‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 27 sur 108 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

outré ferait déserter l'église. A toutes ces plaintes le P. Claver répondait avec modestie que ces pauvres gens étaient chrétiens, qu'ils étaient obligés de satisfaire au précepte de l'Église, qu'il était lui-même leur pasteur et leur chapelain, et qu'ainsi c'était à lui de leur dire la messe, et de la leur faire entendre. Après la messe il faisait distribuer quelques rafraîchissements aux vieillards et aux infirmes, et les faisait reconduire à leurs habitations par des guides charitables.

En se sacrifiant ainsi pour eux, il n'omettait rien pour les retenir dans les bornes du devoir, et les empêcher d'oublier leurs obligations. Dès qu'il les voyait s'écarter de la bienséance du christianisme, il prenait un air et un ton de maître auxquels ils ne pouvaient résister. Jamais il ne les rencontrait, qu'il ne leur donnât quelque avis salutaire proportionné à leur âge, à leur état et à leurs besoins. <3 Prenez garde, disait-il aux plus jeunes', de trop compter sur votre jeunesse : souvent les grains se dessèchent en herbes, et les fleurs ne portent pas toujours des fruits. » « Songez, ajoutait-il à ceux qui étaient déjà avancés en âge, que la maison est déjà vieille et qu'elle menace ruine : confessez-vous, tandis que vous en avez le temps, la commodité. » Rencontrait-il quelque libertin plus indocile que les autres : « Dieu compte tes péchés, lui disait-il, et le premier que tu commettras sera peutêtre le dernier de ta vie. » Ces avertissements avaient ordinairement leur effet, et la terreur des châtiments de Dieu servait, ou à les conserver dans la vertu, ou à les retirer du vice.

L'autorité qu'il s'était d'ailleurs acquise sur leur esprit, et l'amour qu'ils lui portaient faisaient qu'ils lui obéissaient sans réplique et sans peine. Sa seule vue était un frein capable d'arrêter ou de faire revenir les plus indociles ; et les plus vicieux même, dès qu'ils le rencontraient, se jetaient à ses genoux pour lui demander sa bénédiction.

Il remédie à plusieurs abus auxquels ils étaient sujets.

rES barbares ont une vraie passion pour les danses ^ accompagnées du son des flûtes, des tambourins et d'autres instruments de musique qui sont fort de leur goût. Quand il n'y voyait rien de contraire à la bienséance, il ne s'y opposait pas, pourvu que d'ailleurs elles n'allassent pas jusqu'à l'excès, persuadé que des hommes presque toujours

ÔO VIE DE SAINT PIERRE CLAVER.

accablés de travaux ont besoin de quelques plaisirs innocents; mais dès qu'il s'y glissait la moindre indécence, alors il accourait, le visage tout en feu, tenant un crucifix d'une main et de l'autre une discipline dont il frappait les danseurs et les joueurs d'instruments, qui les abandonnaient sur-le-champ pour s'enfuir au plus vite. Il s'en saisissait alors comme d'une dépouille enlevée au démon, et les mettait en dépôt chez quelque chrétien zélé, avec ordre de ne les point rendre à leurs maîtres qu'ils n'eussent donné quelque aumône pour les pauvres de l'hôpital de Saint-Lazare. Il ne pouvait souffrir une négresse seule avec un nègre, même au milieu des rues : et sans se contenter de l'excuse de parenté qu'ils lui apportaient quelquefois, il les reprenait toujours sévèrement : « Tout le monde ne sait pas cette parenté, leur disait-il, mais tout le monde voit le scandale. » Aussi, dès qu'on l'apercevait, ceux qui se trouvaient en faute s'en retournaient-ils promptement chacun de son côté.

Une de ses principales attentions était de les empêcher de travailler les jours de fête, sous quelque prétexte et pour quelque cause que ce pût être. S'ils éprouvaient alors une véritable nécessité, il leur cherchait lui-même des aumônes pour subsister, et ne manquait jamais de leur dire, en les leur présentant, qu'ils ne devaient pas craindre de manquer de pain pour avoir été fidèles à Dieu. Il n'était pas moins exact à leur faire observer tous les jeûnes de l'Église. Pendant l'avent et le carême, il leur ôtait absolument tous leurs instruments de jeu, en leur représentant avec beaucoup de force que ce temps était destiné à pleurer ses fautes, à punir les plaisirs illicites par la privation des plaisirs même permis ; et que des chrétiens ne pouvaient sans honte et sans ingratitude s'occuper à se divertir, dans un temps où leur Dieu avait souffert pour eux.

Son zèle s'animait surtout contre l'ivrognerie et le blasphème. S'il apprenait que quelqu'un se fût emporté jusqu'à ces excès, après l'avoir sévèrement repris de sa faute, il lui faisait lécher la terre avec sa langue, et en lui mettant alors légèrement le pied sur le cou pour l'humilier davantage devant tous les autres : « Eh ! qui es-tu, malheureux, s'écriait-il, pour oser ainsi attaquer le ciel et outrager la divine majesté? » En se retirant, il donnait ordre qu'on l'informât si le coupable se corrigeait, et il ne cessait point qu'il n'eût obtenu de lui ce qu'il désirait

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