CHAPITRE If. : XI
Sénat s'étaient partagé les provinces, ce dernier avait eu dans son lot celle d’Achaïe; Corinthe, vu la déchéance politique et économique d'Athènes, fut choisie pour capitale, et résidence du proconsul. Les « Jeux isthmiques », qui n'avaient jamais cessé, même après la ruine de la cité ancienne, y reprirent un nouvel éclat.
Aujourd'hui d’actives campagnes de fouilles menées par les Anglais et les ‘Américains exhument l’ancienne vie du Péloponèse, et Corinthe y fournit naturellement son apport (1). L'épigraphie confirme ce que nous pouvions présumer déjà, c'est-à-dire que Corinthe était devenue un confluent de toutes les races orientales, s'agglomérant autour du noyau latin dont quelques noms cités dans les Actes et l'épitre de Paul nous montrent Îa persistance. Cette cohue s'était hellénisée, au moins superficiellement, l'hellénisme d'alors n'étant plus celui de Périclès. Ælius Aristide, au r1° siècle, dans sa rhétorique peut-être adulatoire, pouvait féliciter Corinthe du nombre de ses écoles, de ses gymnases, des philosophes et des lettrés qu'on y trouvait à chaque coin de rue (Discours isthmique à Poseidon). Mais de l'ancienne Grèce, — à part la prospérité économique, — Corinthe la neuve n'avait guère hérité que les défauts. En sa religion se coudoyaient tous les cultes grecs, romains, orientaux, Isis et Sérapis, Asklépios, Jupiter Capitolin, Artémis d'Éphèse, la Grande Mère. Certains « Mystères » devaient par conséquent y fleurir, au moins ceux d'Isis et probablement de Bacchus. Mais plus cher que tout autre à la population sédentaire ou floitante était le culte d'Aphrodite, dont le sanctuaire se dressait sur l’Acrocorinthe, à cinq cents mètres plus haut que le rivage. Cette Vénus était d'allure syrienne plutôt que grecque, et patronnaïit des rites honteux à peu près ignorés des anciens Hellènes, la prostitution sacrée qui occupait à l’époque ancienne plus de mille hiérodules, et dont la vogue n'avait pas dû baisser après la reconstructiou de la ville. Æl. Aristide, — en se gardant bien d'insister sur ce point, comme le note À. Boulanger (2) — dit que « nulle cité n'a pour attirer les hommes de toute race de prestiges plus puissants : c'est la ville d'Aphrodite. »
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(1) Des fouilles actives ont commencé en 1896 et se poursuivent toujours sous la direction de l’« American School of classical studies » d'Athènes. Le sommaire des résultats de cinq campagnes a été exposé par Theodore Leslie Shear, dans « The classical Weekly », 1931, pp. 121-126 et 130-135.
Sept volumes in-4°, sous le titre de Gorinth, ont déjà paru de 1929 à 1932 à Cambridge (Massachusselts) dans l’ordre suivant : vol. 1v, 1; V ; Lil, L5 IX3 Valt, 1 et vil, 2: X; L Is traitent de l’Acrocorinthe (111, 1, par Cart William Blegen et autres auteurs), des inscriptions grecques (vrr1, 1) par Benjamin Dean Meritt, et latines (vit, 2) par Allen Browr West; ainsi que de la sculpture, des terres cuites, d'une villa romaine, de l'Odéon; le vol. 1, paru en 1932, donne l'introduction, la topographie, l'architecture.
Signalons de plus quelques études particulières intéressantes, comme celles de De Haele sur le sanctuaire d'Asklepios et d'Hygie (« The American Journal of archacology » 1933, pp. 417-451), de S. Æilrem sur un lieu d'oracles (« Philologische Wochensechriil » 1931, col. 765); de Campbell Bonner sur un miracle de Dionysos (« Amer, Journal of archacol, » 1929, pp. 368-375).
En outre, dans le Journal américain d'archéologie, de 1929 à 1932, et le « Gnomon » 1930-1931, des articles de Théodore Leslie Shear, de F. J. Waele ot autres, sur les fouilles en général, les tombes, le marché romain, etc.
(2) A. BOULANGER, Ailius Aristide, p. 317.