LXXXVIII INTRODUCTION
Lorsque l'Apôtre envoya I Cor., « la porte large » venait de s'ouvrir, et il en fait part avec joie à ses lecteurs ; mais il restait « beaucoup d’adversaires ». De pareilles données ne sauraient convenir à rien de mieux qu'à l'époque où la « thériomachie », c'est-à-dire les luttes incessantes livrées trois mois ct plus contre les intrigues juives, venait de prendre une issue favorable; car le souvenir des « bêtes » est tout proche, et il émeut encore l'âme de Paul, qui les entend toujours menacer dans leur retraite. Nous sommes par là reportés tout naturellement au début de ces grands succès d’apostolat que décrivent les Actes des Apôtres, et il va s'engager hardiment par la porte ouverte. Ce changement de situation se produisit quelques mois, mettons cinq ou six, après le début de la prédication d'Ephèse. S'il est arrivé là vers la fin de l’an 53 ou plutôt au cours de 54, nous nous trouverions justement, lorsque Paul composait sa lettre —
travail qui a bien dû l'occuper quelques semaines, étant donné sa multitude
d’autres soucis — atteindre l'hiver 54-55, et il comptait, quand il dictait le chapitre v, qu'elle serait à Corinthe au temps de la Pâque, ou peu après. D'autres observations qu'a réunies Bachmann confirment bien cette date.
Ainsi, remarque-t-il, la mention de la collecte organisée en Galatie {xvr, 1} paraît évoquer un souvenir assez récent; il n'y avait pas très longtemps que Paul avait visité ce pays (le second passage impliqué Gal., 1, 9, mpoeofxauev, et opposé à vo mpdrepov de 1v, 13; car Paul n'a point parlé de collecte dans son Épitre aux Galates écrite plus tard). C’est au début de son séjour dans la capitale asiatique qu'Apollos a dû l'y rejoindre, et contribuer à lui faire connaître les nouvelles qui motivèrent l'envoi de la lettre précanonique; il était encore auprès de l'Apôtre {xvr, 12, v. comm. ad loc.) et nous ne jugeons point probable, puisque les Actes n'y font plus allusion, qu’il soit demeuré tous les trois ans. en sa compagnie. D'autre part, c'est lorsque Paul avait réussi à dominer les.
premières difficultés d'Ephèse que les Corinthiens pouvaient s'attendre à une
prochainé visite de leur « père », la solliciter dans la lettre qu’ils lui envoyèrent, et quelques-uns d'entre eux, peut-être (voir 1v, 18), la redouter et éprouver du soulagement à voir qu'elle était différée au delà de leur prévision. Enfin, nous trouvons encore chez Bachmann un dernier indice qui a bien un peu de valeur : ce sont les changements de résidence d'Aquilas et de Priscilla (cfr. I Cor., xvi, 19 et Rom., xvi, 4). Comme ils sont toujours installés dans leur maison d'Ephèse, et qu'on les trouve pourtant rétablis dans leur ancien domicile de Rome quand Paul, de Corinthe, écrit à cette ville {en 58 pour la plupart, Lagrange 51), on croira aisément que le mari et la femme, si grands voyageurs qu'ils fussent, ont mis plus que quelques mois à transporter leurs affaires d'Orient en Occident, et que, par conséquent, il s’est écoulé un assez long laps de temps entre I Cor. et Rom. Paul écrit aux Romains que ces amis excellents ont « exposé pour lui leur tête » ; nous ne pouvons déterminer les circonstances où ils lui ont donné cette marque de dévouement; si ce ne fut pas à l’occasion de l'émeute des orfèvres, on pourrait penser à la crise de la « lutte contre les bêtes »; plutôt à celle-ci, car, d’après ce que nous venons de dire, les deux époux n'ont pas dû demeurer à Ephèse durant tout le séjour de Paul (v. encore infra).
De cet ensemble d'arguments il nous paraît, à nous aussi, résulter que la Première épiître aux Corinthiens était écrite au printemps de l’année 55.
Pa het PRE ER re TR