‹ Saint Paul, ses missionsChapitre 24 sur 46 · II. — SECOND SÉJOUR EN MACÉDOINE · texte numérisé non relu

II. — SECOND SÉJOUR EN MACÉDOINE

La paix sitôt rétablie n'était qu'une trêve à la merci du premier vent de révolte. On devait tout craindre à Éphèse, des Juifs surtout, que le sentiment d'être compromis avec Paul rendait plus haineux que jamais ^ L*apôtre comprit une fois de plus qu'il ne détournerait la persécution qu'en disparaissant; il réunit donc ses disciples, les exhorta à persévérer, et, les ayant embrassés, il prit le chemin de la Macédoine.

Troade fut sa première étape sur cette route. Il y avait donné rendez-vous à Tite , comptant que ce disciple lui apporterait là des nouvelles de Cîorinthe. Sa déception fut vive de ne point le rencontrer. Contraint de l'attendre, il évangélisa cette ville qu'il n'avait fait que traverser lors de son dernier voyage. Les dispositions étaient favorables, « les portes ouvertes au Seigneur* »; le succès fut si prompt que lorsque , après quelques jours, il prit la mer pour l'Europe, toute une fraternité se trouva déjà pour le conduire au rivage. Si l'apôtre avait une telle hâte de quitter la Troade, c'est que la pensée de Gorinthe l'obsédait^. Quel accueil avait reçu sa lettre, œuvre d'ardent amour, mais « écrite dans une grande affliction, le cœur serré, les larmes aux yeux* »? N'avait-elle pas paru.

1 Act., XX, 19.

».II Cor., n, 12.

s Id., n, 13 * Id., 11,4.

aux esprits ombrageux qui la lisaient, un mélange de faiblesse et de présomption, une nouvelle matière à mépris pour sa doctrine? Et deTite, encore point de nouvelles! Que signifiait ce retard? Paul, n'y tenant plus, prit le parti d'aller au-devant dé lui en Macédoine.

Ses angoisses devaient y être, sinon dissipées, du moins adoucies par les dispositions que lui témoignèrent les chrétiens de cette province , toujours généreux et fidèles. Apprenant son passage, ses plus chers disciples, Luc*, Timothée, Éraste^, s'empressèrent d'accourir près de lui; mais, tout soulagé qu'en fût le cœur de Paul, ce concours de dévouements n'arrêta point les tribulations qui le poursuivaient depuis Ëphèse : « Arrivés en Macédoine, dit-il, notre chair n'eut aucun repos, et nous fûmes affligés en toute manière : au dehors des combats , au dedans des craintes^. »

Ces assaillants du dehors étaient les persécuteurs juifs et païens dont l'acharnement avait réduit à la détresse^ les Ëglises de cette régiod; c'étaient aussi les chrétiens ennemis de la croix du Christ, dont Paul « ne parlait qu'en pleurant, qui n'avaient de pensées qu'aux choses terrestres , d'autre dieu que leur ventre* »; c'étaient aussi les judaïsants dont il surprenait

1 Luc, que S. Paul arait laissé à Pbilippes lors de sa première mission, y était yraisemblablement resté. Nous ne le retrouvons près de l'apôtre qu'au temps qui nous occupe en ce moment.

* Act., XIX, 22.

« II Cor., vu, 5.

* Id., VIII, 2.

* Philip., lu, 18, 19.

la main dans toutes les chrétientés, se dissimulant à son approche , minant sourdement son œuvre. Quant aux craintes du dedans , nul doute sur leur objet : en Macédoine , comme en Troade, Gorinthe faisait le tourment de ses jours et de ses nuits.

Enfin Tite arriva et le tira d'angoisse , car les nouvelles qu'il apportait étaient en somme consolantes. La lettre de Paul, loin d'être méprisée, émouvait encore tous les cœurs. Lue à la réunion des frères, elle y avait jeté une profonde tristesse*; sans doute les factions hostiles ne se rapprochaient ni ne désarmaient, mais dans la foule c'avait été un éclat de douleur et de repentir. Le souvenir de Paul, de son dévouement, revivait à entendre sa parole; les uns, tremblants, cherchaient à se disculper, à écarter la verge dont les menaçait l'apôtre; d'autres , tout au regret de l'avoir contristé , ne souhaitaient que de le revoir et d'obtenir pardon^. Ces derniers se trouvaient en pluralité dans l'assemblée ; ils étaient entrés dans l'indignation de Paul contre l'inceste et dans son ardeur à le punir. « Au nom du Seigneur Jésus, on livra le coupable à Satan. » Toutefois, la prompte pénitence de l'excommunié empêcha que la sentence ne fût exécutée en toute rigueur. Les chefs de l'Église usèrent de mansuétude , soit d'eux-mêmes, soit par le conseil de Tite*.

L'esprit de ce disciple, en effet, était incliné à la douceur; dès son arrivée chez les Corinthiens, ce penchant

» Il Cor., VII, 7.

