‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 26 sur 108 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

laient leur maître, leur protecteur, leur père, et ne pouvaient se lasser de lui témoigner leur reconnaissance.

Ce travail capable à lui seul d'occuper plusieurs missionnaires, devint pour le P. Claver un travail, non pas de toutes les années, mais de toutes les semaines, et presque de tous les jours. A chaque nouveau débarquement de nègres, il était obligé de recommencer les mêmes exercices, de sorte que souvent il ne lui restait que quelques courts intervalles pour s'employer à d'autres travaux.

Ceux qui lui donnèrent le plus de peine, furent les sauvages des côtes de Guinée, naturellement fiers, indomptables, et d'ailleurs attachés à mille superstitions prises du mahométisme. Il fut obligé de redoubler pour eux tous les efforts de son zèle et de sa charité ; il se prêtait à tous leurs caprices, il supportait tout de leur part ; et il obtint enfin par ses prières, sa patience et sa douceur, ce que les menaces et les châtiments de leurs maîtres ne pouvaient obtenir.

Son attention à découvrir les nègres qu'on lui cachait.

L'ATTENTION du saint missionnaire n'oubliait rien de ce qui concernait son cher troupeau. Outre les nègres inscrits sur les registres publics, les pilotes et les mariniers, pour éviter de payer les droits du roi, en débarquaient d'autres sur les côtes voisines, qu'ils faisaient ensuite entrer secrètement à Carthagène; ils les y tenaient soigneusement cachés, pour les vendre à leur profit à des marchands qui les envoyaient travailler à leurs sucreries, où ils passaient pour chrétiens, sans avoir reçu le baptême. Son zèle triompha des obstacles que lui opposait cette cupidité.Dans toutes les habitations des gens de mer il envoyait des interprètes fidèles qui, sous prétexte de connaissance ou de parenté, demandaient à parler aux nègres nouvellement arrivés. Ces pauvres esclaves, ravis de retrouver quelqu'un de leurs amis, accouraient aussitôt en foule. Les interprètes s'informaient alors de chacun d'eux en particulier s'il avait été baptisé? S'il répondait que non, ils lui disaient qu'ils étaient venus pour leur procurer à tous ce bonheur et les rendre par là enfants de Dieu ; après quoi ils les instruisaient peu à peu de ce qu'il fallait croire et pratiquer pour mériter une telle grâce. Quand ils les jugeaient suffisamment disposés, ils en avertissaient le P. Claver, qui ne

manquait pas de s'y rendre ; et pour ne point effaroucher les maîtres, il leur promettait un secret inviolable sur leur conduite, en leur protestant que jamais il ne ferait rien contre leurs intérêts. Ceux-ci rassurés par sa droiture et touchés des marques de sa bonté, lui permettaient volontiers d'instruire leurs esclaves, de les baptiser et d'exercer librement auprès d'eux toutes les fonctions de son ministère.

Soins qu'il se donne pour former les nègres baptisés à la vertu.

IL ne se contentait pas de les faire chrétiens, il voulait qu'ils fussent bons chrétiens. Pour attirer de plus en plus leur confiance, et pour les rendre plus dociles à ses avertissements, il n'épargnait rien en leur faveur. Tous les jours il allait les visiter dans leurs loges, les consolant dans leurs afflictions, les secourant dans leurs besoins, les soulageant dans leurs maladies. Souvent il se tenait des heures entières sur la place publique pour amasser des aumônes ; et après avoir obtenu des marchands différentes espèces de provisions, il les mettait dans un panier qu'il portait lui-même sur son dosa ses chers nègres. Avant que de les leur distribuer il leur expliquait les commandements de Dieu et de l'Église ; il leur enseignait à prier, à bien entendre la messe, à s'approcher chrétiennement des sacrements de pénitence et d'Eucharistie, à faire saintement toutes leurs actions ; il leur rappelait encore les récompenses promises aux justes et les châtiments terribles destinés aux pécheurs impénitents ; et il terminait toujours ses visites en leur faisant produire des actes de contrition et d'amour de Dieu.

Les jours de fête il allait les chercher lui-même pour les faire venir à la messe, et les conduisait à l'église du collège, où il avait eu soin de préparer des bancs et des nattes pour les garantir de l'humidité. Si la multitude des confessions l'empêchait de sortir, il leur envoyait quelques nègres accrédités parmi eux, qui les amenaient en foule. A la vue de ces nombreuses troupes d'esclaves, les Espagnols de la ville, et surtout les dames qui ne pouvaient souffrir l'infection naturelle aux nègres, se plaignaient hautement qu'il ne leur était plus possible d'y tenir, qu'on voulait les chasser, que ce zèle

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