‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 48 sur 192 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

L INTRODUCTION

véritablement associés à la vie militante du Christ. Mais cela ne dure qu'un instant, et tourne en déclaration’ de tendresse paternelle. 11 faut, par ci par là, de graves avertissements à ceux qui « se gonflent » ({rv, 18-suiv.), qui pactisent avec les scandales ou les tolèrent, qui n'ont point le sens de la fraternité chrétienne (v-vi}, qui profanent les réunions eucharistiques (x, x1), ou qui se mêleraient présomptueusement d'enseigner sans avoir compris que l'unique fondement est le Christ (111, 10-seq.). Jamaïs cependant, même quand il doit proférer des menaces, Paul n’abandonne tout à fait le ton d'exposition et de persuasion. Il ne veut pas confondre et atterrer ses lecteurs, mais les porter à réfléchir, comme des gens sur la volonté et la raison de qui on peut compter, et qui, s'ils réfléchissent, se corrigeront spontanément : « Je vous parle comme à des gens raisonnables; jugez vous-mêmes » (x, 15). Les relations entre l'Apôtre et son église sont donc loin d’être aussi tendues que certains critiques littéraires ont cru Île voir, pour bâtir leur théories {voir infra, ch. vi d’'Inr.). Cette épître n’est pas dictée dans un état d'émotion violente où Paul aurait été mis par une méconnaissance insultante de ses sentiments et de ses droits de père, ou par quelque danger de rupture, quelque menace pressante de corruption de la foi {comme ïl s’en produisit plus tard). Nous jugerons plutôt qu'elle a été écrite de grand sang-froid, à tête reposée, et que, fût-ce aux passages les plus cinglants, l'Apôtre, loin de se laisser aller à l'emportement et aux plaintes, surveillait toutes ses expressions pour leur faire produire juste l'effet escompté. Là même où il s'élève au plus haut lyrisme, comme dans le ch. x sur la charité, nous ne voyons pas un homme transporté hors de lui-même, car il y calcule exactement ses termes pour l'instruction morale des Corinthiens.

Dans la seconde Épiître, où le ton général est d’ailleurs bien plus passionné, il sera question d’une lettre écrite dans l'angoisse et les larmes (IL Cor. 11, 4), et qui a vivement afiligé ses destinataires (vu, 8). Nous pouvons déjà affirmer sûrement que ce n'est point de la Première Épître aux Corinthiens qu'il peut. s'agir là. Celle-ci ne paraît nullement avoir été composée dans ces craintes et ces tristesses, et les Corinthiens n'avaient point lieu d'en être ni blessés, ni affectés si douloureusement, tant l’Apôtre avait pris soin de ne rien exagérer: de leurs défauts, de mêler la louange et l’encouragement aux avertissements, et, somme toute, de manifester avant tout de la confiance. Cela est important. à noter pour suivre l'histoire de ses relations avec la communauté corinthienne, comme il faudra le faire à propos de la Deuxième Épitre.

Il nous paraît dès lors relativement aisé de déterminer la phase historique de l’apostolat paulinien auquel appartient l’épitre que nous étudions, et ses rapports avec les autres épîtres. Quant à la date précise, nous la fixerons s’il est possible: quand toutes les difficultés auront été élucidées.

Des nuages ont monté à l’horizon de Corinthe depuis le départ de l’Apôtre, mais il ne semble pas encore qu'il doive en sortir de gros orages. Il suffira, espère Paul, de rappeler tout le monde au véritable esprit de la vocation chrétienne ; il faut refouler les restes de tendances païennes, de nature philosophique ou pseudomystique, qui causent çà et là quelque léger obscurcissement de la foi, ou quelque relâchement dans les mœurs, surtout un affaiblissement du sens de la fraternité. Le vieux procès avec les Juifs incrédules paraît oublié; depuis leur insuccès.

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