« Id., VII, 7. il, 15.

• Id., 11,6-10.

avait donné à son ministère une couleur de pacification : il prêcha ouvertement Tindulgence. A quoi bon la sévérité , puisque la lettre de Paul avait suffi pour tout réduire? Ses dispositions naturelles furent d'ailleurs secondées par la joie qu*il ressentit à ne trouver que des cœurs dociles , aimant Paul ardemment et rappelant de tous leurs vœux^ Le seul chagrin du bon Tite était de voir les coupables si honteux et lui-même si redoutable. Dans les premiers jours en effet on ne Tabordait qu*avec crainte et tremblement^.

Ce récit d'une âme bienveillante jeta Paul dans Tallégresse. Passant d'un abtme d'angoisse au comble de la joie, rien d'étonnant s'il ne vit d'abord que ses prières exaucées, des actions de grâces à rendre, ses chers Corinthiens à féliciter; il en vint jusqu'à se demander s'il ne les avait pas trop rudement traités'. Cependant tout n'était pas uni avec les factions de Corinthe; après avoir dépeint au maître le consolant état de ses fidèles, leur bon esprit, leur zèle pour la collecte de Jérusalem , il fallut bien que Tite se décidât à jeter quelques ombres sur ce tableau. Force lui fut de révéler que les ennemis de l'apôtre restaient intraitables, acharnés aux mêmes insultes, aigris plutôt par sa lettre. Ils y relevaient ce qu'elle avait de dur et d'impérieux pour les frères, et en môme temps d'irrésolu^, de pusillanime. Vainement menaçait-il de

1 II Cor., VII, 7.

« Id., VII, 15.

8 Id., VII, 8.

* Id., I, 17.

venir la verge à la main*; en réalité, s'il changeait constamment de dessein, c'est >qu*ii n'osait se montrer chez eux; et à bon droit, car rien n'autorisait son apostolat, ni recommandation de l'Église Mère, ni mission de Jésus qu'il n'avait jamais vu , ni pouvoir comparable à celui de Géphas , foudroyant d'un mot Ananie et Saphire. Il en était réduit à se prêcher lui-môme^, et de loin, car « si ses lettres sont rudes et violentes, disaient-ils , il est misérable d'extérieur et de parole* ». On ne se contentait pas de le traiter d'imposteur, de fou, d'extravagant; sa charité pour Jérusalem était décriée ; on la dénonçait comme une manœuvre d'escroc, ne visant qu'à duper les fidèles. Paul avait l'âme trop haute pour ne pas mépriser ce que de tels outrages avaient de personnel ; mais si sa dignité n'en fut point atteinte, ni sa joie môme altérée, il comprit que l'honneur de sa mission était en jeu : il importait de donner à l'Église, désolée de ces calomnies, une réponse qui vengeât et soutint sa fidélité. L'apôtre se mit donc en devoir de dicter à Timothée une nouvelle lettre qui , tout en félicitant les Corinthiens , les armât contre l'ennemi commun.

Le début de cette Épltre, émouvante entre toutes, est un éclat de sainte joie, une action de grâces pour l'union rétablie. Cette union en Jésus et par Jésus va jusqu'à l'unité , car l'amour chrétien ne joint pas seulement les cœurs, il les fond en un. Une même vie,

1 I Cor., IV, 2!.

« II Cor., nr, 5.

» Id., X, 10.

celle du Christ , animant les âmes qui s'attachent à lui , le chrétien , digne de ce nom , ressent en soi-même tout ce qui se passe dans le cœur de Jésus et dans celui de ses frères, peines, joies, angoisses, consolations*.

Qui donc ose avancer que la duplicité , Tinconstance de Tapôtre ne permettront pas à cette concorde de durer? Paul se révolte sous l'affront, car sa conscience lui rend témoignage qu'il n'a cessé d'être loyal et ferme en ses sentiments. Cette stabilité vient de son union à Jésus; or a en Jésus il n'y a pas de oui et de non »; « en lui est le oui , en lui Y Amen » ; et tout cela est fondé sur l'immutabilité de Dieu même, du Dieu « qui nous lie fortement avec vous au Christ, du Dieu qui nous a joints, qui nous a scellés^ ». « Sur mon âme, j'en appelle ce Dieu à témoin, c'est pour vous épargner que je n'ai pas encore été à Corinthe », afin de ne pas venir à vous, la tristesse au cœur, pour châtier*. L'apôtre s'est contenté d'écrire; il a conjuré la véritable Église de Corinthe de se lever du milieu de ses ennemis et de se séparer d'eux. Elle l'a fait si généreusement, que Paul n'a plus que des louanges pour elle; il se défend de vouloir dominer sur sa foi , respecte son indépendance, s'efforce même de développer en elle l'habitude d'agir spontanément : la peine infligée à l'incestueux, il l'approuve ; l'indulgence compatissante pour ce pécheur, il l'approuve également^. Soumise

» II Cor., I, 1-11.

2 Id., I, 12-22.

» Id., I, 23; II, 14.

