‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 54 sur 192 · CHAPITRE V. LVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. LVII

dreptomdorus (Eccli., Sap. Sal.), änédate (Macc.), äbuyos (Sap. Sal.), ëxBaoic (poétique, Sap. Sal.); mais très rares sont ceux qui ne se retrouvent pas dans le grec commun, au moins dans la haute conversation hellénistique.

Bien entendu, il y a des termes techniques chrétiens, Pérrioux, etäwhokérons ou — rpslu, y\üsou Axheïiv, éxxAncia au sens d’ « église », etc. Nous aurons à discuter : spécialement sur dyarn. — Ÿ en a-t-il aussi d’empruntés à la langue religieuse païenne ? Le commentaire traitera à plusieurs reprises de cette importante question. Disons déjà, contre l'école Reitzenstein, que cela n’est point très visible; en tout cas, un mot comme séheroc, « parfait », n'y appartient pas techniquement.

Ce dernier terme a plus d’affinité avec le langage des écrits philosophiques, et il nous faut noter, dans I Cor. comme partout dans les épîtres, un certain nombre de concordances avec le stoïcisme non seulement pour les procédés de. style (v. infra), mais pour le choix et le sens des mots éthiques. Il y a eu assurément un certain fonds de terminologie commun à Paul et à Epictète et ses rivaux, et en partie il remonte à l’époque classique. Citons, presque au hasard, &xpacia (VIr, 5), dxdGaproc (vir, 14), Gouhobv (vrr, 15), éAebdepoc 6 fois et éeudepix une fois, ouveldnou, mhoureiv, Baorsüetv, etc. Mais Paul élevait ou transformait l'usage de toutes ces expressions, et il n'y a pas lieu de croire d’ailleurs qu’il se soit plié sciemment à l'usage des moralistes ; ainsi un terme caractéristique comme mpocxew au moral lui manque aussi bien qu'aux autres écrivains du Nouveau Testament, quoiqu'on le trouve dans les Macchabées ; et il est à remarquer que oüsie (7 fois Rom., 2 fois Gal., 1 fois Eph.) n'apparaît que xx, 14.

Des mots juridiques, qu'on trouve aussi dans les inscriptions et les papyrus, sont employés volontiers, cependant moins fréquemment que dans l'Épitre aux Romains. Les uns sont classiques, comme ävaxpivetv (10 fois), BeBaroüv (1, 6, 8); ätxalwux (5 fois Rom.) fait défaut ici, ainsi que les post-classiques éxdtxoc, — xeiv, — xnotç, assez fréquents à travers d'autres épitres.

Il faut remarquer aussi des expressions tirées de la technique des sports et des jeux publics, comme Bpapeïov (1x, 24; efr. Phil. x, 14; poétique, voir Vägeli p.37, n. 3), ruxteveiv (1x, 26), Émoniätew (1x, 27, terme de boxe), élus [rpégetv]

(1x, 26), peut-être déxruos au même passage (6 fois ailleurs chez Paul). Sur tous

ces mots, voir le commentaire, infra.

Les mots de formation poétique ne manquent pas ; ainsi époevonotens (vi, 9: cfr. Ï Tim. 1, 10), qui est un terme des poètes impériaux. Joignons-y vixos (3 fois) cfr. Mat, xu, 20, citation des LXX (Jean a vixn, 1 fois). MNägeli (p. 23) cite quelques mois venus de la poésie ionienne, qui s'étaient d'ailleurs acclimatés dans la xovf, quelques-uns depuis Xénophon. Tels sont éyapos (4 fois ch. VIt), dûdravos (1x, 18, hap. leg. dans le N. T.), voyyétetv (x, 10 bis; fréquent dans la xow}, et six fois ailleurs N. T., dans les Évangiles), dvconueiv (1v, 13, hap. leg. N.T.), al,, — Auépruvoc, ÉxBaouç, al., dans la « Nouvelle Comédie » avec le même sens.

