LIVRE PREMIER
toujours à la mort ce qu'on a sucé avec le lait ; maxime dont il confirma la vérité par son propre exemple.
On l'envoie faire ses études à Barcelone. Ses progrès dans la science et dans la vertu.
COMME ses parents n'avaient en vue que l'utilité et l'avancement d'un fils qui leur était si cher, dès qu'il fut en état de faire ses études, au lieu de l'envoyer à Solfona auprès de son oncle, ils l'envoyèrent à Barcelone, où il devait avoir plus de facilité pour se perfectionner dans les lettres humaines ; mais le Seigneur, qui conduisait toutes leurs démarches et qui le destinait à la Compagnie de JÉSUS, voulut lui ménager cette occasion de la bien connaître.
Quoiqu'il fût encore très jeune, sa vertu paraissait déjà si solide, que son père ne craignit point de l'éloigner et de l'abandonner en quelque sorte à lui-même : il ne fut point trompé dans l'opinion qu'il en avait conçue. Les occupations du jeune Claver dans une ville de plaisirs, comme le sont toutes les grandes villes, n'eurent rien des amusements ordinaires à la jeunesse même la plus réglée. Tout le temps que lui laissaient ses études était sanctifié par la prière, par la fréquentation des sacrements, par des entretiens tendres avec Dieu et par des pratiques de pénitence, dont les rigueurs étaient le prélude de celles qu'il "exerça toujours depuis sur son corps innocent. Après ce qu'il devait à Dieu, l'honneur et le culte de la très sainte Vierge faisaient ses plus chères délices; il la regardait comme sa propre mère, et son amour pour elle surpassait celui du plus tendre de tous les fils. Un de ses délassements les plus ordinaires était d'aller au collège des jésuites : il s'entretenait avec eux le plus souvent qu'il lui était possible; il leur ouvrait sa conscience avec candeur; et les conseils salutaires qu'il en recevait, joints aux grands exemples de sainteté qu'il découvrait chez eux, l'animaient de jour en jour a croitre lui-même en vertu et en ferveur.
Ayant une mémoire très heureuse et un esprit excellent, ses pratiques de piété, toujours réglées par la prudence et par les avis de ses directeurs, ne nuisirent point à ses études. Une âme qui cherche Dieu en tout sait trouver du temps pour tout ce qui est de son devoir. En peu d'années il fit des
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progrès qui étonnèrent ses maîtres. L'université de Barcelone l'admit aux grades avec une distinction marquée ; et l'évêque même, avant que de lui donner la tonsure et les ordres mineurs, rendit les témoignages les plus honorables à sa
doctrine et à sa vertu. En recevant ces premières marques de son engagement avec Dieu, il sentit naître en lui-même une nouvelle ferveur, et comme un nouvel esprit qui l'attirait à la Compagnie de JÉSUS,