* Id., n, 6-il.

désormais et irréprochable , la vie des Corinthiens devient à ses yeux son triomphe en Jésus- Christ : sa prédication, son apostolat, embaumés de ce parfum mystique, répandent au loin en tous lieux la bonne odeur du Christ*.

« Et qui est capable d'un pareil ministère? » Ceux-là seuls « qui prêchent avec sincérité de la part de Dieu, en sa présence, dans le Christ ». Que les autres, qui falsifient la parole de Dieu , fassent montre de lettres de recommandation. Nos lettres, répond Tapôtre, c'est vous, Église de Corinthe, c'est la vie de Jésus qui vous a pénétrés, transformés grâce à nous. Ces lettres ne sont point tracées avec l'encre qui s'efface, ni gravées sur la pierre par le doigt de Dieu, comme les tables de la Loi mosaïque ; elles sont écrites sur des tables de chair, qui sont vos cœurs*. A la différence de ces imposteurs, rivés à une alliance vieillie et branlante, Dieu nous a faits « ministres de la nouvelle alliance , ministres non de la lettre, mais de l'esprit, car la lettre tue, et l'esprit vivifie^ ».

Ce n'était pas que l'ancienne Loi fût sans gloire ; car. Moïse l'apportant du Sinaï, tel parut l'éclat de sa face , que les Israélites ne pouvaient la contempler : éclat passager toutefois*, aussi se voilait-il la tôte au mo-

1 II Cor., II, 1416.

2 Id., n, 17, m, 1-3.

3 Id., m, 6.

^ Les Septante, que suit ici S. Paul, donnent du texte hébreu l'interprétation la plus naturelle. Moïse ne se Toilait la face , ni quand il paraissait devant Dieu , ni quand il parlait au peuple ; c'est au moment où il cessait de s'adresser à la foule qu'il mettait sur son front un voile analogue au coufjieh actuel des Bédouins, afin que les

meDt où cette gloire s^évanouissait, de peur que les Israélites, la voyant disparaître, n'en conclussent qu'il en serait de même de leur Loi*. Pour nous, l'éclat de notre ministère ne s'éclipse point; à toute heure nous marchons face découverte , loyalement, n'ayant rien à cacher. « Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, nous prêchons le Christ Jésus , comme Seigneur, et nous-mêmes comme vos esclaves , pour l'amour de Jésus. Car le Dieu qui a dit à la lumière de resplendir du sein des ténèbres, a fait luire sa clarté dans nos cœurs, aûn que nous puissions éclairer les autres par la connaissance de la gloire de Dieu qui parait dans le Christ*. »

A suivre Paul si haut, à l'entendre se proclamer

fils d'Israël ne Tissent pas la fin de cette splendeur, dont l'éclat

n'était. que passager. « Propter gloriaro quœ evacuatur. » Qu»

evacuatur, quidam ex Latinis ad ministrationem, alii ad legom retulerunt, sed ex grseco manifestum est non alio quam ad gloriam referri posse, quœ dicitur evacuarl, seu potins aboleri , quia claritas illa Tultus Moysi transitoria erat ac modici temporis. » Estius, In II Ep. ad Cor,, cap. m, 9.

1 La souplesse d'esprit arec laquelle S. Paul plie la même intage à des sens tout divers se voit mieux ici que partout ailleurs. Ce Toile que Moïse mettait sur sa tète, les Juifs, dit-il, Pont sur le cœur quand ils lisent l'Ancien Testament ; par suite, ils ne voient pas que toute la gloire de leur Loi est de se perdre et de se consommer au Christ. Dans la phrase suivante Moïse est encore dépeint ôtant le voile de son front quand de nouveau il entrait face à face en communion avec Dieu : ainsi en seoa-t-il des Juifs, conclut l'apôtre, quand ils se tourneront vers le Seigneur; l'Esprit de vie qui est caché sous la lettre morte de la Loi les illuminera; la gloire du Christ, qui transforme en elle ceux qui la contemplent , les investira de ses clartés (II Cor., m, 13-18).

» Il Cor., IV, 5, 6.

i*ambassadeur du Christ, le coopérateur de Dieu qui parle par sa bouche*, les Corinthiens n'allaient-ils pas oublier qu'au travers des gloires de son apostolat, il demeurait tel qu'il avait paru au milieu d'eux pauvre et misérable d'aspect? La sincérité habituelle de l'apôtre le fait insister longuement sur ce point. « Nous portons ce trésor dans un vase d'argile, ajouta-t-il, aÛD qu'il paraisse que la grandeur de la puissance qui est en nous vient de Dieu , et non pas de nous^. » Nous mettons notre ministère hors de blâme et de critique'; mais nous le remplissons « dans les tribulations , les nécessités, les détresses, sous les coups, dans les prisons, au travers des séditions, dans les travaux, les veilles, les jeûnes..., parmi l'honneur et l'ignominie, la mauvaise et la bonne réputation; nous passons pour séducteurs, bien que sincères; pour inconnus, quoique bien connus; pour mourants, et voici que nous vivons; pour châtiés, mais non jusqu'à en mourir; pour tristes, bien que toujours joyeux; pour pauvres, et enrichissant plusieurs ; pour n'ayant rien , et possédant tout^ ». Et il en sera ainsi jusqu'au jour où,

