‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 7 sur 192 · XII . INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII . INTRODUCTION

Ainsi, en aucun temps, Corinthe n'avait eu bonne réputation morale. Le mot xopivôtétecôaæ, « vivre à la corinthienne » {qui n'est pas un éloge) apparaît déjà dans un fragment d'Aristophane (fr. 133), et les poètes comiques Philétère (ives.) et Poliochos (date inconnue) (1) avaient fait des pièces intitulées Kopwôtacris « l'homme aux habitudes corinthiennes ». Pourtant on n'était pas alors puritain, à Athènes ni.ailleurs. Mais aux alentours de notre ère, cette fâcheuse renommée n'avait fait que s’aggraver. On comprend facilement que, dans cette grande ville de négoce international, avec tous les commerçants et les marins qui y faisaient escale au milieu des privations de leurs voyages, et y trouvaient les lieux de dévotion susdits, la débauche, soit coûteuse soit à la portée de toutes les bourses, fit vivre une partie des habitants de l'exploitation éhontée des vices. On trouverait des traces de cette situation dans les deux écrits de Paul. Car il est certain que beaucoup d'étrangers se rendaient là pour s’amuser sans retenue et y gaspiller leur fortune ou leurs économies. Où mavrès dvdpoç êc KoptvBov 808” 6 mhodc, disait le proverbe, « non cuivis homini contingit adire Corinthum » (Horace, Epist. 1, 17, 36). Le reste allait à l'avenant. La disproportion des conditions: sociales, dans cette ville de lucre, était scandaleuse. Plus tard, au rit siècle. l'épistolographe Alciphron (2) en parlera comme d’un lieu inhabitable à cause de l'infamie des riches et de la misère des pauvres gens. Athènes aussi, d’ailleurs, offrait bien des dangers pour la moralité et le porte-monnaie de ses. étudiants. Mais un trait assez significatif, qui montre bien comme cette Corinthereprésentait peu la Grèce pauvre et relativement honnête de Plutarque, c’est. que les Corinthiens, à peu près seuls de tous les Grecs, avaient adopté avec enthousiasme les jeux homicides de l’amphithéâtre romain.

Ces souvenirs mettront en valeur, comme gloses sous-entendues, plus d'uneréprimande ou d'un précepte de nos épiîtres. Quand on sait ce qu'étaient. les mœurs à Alexandrie, Antioche ou Rome, on se demande ce que pouvait. faire Corinthe pour être ainsi montrée au doigt comme la capitale de la dépravation. Il est vrai que la mode pharisaïque a toujours existé de dénoncer quelque « moderne Babylone » comme le foyer des vices qui sont, plutôt, ceux. d'une société entière où ils trouvent des foyers partout; et les Romains, à leurs heures de vertu, devaient être heureux de charger cette pauvre ville grecque: cependant pareille réputation ne se soutient pas à travers les siècles si elle n'est. fondée sur quelque chose.

Les Juifs abondaient cependant dans cette cité de Bélial qui était aussi celle de Mammon. L'intensité des affaires les y attirait autant et plus que dans les. autres ports méditerranéens. On a retrouvé (v. Deissmann Lo), le fragment. d'une inscription assez fruste qui surmontait la porte d'une de leurs synagogues ; ce ne devait pas être la seule ni la principale, et elle est d’une époque un peu plus tardive. Il devait sortir de leurs rangs quelques chrétiens, et parmi leurs. hommes les plus distingués. Cependant la masse, comme le montra l'événement, devait être, autant et plus qu'ailleurs, très mal disposée à accepter l'Évangile. Comme Paul a écrit de Corinthe son épitre aux Romains, on peut croire que la sombre description de l'hypocrisie juive qu’il donne au ch. 11 lui fut inspirée,

(1) Meinecke, Fragm. com. gr., 1839-1857, fr. 1, 356°. (2) Epistolographi graeci, éd. Hercher, 1873.

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