le nveëuax, conçu d'une façon moitié matérielle et moitié panthéiste, établissait, en pénétrant les âmes et les corps, une sorte d'identité d'essence entre eux et la Divinité. L'« Esprit » ou l’« Esprit saint » qui, selon Paul, donne aux régénérés le bienfait de l'union au Christ, ne répond nullement à cette conception assez grossière (voir Exc. v), quoi qu'en ait dit Leisegang (1), avec d’autres. Nous avons dit ci-dessus ce qu'il fallait penser du « pneumatisme » de l’Apôtre; pour lui, aucune manifestation de l'Esprit ne peut être tenue pour valable et authentique que si elle est autorisée par la doctrine commune, la règle de foi, et contrôlée suivant les procédés rationnels du Noïc. Cela met encore un fossé infranchissable entre Paul et toutes les sectes comme celles de la gnose, païenne ou « chrétienne », et de l'hermétisme — qui du reste est postérieur.
C'est par le Médiateur et Sauveur Jésus-Christ que s'établit la communication entre les hommes et Dieu. Il s’incorpore toute l’humanité rachetée ; mais
il ne constitue pas avec son corps et ses membres une seule personne physique,
ainsi que le déclare, ou l’insinue au moins, Reïtzenstein, dans « Le mystère iranien de rédemption », où il parle de « sotériologie cosmique » (v. infra); au moyen de son Esprit, habitant de l'âme (mais non substitué à l'essence de l'âme, de la Quyñ), il les transforme graduellement dans leur âme d’abord, puis dans leur corps même à la Résurrection, à sa parfaite ressemblance, qui comporte cependant des degrés correspondant à celui de leur charité; ils ne seront que son « image » (eixwv, xv, 49, cfr. IT Cor. 111, 18), comme ils n'ont été que l’« image » de leur premier père Adam, sans constituer une seule personne avec lui (zbid.). Le Christ lui-même, considéré dans sa nature humaine, n’a été que « l'image » du Dieu invisible (Col. x, 15, cfr. IT Cor. 11, 18), et, grâce à l'assimilation qui se fait à Lui, le fidèle devient, sur un plan plus élevé et d'une manière plus intime que ne le fut Adam d’après la Genèse lors de la création naturelle, un homme nouveau, formé « à l’image de Celui qui l'a créé » (Col. xx, 10). Mais l'Église, dans la grâce et la gloire, mystérieux enrichissements qui nous font « participants de la nature de Dieu » (cfr. II Pet. 1, 4), n’a jamais vu que des entités créées, et il est absolument illégitime de vouloir introduire une autre conception chez Paul. Le Christ, transformateur de l'humanité comme il en est les « prémices » dans l’ordre surnaturel (xv, 20, 23), a donc un rôle comparable et supérieur à celui, d'Adam (xv, 22, 45, cfr. Rom. v, 12-suiv.), sans qu'il y ait ici, à l’encontre de Leisegang (« Der Apostel Paulus als Denker »}, aucune nécessité de logique ou de métaphysique plus ou moins héraclitéenne, attendu que toute cette rénovation procède d'une décision libre de Dieu, réalisée en des faits contingents que ne nécessitait ni la nature de Dieu ni celle de l'homme (voir comm. de xv, 21-22). En tout ce Système rien ne ressemble, même de loin, à du panthéisme hellénistique.
Toute la vocation de l’homme racheté consiste donc à s'unir et à se conformer au Christ, et, par [à même, à Dieu, puisque le Christ est Dieu. Cette double conformation n'en fait en réalité qu'une; ici il faut délibérément rejeter la thèse d'Albert Schweitzer, exégète que nous trouvons parfois à nos côtés dans la
(1) LEISEGANG, Pneuma Hagion,