‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 63 sur 192 · CHAPITRE V. LXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. LXIX

les spectacles de la rue ou des lieux de réunion des grandes cités; les concours, les athlètes, les pugilistes, la proclamation des hérauts, ailleurs les armes et les défilés militaires, les concerts de musique, les métiers et surtout celui du bâtiment, temple, bâtisse, fondements, architecte, etc. On pourrait croire qu'il a voulu se mettre, avec grande condescendance, à la portée du « badaud » grec. Et jamais aucune somptuosité de description, pas d'amplification pittoresque ou dramatique; sa puissance de personnification dramatique, qui était merveilleuse, il la réserve aux grandes puissances de l’ordre invisible et moral, le Péché, la Mort, la Sagesse, la Charité. Il aime aussi employer des termes de droit et d’alfaires, salaire, prix des marchandises, sceau; et ainsi de suite. Parfois il cherchera ses métaphores dans la vie des champs, ysopytov, dumelw, planter, arroser, grain qui germe. Mais ce ne sont là que des lieux communs ne dénotant aucune observation ni impression personnelle {4}. C'est par une rencontre tout à fait exceptionnelle que Paul, au ch. xv, en vient à parler de la beauté des astres; encore le fait-il d’une façon très schématique, en vue d'une démonstration presque professorale. Et c'est lui cependant qui, dans l'Épitre aux Romains (vx, 19-22), personnifiant l’ensemble du Cosmos dans ses rapports avec l'humanité, a su prêter un accent si pathétique à ses millions de voix confuses. :

En somme, Paul ne s'est servi que d'un répertoire traditionnel d'images, — dont il a su d’ailleurs tirer un très beau parti. C'était, pour la grande part, celui de la « Diatribe », qu'il n'a pas cherché à renouveler. Encore n’y a-t-il puisé que très modérément. Ainsi la diatribe affectionnait les « exemples » développés en récits. Paul n'en use pas, et ne fait point de descriptions psy= chologiques ou autres; il est trop pressé par sa pensée impétueuse pour vouloir amuser ses lecteurs par de l'humour. Ce qu'on trouvera chez lui de plus rapproché dans cette ligne, ce seront de simples « illustrations » des préceptes ou des défenses qu'il émet, par le rappel très bref, en forme de citations, d'événements de l'Ancien Testament dont l'issue évoque ce qui pourrait arriver aux Corinthiens relâchés ou vicieux (x, 1-11). Et il n'utilise ces souvenirs concrets qu'en exégète théologique, qui veut uniquement en faire ressortir la valeur de « types »; c'est toujours le dialecticien qui parle. Nous n'irons pas toutelois conclure de là, avec Bulimann, que sa prédication orale devait être toute pareille, sous ce rapport, à une épître consacrée aux discussions et aux ‘ordonnances pratiques, dans laquelle il ne pouvait guère se laisser aller au loisir des peintures; ni surtout qu'il n'y faisait point de récits étendus de la vie du Christ. 11 devait en faire, au contraire, qui étaient précis, détaillés, chaleureux, comme le fait croire une phrase fameuse de l'Épitre aux Galates (Gal. nr, 4), d'après laquelle « Jésus-Christ en croix a été dépeint », dressé, EXPOSÉ (rpocypépn) « sous leurs yeux », et comme l'insinue, pour Corinthe mème, plus d’un trait que nous relèverons dans le commentaire. Mais l'allure de sa lettre ne se prétait pas à cela et Paul ne l'estimait pas nécessaire, car ses

(1) IL est faux cependant de croire qu'il se soit jamais montré ignorant ou maladroit dans ses comparaisons rustiques. On le lui à reproché à propos de l'image de la grefe (Rom. x1, 17-ss.). Mais le Prof. S. Linde d'Upsal a décrit la mélhodo, usitéo en Palestine et en Grèce, de rajeunir les vicux olivicrs par l'insertion do branches d'olivier sauvage (Palästina Jahrbuch xxvr, pp. 40-suiv.; voir Staflelbach, « Die Vereinigung », p. 109).

BXX INTRODUCTION.

néophytes ne pouvaient l'avoir oublié; c'est seulement pour le récit de la Cène, si impressionnant dans sa concision (ch. xr), et celui des apparitions du Ressuscité (ch. xv), qu'il a dû leur remettre des faits précis en mémoire.

L'Apôtre s'éloigne donc sur ce point-là des procédés d'Épictète ou autres instructeurs grecs familiers de son époque; mais il s'écarte encore plus de l'habitude des rabbins, et de toutes les amplifications de la « haggada ». Rien ehez lui ne rappelle les « paraboles », soit juives, soit même évangéliques. Car on ne saurait décorer de ce nom la comparaison, seulement indiquée, du grain qui pourrit en terre avant de revivre en épi (ch. xv), ou celle du coureur et du boxeur (ch. 1x), ni celle du corps du Christ, l'Église, avec le corps humain muni de tous ses membres, solidaires entre eux (ch. x). Ce n’est encore là qu'un lieu commun, qui courait le monde déjà sans doute avant l’apologue de Ménénius Agrippa, et qui sert à exposer ou à démontrer, pas le moins du monde à captiver l'attention des lecteurs par son charme ingénieux (v. comm. ad loc.). Il n'y a là que des types, non des individus, non de la vie en relief et en couleur.

Et cependant comme cet intellectuel, ce théologien, ce perpétuel raisonneur est loin d'être sec! Quel souffle de vie divine, de conviction généreuse, de sensibilité tour à tour impétueuse, ironique, attendrie, entraîne dans un mouvement d'émotion personnelle, profonde, communicative, tous les raisonnements et tous les lieux communs! Et quel pathétique ou quelle sublimité de lyrisme quand l'Apôtre parle de la Croix, de la primauté de l'amour, de la victoire sur la mort! « Le cœur de Paul, c'est le cœur du Christ », disait saint Chrysostome. D'ailleurs ce n’est pas quelque écrivain religieux, c'est un philologue, et uün philologue sévère à l'excès pour la « grécité » de Paul, Eduard Norden, qui a écrit (à propos de T Cor. xnr comme de Rom. vir, 31suiv.) : « Ces deux hymnes ont rendu à la langue grecque ce qu'elle avait perdu depuis des siècles, la profondeur et l'enthousiasme de l'épopte... Comme ce langage du cœur doit avoir pénétré dans les âmes d'hommes qui étaient habitués à tendre l'oreille à la niaise faconde des sophistes! {« Die griechische Kunstprosa », p. 509); et Norden, dans son admiration d'humaniste, va jusqu’à faire des rapprochements, bien inadéquats, avec Platon et Cléanthe. C’est Wilamowitz qui dit à peu près la même chose de celui qu ‘il nomme « un elassique de l'hellénisme » : « Enfin, enfin voici quelqu'un qui de nouveau parle grec du fond d’une expérience vitale, fraiche et intime, qui est sa foi! » {« Kultur der Gegenwart», 1, 8, p. 159). Joh. Weiss, théologien libéral, approuve ces dires ainsi que devrait le faire tout homme qui sait lire Paul, même sans saisir tout ce qu’il a reçu de divin, et qui n’est pas dénué de sentiment profond; comme l'est tel fantaisiste littéraire ou tel plat grugeur de textes que ces dernières années ont produits.

Autorités et citations dans la Première aux Corinthiens.

Saint Paul doit à sa formation partiellement juive, comme à sa qualité d’« économe » des mystères de Dieu (1v, 4) contenus dans une tradition immuable, l'habitude de recourir fréquemment à l'autorité. Il y a celle de Dieu dans les Écritures, et l'enseignement du Seigneur.

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