CHAPITRE VI. . LXXXV
deux lettres seulement pour ne pas avoir de rouleaux trop longs? En tout cas, ce ne serait pas alors une logique a priori fort exigeante qui aurait présidé à la distinction des deux.
Par-dessus tout, nous maintenons que l'ordre des matériaux, tel qu'il nous est offert dans l'édition canonique, est bien préférable, parce qu'il est plus vivant et moins scolaire, à celui que les critiques ont prétendu rétablir. Ils n’ont pas vu, malgré leur pénétration des détails, les lois — instinctives ou raisonnées, peu importe — de la profonde stratégie de sentiments qui impose à la dialectique et aux exhortations de Paul certains rythmes très larges, très majestueux, s'étendant à toute une série de chapitres, et qu'ils brisent, eux, avec leurs divisions en plusieurs lettres (supra, ch. v, «le style »; et Commentaire passim).
L’impression qui nous demeure est que ces critiques distingués ont trop subi encore l'influence des habitudes de dépècement qu'on acquérait autrelois, au temps du règne des « Literarkritiker », dans les séminaires des Facultés de théologie protestante; il fallait à cette époque découvrir toujours plusieurs écrits en un, sous peine de n'avoir pas l'esprit scientifique. Ces dogmes d'école, grâce à Dieu, vont disparaissant, ou bien se réfugiant chez des « Delafosse » et autres historiens de même qualité, chez qui l'absence criante de méthode objective réfute par l'absurde les pratiques en question,
La Première Épître aux Corinthiens est un écrit assez solide pour se défendre de ces attaques, et nous n'hésitons pas à souscrire au jugement de Godet (dans son comm., p. 27-s.), qui, avec bien d’autres, y voit un édifice intellectuel admirablement conçu et exécuté, malgré toute la diversité de ses matériaux.