‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 40 sur 108 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

fort désolé d'avoir perdu la vue. Ayant entendu le P. Claver, qui passait par la salle, il l'appela avec empressement et se plaignit à lui de sa double infirmité: « Prenez, lui répondit le Père, votre aveuglement en patience, comme une grâce à laquelle votre salut est attaché, et pour le reste confiez-vous en Dieu. » En même temps, il lui couvre la tête de son manteau, et lui donne le baiser de paix. La douleur qui le tourmentait se dissipa aussitôt ; mais il resta toujours aveugle.

On le fait ministre du collège.

MALGRÉ tant d'occupations embarrassantes au dehors, la régularité du saint missionnaire était telle dans la maison, qu'au bout de quelques années le recteur du collège de Carthagène voulut l'avoir pour son ministre. C'est chez les jésuites un emploi important, qui demande autant de charité que d'exactitude, et qui oblige celui qui en est chargé à veiller sur la discipline régulière, et sur les différents offices de la maison. Il fallut pour cela faire violence à son humilité. Un homme qui se faisait un plaisir et un devoir d'obéir aux nègres mêmes, pouvait-il se résoudre sans peine à commander à des religieux qu'il estimait infiniment plus que lui? Plein de défauts à ses propres yeux, lui convenait-il de corriger les fautes d'autrui? C'est ce qu'il représenta fortement à ses supérieurs; mais enfin il obéit, et il n'accepta l'emploi qu'on lui donnait que pour se charger de la plus grande partie de celui des autres; de sorte que le faire ministredu collège, ce fut le faire comme l'esclave de tous ceux qui l'habitaient.

Il commença par les ministères les plus bas: balayer les endroits les plus sales de la maison, aider le cuisinier en ce qu'il y avait de plus pénible dans son état; en un mot, suppléer à tout ce que les autres ne pouvaient pas faire: voilà quels furent les fruits de son nouvel office. Tous les religieux, quelque bonne volonté qu'ils aient, ne sont pas également parfaits; et pour un qui se passe -du nécessaire avec mérite, il peut s'en trouver deux qui ne pourraient en manquer sans péril: la nécessité amène insensiblement une coutume peu conforme à l'exacte discipline; et la nécessité ne subsistant plus, souvent la coutume reste. Pour empêcher ce désordre, le P. Claver avait grand soin que tous fussent abondamment pourvus du nécessaire, et même de ce qui était

raisonnablement commode ; en sorte qu'aucun prétexte ne pût les dispenser de l'observance régulière: ainsi son zèle soutenu de sa charité prévint les mécontentements et les abus qui en sont les suites ordinaires. C'était particulièrement à l'égard des infirmes qu'on voyait éclater son attention et sa tendresse : il suppléait alors presque toujours l'infirmier, ou, pour mieux dire, il servait lui-même d'infirmier à tous les malades. Le jour de la fête de saint Ignace, ayant trouvé le Frère sacristain fort incommodé, il le prit sur ses épaules, le porta sur son lit, et après lui avoir donné tous les soulagements nécessaires, il alla à l'église faire son office tout le reste de la journée.

On lui donne la charge de maître des frères novices ; soins qu'il prend pour les former à la plus haute perfection.

LE Père recteur voyant qu'en cet emploi il se chargeait de tous les autres, le fit maître des novices coadjuteurs.

Une infinité de gens de toute condition abordent à Carthagène pour y faire une grande fortune en peu de temps, persuadés qu'on y roule sur l'or et sur l'argent. Mais voyant enfin leurs espérances déçues, car la plupart s'en retournent plus pauvres qu'ils n'étaient venus, il s'en trouve plusieurs parmi eux qui, totalement détrompés du monde, prennent le parti de chercher dans la vie religieuse une fortune plus sainte, plus assurée et plus durable. Mais comme ce sont pour l'ordinaire des hommes sans lettres et déjà avancés en âge, ils ne peuvent être reçus dans les communautés qu'en qualité de Frères servants.

Pour leur faciliter l'exécution de leurs bons desseins, outre le noviciat commun à Thonga, les jésuites en avaient établi un particulier pour eux à Carthagène même. Il s'agissait de les y former à la sainteté propre des hommes apostoliques.dévoués par état au service du prochain ; et jamais on n'eût pu choisir un homme plus capable d'y réussir que le P. Claver. Il eut grand soin de leur inspirer de bonne heure l'esprit de recueillement, d'oraison, d'humilité.de mortification et d'obéissance aveugle et prompte aux ordres de leurs supérieurs. Le détachement parfait de tout ce qui empêche l'âme d'aller à Dieu et de s'unir à lui, le désir ardent de tout ce qui peu: l'élever à la plus sublime perfection, les moyens de se vaincre

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