CHAPITRE V. LXXI
Tradition évangélique. — Aucun des évangiles canoniques, — pas même celui de saint Matthieu, au moins dans sa forme grecque, — n'était encore rédigé; il pouvait cependant circuler par écrit bien des récits partiels de la vie du Seigneur (cfr. Luc, 1, 1-s.), et l’enseignement oral s'attachait partout à la faire connaître dans son intégrité. Il n'y a nulle raison de croire, nous l'avons dit contre les libéraux et les syncrétistes, que celui de Paul aït fait exception, et qu'il se soit borné à un acte du Christ, fût-il le principal, sa mort volontaire et rédemptrice, suivie de sa résurrection; car la Passion et Pâques ne prenaient leur sens que pour qui connaissait Celui qui avait subi la mort pour en être vainqueur. À la doctrine nouvelle aucun autre fondement ne pouvait être posé que le Christ (ur, 11); et c'était un Christ qu'il fallait £riter (xx, 1 cfr., 1v, 16), à l'exemple de son Apôtre, par conséquent connaître dans les manières d'agir de sa vie divine et humaine (cfr. Æom., xv, 3),
On a remarqué que les instructions morales les plus ardentes, comme l'« hymne à la charité » du chapitre x, aux versets 4-7, paraissent ne faire autre chose que proposer en exemple les attitudes du Sauveur; en réalité, toute l'épître n'est qu'une invitation à les prendre pour idéal. Ce fait compense la rareté des appels explicites aux prescriptions de Jésus. Il en est trois cependant, qui sont tous d’une importance significative; le premier concerne l’indissolubilité du mariage (var, 10, cfr. Mat., v, 32, et parall.), le deuxième le droit de l’évangéliste à vivre de la prédication (rx, 14, cfr. Mat., x, 10 et Luc, x, 7), et le troisième, le plus grave, c'est le récit de la Cène eucharistique au ch. xr (cfr. S'ynoptt.) avec l'ordre de la renouveler {1x, 24 et 25, cfr. Luc, xxxr, 19),
Le récit des apparitions du Ressuscité au ch. xv, donné comme traditionnel (v. comm. ad loc.), concorde en partie avec la tradition des Évangiles et la complète.
Mais il y a plus. L'application du Psaume arx (ex), 1, au Roi-Messie qu'est Jésus (xv, 25), c'est Jésus qui se l'était faite à lui-même, en face des pharisiens, durant la grande semaine (Mat., xxrr, 44, et parall.); la « foi qui transporte les montagnes » {xir1, 2) rappelle à la lettre Mat., xr, 21 et parall. ; la « trompette » du jugement {xv, 52 cfr. [| Thess., 1v, 16) est mentionnée dans l'« Apocalypse synoptique », Mat., xxiv, 31. Selon toute probabilité, ce sont là des réminiscences de la catéchèse évangélique. |
Nous ne croirons même pas être trop hardi dans nos suppositions, en voyant des échos directs de l'enseignement traditionnel en plusieurs autres passages dont la lettre est de Paul, mais qui se retrouvent identiquement, pour le sens, dans l'Évangile. Le jugement que les « saints » exerceront sur le monde (vi, 2-8 ne rappelle-t-il pas Aat., xrx, 28, tout aussi bien que Daniel, vnr, 22? Le conseil de souffrir l'injustice (vr, 7) ne s’inspire-t-il point du Sermon sur la Montagne, Mat. v, 38 ss.? Si Paul appelle avec tant d'audace les corps des fidèles des « membres du Christ » (vr, 45, avant l'exposé du chap. xx), n'a-t-il point dans la mémoire des paroles du Maître comme celles qu'a conservées saint Jean, sur « la vigne et les sarments » (Jean, xv, 1ss., 5 ss.) ou bien d'autres de même portée? quand il les appelle « temples » de l'Esprit (ou de Dieu) qui habite en eux (rx, 46-17, vr, 19), qui ne penserait encore au IV° Évangile (xiv, 23) : « Nous viendrons à lui et nous résiderons en lui »? L'éloge de la continence parfaite. (vu, 1) est à tout le moins du même esprit que Mat. xx, 12. La liberté que