1 II Cor., V, 20; vi, 1.

8 Id., IV, 7.

8 Id., IV, 2, 5; VI, 3,

*• Id., VI, 4-10. Deux fois dans cette Épttre il trace ce même tableau : a Nous sommes dans la tribulation de toute manière, mais non réduits à l'étroit; dans des diffîcultés insurmontables, et nous n'y succombons point; nous sommes persécutés, mais non pas abandonnés; abattus, mais ne périssant pas; portant toujours en notre corps la mort de Jésus , afin que la vie de Jésus paraisse aussi dans notre corps... Ainsi sa mort imprime ses effets en nous, sa vie en vous... Celui qui a ressuscité Jésus nous ressuscitera avec Jésus et nous présentera à lui avec tous; car toutes choses sont pour

Dieu nous tirant du corps, notre maison de terre, « ce qui est mortel en nous sera absorbé par la vie^ ».

« O Corinthiens, poursuit Fapôtre, ma bouche s'ouvre, et mon cœur se dilate par Tamour que je vous porte*, mes entrailles ne sont point resserrées pour vous , mais les vôtres le sont. Rendez-moi amour pour amour. Je vous parle comme un père à ses enfants, élargissez vos cœurs. Ne vous attachez point à un même joug avec les infidèles, car quelle union peut-il y avoir entre la justice et l'iniquité? Quel commerce entre la lumière et les ténèbres? Quel accord entre le Christ et Bélial?... Quel rapport entre le temple de Dieu et les idoles? Or, vous êtes le temple du Dieu vivant, selon ce que Dieu lui-même a dit : « J'habiterai au milieu d'eux, et j'y marche- « rai, et je serai leur Dieu, et eux seront mon peuple*... » Ayant donc ces promesses, bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de chair et d'esprit, achevant l'œuvre de notre sainteté dans la crainte de Dieu. Recevez-nous; nous n'avons fait tort à personne, nous n'avons ruiné personne, nous ne nous sommes enrichis aux dépens de personne. Je ne vous dis pas ceci pour vous condamner; car je vous Tai déjà déclaré : vous êtes dans mon cœur à la mort et à la vie. Mais je vous parle en toute franchise. Je me glorifie grandement de vous ; je suis rempli de consolation ; la joie surabonde au milieu de toutes mes afflictions^... Ma joie, c'est que je puis me promettre tout de vous *. »

vous... C'est pourquoi nous ne perdons pas courage; bien qu'en nous rhomme extérieur dépérisse, néanmoins l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour; car notre légère tribnlation d'un moment produit en nous, en mesure surabondante, un poids éternel de gloire, nos regards ne s'attachant point aux choses visibles, mais aux invisibles, car les choses visibles sont temporelles, les invisibles éternelles. » II Cor., iv, 8-18.

1 II Cor., V, 1-4.

2 Lev., XXVI, 11-12.

8 II Cor., VI, 11-18; vn, 1-4.

* Id., vu, 16.

Tout en dictant sa réponse pour les Corinthiens, Tapôtre songeait au moyen de la faire parvenir. Le succès de Tite, durant sa première mission, le désignait naturellement à Paul pour être son messager vers eux. Il consentit avec joie à leur porter la lettre qu'on vient de lire , car il restait de cœur attaché à cette Gorinthe , aimable jusque dans ses égarements par sa promptitude au repentir, sa crainte respectueuse, sa soumission : tout ce que Paul lui en avait promis s'était vérifié S et l'absence n'avait fait qu'accroître une affection si bien établie'.

A cet attrait toutefois se joignait un autre motif d'accéder aux instantes prières de l'apôtre , le désir de hâter la collecte pour Jérusalem. Tite, à son arrivée en Macédoine, avait trouvé la levée de cette pieuse contribution beaucoup plus avancée que dans l'Achaïe. En dépit des persécutions qui avaient ruiné la plupart des fidèles , les Églises de Macédoine tiraient de leur extrême détresse des trésors de charité *. On n'y attendait point que Paul demandât ; d'eux-mêmes les fidèles venaient à lui, apportant « ce qu'ils pouvaient, plus même qu'ils ne pouvaient », et comme l'apôtre hésitait à recevoir de pareils dons , « ils le conjuraient avec grandes instances de ne pas repousser leurs aumônes , s'offrant eux-mêmes pour prendre soin de la collecte et la porter aux saints » de Jérusalem *. Humilié , à voir ces libéralités , du peu qui avait été fait par Corinthe ,

i n Cor., VII, 13, 14.

8 Id., vu, 16; VIII, 17.

« Id., vin, 1, 2.

* Id., VIII, 3-5.

