III. Style
Malgré la variété des matières qu'elle traite, l'Épître I aux Corinthiens est la mieux composée parmi les lettres de Paul — ce qui n'est pas un mince argument en faveur de son unité (voir ch. suivant). Le principe de la division des sujets est matériel sans doute; mais nous avons vu, d'autre part, comme toutes les idées particulières se ramènent à une seule idée suprême, la communauté de vie avec le Christ, dont l'épanouissement éternel est célébré au ch. xv, le dernier avant l'Epilogue. Aïnsi le développement se déroule d'une manière très logique et pleine d'’ampleur : « Sagesse » de la Croix, qui doit diriger la vie du croyant; — lumière qu'elle projette sur toutes les obligations de la vie, privée ou publique; — terme où elle nous conduira quard toutes les luttes seront achevées. Saint Thomas d’Aquin, dans son commentaire, a même noté le groupement — effectif, mais douteusement intentionnel — d'une triple série des développements autour du baptême (chapitres sur la Sagesse), du mariage (de v à vu), et de l'Æucharistie (idolothytes, charismes), pour aboutir à la Résurrection.
Dans ces cadres, les instructions se classent d’une manière ordonnée et tranquille; cela n'exclut pas la vivacité dans le passag'e de l'une à l’autre; voir, par exemple, entre les chapitres rv et v (comm. ad loc.) comment les menaces qui terminent le premier préparent aux graves remontrances du suivant, Mais à l'intérieur de chacun des morceaux, qui sont finis en eux-mêmes et bien nettement séparés, Paul, sans souci d'ordre didactique, se laisse aller aux élans tendres ou impétueux de son cœur, à La spontanéité d'une verve parfois indignée ou ironique, — toujours surveillée cependant, dans une maitrise de sa parole qui lui permet de changer de ton sitôt qu'il le veut. Rien n'est moins monotone que cette lecture, ct tous les critiques littéraires dignes de ce nom admireront surtout l’art, étranger à toute recette artilicielle de rhétorique, avec lequel l'Apôtre, s'élevant d’un coup d’aile subit au-dessus du terrain des discussions pratiques, plonge dans le ciel de la plus sereine contemplation. Le chap. xur et cerlaines partics de xv sont très remarquables à cet égard.