‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 61 sur 192 · CHAPITRE V. LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. LXV

notices personnelles, comme celles du chap. xvi. De là encore l'absence de périodes, comme en toute conversation animée (ce qui n'est pas un signe de « sémitisme »), remplacées cependant moins qu'ailleurs par cette complication de pronoms relatifs qui se multiplient parfois chez Paul, au détriment de l'élégance et de la clarté, quand ses idées se pressent et qu'il ne veut laisser aucune nuance inexprimée. Au reste, l'abondance de l'expression ‘est remarquable : listes de substantifs désignant des personnes (rr1, 22), des vices (v, 16; vr, 3 ss.), etc. L'écrivain recherche souvent l’assonance, et jusqu’à de vraies rimes, dans ces énumérations, quitte à choisir pour cela quelque mot rare ou moins correct (ainsi xv, 39, wrnvôv pour répondre à xrnvüv). C’est encore une multiplication de petites questions brèves, compactes, toutes pareilles, un vrai tir de batterie contre une muraille (vr, 2-4; 1x, 4, al.). Souvent des phrases parallèles commencent par le même mot (ce qu'on appelle « anaphore », x-r1r, 9), ou se terminent de même façon {« épiphore », vir, 42-13, al.). Paul était certainement rompu à tous ces procédés, qui sont parmi les plus efficaces dont usait la diatribe pour soutenir l'attention, et ils devaient être aussi fréquents dans ses discours que dans ses dictées aux secrétaires. Une fois que les résistances réelles ou présumées lui semblent devoir être tout à fait ébranlées ou réduites, une sentence bien frappée clôt la discussion (rv, 20, par exemple), et les conclusions revêtent d’ordinaire un ton d'ardeur entraînante, (ainsi, 21-23), ou se changent en questions triomphales (xv, 55).

Ce sont là des procédés de diatribe, mais portés à leur perfection par un écrivain — nous dirions mieux « un orateur » — très original. Beaucoup d'expressions de Paul sont celles qui étaient consacrées dans ce genre de discours, ainsi les tournures de transition, comme sl oùv, vi @p, Giù vobro, Aoutév, 0e, les oûdév éoruv (vir, 19), les uh yévouro (vr, 15; Rom. 9 fois, Gal. 2 fois), ré Opelos, dpehov, H6ekov, etc. Voir encore l’usage des impératifs (x, 6), parfois ironiques (xaôl£ere, vi, 4), après une supposition, ou une question. L'ambiance grecque a donc fortemeet agi sur le style de Paul. On le sent encore aux conventions épistolaires qui s'imposent à lui (Jok. Weiss), par exemple dès les premières lignes à la « captatio benevolentiae » par où il doit ouvrir une lettre qui ne sera rien moins qu'une épître de louanges.

Tous ces procédés sont vivifiés et garantis de « schématisme » par la finesse et le génie. Paul met sur tous sa marque individuelle; rien de moins banal, par exemple, que la manière déjà pleine d’avertissements dont il « capte la bienveillance » au début (v. comment., à 1, 1. m). |

Son goût du parallélisme, dû en partie à son éducation juive, se fait partout sentir. Au fond, toute cette pensée fougueuse est très ordonnée, nous l'avons dit, et ramenée à une souveraine unité par en haut; dès qu'il descend aux applications, — et cela est très vivant et très dramatique en même temps que très simple, mais d'une simplicité qu'il n'est pas donné à tous d'atteindre, — elle s'ordonne par paires de concepts : liberté et servitude, vie et mort, chair et esprit, sagesse de l'homme et sagesse de Dieu. Ses « paradoxes », son « renversement des valeurs », sont bien plus radicaux et saisissants que ceux des stoïciens, qui restaient dans l’ordre cosmique et humain, tandis que Paul plonge

dans l'Absolu, en Dieu. De là vient que son parallélisme est en général antithetique.

Page 1