Tile avait hâte d'y retourner pour achever son œuvre. Le maître, de son côté, en avait trop le souci pour ne point seconder le zèle de son disciple ; mais , soigneux jusqu'au scrupule d'écarter tout soupçon de cupidité, il adjoignit à Tite deux témoins de sa gestion, qui pussent en répondre devant tous*.

Le nom de ces fidèles n'est point donné dans les Saintes Lettres ; tout ce que nous savons , c'est que l'un d'eux faisait partie des délégués choisis par la Macédoine pour accompagner l'apôtre à Jérusalem et y porter ses offrandes^. Sa prédication évangélique, ajoute Paul , l'avait rendu célèbre dans toutes les Églises de la région. A ce dernier trait, on acru reconnaître Luc^, et non sans vraisemblance, car l'art avec lequel ce disciple exposait les actes et les paroles de Jésus, le désigna, peu de temps après, pour rédiger le troisième Évangile^, et c'est en Macédoine, où Paul l'avait

1 II Cor., vm, 16-24.

2 On ne peut admettre que les nombreuses Églises fondées par l'apôtre en Syrie, en Asie Mineure, en Grèce, se soient concertées pour nommer le délégué dont il est ici question. II faut, par conséquent, restreindre le sens de cette expression : « les Églises » (II Cor., Yiii, 19) aux chrétiens d'une même région, vraisemblablement de celle où Paul se trourait en ce moment, la Macédoine.

3 Tel est le sentiment de nombreux commentateurs, Origène, S. Jérôme, S. Ambroise, S. Anselme, etc.

^ Le troisième Évangile , selon l'opinion la plus yraisemblable, ne fut composé qu'au cours des quatre années que S. Luc passa près de S. Paul captif à Césarée et à Rome. Ce n'est donc pas de cet écrit que parle l'apôtre en disant que son disciple « est dcTenu célèbre par l'ÉTangile ». Il faut entendre par là le récit des actes et des paroles du Sauveur, l'évangile oral que l'on prêchait partout aux fidèles.

laissé ^ qu'il conquit cette supériorité et ce renom.

Le second frère adjoint à Tite l'avait probablement accompagné dans sa première visite à Corinthe ; Paul , en effet, répète à son sujet ce qu'il vient de dire pour Tite : « Il est maintenant beaucoup plus zélé (qu'à son précédent voyage), à cause de la grande confiance qu'il a en vous'. » Une hypothèse assez probable identifie ce disciple avec un des Asiatiques que les chrétientés d'Asie Mineure avaient choisi pour suivre l'apôtre ^ Tychique ou Trophime'.

Paul ne se contenta pas de recommander ses envoyés aux Corinthiens, Tite comme « son associé et son compagnon d'œuvre », les deux autres comme « les délégués des Églises et la gloire du Christ^ », il exposa à la fin de sa lettre la mission qu'il leur confiait :

« Pour ce qui est de Tassistance des saints (de Jérusalem) , il semble superflu de vous en écrire , car je sais votre bonne volonté à cet égard, et je m'en fais gloire auprès des Macédoniens, leur disant que depuis un an déjà TAchaie est prête.

1 Luc, que Paul avait laissé à Pliilippes , lors de son premier passage (voir chap. v, p. 139), était vraisemblablement resté en Macédoine, instruisant et évangélisant les ÉgUses de cette région. Nous ne le voyons rentrer dans la compagnie de l'apôtre qu'an temps qui nous occupe en ce moment (Act., xx, 5). Il est à supposer que Luc, après avoir accompagné Tite à Gorintbe, retourna en Macédoine sans attendre l'arrivée de Paul en Achaïe, car son récit des Actes ne contient aucun détail sur le second séjour de l'apôtre à Corinthe, tandis qu'à partir du moment où U a quitté Philippes, à la suite de Paul, sa narration devient très circonstanciée.

« 11 Cor., VIII, 22.

» Act., XX, 4.

* II Cor., viu, 23. L'un des délégués est, selon toute apparence.

Votre exemple a excité chez beaucoup le même zèle. Cest pourquoi j'envoie nos frères vers vous, aûn que ce ne soit pas en vain que je me sois loué de vous sur ce point , et que je vous trouve tout prêts, selon l'assurance que j'en ai donnée. Car si les Macédoniens qui viendront avec moi ne vous trouvaient pas prêts, quelle confusion pour moi (et laissez-moi le dire, pour vous aussi), de nous être ainsi loués de vous! rai donc jugé nécessaire de prier nos frères de nous devancer près de vous, afin que l'aumône que vous nous avez promise soit prête avant notre arrivée. Toutefois que ce soit un don offert par la charité, et non arraché à l'avarice ^ »

A cette émulation entre Églises se bornent les industries charitables de Tapôtre ; sa répugnance aux questions d'argent, et l'appréhension d'en voir son ministère amoindri , percent dans le reste de son plaidoyer pour Jérusalem. Aucun précepte, aucune loi sur ce sujet; de simples conseils^ : être large dans l'aumône , y garder toutefois une sage mesure ; « car je n'entends point, dit-il, que d'autres soient à leur aise et vous surchargés; mais que, pour ôter l'inégalité, votre abondance supplée maintenant à leur pauvreté, afin que votre pauvreté soit soulagée un jour par leur abondance' ». Le fruit de la charité ainsi pratiquée est la prospérité temporelle. Dieu mesurant l'abondance de la moisson à celle de la semence*; mais c'est surtout l'égalité main-

l'élu des églises de Macédoine; l'autre, celui des églises d'Asie : Paul ne pouvait donner à Tite une compagnie plus autorisée; aussi les appelle-t-il « la gloire du Christ ».

