‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 31 sur 108 · LIVRE SECOND. 6j · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. 6j

il n'épargnait aucun soin pour les tirer du péril où ils étaient. Dieu lui donnait souvent des inspirations particulières à cet égard ; et, lorsqu'il s'y attendait le moins, il rencontrait comme par hasard quelques-uns de ces squelettes animés que la mort semblait avoir oubliés, et qui n'attendaient que l'arrivée du saint missionnaire pour être baptisés et mourir incontinent après.

Il y avait dans la ville une négresse, âgée de plus de cent ans, et qui depuis longtemps passait pour chrétienne sans l'être : le Père la vint voir pour la confesser; mais avant que de passer outre, mû par une inspiration, il lui demanda tout à coup si elle était baptisée. Elle n'osa lui mentir. Elle avoua qu'elle ne l'était pas, et que la nuit précédente, durant son sommeil, Jésus-Christ en croix, accompagné de sa sainte Mère, lui était apparu et l'avait sévèrement reprise de sa négligence. Le Père l'instruisit aussitôt, la baptisa et, comme elle mourut quelques moments après, il eut la consolation de l'envoyer au ciel.

Il ne se contentait pas d'une première visite : comme la caducité de leur âge lui faisait tout craindre pour ces pauvres vieillards, il allait les voir exactement deux fois l'année et, toutes les fois qu'il les visitait, il leur répétait ce qu'il avait coutume de dire à d'autres en pareille circonstance : « Vous voyez que la maison est vieille et chancelante, elle tombera lorsque vous y penserez le moins; profitez de l'occasion qui se présente, et qui ne reviendra peut-être plus. » L'événement ne vérifiait que trop souvent sa prophétie, pour le malheur de ceux qui n'avaient pas voulu se rendre a ses avertissements charitables.

Il visite les nègres malades.

TOUT le reste de l'année, quand il n'était pas occupé aux missions dont on parlera dans la suite, un de ses principaux emplois était d'assister les nègres malades. Il s'en faisait donner un registre exact, il avait des gens affidés pour l'avertir à propos : Dieu lui-même, pour le bien de ces pauvres âmes et pour la consolation de son ministre, Téclairait souvent d'une manière extraordinaire. Il avait besoin de compagnons, et, afin d'avoir toujours quelqu'un de libre â

la maison pour cet office, il rendait aux frères tous les services dont il était capable et leur aidait à faire leurs emplois, afin qu'ils fussent plus tôt en liberté de le suivre.

Ni les pluies et les chaleurs, ni les rigueurs des saisons, ni la longueur et la difficulté des chemins, ni la durée des maladies n'étaient capables de l'arrêter. Il y avait en cela quelque chose de prodigieux qui ne pouvait se comprendre. Lorsqu'il étudiait à Santa-Fé-de-Bogota, le soleil l'incommodait jusqu'à le rendre souvent très malade, et, pour traverser seulement la cour, il était obligé de se garantir la tête; mais, dans ses travaux apostoliques de Carthagène, il allait partout exposé à l'ardeur du soleil le plus brûlant, sans en ressentir la moindre gêne ; rien ne paraissait le fatiguer ; ceux qui l'accompagnaient avaient beaucoup de peine à le suivre ; épuisés de lassitude, ils succombaient sous le poids du travail, et il était obligé d'en changer trois ou quatre fois dans un seul après-dîner.

Quand il était de retour à la maison, comme s'il n'avait encore rien fait, il conjurait le portier de l'avertir, à quelque heure de la nuit que ce fût, dès qu'on viendrait chercher quelqu'un pour les malades. «Ceux qui travaillent beaucoup, lui disait-il, ont besoin de repos ; mais pour moi, qui ne fais rien ici, il ne m'en faut pas.» Sa chambre donnait immédiatement sur la porterie ; et comme il était toujours tout habillé et qu'il passait la plus grande partie de la nuit en prières, au premier coup de la cloche il descendait en diligence, pour n'être prévenu par personne.

Ses soins ne se bornaient pas à visiter les nègres malades pour leur donner tous les secours spirituels qui dépendaient de son ministère, il se faisait encore le médecin de leurs corps. Sa chambre était comme une boutique ouverte à tous les infirmes ; et le grand nombre de ceux qui venaient y chercher du secours aurait été capable d'occuper tout le tempsd'une personne. Quand il allait voir les pauvres malades, il portait toujours avec lui un sac rempli de remèdes et de tout ce qu'il croyait capable de les soulager.

Quelque longues que fussent les infirmités, jamais il ne se rebutait. Pendant trois ans entiers, il continua de visiter avec le même zèle une négresse d'Angola, et de lui fournir tous les secours nécessaires. Il en visita une autre pendant dix ans. Enfin, ayant appris qu'un pauvre nègre accablé de vieillesse était abandonné de tout le monde dans une

Page 1