‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 25 sur 108 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

tisait les enfants, puis les hommes et il finissait par les femmes. Avant que de commencer la cérémonie, il se mettait à genoux pour faire à Dieu une prière ardente en faveur de ces pauvres âmes ; il les lui offrait toutes et le conjurait de vouloir bien les purifier par son sang. Cela fait, il se levait l'air inspiré, le visage embrasé comme un séraphin, et s'approchait de ceux qui devaient recevoir le baptême, accompagné d'un interprète, et suivi d'un nègre et d'une négresse déjà chrétiens pour servir de parrain et de marraine. Celui qui devait être baptisé était à genoux, les mains jointes sur la poitrine, et le Père, en lui montrant dans un vase d'argent l'eau destinée à lui procurer la grâce qu'il attendait : « Voilà, lui disait-il par un interprète, cette eau salutaire qui, en vertu des mérites de Jésus-Christ, purifie l'âme et la rend brillante comme le soleil ; voilà la source de la grâce qui fait les vrais enfants de Dieu et leur donne droit au royaume de sa gloire ; mais, pour obtenir une telle faveur, il faut se repentir de ses péchés, il faut renoncer au démon et aux maximes du monde. Ne le faites-vous pas de tout votre cœur? Ne croyez-vous pas en JÉSUS-CHRIST? Ne voulez-vous pas entrer dans son Église et recevoir le baptême ? » Il répétait ces parolesjusqu'à deux et trois fois ; et quand le néophyte avait répondu à propos, il le baptisait à l'instant ; après quoi il lui mettait au cou une de ces médailles, où il avait fait graver les noms de JÉSUS et de Marie, pour le distinguer de ceux qui n'avaient pas encore été baptisés.

Pendant qu'il était occupé à ces fonctions, si on venait l'avertir que quelqu'un de ceux que la maladie avait empêchés d'assister à l'instruction était en danger, il quittait tout pour y courir et revenait ensuite reprendre le travail qu'il avait interrompu. On ne peut dire combien il arracha d'âmes au démon, en les secourant si à propos et avec tant de zèle;, Il arriva que plusieurs esclaves moururent immédiatement après avoir reçu le baptême : aussitôt, il se mettait en prières, remerciant Dieu d'avoir bien voulu se servir de lui pour sauver ces malheureux.

Dès que la cérémonie était achevée, il faisait à tous les nouveaux baptisés une exhortation vive et pathétique, où il leur .•appelait la grandeur du bienfait qu'ils venaient de recevoir; il leur représentait ensuite leurs obligations, en les exhortant à garder fidèlement la loi de JÉSUS-CHRIST dont ils étaient devenus les membres, et à mourir plutôt que de la violer par un seul péché ; il ajoutait que si, par malheur, ils venaient à

en commettre un, ils trouveraient un remède salutaire, toujours prêt, dans la douleur et la confession de leurs péchés, et à cette occasion il les instruisait de la manière de recevoir chrétiennement le sacrement de pénitence.

Pour les frapper davantage, leur donner plus d'horreur du péché et les engager plus efficacement à la vertu, il leur faisait voir, d'un côté,le portrait d'une âme damnée.spectacle terrible dont il se servait pour leur exposer vivement les châtiments éternels que Dieu réserve aux pécheurs ; de l'autre, celui d'une âme bienheureuse et toute brillante de gloire : « Voilà, leur disait-il alors, ce que vous serez un jour, si vous êtes fidèles à conserver la grâce de votre baptême. » Toutes ces instructions finissaient par un acte fervent de contrition et d'amour de Dieu. Il prenait en main le crucifix qu'il portait sur sa poitrine, et, l'élevant de manière que tous pussent le voir : « Voyez, s'écriait-il, de quelle manière nos péchés ont traité notre grand Dieu et notre aimable père ; voyez jusqu'où l'ont réduit, et notre extrême malice, et son immense charité pour nous. Oui, c'est pour nous qu'il est mort sur cette croix ; c'est pour nous qu'il a été comme abîmé dans cet océan d'ignominies et de douleurs. » Il accompagnait ces mots de larmes si amères, que tous ces bons sauvages y répondaient par des sanglots. Les voyant disposés comme il le désirait, il leur apprenait à dire et à répéter souvent ces belles paroles :«JÉSUS- Christ, fils unique de Dieu, vous êtes mon père, ma mère, mon trésor, tout mon bien. Je vous aime de tout mon cœur, et j'ai une extrême douleur de vous avoir offensé ; oui, je vous aime de toutes mes forces et de toute mon âme. » Enfin, les regardant comme purifiés dans le sang de l'Agneau et comme de vrais enfants de Dieu, il les embrassait avec tendresse ; et dans tout cela il montrait un cœur si touché, un air si aimable et si transporté de joie, que ces pauvres esclaves, charmés de tant de bonté, et animés de ce nouvel esprit que donne le baptême, ne savaient comment répondre à tant d'amour.

Pour lui marquer leur consolation et leur joie, ils levaient les yeux au ciel, ils battaient des mains, ils se jetaient à genoux, à ses pieds afin de baiser du moins le bas de sa robe ; ils poussaient des cris d'allégresse mille fois redoublés ; et chacun,en son langage et à sa manière,le comblait de mille bénédictions. Partout où ils le retrouvaient ensuite, c'étaient toujours les mêmes démonstrations d'amour et de respect : ils couraient en foule au-devant de lui, se prosternaient à terre, l'appe-

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