> II Cor., IX, 1-5.

« Id., vin, 10.

» Id., VIII, 12-14.

* Id., IX, 6-11.

tenue ou rétablie entre frères*, par suite, Tunion de tous les cœurs dans la reconnaissance^ :

a Cette offrande n'aura pas seulement pour effet de subvenir aux besoins des saints, elle multipliera leurs actions de grâces à Dieu, car recevant ces preuves de votre libéralité, ils le glorifieront pour votre soumission à TÉvangile du Christ, pour la libéralité avec laquelle vous donnez à eux et à tous; ils prieront pour vous, vous aimant ardemment à cause des grâces que Dieu vous a prodiguées. Grâces à Dieu pour son don ineffable! »

Ainsi se terminait probablement, dans le dessein primitif de Tapôtre, sa seconde Lettre aux Corinthiens; mais, avant que Tite remportât, des nouvelles moins bonnes arrivèrent de Gorinthe. Les chrétiens judaïsants, à force de vanter leurs lettres de recommandation , leur connaissance personnelle du Christ et des grands apôtres , étaient parvenus derechef à intimider les ûdèles. Sentant qu'on faiblissait devant eux, et que nul n'osait plus défendre PauP, ils avaient poussé leurs avantages et réduit l'Église à une vraie servitude , dévorant , pillant les frères , à la moindre résistance les frappant au visage*. Paul ne put apprendre sans indignation cette tyrannie et cette faiblesse; il rappela Timothée et ajouta à sa lettre quelques pages* où, changeant de ton, il gourmande, menace « d'user des armes puissantes par Dieu , qui lui ont été données pour renver-

1 II Cor., IX, 14.

2 Id., IX, 12-15.

3 M., xi;, 11.

* Id., XI, 20.

^ Cette seconde partie de la lettre commence au chapitre x.

ser toute forteresse, abattre tout ce qui s'élève avec hauteur contre la science de Dieu, et assujettir toute pensée au Christ^ ».

Libre à ses adversaires de faire assaut d*orgueil, de s'enfler, de se parer du travail d'autrui; il reste, lui, sur son terrain, n'entreprenant rien sur les autres^ se bornant à la part que Dieu lui a assignée , domaine assez vaste du reste, puisqu'il s'étend jusqu'à l'Achaïe, et qu'au delà, vers le couchant, une partie du inonde lui reste à évangéliser^. Corinthe, dans ce champ d'apostolat, est une de ses plus belles conquêtes; il la défendra contre tout séducteur, car « il a pour elle un amour de jalousie, de jalousie divine; il l'a fiancée à un unique époux, le Christ, auquel il ne présentera qu'une vierge toute pure' ».

Et quel motif pour elle d'abandonner Paul? En quoi a-t-il paru inférieur aux grands apôtres?

« Si ma parole est celle d*un homme grossier, ma science ne Test pas; en tout, nous nous sommes assez fait connaître parmi vous. Ai-je commis une faute en vous préchant gratuitement rÉvangile^ me rabaissant ainsi afin de vous élever? J*ai dépouillé d*autres Églises en recevant d'elles l'assistance dont j'avais besoin pour vous servir. Me trouvant au milieu de vous et dans le besoin, je n'ai été à charge à personne; des frères venus de Macédoine ont pourvu à ce qui me manquait. Je me suis gardé de vous être à charge en quoi que ce soit, et je le ferai encore à l'avenir. Par la vérité du Christ qui est en moi, je proteste que cette gloire-là ne me sera pas enlevée

1 II Gor., X, 3-B.

2 Id., X, 12-16.

8 Id., XI, 2.

dans les contrées de rAchaïe. Et pourquoi? Est-ce parce que je ne vous aime pas? Ah! Dieu le sait! Ce que je fais, je le ferai encore pour ôter tout prétexte de se glorifier à ceux qui cherchent à paraître en tout semblables à nous , afin de s'en glorifier. Ces homme.s-là sont de faux apôtres, des ouvriers trompeurs , qui se transforment en apôtres du Christ , et ne vous en étonnez pas , car Satan lui-même se transforme en ange de lumière *. »

Le mieux, pour finir avec ces imposteurs, était que Paul mit de côté pour un instant toute humilité^ et comparât sa vie à la leur. Ils le traitaient de fou : relevant et acceptant Tinsulte , il s'en fit une ironie vengeresse.