À tout prendre, toujours d'après les observations de Vägeli, nous pouvons considérer la langue de notre épitre comme représentant celle des Grecs cultivés de l'époque, causant ou écrivant de sujets élevés, sans affectation ou souci de litiérature; ct elle n'a pas de marque juive ni locale bien accusée. Parmi son millier de vocables, beaucoup sont choisis et appartiennent plus ou moins à la langue littéraire, surtout quand ils expriment des concepts moraux ; ceux de la vic courante trahissent l' « helléniste », non l'étranger. On en trouve qui ont été

LVIIT . INTRODUCTION.

recommandés par les grammairiens, aux dépens de formes voisines ou de synonymes. Îl en est de classiques (ävouos, al.), et de post-classiques (äueruxivnros, durehuv fréquent Synopt., &vx pécov commun chez les écrivains non atticistes, &mohUTpwO(G, Ev drouu, dtahoyiomos, diucrohn, douhuyoyetv, eluxplvetx, Éxvigev, ÉxTpupLe, éxrôc ei ph, etc.) mais en usage dans la haute conversation. Le plus grand nombre se rencontre avant Paul, et d’autres n'apparaissent, fréquemment du moins, qu'après lui, mais on peut les supposer avoir été de longue date dans l'usage courant; dv pour dv (vi, 18; xvr, 3,.6) se multiplie surtout dans les papyrus de la même époque (v. Deissmann, « Neue Bibelst. » pp. 30-suiv.)

Du point de vue de la grécité, Paul se tient donc dans la moyenne des gens instruits du 1° siècle.

Un autre genre de considérations a sa valeur pour l’histoire de l'Apôtre et de son évangélisation. La Première aux Corinthiens a été écrite dans les années mêmes où Paul dut fortement lutter contre les judaïsants (Ga£., Rom., même IT Cor.), et nous avons vu, au précédent chapitre, que les préoccupations de cette controverse devenaient déjà chez lui assez vives. Cependant, en se reportant à la liste de ses mots les plus usités que nous avons donnée ci-dessus, on est surpris de la rareté ou de l’absence des expressions en rapport avec ce sujet; ainsi Î Cor. est en contraste avec Rom. et Gal. Le mot ‘’loudxios apparaît seulement 6 fois, ’lopæf en un passage unique, reprréuveiv et mepivouñ respectivement 2.et 1 fois, éxpoBuotix 2 fois (vir, 18, 19), Gtxatoouvn seulement une fois {r, 30) et Gixaroùv deux (rv, 4, vr, 11), vooc 8 ou 9 fois. D'autre part certains passages montrent indubitablement que la doctrine de la justification, des rapports de la loi et de la foi, était déjà bien connue à Corinthe (x, 18, rôv ’IopañA xarè opxa, cfr. Gal. vi, 46; xv, 56, v. comm. ad loc.). Le vocabulaire de I Cor. confirme donc d'abord la situation historique que nous avons indiquée, c'est-à-dire que la polémique judaïsante n'avait pas encore éclaté dans la capitale de l’Achaïe. Mais il y a plus important à constater. C'est que, dans une épître où Paul met tout son cœur et tout son génie à ramener ses néophytes au fondement spécifique de la croyance et de la vie chrétiennes, la doctrine de la « justification par la foi » est effacée, elle ne se montre pour ainsi dire qu'en marge. Ce n'est donc pas elle du tout — comme À. Schweitzer et d'autres protestants modernes le reconnaissent bien, — qui faisait le centre de l'« évangile » paulinien. Élle n'en était qu'un article, découlant du dogme fondamental et universellement compréhensif, union au Christ, qui anime, nous l'avons vu, toute cette épître en ses idées (avant d'être développé plus systématiquement Col. et Éph., sans parler de Rom.) et qui influe aussi sur le vocabulaire ; ainsi l'appellation d'äôeApoi, « frères », frères dans le Christ, n'y revient pas moins de 39 fois (19 fois I T'hess., courte épître qui a plus d'un contact avec I Cor., mais 20 fois seulement Rom.). Et il est d'autres mots dont la fréquence fortifie cette impression, à aûvéc, ExxAnoiu, xepaññ, xptos, mvedux, al. (v. supra). Par contre, nous ne lisons mioreiaw que 9 fois et ion 7 fois, parce que le but n'était pas celui de Rom. ou de Gal., d'établir la foï en face de la loi. — Une autre observation est aussi d'une grave portée, et nous l'avons indiquée déjà : cette épître tout imprégnée du nom de Jésus-Christ présuppose une christologie bien établie, aussi ferme que dans les « épîtres de la Captivité ». Or, nous constatons que la doctrine de l'Incarnation, partout sous-jacente, n'y

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