« Je l'ai dit, et je le répète : je ne suis point un insensé; mais si vous me tenez pour tel , laissez-moi alors faire le fou et me glorifier un peu... Ils sont nombreux, ceux qui charnellement se vantent; comme eux je me vanterai... Tout ce qu'ils osent (je parle en fou ici) , je l'ose moi aussi. Ils sont Hébreux, moi aussi je le suis. Ils sont Israélites, moi aussi. Ils sont mmistres du Christ (c'est ici que je parle en homme hors de sens), je le suis plus qu'eux. Plus qu'eux, j'ai été dans les travaux; j'ai plus enduré de prison; j'ai reçu plus de coups ; plus souvent qu'eux j'ai vu la mort de près. Cinq fois, j'ai reçu des Juifs trente-neuf coups de fouet ^ ; trois fois, j'ai été battu de verges; j'ai été lapidé une fois; trois fois, j'ai fait naufrage ; j'ai passé un jour et une nuit dans la mer ^, Fréquents voyages, périls sur les fleuves, périls de la part des brigands , périls de la part de mes compatriotes , périls de la part des gentils, périls dans les villes, périls dans le désert, périls en mer, périls de la part des faux frères, travaux, fati-

ï II Cor., XI, 6-14.

a Voir sur ces flagellations infligées dans les synagogues, Saint Pierre, chap. ii.

8 '£v T(^ pu6(p : non au fond de la mer, mais dans ses profondeurs , perdu au large sur quelque épave.

gues, nombreuses veilles, faim, soif, jeûnes fréquents, fruid, nudité, j'ai tout souffert. Outre ces maux extérieurs, rappellerai-je mes soucis de chaque jour, la sollicitude de toutes les Églises? Qui est faible, que je ne sois faible aussi? Qui est scandalisé, sans que moi aussi je ne brûle?... Faut-il encore se vanter? cela n'est guère utile, certes; j'en viendrai aux visions et aux révélations du Seigneur. Je connais un homme dans le Christ *- qui fut ravi dans le paradis, et y entendit des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à l'homme d'exprimer ^. Je pourrais me glorifier d'un tel homme , toutefois je ne veux me glorifier que de mes faiblesses... Aussi, de peur que la grandeur de mes révélations ne m'enorgueillisse, il m'a été donné un aiguillon dans ma chair, un ange de Satan qui me soufflette '. J'ai supplié trois fois le Seigneur de l'écarter de moi, et il m'a répondu : Ma grâce te sufQt, car ma puissance éclate davantage dans la faiblesse. C'est pourquoi je me complais dans les infirmités, les outrages, les nécessités, les persécutions, les détresses pour le Christ, car lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort*.

a Je viens de faire le fou , vous m'y avez contraint. Car c'était à vous de parler avantageusement de moi. Je ne suis rien , et cependant je n'ai été inférieur en rien aux plus éminents des apôtres. Les signes de l'apostolat, je les ai opérés au milieu de vous , sans jamais me lasser, miracles, prodiges, effets extraordinaires de la puissance divine. En quoi avezvous été inférieurs aux autres Églises , sinon en ce que je n*ai

1 (c Un homme dans le Christ », c'est-à-dire un homme qui vivait surnaturellement de la vie du Christ^ au point d'y être comme perdu et absorbé; cet homme est évidemment Tapôtre.

3 Nous ne connaissons rien des visions auxquelles S. Paul fait ici allusion.

3 Selon l'interprétation de S. Thomas que nous avons adoptée {Saint Pierre, chap. vu), l'apôtre, par cet ange de Satan, entend les souffrances corporelles et la concupiscence qui le tourmentaient.

* II Cor., XI, 16; xu, 10.

TROISIÈME MISSION. MAGÉDOlNÉ. 349

point voulu VOUS être à charge? Pardonnez-moi ce tort-là. Voici la troisième fois que je me prépare à aller vous voir *, et ce sera encore sans vous être à charge. C'est vous que je cherche, et non pas votre bien; car ce n'est pas aux enfants à amasser pour leurs parents, mais aux parents pour leurs enfants. Pour moi , je donnerais volontiers tout ce que j'ai , et je me donnerais encore moi-même pour vos âmes , bien que je vous aime plus que vous ne m'aimez*.

« Soit, dira-t-on : je ne vous ai pas été à charge; mais, en rusé fripon, j'ai usé d'adresse pour vous surprendre. Et quoi!

1 II avait annoncé d'abord ce dessein avant l'envoi de la première Lettre aux Corinthiens, puisqu'il répond à ceux qui raccusalent de n'oser reparaître : «c Quelques-uns s'enflent de présomption comme si je ne devais pas aller vous voir. Je vous irai voir néanmoins dans peu de temps, s'il plait au Seigneur. » (I Cor., iv, 18, 19.) Ces derniers mots nous le montrent se préparant une seconde fois à ce voyage que les nouvelles reçues de Corinthe l'empêchèrent encore d'exécuter. Quand il écrivit en Macédoine sa seconde Lettre aux Corinthiens, en leur annonçant sa venue, c'était donc bien a la troisième fois» qu'il se disposait à les visiter. Quelques commentateurs, traduisant ainsi le passage qui nous occupe : n Voici la troisième fois que je viens à vous, » supposent que l'apôtre se rendit trois fois à Corinthe : une première fois en 53, une deuxième fois pendant son séjour à Éphèse, une troisième fois en 58. Le second voyage dont l'Écriture ne fait pas mention est une hypothèse gratuite, et qui ne s'accorde pas avec le langage de S. Paul en ses Épitres. Parlant, dans sa seconde Lettre aux Corinthiens, du dessein qu'il avait eu, pendant son séjour à Éphèse, de les visiter, dessein auquel il avait dû renoncer : « J'aurais voulu , leur dit-il, aller vous voir, afin que vous receviez une seconde grâce. » (fl Cor., i, 15.) Ces mots : SI seconde grâce » excluent de la pensée de l'apôtre toute visite intermédiaire entre la première, et celle à laquelle il se disposait. Môme conclusion à tirer de cet autre passage : « Je vous l'ai déjà dit, et quoique absent , je le dis d'avance, comme si j'étais présent pour la seconde fois, que si je viens encore une fois , je n'épargnerai ni ceux qui ont péché auparavant, ni les autres, v (II Cor., XIII, 2.)

» II Cor., XII, 11-15.

350 SAOT PAUL.

Me suis-je enrichi à vos dépens par aucun de ceux que je vous ai envoyés? J'ai prié Tite de vous aller trouver et j'ai envoyé avec lui un de nos frères. Tite a-t-ii tiré quelque chose de vous? N'avons-nous pas suivi le même esprit, marché sur les mêmes traces?

<c Croyez-VQUS qu'ici encore nous cherchons à nous justiGer devant vous? Nous parlons devant Dieu, dans le Christ, et tout ce que nous vous disons est pour votre édification. Ma crainte, c'est, quand j'arriverai, de ne pas vous trouver tels que je voudrais, et que vous me trouviez par suite tel que vous ne voudriez pas. Je crains de trouver parmi vous des querelles, des jalousies, des colères, des intrigues, des médisances, de faux rapports, de l'enflure d'orgueil, des troubles. Je crains qu'à mon arrivée Dieu ne m'humilie à votre sujet, et que je sois obligé de pleurer sur plusieurs de ceux qui ont déjà péché et n'ont pas fait pénitence de leurs impuretés, de leurs fornications, de leurs dérèglements infâmes. Pour la troisième fois , je me dispose à vous aller voir. Tout se jugera sur la déposition de deux ou trois témoins ^ Je vous l'ai déjà dit, et quoique absent, je le dis d'avance, comme si j'étais présent pour la seconde fois, je n'épargnerai personne, ni ceux qui ont déjà péché, ni aucun autre, puisque vous cherchez une preuve que le Christ parle par ma bouche... Examinez si vous êtes dans la foi, éprouvez-vous vous-même... Je vous écris ceci étant absent, afin de n'avoir pas lieu, quand je serai présent, d'user avec sévérité de la puissance que le Seigneur m'a donnée pour édifier, non pour détruire 2. »

Paul était trop entièrement à Timportant sujet de cette lettre pour s'étendre , comme il le faisait toujours à la fin de ses Épîtres, en longs conseils de

1 Deut., XIX, 15. Ces paroles , prises au sens naturel, indiquent la pensée de Tapôtre de juger les Corinthiens d'après les formes légales en usage dans les synagogues.

« II Cor., xn, 16; xin, 3, 6, 10.

morale ; il se contenta de quelques mots sur la joie chrétienne, la paix, Tunion des esprits et des cœurs, y joignit un bref salut, puis signa de cette bénédiction :

« Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ y et V amour de Dieu y et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous*. »

L'impression produite par cette seconde lettre paraît avoir été décisive. A partir de ce moment en effet, non seulement les Actes et les Épitres ne parlent plus d'aucun trouble à Gorinthe, mais saint Clément nous y montre tout schisme, toute rébellion en horreur et une paix profonde abondant en fruits de charité ^. Il est vrai qu'à Theure où Tévéque de Rome donnait ces louanges aux Corinthiens, Tesprit de faction renaissait parmi eux *; mais ce n'était plus pour le même objet; la querelle des Judaïsants avait cessé, et Tautorité de Paul demeurait sans conteste. Pour un temps, le souhait qui termine la lettre de l'apôtre se trouva donc accompli : après tant de luttes et de partages , les esprits, les cœurs s'unirent, « le Dieu d'amour et de paix^* » régna dans Corinthe.

1 II Cor., xu, ir,

« s. Clément, I Sp. ad Corinth,, i-iii.

« Id., XLTII.

* II Cor., xin, 11.

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